Immanuel Velikovsky

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Immanuel Velikovsky

Immanuel Velikovsky est un psychiatre et écrivain russe (né à Vitebsk le 10 juin, 1895 – mort à Princeton, États-Unis le 17 novembre 1979). Après des études de médecine (en partie suivies à Montpellier), il exerce à Moscou. Puis il émigre en Palestine où il vit jusqu'en 1939 avant de s'établir à Princeton où il meurt en 1979.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ses travaux, en tant que psychiatre, portent sur le phénomène de l'amnésie collective.

Sa théorie[modifier | modifier le code]

Les prémices de sa théorie[modifier | modifier le code]

Durant ses études et un séjour à Vienne, il assiste au débat entre Sigmund Freud et Karl Abraham au sujet des ressemblances entre l'Œdipe légendaire et le pharaon Akhénaton historique. Durant son séjour en Palestine, il écrit Œdipe et Akhnaton qui identifie un même personnage sous les deux noms. Il émigre alors à New York en vue de la publication du livre ; mais ses éditeurs le pressent de faire passer en priorité les textes sur l'astronomie. Œdipe et Akhnaton sera donc retardé tandis que les thèses astronomiques rencontrent un grand succès populaire et déclenchent le conflit déploré par Carl Sagan.

Mondes en collision[modifier | modifier le code]

En 1940, Immanuel Velikovsky compare les chronologies des civilisations égyptienne et hébraïque. Ces deux civilisations contemporaines lui semblent en effet avoir peu d'événements en commun. Il décide de prendre comme point de repère l'Exode, et s'attache à retrouver cet événement dans l'histoire de ces deux civilisations.

Celui-ci ne doit pas passer inaperçu : l'Égypte est dévastée. Le peuple hébreu, réduit en esclavage, en profite pour s'enfuir ; il croise un autre peuple, en route vers l'Égypte, qu'il envahit et asservit, lui imposant une chape d'obscurantisme et d'oppression de plusieurs siècles.[réf. nécessaire]

La version originale de son livre Le désordre des siècles paraît en 1952 : il y aurait un décalage de sept siècles entre les événements relatés dans chacune des deux chronologies.

Allant plus loin dans sa démonstration, l'Exode serait selon lui la conséquence d'une catastrophe planétaire, dont les traces se retrouveraient dans toutes les civilisations : la Chine (dynastie des Yao), la Polynésie, chez les Indiens d'Amérique du Nord comme du Sud, les peuplades du nord de l'Europe, les Celtes, en Inde et chez les aborigènes d'Australie. Il démontrerait ainsi l'universalité du cataclysme.

Immanuel Velikovsky développe cette théorie dans son livre Mondes en collision (Worlds in collision), paru en 1950. Les grands bouleversements cosmiques qui ont affecté la Terre expliqueraient nombre d'évènements comme l'extinction brutale d'espèces entières pourtant adaptées à leur milieu (tel le mammouth). En particulier, il imagine qu'un corps de la taille d'une planète, qu'il appelle « comète », a été, voici 3 500 ans, expulsé du système de Jupiter vers les planètes intérieures. Les errances de cette « comète » expliquent, selon lui, l'ouverture de la mer Rouge devant Moïse, ou bien la suspension de la rotation de la Terre demandée en prière par Josué. Après maintes divagations, cette « comète » aurait fini par trouver une orbite stable et serait devenue la planète Vénus. Il faut remarquer que la masse de Vénus n'a rien à voir avec celle d'une comète : il s'en faut d'un facteur un milliard. D'autre part, son orbite est presque circulaire, et seul un miracle pourrait transformer une orbite cométaire très excentrique en orbite circulaire.

Ce livre a été sujet à maintes controverses, parmi lesquelles:

« des thèses totalement ridicules (...) et qui ne respectent aucune loi physique »

— Bulletin of the atomic Scientist, 1964.

« Velikovsky pourrait bien avoir raison »

— Bulletin of the atomic Scientist, 1975.

Selon lui, les derniers de ces bouleversements seraient récents. Les grandes civilisations de l'Antiquité auraient ainsi été témoins et victimes de ces catastrophes. Certaines se seraient effondrées (mycénienne, crétoise), d'autres y auraient survécu (phénicienne, égyptienne, grecque) ou en auraient émergé (Carthage, Rome).

