Akhénaton

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Buste d'Akhénaton, musée égyptien du Caire.
Relief trouvé à Karnak représentant Amenhotep IV au début de son règne - Neues Museum (Berlin)
Relief représentant Akhénaton après l'an V de son règne - Neues Museum (Berlin)

Amenhotep IV (Aménophis IV[1] en grec ancien d'après le nom donné par Manéthon à son prédécesseur (lui ne le nomme pas explicitement), Akhénaton (ou plus rarement Khounaton) est le dixième pharaon de la XVIIIe dynastie. On situe son règne de -1355 / -1353 à -1338 / -1337[2].

Il est le fils de la reine Tiyi et du roi Amenhotep III. Figure controversée, considéré parfois comme l’un des grands mystiques de l’Histoire, il bouleverse, le temps d'un règne, l’histoire de l'Égypte antique en accélérant l'évolution théologique commencée par son prédécesseur et en voulant imposer le culte exclusif de Rê-Horakhty « qui est dans Aton »[3], dont il est à la fois le prophète et l’incarnation.

Parallèlement à la réforme religieuse, son règne voit l'émergence d'une nouvelle esthétique à la fois baroque et naturaliste : l'art amarnien. L'imagerie royale est la première concernée par ce mouvement qui rompt avec la tradition et représente le pharaon et sa famille dans leur intimité.

Sur le plan politique enfin, les choix — ou l'inertie — d'Akhénaton conduiront à la première véritable crise du Nouvel Empire tant sur le plan économique qu'international. Avec ce pharaon considéré comme hérétique, la XVIIIe dynastie touche bientôt à sa fin.

Généalogie[modifier | modifier le code]

Amenhotep IV / Akhénaton
Naissance Date inconnue Décès -1338/-1337
Père Amenhotep III Grands-parents paternels
Thoutmôsis IV
Moutemouia
Mère Tiyi Grands-parents maternels
Youya
Touya
Fratrie Thoutmôsis
Satamon
Iset
Henouttaneb
Nebetâh
Baketaton (incertain)
Smenkhkarê[4] (incertain)
1re épouse Néfertiti[5] Enfant(s) Filles d'Akhénaton :
Mérytaton, L'aimée d'Aton
Mâkhétaton, La protégée d'Aton
Ânkhésenpaaton, Elle vit pour Aton
Néfernéferouaton Tasherit, Parfaite est la beauté d'Aton
Néfernéferourê, Parfaite est la beauté de Rê
Sétepenrê, L'élue de Rê
2e épouse Kiya (identifiée à la princesse mitanienne Tadukhepa[6]) Enfant(s) Baketaton (incertain)
3e épouse Mérytaton Enfant(s) Mérytaton Tasherit (incertain)
4e épouse Mâkhétaton Enfant(s) Un enfant au nom inconnu (incertain)
5e épouse Ânkhésenpaaton Enfant(s) Ânkhésenpaaton Tasherit (incertain)
6e épouse Nebetâh/Baketaton (incertain)[7]
(momie KV35YL)
Enfant(s) Toutânkhamon[7]
Smenkhkarê (incertain)
7e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
8e épouse inconnue Enfant(s) pas d'enfant connu
Mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
2e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
3e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu
4e mari inconnu Enfant(s) pas d'enfant connu

Titulature[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Titulature des pharaons.

Première titulature (Amenhotep IV)[modifier | modifier le code]

Seconde titulature (Akhénaton)[modifier | modifier le code]

Règne[modifier | modifier le code]

