Bûcher

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Le bûcher (ou bucher[1]) est une forme de peine de mort consistant à brûler un condamné, attaché à un pieu fiché en terre (l'estache), avec du bois parfois complété de divers combustibles (paille, foin, cadavres de porcs ou de chats, poix).

Les corps des hérétiques étaient souvent offerts au Saint-Esprit. Au sens religieux, le bûcher était conçu comme une « flamme bénie » ayant un aspect purifiant (cf theosis, purgatoire).

Exécution des Templiers.

Présentation[modifier | modifier le code]

Le Supplice des Amauriciens, par Jean Fouquet, dans les Grandes Chroniques de France

Sous l'Ancien Régime en France, il existait une multitude de modalités d'application de la peine capitale, selon le crime et la condition du condamné : la décapitation à l'épée était réservée aux nobles, la pendaison, le bûcher, réservé aux crimes religieux et sexuels, la roue, pour les roturiers, l'écartèlement aux régicides. L'ancêtre de la guillotine est le gibet, existant bien avant sa mise en œuvre pendant la Révolution française.

En ce qui concerne le bûcher, deux écoles existent. La première concerne la disposition du bois : soit le bois, en fagots, est disposé autour du pieu, le condamné entrant alors dans le bûcher, qui est refermé derrière lui ; soit le bois est entassé sur une certaine hauteur, et le condamné attaché au-dessus. La deuxième concerne la qualité du bois : le bois est vert, brûle mal (le supplicié meurt asphyxié (l'agonie est moins cruelle) ; ou le bois est sec (le supplicié meurt véritablement brûlé vif, il s'agit alors d'une crémation ; l'agonie s'avère insupportable et atroce).

En règle générale, le bourreau disposait une pile de bois autour des pieds et mollets du condamné, complétée par des fagots de paille. Le condamné était nu - les beaux vêtements coûtant cher étaient récupérés par le bourreau et les hardes, jetées au feu, l'alimentaient - mais il arrivait aussi qu'il soit revêtu d'une simple chemise enduite de soufre, qui augmentait les brûlures (internes et externes) et accélérait l'asphyxie.

Dans le cas d'exécutions collectives, le bûcher était de taille importante et la mort le résultat du manque d'oxygène et de l'inhalation du monoxyde de carbone avant même que le feu ne s'attaque au corps des victimes. Lorsque le bûcher était de taille plus modeste, le condamné agonisait avant de mourir par arrêt cardiaque ou hémorragies.

Rôle du bourreau[modifier | modifier le code]

Contrairement aux exécutions modernes, où il lui suffit « d'appuyer sur un bouton », le bourreau avait un rôle personnel déterminant : outre la mise en œuvre d'une technique d'exécution conforme à la sentence, il avait deux possibilités :

  • Alourdir la peine : il pouvait, en cas de raffinement dans la cruauté, brûler progressivement la peau du condamné : d'abord les mollets, les cuisses et les mains, le torse et les avant-bras, la poitrine, le visage, puis survenait la mort) et il pouvait également l'« oindre d'huile » ce qui augmentait les brûlures ou même attacher ici et là (sur le sexe, le cœur, les aisselles, les oreilles, etc.) de petits sacs de poudre qui éclataient, au fur et à mesure de l'avancée des flammes, causant des douleurs atroces[réf. nécessaire].
  • Amoindrir la peine : dans certains cas, en échange d'une bourse remise par la famille, le bourreau étranglait la victime à l'aide d'une corde, ou lui perçait le cœur avec un des crocs destinés à piquer le feu ou mieux lui faisait avaler certaines drogues (anesthésiantes ou hallucinogènes). Il arrivait également que le condamné soit pendu avant que son corps soit brûlé ; en sachant que pour le supplicié, dans l'échelle des peines, la pendaison est, généralement, préférable à la brûlure. Beaucoup d'aménagements pouvaient être obtenus en « graissant la patte » de l'exécuteur des hautes œuvres dont les principaux objectifs étaient de réaliser un maximum de profit et donc un minimum de frais. En brûlant quelques bottes de paille ou de foin moisi (qui dégageaient beaucoup de fumée, présentant l'avantage d'étouffer le condamné et d'ainsi abréger légèrement sa souffrance), il économisait le bois (qui coûtait cher) tout en produisant un spectacle similaire, car il ne fallait mécontenter ni la Justice (principe de publicité des exécutions), ni les spectateurs qui voulaient « en avoir pour leur argent ». La corruption n'était toutefois pas le seul moyen d'alléger la peine du condamné, car les juges eux-mêmes, au moyen d'une décision de justice souvent secrète dite de retentum, pouvaient demander à ce qu'il soit étranglé avant de subir le bûcher.

