Argentoratum

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Argentoratum
Strasbourg
Tracé de l'enceinte romaine sur un plan du XVIIIe siècle
Tracé de l'enceinte romaine sur un plan du XVIIIe siècle
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Germanie
Type Ville
Coordonnées 48° 34′ 24″ N 7° 45′ 08″ E / 48.573392, 7.75235348° 34′ 24″ Nord 7° 45′ 08″ Est / 48.573392, 7.752353

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Argentoratum
Argentoratum
Histoire
Époque Empire romain

Argentoratum est le nom latin d'origine celtique (*arganto-, argent, même racine qu'en latin et *rāti-, levée de terre, fortin[1]) de l'actuelle ville de Strasbourg.

Histoire[modifier | modifier le code]

De nombreux objets du néolithique, de l’âge de bronze et de fer ont été retrouvés lors de fouilles archéologiques. Mais c’est des environs de 1300 av. J.-C. que date l’installation durable de peuples protoceltes. Vers la fin du IIIe siècle av. J.-C. le site est devenu une bourgade celte du nom d’Argentorate, dotée d’un sanctuaire et d’un marché. Grâce à d’importants travaux d’assèchement, les maisons sur pilotis cèdent leur place à des habitations bâties sur la terre ferme[2].

Les Romains arrivent en Alsace en 58 av. J.-C. et s’installent sur le site de Strasbourg. En 12 av. J.-C. L'empereur romain Auguste décide d'organiser en partie la défense de l'empire romain et la ville devient un camp militaire fortifié positionné sur le limes du Rhin faisant partie des forts de Drusus. Au fil du temps, la ville va prendre de l’importance. En l'an 12 av. J.-C., le général Romain Nero Claudius Drusus[3] est chargé de fortifier une place celte du nom d'Argentorate. Ce camp, Argentoratum, est agrandi successivement sous les empereurs Tibère et Trajan. Promue colonie militaire, Argentorate est déjà un carrefour commercial important et aux alentours de l’an 20 la population est estimée à près de 10 000 habitants, armée romaine incluse[4].

L'arrivée de la Legio VIII Augusta à Argentoratum n'est pas datée avec exactitude, probablement sous le règne de l'empereur Domitien, entre les années 85 et 90 de notre ère. Des fouilles menée sur le camp de sa précédente affectation, à Mirebellum près de Dijon, attestent de sa présence en Bourgogne au moins jusque vers 83-84[5]. À la fin du Ier siècle, les 6 000 légionnaires sont mutés à Argentoratum afin de mieux surveiller le limes de Germanie. Sur les bords de l'İll, le camp se fixe au plus près du Rhin et de sa zone inondable mais à l’abri de la plupart de ses crues annuelles.

La ville reste néanmoins essentiellement militaire et donc totalement dépendante de cette activité. Au cours des IIe et IIIe siècles, avec l’agrandissement de l’Empire romain, Argentoratum va servir de base de repli pour les troupes romaines installées en Germanie. Mais en 260, les légions quittent la Germanie et Strasbourg redevient une ville frontière[6]. Alors que les limes (frontière de l'Empire romain) de l'Empire atteignent le Danube et le Neckar, le camp est réduit à un centre de ravitaillement.

Il retrouve son rôle militaire au moment des invasions barbares. Ainsi, en août 357, les troupes du général romain Julien défont les Alamans de Chnodomar dans la bataille d'Argentoratum.

Rapidement, des artisans et des marchands au service des militaires, s'installent en dehors des murs du camp et se fixent au sein d'un vicus et d'un canabae (ville et faubourgs), principalement dans l'actuel quartier de Koenigshoffen le long de l'actuelle rue des Romains. Durant le IIIe siècle, la population totale d'Argentoratum est estimée entre 20 000 et 30 000 habitants. Le chiffre de 20 000 habitants s'est probablement maintenu jusqu'au IVe siècle de notre ère pour ensuite fortement décliner.

En 355, la ville est saccagée par les Alamans. Julien reconquiert la ville en 357 après une victoire décisive sur les Alamans lors de la bataille de Strasbourg. Mais en 406 les Germains envahissent à nouveau la Gaule puis en 451, la ville est complètement détruite par Attila[7].

Une population de quelques centaines d'habitants a sûrement perduré durant tout le Haut Moyen Âge au sein de l'enceinte romaine désertée par les militaires vers le milieu du Ve siècle[8]

Description[modifier | modifier le code]

Le site du camp romain de 19 ha, situé sur la Grande île, a conservé son tracé d'origine dans la topographie de la ville, enserrée sur ses quatre côtés par des bras d'eau de l'Ill et de la Bruche.