Amenhotep IV / Akhénaton
Période Nouvel Empire
Dynastie XVIIIe dynastie
Fonction 10e pharaon de la dynastie
Prédécesseur Amenhotep III
Prise du pouvoir Mort naturelle du précédent
Dates de règne -1397 à -1387 (selon Vandersleyen)
-1392 à -1354 (selon J. von Beckerath)
-1372 à -1355 (selon D. B. Redford)
-1367 à -1350 (selon A. H. Gardiner)
-1366 à -1349 (selon R. A. Parker)
-1364 à -1348 (selon D. Arnold)
-1364 à -1347 (selon E. Hornung)
-1360 à -1343 (selon A. D. Dodson)
-1358 à -1340 (selon C. Aldred)
-1356 à -1340 (selon K. A. Kitchen)
-1355 / -1353 à -1338 / -1337 (selon J. Málek, N. Grimal, R. Krauss, Murnane)
-1352 à -1336 (selon I. Shaw)
-1350 à -1336 (selon E. F. Wente)
-1340 à -1324 (selon H. W. Helck)
Durée du règne Inconnue
Successeur Ânkh-Khéperourê et Smenkhkaré
Passation du pouvoir Mort naturelle
Sépulture Non trouvé
Date de découverte Inconnue
Découvreur Inconnu
Fouillée par ?

Premières années[modifier | modifier le code]

La possibilité d'une corégence du jeune Amenhotep IV avec son père reste incertaine. Certains spécialistes la font débuter vers l'an XXVIII / XXIX d'Amenhotep III, d'autres en XXXVII / XXXIX[8]. Un bas-relief du troisième pylône du temple d'Amon-Rê représente le père et le fils couronnés, participant aux fêtes jubilaires.

Les distances prises entre le roi et le clergé d'Amon sont déjà attestées sous Amenhotep III. La place de , l'influence de la théologie solaire héliopolitaine et les mentions à Aton sont plus présentes dans les hymnes et les titulatures royales.

C'est vers -1355 / -1353 qu'Amenhotep IV, couronné sous le nom de Néferkhéperouré, « Les manifestations de Rê sont parfaites », Ouâenrê, « L'Unique de Rê », alors âgé de moins de seize ans[9], monte sur le trône d'Égypte.

Avant l'an IV, il est déjà marié à Néfertiti (La Belle est venue), aux origines incertaines.

Durant les trois premières années de son règne, Amenhotep IV s'inscrit en continuateur, bien que modéré et déjà novateur, de l'œuvre de ses pères. Ses constructions à Karnak attestent de cette tendance double. Il adjoint au troisième pylône de Karnak un « vestibule », sur la paroi duquel apparaît une scène de l'imagerie traditionnelle.

Mais dans le même temps, il fait construire, en dehors de l'enceinte du temple, un sanctuaire dédié à Aton, le Gempaaten ou Gematon (Aton est trouvé). Sur les murs de ses constructions, il continue à inscrire son nom, Amenhotep. Mais dans le domaine artistique, ses portraits évoluent déjà vers les canons amarniens si particuliers[10].

Dès l'an IV, Akhénaton prend une décision surprenante : il fait célébrer sa première fête-sed, rituel jubilaire de régénération, qui marque traditionnellement les trente ans de règne d'un souverain. Le roi était-il faible ou souffrant ? Il est plus concevable d'y voir plutôt une étape de sa réforme religieuse : les célébrations ont lieu dans le temple d'Aton à l'est de Karnak, le Gematon, et Néfertiti en occupe, avec son époux, le rôle central.

On connaît peu le contexte dans lequel le roi marque sa véritable « rupture », entre l'an IV et l'an VI.

Révolution religieuse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Culte d'Aton.

Le jeune souverain va progressivement d'abord, puis plus brutalement ensuite, imposer une religion que certains qualifient d'hénothéiste et d'autres de premier monothéisme exclusif (comme dans l'Islam : sans nulle dénomination au pluriel de la divinité)[11] connu de l'histoire, privilégiant le culte du disque solaire Aton. Pour des raisons encore mal connues, mais vraisemblablement en butte au conservatisme et à l'hostilité du clergé thébain, Akhénaton décide d'abandonner le culte du dieu dynastique Amon, le « dieu caché ».