Histoire[modifier | modifier le code]

Exécution du chevalier de Hohenberg et de son valet pour sodomie sous les remparts de Zurich en 1482

Le bûcher a beaucoup été utilisé tout au long de l'Histoire : dans l'Antiquité (comme bûcher funéraire), sous l'Empire romain (pour le martyre des premiers chrétiens ; certaines hagiographies montrent que des tentatives échouèrent et que les condamnés durent avoir la tête tranchée), sous l'empire byzantin (le bûcher était réservé aux zoroastriens récalcitrants car ces derniers rendaient un culte au feu) et dans les civilisations précolombiennes d'Amérique du Sud comme sacrifice.

Le supplice est réinventé en Occident un peu avant la réforme grégorienne. Le premier bûcher, mentionné sans précisions, date de 1010 et s'inscrit dans le cadre d'une campagne de persécution contre les juifs[2] initiée par leurs expulsion de Mayence[3]. Le procédé est renouvelé douze ans plus tard au terme du procès des « hérétiques d'Orléans ». Cette condamnation, à caractère politique, se veut exemplaire, et vise à instaurer un climat de terreur[4]. Elle inaugure le « printemps des hérésies » que le zèle des prédicateurs s’emploie à éradiquer par le feu en Artois, à Vertus, Chalons, Montfort près d'Asti, Poitiers, Charroux, dans la campagne périgourdine, à Toulouse[5]... Ce qui ne s'appelle pas encore un autodafé est souvent, comme dans les cas d'Abélard, de La Porete, d'Amaury de Bène, utilisé dans un premier temps comme une forme d'avertissement, ce qui permet de réserver le bûcher au relaps et de l'éviter au repentant, seule la « persévérance étant diabolique ».

En 1184, le Synode de Vérone institutionnalisa l'usage du bûcher pour punir l'hérésie. Cette pratique fut réaffirmée par le Synode de Toulouse en 1224 et par nombre d'autorités ecclésiastiques jusqu'au XVIIe siècle. L'Église considérant l'inhumation du corps entier comme condition à la résurrection, la crémation infligeait une double peine, temporelle et spirituelle. Au Moyen Âge, contre les Albigeois ou par l'Inquisition, qui brûlait hérétiques et sorcières, Juifs et homosexuels. Tomás de Torquemada (1420 - 1498) reste une figure emblématique de l'Inquisition espagnole. Cela dit, on brûla plus au XVIe s à l'époque de la Renaissance qu'au Moyen Âge (Cf. travaux de Muchembled sur la sorcellerie notamment)

En Inde, où les épouses des castes supérieures avaient obligation de se jeter dans le bûcher funéraire de leur mari (coutume du Satī) et étaient supposées ne pas souffrir si elles étaient de bonnes épouses. Il fut également utilisé pendant les Guerres de religion à l'encontre des réformés. Dans certaines régions reculées, des accusations pour "crime de sorcellerie" sont toujours proférées. Des exécutions au bûcher ont notamment eu lieu en 2000 en Inde et au Kenya.[réf. nécessaire]

Comportements condamnés[modifier | modifier le code]

Sorcellerie[modifier | modifier le code]

Femme brûlée pour sorcellerie à Willisau (Suisse) en 1447

Historiens et chercheurs estiment aujourd'hui que le nombre de victimes de la chasse aux sorcières se situe entre 50 et 100 000 sur les deux siècles où les tribunaux de l'Inquisition ou ceux de la Réforme protestante conduisent au bûcher[réf. nécessaire].

Un chiffre élevé en proportion de la population européenne de l'époque. Et ce sont, pour 80 % de ces victimes, des femmes, (spécialement des femmes rousses censées incarner le démon). Les 20 % restants étaient des hommes : pauvres hères et vagabonds, « gens du voyage », juifs ou homosexuels. Beaucoup étaient des malades mentaux : autistes, hallucinés, délirants, hystériques ou même, mais beaucoup plus rarement, des prostituées.