Le périmètre et les axes de l'enceinte sont encore en partie lisibles aujourd'hui dans le tracé des actuelles rues du Dôme correspondant à l'ancien cardo et la rue des Hallebardes correspondant à l'ancien decumanus.

Camp romain de la legio VIII Augusta[modifier | modifier le code]

Trois remparts successifs[modifier | modifier le code]

schéma d'une tour
Schéma d'une tour romaine par Jean-André Silbermann, en 1753, avant son dynamitage
Enceinte en bois et terre[modifier | modifier le code]

Durant les trois siècle de sa présence à Argentoratum, la légion VIII édifie successivement trois enceintes afin de protéger son campement. Le choix de son emplacement s'est porté sur une terrasse alluviale qui surmontait alors de basses terres marécageuses. Le site a d'abord été nivelé et remblayé sur une hauteur de dix centimètres. Une enceinte en terre avec une armature en bois a ensuite été édifiée. La largeur de ce mur était de 4,40 mètres à sa base pour une hauteur estimée de 3,50 mètres jusqu'au chemin de ronde. L'enceinte était précédée d'un fossé incurvé de 5 à 6 mètres de large pour une profondeur d'environ 1,20 à 1,50 mètres de profondeur [9].

Enceinte en pierre calcaire[modifier | modifier le code]

Un deuxième rempart en pierre calcaire est édifié au milieu du IIe siècle de notre ère directement devant celui en terre et en bois. Les tours sont rectangulaires et font saillies à l'intérieur du camp. Le premier fossé est comblé et un deuxième est creusé un peu plus loin. Le mur repose sur des fondations en pierres volcaniques du Kaiserstuhl déposées dans une tranchée profonde et large de 1 à 1,20 mètres. Le rempart est maçonné avec de petits moellons de pierre calcaire mais est entrecoupé par des chaînages horizontaux à trois assises de briques ou de tuiles[10].

Enceinte en grès rose[modifier | modifier le code]

Le troisième et dernier mur est édifié en grès, probablement par étapes successives, à la fin du IIIe siècle ou au début du IVe siècle de notre ère. Il s'adosse directement contre l'enceinte en pierre calcaire. Cette nouvelle enceinte est munie de nombreuses tours de plan semi-circulaire espacées de 20 à 40 mètres et de tours rondes plus larges aux angles. L'archéologie a permis de découvrir dix-sept tours semi-circulaires. Leurs diamètres sont variables ; 4,70 mètres sur le front nord-est, 7,60 mètres sur le front opposé et 6,50 mètres de moyenne sur le front nord-ouest[11]. Cette enceinte comporte des remplois pour la plupart des stèles funéraires ou des fragments sculptés ou gravés d'inscriptions. Il subsiste actuellement des vestiges intégrés dans des murs d'immeuble (secteur de la place du Temple-Neuf) ou dans des caves comme aux 47-49 de la rue des Grandes-Arcades (exhumé en 1906 et classé Monument Historique depuis le 27 décembre 1920)[12].

Fossés d'Argentoratum[modifier | modifier le code]

plan et murs d’Argentoratum
Maquette du camp d’Argentoratum au Musée archéologique de Strasbourg.

La présence romaine est attestée jusqu'à l'invasion des Huns de l'an 451. Dans sa phase finale du IVe siècle, le camp romain d'Argentoratum est assez bien connu depuis les fouilles archéologiques des XIXe et XXe siècles. L'enceinte a 550 mètres de long sur 335 mètres de large et enserre une superficie de 19 hectares, un chiffre dans la norme pour un camp romain (18 à 20 hectares) mais plus petit que les autres camps rhénans qui comptaient une superficie de 25 hectares[13]. Le camp de Strasbourg était délimité par des cours d'eau encore existant et par des fossés qui se laissent encore deviner dans la topographie du centre-ville. Au sud, l'enceinte longeait la rivière İll entre l'actuel pont de la place du Corbeau et l'Église Saint-Étienne. Ce cours d'eau se trouvait être plus large de 90 mètres et son rivage atteignait l'actuelle rue des Veaux. À l'est, les douves de la muraille formaient la partie aval du fossé du Faux Rempart, se poursuivait au nord par la portion du Fossé des Tanneurs (disparu) qui longeait la Place Broglie et continuait à l'ouest par le fossé disparu de l'Ulmergraben (rues des Grandes Arcades et du Vieil-Hôpital)[14].