En l'an IV du règne, il fait sa première visite à l'endroit où sera fondée sa future capitale, une cité vierge de la présence du dieu thébain. Il choisit comme emplacement un lieu désertique en Moyenne-Égypte, sur la rive orientale du Nil, où il fait construire la cité d'Akhetaton (« l'Horizon d'Aton »), l'actuelle Amarna, à quelque 300 km au nord de Thèbes. Il entame des travaux qui draineront une grande partie des revenus affectés à Thèbes.

En l'an VI, il change de titulature, prend le nom d'Akhénaton, « Celui qui est bénéfique (ou utile) à Aton », et quitte enfin la ville d’Amon, Thèbes. La grande épouse Néfertiti porte le nom de Néfernéferouaton (Belle est la perfection d'Aton). Toute la cour et l'administration royales déménagent pour la nouvelle résidence encore inachevée, dont les temples, dédiés au dieu unique Aton, sont construits à ciel ouvert pour permettre à ses rayons bienfaisants d'y pénétrer.

On attribue souvent cette révolution culturelle et religieuse au seul Akhénaton, mais il semble qu'il n'ait fait qu'imposer une tendance née durant le règne de son père, Amenhotep III. Nicolas Grimal parle d'une « solarisation » des principaux dieux sous ce roi et le culte exclusif du Disque solaire en serait l'aboutissement logique[12].

Avant Akhénaton, Aton était un dieu mineur dont l'existence est attestée dès le Moyen Empire. Au Nouvel Empire, Thoutmôsis III s'était placé sous sa protection et Amenhotep III, dont l'une des épithètes était « Rayonnement d'Aton », avait encouragé le culte du dieu.

En l'an IX de son règne, Akhénaton ira plus loin, dans une apparente radicalisation de sa réforme atonienne : il ordonne de détruire, dans les principales régions névralgiques du royaume, les images de culte des anciennes divinités[13], à l'exception notable de Rê, afin de mener à bien son « opération » magique, effaçant l'expression des principes anciens pour faire place à la fonction nouvelle qu'il incarnait. En martelant les noms des dieux, dans un système de croyances où le Verbe est créateur, il annule leur faculté de s'incarner et occulte leur influence. Il fait ainsi du Disque solaire le dieu universel, l'Unique « qui n'a pas son pareil », le démiurge qui répète son acte créateur à chaque lever du soleil. Pour souligner la royauté céleste d'Aton, le nom du dieu est inscrit dans des cartouches : il est « Rê-Horakhty qui se réjouit dans l'horizon », « Le Souverain (heka) des deux horizons ». On se trouve désormais en présence d'un monothéisme, véritable révolution religieuse dans l'Antiquité.

Le roi est l'image terrestre d'Aton, son « enfant parfait » ; avec la grande épouse royale, Néfertiti, il est le seul intermédiaire entre la divinité et les humains. À l'instar de la triade AmonMoutKhonsou, le couple royal forme avec Aton une triade divine adorée dans les demeures des hauts dignitaires. Le peuple, quant à lui, perpétue dans une grande majorité les cultes privés traditionnels.

D'après Sigmund Freud, le culte du dieu Aton est une des premières manifestations de la notion d'infini[14].

Mais selon les égyptologues contemporains, la notion d'infini est comprise déjà dans l'Ouroboros, serpent qui se mord la queue, symbole du monde non-manifesté, qui pouvait aussi entourer le Dieu Soleil, Rê[11].

Pour certains la réelle innovation d'Akhénaton fut d'imposer sa logique unilatérale et dogmatique, refusant tout pluriel de la notion de divinité, qui se manifesta par une intolérance envers les autres divinités du panthéon égyptien que le pharaon considérait comme néfastes à sa doctrine personnelle. Or l'univers religieux égyptien traditionnel ne voyait pas pourquoi, en détruisant ou en dévalorisant absolument une quelconque divinité ou l'ensemble des autres divinités, l'approche de réel sacré était défendue ; au contraire, on voyait cela comme une preuve de tyrannie religieuse et, dès la mort d'Akhénaton, on s'empressa de faire oublier son nom en prenant soin de rétablir le polythéisme hénothéiste traditionnel, puisque, pour les prêtres de l'Égypte, la réalité sacrée est vue comme un complexe et est seulement compréhensible à partir de nombreuses échelles différentes entraînant des correspondances physiques et métaphysiques[11].