Furent condamnés au bûcher pour sorcellerie des individus tels que Françoise Secrétain en 1598, jugée par Henry Boguet ; Urbain Grandier supplicié à Loudun en 1634 et Catherine Deshayes, dite La Voisin, brûlée à Paris, place de Grève en 1680. Elle était avorteuse, pratiquait des messes noires et fut mêlée à l'affaire des poisons.

Pour l'anecdote, en Angleterre : Une loi de 1677 condamnait au bûcher les météorologues, taxés de sorcellerie. Elle ne fut abrogée qu'en 1959. Dans ce même pays, le châtiment de pendaison et d'écartèlement Hanged, drawn and quartered était appliqué en cas de haute trahison aux hommes uniquement, les femmes subissant le bûcher.

Homosexualité[modifier | modifier le code]

Selon le Lévitique (20, 13), deux hommes coupables de sodomie devaient être punis de mort, et brûlés comme les autres criminels. Le 6 août 390, l'empereur romain Théodose Ier proclame un édit condamnant au bûcher les sodomites. En 1120, le Concile de Naplouse institue la peine de mort sur le bûcher pour les sodomites. En 1215, le IVe concile du Latran impose aux seigneurs de poursuivre les sodomites sur leurs terres, sous peine d'excommunication. En 1259, Bologne punit les sodomites du bûcher ou de l'exil définitif.

Pour les pouvoirs en place, l'accusation de sodomie était aussi facile qu'utile :

  • facile car faute de témoins seuls les aveux arrachés par la Question justifiaient l'accusation;
  • utile car elle étayait faute d'autres charges, une accusation souvent bien pauvre par ailleurs (Cathares, Templiers, etc.) C'était en quelque sorte l'accusation de dernier recours. Ainsi, nombre d'hérétiques (comme les Cathares ou les bogomiles…) seront accusés du crime de sodomie.

Il parait en tout état de cause difficilement crédible que des populations entières fussent homosexuelles dans un contexte chrétien.

En 1372, à Reims, un prostitué travesti nommé Rémon est puni et conduit au bûcher. Gilles de Rais subit le même sort en 1440. Le chevalier de Hohenberg et son valet furent brûlés vifs sous les remparts de Zurich en 1482. En 1554, le poète et humaniste Marc-Antoine Muret, inculpé mais en fuite en Italie, est condamné au bûcher pour sodomie par le Parlement et brûlé en effigie et donc par contumace.

Régicides[modifier | modifier le code]

Ravaillac, assassin du roi de France Henri IV, comme Robert François Damiens qui tenta d'assassiner Louis XV, furent condamnés, selon la peine réservée aux Régicides, au bûcher après écartèlement. Le cadavre de Jacques Clément, assassin de Henri III et tué juste après son acte, fut également brûlé.

Révoltes[modifier | modifier le code]

Le bûcher servit au cours de l'Histoire comme châtiment de certains mouvements de révolte. À titre d'exemple, la réforme de la gabelle et la création des greniers à sel provoquèrent une insurrection des Bordelais en 1548. La populace massacra le représentant du roi. Henri II fit réprimer cette révolte qui n'avait pourtant duré qu'un jour. Les plus compromis des factieux furent ainsi décapités ou brûlés vifs.

Martyrs selon leur religion[modifier | modifier le code]

Juifs[modifier | modifier le code]

Juifs portant la rouelle condamnés au bûcher. Manuscrit médiéval.

À l'origine, la pointe aval de l'Île de la Cité à Paris se terminait par trois îles : l'île aux Juifs, l'île aux Treilles et l'îlot de la Gourdaine. Elles furent réunies à l'île de la Cité par Henri IV pendant la construction du Pont Neuf. L'Île aux Juifs tenait son nom des nombreuses exécutions de Juifs organisées à cet endroit durant le Moyen Âge. C'est à ce même endroit que fut brûlé Jacques de Molay en 1314. Ailleurs, les exécutions ont concerné : Salomon Molkho, marrane qui se reconvertit au Judaïsme, se proclama Messie, et périt par le feu pour apostasie. Les Juifs subissent de nombreuses persécutions et spécialement, pendant la Peste noire, malgré la protection du pape Clément VI. Accusés d'empoisonner les puits, 900 d'entre eux seront brûlés vivants à Strasbourg le 14 février 1349.