Portes et rues romaines[modifier | modifier le code]

gravure du XIXe siècle figurant les murs romains
Porte d'Agentoratum (vue d'artiste)

Quatre portes permettaient d'accéder au camp d'Argentoratum, la porta praetoria (ouest) à l'angle de la rue des Hallebardes et de la rue du Fossé-des-Tailleurs, la porta decumana (est) au milieu du quai Lezay-Marnésia, la porta principalis dextra (nord) à l'entrée de la rue du Dôme et la porta principalis sinistra (sud) de la rue du Bain-aux-Roses. Les portes nord et sud sont assez peu renseignées. Des fouilles menées durant l'hiver 1971-1972 ont permis de livrer le plan complet de la porte orientale constituée d'un corps rectangulaire placé à cheval sur la courtine et flanqué de deux tours bastionnées également rectangulaires. Le passage était primitivement large de 5,50 mètres mais fut réduit à 3,20 mètres au cours de l'Antiquité tardive. La porte monumentale et principale était la porta praetoria. Elle faisait fonction de porte officielle et donnait directement vers le prétoire c'est-à-dire le quartier général du camp où résidaient les officiers[15].

Les deux principales artères du castrum étaient la via principalis (axe nord-sud) constituée par l'actuelle rue du Dôme et son prolongement la rue du Bain-aux-Roses (entrecoupées par les bâtiments du Grand Séminaire et du Lycée Fustel-de-Coulanges), et la via prætoria (axe ouest-est), les actuelles rues des Hallebardes et des Juifs[13].

Vestiges archéologiques[modifier | modifier le code]

De nombreux objets romains ont également été retrouvés le long de la actuelle Route des Romains dans la banlieue de Koenigshoffen.

Parmi les découvertes les plus remarquables de Koenigshoffen étaient les fragments d'un grand Mithraeum qui avait été brisé par les premiers chrétiens durant le 4e siècle.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Dans la ville de Rome on trouve le Largo di Torre Argentina, une vaste place rectangulaire sur le corso Vittorio Emanuele, dans le quartier historique du Champ de Mars, presque entièrement occupée par un complexe archéologique comprenant quatre temples romains de l'époque républicaine. Le nom de la place se réfère à la tour dite Torre Argentina, aujourd'hui englobée dans le Palazzetto del Burcardo actuellement Biblioteca e Museo teatrale del Burcardo (it), ainsi nommée par Johann Burchard (1445-1506), dont le nom fut italianisé en Burcardo et qui, à partir de 1483, fut maître des cérémonies des cinq papes Sixte IV, Innocent VIII, Alexandre VI, Pie III et Jules II. Ce haut prélat était originaire de Strasbourg (en latin Argentoratum, nom donné à la ville en référence à ses mines d'argent) aimait signer ses écrits du surnom d'Argentinus.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Musées de la ville de Strasbourg et INRAP, Strasbourg-Argentorate : Un camp légionnaire sur le Rhin (1er au IVe siècle après J.-C.), t. 8, coll. « Fouilles récentes en Alsace »,‎ , 152 p. (ISBN 978-2-35125-086-0)
  • Dominique Toursel-Harster, Jean-Pierre Beck et Guy Bronner, Dictionnaire des monuments historiques d'Alsace, La Nuée Bleue,‎ , 676 p. (ISBN 2716502501)
  • Collectif, Histoire de Strasbourg, Strasbourg, Privat/DNA,‎ , 528 p. (ISBN 2-7089-4726-5)
  • Collectif, Strasbourg : Urbanisme et architecture des origines à nos jours, Strasbourg, Oberlin/Gérard Klopp/Difal,‎ , 297 p. (ISBN 2-85369-164-0)
  • René Descombes, L'eau dans la ville : Des métiers et des hommes, Strasbourg, Les Éditions Ronald Hirlé,‎ , 351 p. (ISBN 2-910048-12-8)
  • Collectif, Histoire de Strasbourg, Strasbourg, Privat/DNA,‎ , 528 p. (ISBN 2-7089-4726-5)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Voir aussi : Argentoratum sur Wikipédia en latin.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise, édition errance 1994.
  2. Histoire secrète de Strasbourg, Michel Bertrand, Édition Albin Michel, p. 11 et p. 12
  3. http://www.argentoratum.com/histoire1.htm
  4. Guy Trendel, op. cit., p. 10 et p. 17
  5. INRAP 2010, p. 23-24
  6. Histoire de Strasbourg, Benoît Jordan, Édition Gisserot, p. 12 et p. 13
  7. Michel Bertrand, op. cit., p. 18
  8. Collectif 1987, p. 71
  9. INRAP 2010, p. 47-50
  10. INRAP 2010, p. 51-52
  11. INRAP 2010, p. 52
  12. Dictionnaire des Monuments 1995, p. 522-523
  13. a et b Collectif 1996, p. 19
  14. Descombes 1995, p. 34
  15. Collectif 1987, p. 54