Révolution artistique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Art amarnien.

L'art amarnien se caractérise par un style naturaliste où abondent les plantes, les fleurs et les oiseaux, mais aussi, dans les cas les plus extrêmes, par un « académisme de cauchemar » (J. Leclant) poussant jusqu'à la caricature apparente. Ainsi, les statues colossales découvertes dans le temple d’Aton à Karnak sont à l’opposé de l’art classique idéalisant : elles montrent le roi avec un corps androgyne aux hanches exagérément larges, le ventre proéminent, la tête allongée et les lèvres charnues. D’autres statues le montrent apparemment nu mais asexué. Sur un bas-relief conservé au Neues Museum de Berlin, Néfertiti et les petites princesses sont représentées avec le même visage étiré en longueur, en tout point identique à celui d'Akhénaton qui leur fait face.

Certains archéologues estiment par conséquent que l’iconographie d'Amarna ne faisait que suivre une exigence de pharaon qui voulait que fût mis en évidence le lien exclusif qui unissait la famille royale au Dieu unique créateur de toute vie. En effet, l'art amarnien fut un art de cour qui, tout comme l'art traditionnel et ses conventions figuratives, devait respecter les normes qu’imposait une perspective hiérarchique.

Il se peut toutefois qu’Akhénaton ait eu un physique très ingrat, voire un handicap. On a ainsi avancé l'hypothèse selon laquelle le roi aurait été atteint d'une maladie génétique rare et transmissible à sa descendance : le syndrome de Marfan ou le syndrome de Prune Belly, des études récentes avancent l'hypothèse qu'il était atteint d'un trouble métabolique l'homocystinurie[15]. La représentation artistique de certains membres de la cour amarnienne disposant, dans de moindres mesures, des mêmes déformations rend cette théorie peu plausible. On a encore dit que le roi aurait été atteint d'épilepsie, provoquant chez lui de longues crises hallucinatoires et douloureuses.

On prête aussi à ce mystique des talents de poète, s'il est vrai qu'il a lui-même composé le Grand Hymne à Aton gravé dans la tombe d'Aÿ.

Le cœur du règne[modifier | modifier le code]

Akhénaton perpétue la tradition de rois bâtisseurs de ses prédécesseurs. Il élève des temples, qu'il appelle Gematon, comme à Karnak, à Kawa et à Sesebi, ainsi qu'une ville fortifiée en aval de la troisième cataracte[16].

L’an XII semble être l’apogée du règne. Une fête grandiose est célébrée dans la cité où les envoyés des roitelets palestiniens, de Nubie, des pays de Koush et de Pount, apportent leurs présents au roi et à la grande épouse royale, possiblement en présence de la reine mère Tiyi.

Cette dernière, dont l'importance en matière de politique, intérieure comme internationale, est déjà avérée à Thèbes sous le règne précédent, fait, selon certaines représentations, plusieurs séjours dans la nouvelle capitale, et y résida peut-être. Elle semble avoir conservé une certaine influence sur son fils[17]. Elle est souvent accompagnée par sa plus jeune fille Baketaton, dont l'âge se rapproche de celui de ses nièces, les filles d'Akhénaton. La reine mère et sa fille cadette meurent toutes deux au plus tard à la fin de l'an XII.

Les décès qui frappent le roi, dont toute l'imagerie montre - outre son sens rituel - le profond attachement à sa famille, ne s'arrêtent pas là. La petite princesse Mâkhétaton, seconde fille du roi, meurt en l'an XIV. Les scènes rituelles de deuil sont représentées, sans cacher le chagrin du couple royal.

À partir de cette date, la documentation se raréfie, et il devient extrêmement complexe de déchiffrer la succession des événements qui marque la dernière partie du règne.