Martyrs chrétiens[modifier | modifier le code]

Au temps de l'Empire romain, selon certains auteurs, des chrétiens furent exécutés par le feu selon une méthode particulière : le corps était entièrement enduit de poix et de résine à laquelle on mettait le feu. Selon leur hagiographie, certaines saintes ont réchappé au supplice du feu :

Sainte Agnès fut condamnée à être brûlée sur la place publique comme sorcière. Mais le feu épargna la jeune fille et détruisit ses bourreaux. Finalement, Agnès fut égorgée. Sainte Olive subit le même sort : elle fut condamnée à mourir sur le bûcher. Toutefois, les flammes refusant de la toucher, ses bourreaux se résolurent finalement à la décapiter. Sainte Eugénie aurait subi le même martyr en 257 : l'épreuve du bûcher ayant échoué, on lui trancha la tête.

Henri Voes et Jean Van Eschen furent les premiers martyrs protestants, brûlés le 1er juillet 1523 à Bruxelles. Anne du Bourg, calviniste, condamné en 1559 comme hérétique à être pendu en place de Grève, puis son corps brûlé. 1762 : Jean Calas, calviniste, accusé à tort d'avoir assassiné son fils, roué vif place Saint-Georges à Toulouse puis brûlé vif.

Bûcher funéraire[modifier | modifier le code]

Bûcher funéraire au Népal.

Le bûcher funéraire est, quant à lui, un amas de bois sur lequel sont mis, dans certaines cultures, les cadavres pour leur crémation. En Inde, la satî est le nom du sacrifice des veuves qui « se jettent » (sont jetées) vivantes dans le bûcher crématoire de leur époux. Le jauhâr était une coutume indienne de mort volontaire sur le bûcher funéraire des femmes de guerriers râjputs afin d'éviter la capture par les musulmans à l'occasion de la défaite des villes ou des forts.

Mythologie[modifier | modifier le code]

Le phénix, selon la légende, transforme son nid en bûcher puis s'immole. Après trois jours, un nouveau phénix apparaît d'entre les cendres. Polyxène, princesse troyenne, fut immolée par les Grecs (notamment Néoptolème) sur le tombeau d'Achille Achille fait édifier un bûcher pour son ami défunt Patrocle.

Apprenant l'infidélité de sa femme Alcmène, Amphitryon la condamne au bûcher, mais Zeus la sauva en éteignant les flammes par une averse soudaine

Après la mort de Baldr, les Ases, pour ses funérailles, brûlent son corps sur son vaisseau.

Destruction d'objets[modifier | modifier le code]

Un Autodafé consistait à l'origine à brûler des livres considérés comme païens, blasphématoires ou immoraux. Le Bûcher des vanités consistait à déposer ses objets considérés comme luxueux sur un bûcher, notamment les bijoux, pour expier ses péchés (orgueil, avarice, envie) (Jérôme Savonarole, qui en avait organisé à Florence en 1497, mourut lui-même sur le bûcher).

Personnalités condamnées[modifier | modifier le code]

En Allemagne[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

Exécution de Jeanne d'Arc.
Une béguine (telle Marguerite Porete), imprimée à Lübeck en 1489.

Parmi les condamnés les plus célèbres, l'Histoire a retenu les noms de :

En Italie[modifier | modifier le code]

Sous l'empire Romain[modifier | modifier le code]

En Suisse[modifier | modifier le code]

Galerie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Académie française, « Orthographes recommandées par le Conseil supérieur de la langue française »
  2. L. Dasberg, Untersuchungen über die Entwertung des Judenstatus im 11. Jahrhundert, EPHE VIe section "Études juives", Paris, novembre 1965.
    H. Liebeschûtz (de), Synagoga und Ecclesia - Religionsgeschichtliche Studien über die Auseinandersetzung der Kirche mit dem Judentum im Hochmittelalter, 1938, réed. Lambert Schneider, Heidelberg, 1983 (ISBN 9783795302276).
  3. R. Chazan, 1007-1012 Initial Crisis for Northern-European Jewry, in Proceedings of the American Academy for Jewish Research, n° 38-39, p. 101-118, Ann Arbor (Michigan), 1971.
  4. R. Landes, La vie apostolique en Aquitaine en l'an mil, Paix de Dieu, culte des reliques et communautés hérétiques, in Annales "Économies, Sociétés, Civilisations", vol 46, n°3, p. 584, EHESS, Paris, 1991.
  5. R. Landes, La vie apostolique en Aquitaine en l'an mil, Paix de Dieu, culte des reliques et communautés hérétiques, in Annales "Économies, Sociétés, Civilisations", vol 46, n°3, EHESS, Paris, 1991.

Annexes[modifier | modifier le code]

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