Période noire ?[modifier | modifier le code]

Loin de l'image idyllique d'un pharaon poète et rêveur mystique, le règne d'Akhénaton est considéré par beaucoup d'égyptologues comme une période sombre de l'Égypte antique. La réforme religieuse d'Akhénaton entraîna une perte d'influence importante des dieux du panthéon traditionnel : suppression de certains cultes, fermeture de temples, perte de biens du clergé, dégradation des effigies divines, ce qui vaudra au roi d'être surnommé - de manière discutable - le pharaon hérétique.

Jean Yoyotte et Pascal Vernus ne croient pas en un Aton fanatique et intolérant[18]. Le martelage des noms ne touche pas le royaume dans son entier, et le nom de certains dieux est laissé intact[19]. Le gouvernorat du Fayoum semble même avoir presque complètement échappé au martelage[20].

Si le roi s'attaque aux cultes des divinités traditionnelles du royaume, il n'y a aucune persécution du peuple égyptien, qui préserve ses croyances. Les noms théophores au sein du peuple restent inchangés, et à Akhétaton même, la découverte de petites idoles traditionnelles dans certaines habitations plaident pour la continuité des croyances polythéistes habituelles[18].

Il est cependant évident aussi que, en raison d'une centralisation excessive, et apparemment inefficace, ainsi qu'à l'amoindrissement des actifs et la confiscation des domaines des temples, l'Égypte connut une crise économique. En effet, en l'absence de tout numéraire, le système économique et social était basé sur le troc et sur la distribution des ressources stockées dans les greniers de l'État et des temples, de sorte que la confiscation des « domaines divins » par la couronne ruinait « tout un système de production et de redistribution qu'aucune structure nouvelle ne vient remplacer[21]».

Politique extérieure[modifier | modifier le code]

Fragment d'un colosse d'Amenhotep IV-Akhénaton (musée du Louvre)

En Syrie et en pays de Canaan, les Hittites et les Amorrites grignotent petit à petit les conquêtes de Thoutmôsis III. Ainsi, le roi de Qadesh, entré dans l’alliance hittite, conquiert la Syrie du Nord, tandis que Suppiluliuma (-1382 / -1342) et Assur-uballit Ier s’attaquent au Mitanni, allié de l’Égypte. De son côté, le roi d’Amourrou se rend maître de plusieurs places fortes de la côte phénicienne.

Akhénaton omet de venir en aide à ses vassaux, malgré leurs appels pressants, de sorte que son inertie cause la perte de Sidon, de Tyr et de Byblos. Pendant ce temps, des bandes de nomades pillards, les Apirou, s’emparent de Megiddo et de Jérusalem.

La correspondance diplomatique retrouvée entre les différents grands États d'Orient souligne encore davantage la négligence et la maladresse du pharaon, qui aggrave l'affaiblissement de l'Égypte dans ses possessions asiatiques et son influence dans les cours étrangères. L'or est alors un élément de première importance dans la politique internationale, et l'Égypte, prospère, est réputée en posséder à profusion. Alors qu'une grande partie du prestige moral du royaume et de son influence à l'extérieur repose sur sa prodigalité (ce qu'avait parfaitement compris Amenhotep III), Akhénaton est beaucoup moins généreux que son père et les envois d'or diminuent considérablement. Les rois d'Assyrie, de Babylone et du Mitanni s'en plaignent dans les lettres qu'ils adressent à leur « frère » d'Égypte, sur des tons de moins en moins amicaux.

À la fin du règne, il ne subsiste presque rien de l’empire asiatique des premiers Thoutmosides.

La fin du règne[modifier | modifier le code]

La mort d'Akhénaton est entourée de mystère. On ne sait ni quand ni comment il décède, ses successeurs ayant tout fait pour effacer les traces du roi hérétique. Tout au plus peut-on dater de l’an XVII ou XVIII la dernière inscription qui le mentionne. Cependant, certains suggèrent que l'éclipse totale de soleil du 14 mai 1337 av. J.-C. pourrait être concomitante avec sa mort[22]. Des études récentes avancent l'hypothèse qu'il était atteint d'un trouble métabolique portant le nom de homocystinurie[15], les conséquences de cette maladie pouvant expliquer sa mort.

Smenkhkarê[23], gendre et successeur d’Akhénaton après une probable corégence[24], meurt à la fin d'un règne éphémère. Le pouvoir revient alors au fils cadet d'Akhénaton, alors âgé de 9 ans : Toutânkhaton, qui a épousé Ankhésenpaaton, la troisième fille d’Akhénaton. Avec la disparition d'Akhénaton s'éteint le culte d'Aton. Au bout de trois ans, Toutânkhaton quitte Amarna ; il adopte le nom de Toutânkhamon, restaure le culte des dieux traditionnels et rétablit le clergé dans les biens dont l’avait dépouillé le « misérable d'Akhétaton ».

Sépulture[modifier | modifier le code]

La tombe d'Akhénaton a été aménagée dans la nécropole royale d'Amarna. Découverte par des fellah à la fin du XIXe siècle, puis redécouverte en 1891, la tombe fut fouillée par Howard Carter en 1892, qui en releva les décors des parois accessibles pour le compte de l'Egyptian Exploration Fund. De 1893 à 1894, le tombeau a été fouillé par Alexandre Barsanti pour le compte du Service des Antiquités égyptiennes, et dégagé des gravats qui l'encombraient, révélant son plan et découvrant les restes du sarcophage externe du roi ainsi que de son coffre à canopes et de nombreux fragments d'oushebtis au nom du roi.

Brisés en centaines de morceaux ces vestiges de l'équipement funéraire royal ont été transportés au musée égyptien du Caire, où ils ont été reconstitués et sont désormais exposés[25].

L'ensemble de ces indices démontre que dans un premier temps, le roi a bien été inhumé dans la tombe qu'il s'était fait aménager dans sa nouvelle capitale. Après le retour à l'orthodoxie religieuse et (probablement) d'un premier pillage de la nécropole royale, le corps du roi a été déplacé et inhumé dans la tombe de sa mère dans la vallée des rois.

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En 1907, Davis et Ayrton fouillant dans la vallée des rois, mettent au jour la tombe KV55 qui contenait plusieurs restes de viatiques funéraires royaux de la fin de la XVIIIe dynastie, dont un grand sarcophage en bois doré dont les cartouches royaux ont été martelés, effaçant à jamais le nom de son propriétaire, et dont le visage en or a été arraché, défigurant la tête du sarcophage. Plusieurs autres objets portaient également des cartouches qui avaient été systématiquement effacés, signe caractéristique de la damnatio memoriae subie par les souverains amarniens au cours de la XIXe dynastie.

Le sarcophage contenait encore une momie réduite à l'état de squelette qui n'a pas été immédiatement identifiée[26].

Des examens récents de ce squelette ont été menés de 2005 à 2009 par une équipe égyptienne dirigée par Zahi Hawass, permettant finalement par des analyses ADN de démontrer que ce corps était bien celui d'un fils d'Amenhotep III et de la reine Tiyi. Ces résultats révélés le 17 février 2010 à la presse et associés aux objets déjà découverts dans la tombe au nom d'Akhénaton, permettent de confirmer l'hypothèse qu'il s'agit bien des restes du roi[27].

Akhénaton a bien été momifié et a reçu une sépulture officielle dans la nécropole royale de sa capitale. Après avoir reposé une brève période dans son tombeau royal en Amarna, il a été déplacé avec les restes de son équipement funéraire dans la vallée des rois dans la KV55 probablement sous le règne de Toutânkhamon.

Après le règne de ce dernier, la tombe a été ouverte et les objets aux noms du roi ont été délibérément saccagés. C'est à ce moment-là que le sarcophage royal a été abîmé et probablement ouvert afin de dépouiller la momie du roi des ultimes reliques permettant d'identifier son propriétaire, condamnation posthume à l'oubli et surtout interdiction de tout espoir de renaissance dans l'au-delà, ce qui représentait pour les Égyptiens la pire des punitions. Puis la tombe a été refermée et scellée à nouveau.

La présence de ces sceaux sur le mur bloquant l'accès à la tombe indique que cet acte de désécration a donc été réalisé par ordre officiel et non par des pillards. Cet acte vient clore la campagne de damnatio memoriae qui a débuté sous le règne d'Horemheb et s'est achevée sous les premiers pharaons de la XIXe dynastie.

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Redécouverte[modifier | modifier le code]

L’échec de sa réforme religieuse et la violente réaction conservatrice qui s’ensuivit condamnèrent Akhénaton à un oubli quasi total.

Sa redécouverte à la fin XIXe siècle a été progressive et, même pour les archéologues sérieux qui s’en sont occupés, elle a été l’occasion de descriptions souvent fantasmatiques et de projections de leurs a priori, dans lesquelles Akhénaton est présenté tantôt positivement, tantôt négativement, mais généralement dans une perspective occidentalocentrée[28],[29]. Ainsi, dès 1910 l'égyptologue Arthur Edward Pears Weigall, qui lui consacre la première biographie, voit dans Akhénaton un précurseur évident du Christ : « Aucune religion à travers le monde n'est aussi proche du christianisme que la foi d'Akhénathon[30] ». Même si la description de Weigall attira de nombreuses critiques de ses pairs, certains allant jusqu'à la taxer de « romanesque »[31], la liste des interprétations hasardeuses, farfelues, voire délirantes[32] n'a fait que s'allonger : la bibliographie consacrée à Akhénaton compte actuellement plusieurs milliers d'ouvrages.

En 1939, Sigmund Freud s'y intéresse dans L’homme Moïse et la religion monothéiste[33], mais même ses disciples préfèrent classer dans le genre romanesque ou ésotérique[34],[35] cet ouvrage à la rédaction duquel il travailla longtemps (débuté vers 1910 et publié à sa mort).

Un des auteurs les plus inspirés par l'atonisme fut la femme de lettres et ésotérique nazie Savitri Devi, qui écrit Akhnaton Fils du Soleil.

Le psychiatre Immanuel Velikovsky, auteur de théories catastrophistes controversées, soutient dans Œdipe et Akhnaton retrouver l'histoire d'Akhénaton sous les traits d'Œdipe.

Akhénaton, personnage de fiction[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Jeu de rôle[modifier | modifier le code]

  • Dans le jeu de rôle Nephilim, Akhénaton est un Nephilim visionnaire, créateur des 22 Arcanes Majeurs, les voies d'accomplissement des Nephilim.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Opéra[modifier | modifier le code]

  • En 1983, le compositeur Philip Glass, figure de proue de la musique minimaliste (avec une approche répétitive), lui consacre un opéra intitulé Akhnaten considéré comme l'une des pièces majeures du XXe siècle finissant.

Photos[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Titulature utilisée par les égyptologues français mais abandonnée par la communauté scientifique car résultant d'une mauvaise transcription du hiéroglyphique en grec par Manéthon.
  2. Selon Malek, von Beckerath, Grimal, Krauss, Murnane. La date de son avènement ne fait cependant pas l'unanimité : y a-t-il ou n’y a-t-il pas eu de corégence avec son père ?
    Autres avis de spécialistes : -1397 à -1387 (Vandersleyen), -1372 à -1355 (Redford), -1367 à -1350 (Gardiner), -1366 à -1349 (Parker), -1364 à -1348 (Arnold), -1364 à -1347 (Hornung), -1360 à -1343 (Dodson), -1358 à -1340 (Aldred), -1356 à -1340 (Kitchen), -1392 à -1354 (von Beckerath), -1352 à -1336 (Shaw), -1350 à -1336 (Wente), -1340 à -1324 (Helck).
  3. Le nom du disque solaire, itn, figure déjà dans les textes des pyramides (Ve dynastie), mais sans connotation religieuse. Au Moyen Empire, dans le Conte de Sinouhé, il est attesté avec le déterminatif des divinités : il s'agit ici du dieu Aton.
  4. Jeune frère ou fils aîné d’Akhénaton.
  5. parfois identifiée à la princesse mitannienne Tadukhepa du harem d'Amenhotep III, mais très probablement d'ascendance égyptienne d'après Ch. Desroches Noblecourt, p. 62 ; cf. aussi N. Reeves, p. 102.
  6. E. Hornung, p. 117.
  7. a, b et c Selon les dernières études, Toutânkhamon serait le fils d'Akhénaton et de sa propre sœur et épouse secondaire dont l'identité est inconnue, mais qui a été baptisée Younger Lady et dont la momie est répertoriée KV35YL, et non le fils de Néfertiti, comme on pouvait le croire jusqu'à présent (voir Analyses génétiques Toutankhamon est le fruit d'un inceste).
  8. N. Grimal, p. 291.
  9. de dix ans au plus, selon Marc Gabolde
  10. C. Lalouette, p. 506-507
  11. a, b et c Erik Hornung, Les dieux de l'Égypte, l'un et le multiple, Flammarion
  12. N. Grimal, p. 272.
  13. C. Lalouette, p. 508.
  14. (1939) Sigmund Freud, Der Mann Moses und die monotheistische Religion, éd. Suhrkamp Verlag, Frankfurt am Main - 1964
    Traduit de l’allemand par Anne Berman sous le titre Moïse et le monothéisme et consultable en ligne dans la bibliothèque numérique les Classiques des sciences sociales de l'Université du Québec à Chicoutimi.
  15. a et b Homocystinuria, a Possible Solution of the Akhenaten’s Mystery
  16. C. Lalouette, p. 544
  17. Le roi du Mitanni notamment lui écrit afin qu'elle serve d'intermédiaire auprès du roi.
  18. a et b P. Vernus & J. Yoyotte
  19. Dans la tombe du vizir Ramosé, le nom Amen-hotep n'est pas détruit ; dans celle de Kerhouef, intendant de la reine Tiyi, le nom d'Amon est partout martelé sauf dans les cartouches d'Amenhotep III et de son fils ; sur une stèle de l'intendant Amenhemat, celui d'Osiris, pourtant décrit comme le premier des dieux, est intact ; on voit même apparaître sur une stèle amarnienne, au côté de l'Aton unique, Osiris-Sokaris et Khnoum ; et d'autres encore.
  20. Ch. Jacq, p. 93
  21. N. Grimal, p. 275
  22. Timing Akhenaten par Léo Dubal du VLA (virtual laboratory for archaeometry)
  23. Jeune frère ou fils aîné d’Akhénaton, à moins qu’il ne s’agisse d’une femme, Néfertiti ou Mérytaton (cf. The Oxford History of Ancient Egypt, p. 272).
  24. N. Grimal, p. 282
  25. Le sarcophage est visible dans les jardins du musée, tandis que le coffre à canopes est exposé dans la salle amarnienne du musée
  26. La momie a été d'abord identifiée comme étant celle d'une femme au premier examen avant d'être reconnue comme étant les restes d'un homme
  27. Cf. Z. Hawass, p. 644.
  28. Dimitri Laboury, Akhénaton, p. 11, p. 28 et p. 38.
  29. Voir aussi (en) Dominic Montserrat, Akhenaten. History, Fantasy and Ancient Egypt, Routledge, 2000.
  30. Cité par Dimitri Laboury, Akhénaton, p. 30.
  31. Ibid.
  32. Le terme est de Dimitri Laboury, ibid.
  33. J. Le Rider
  34. M. P. Carrol, p. 15-35
  35. R. J. Bernstein

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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