Les traces de ces bouleversements seraient présentes :

  • dans les formations géologiques : fossiles broyés et entassés dans d'immenses fosses communes, couches anciennes basculées sur des récentes, cristaux indiquant le « mauvais » nord,
  • dans les mythes et légendes des civilisations qui toutes relatent les mêmes désastres bien que réparties sur tout le globe,
  • dans les témoignages écrits laissés par nos ancêtres (gravés sur bas reliefs ou écrits sur tablettes d'argiles, papyrus…), comme, par exemple, les tablettes babyloniennes d'Amizadouga, ou les introuvables sources manuscrites du cométographe Abraham Rockenbach

Immanuel Velikosky attribue les causes de ces bouleversements à des influences extérieures : météorites, comètes, planètes. Lors de l'approche de ces corps, les tensions exercées sur l'écorce terrestre seraient énormes, allant jusqu'à entraîner le basculement des pôles : des montagnes auraient surgi alors que des régions entières s'effondraient, provoquant de gigantesques raz de marée ; les forêts primaires se sont embrasées et leur ensevelissement quasi immédiat pourrait être à l'origine de la formation du charbon! Ces phénomènes, très intenses aux ères géologiques, ont été en diminuant. Les deux derniers bouleversements seraient situés, l'un aux alentours de 1 500 av. J.-C. (Exode), l'autre aux VIIIe/VIIe siècles av. J.-C. Pourtant, il est connu que l'échelle des temps géologiques n'a rien à voir avec l'échelle des temps historiques

Selon Immanuel Velikosky, la nature tendant vers l'équilibre, les impacts de toutes ces catastrophes iraient diminuant.

Cette théorie, largement impossible en dépit de quelques arguments (notamment le fait que les astronomes babyloniens établirent plusieurs calendriers successifs différents et que seul le dernier corresponde à notre configuration du ciel, Venus comprise), lui vaut les foudres de certains scientifiques. Victime d'un ostracisme généralisé durant les années cinquante et soixante, il connaîtra un certain retour en grâce dans les quelques années précédant son décès de par les découvertes des astronomes.

Malgré l'absence manifeste de base physique à sa théorie, plusieurs idées émises par Velikovsky en 1950 sont aujourd'hui acceptées par la science : notamment l'importance des phénomènes catastrophiques dans l'histoire et l'évolution (par exemple, la disparition des dinosaures), ou bien encore que l'interaction électromagnétique joue un rôle non négligeable dans la dynamique des systèmes stellaires. Contrairement à ce qu'en disent les éditions récentes de Velikovsky, ces idées n'ont rien d'original, le catastrophisme par exemple est d'origine très ancienne[1]. Par ailleurs, certaines sources de Velikovsky sont aujourd'hui démontrées sans valeur. Les tablettes d'Amizadouga indiquent une révolution synodique globale de Vénus, identique à celle d'aujourd'hui, et ne sont que des copies erronées, et postérieures d'un millénaire des tablettes originales. Quant à Abraham Rockenbach, qui prétendait s'être fondé sur les sources les plus sûres et les plus anciennes, c'était quasiment un charlatan qui avait recopié sans discernement toutes les histoires de comètes qu'il avait pu trouver chez Conrad Lycosthenes, en inventant ce qui manquait[réf. nécessaire].

Au sujet de Velikovsky et celui de son bannissement de la communauté scientifique, le célèbre astronome Carl Sagan, qui fut l'un de ses principaux contradicteurs, dans le quatrième épisode de sa série Cosmos, aura les mots suivants : « Le plus navrant dans l'affaire Velikovsky n'est pas que ses idées aient été fantaisistes, discutables ou manifestement contraires aux faits. C'est que certains scientifiques aient essayé de le censurer. Si la mise à l'index d'idées dérangeantes est courante en religion ou en politique, ce n'est pas le chemin vers la connaissance et ce genre de pratique est indigne de la véritable science. Nous ne savons pas a priori d'où les prochaines découvertes fondamentales au sujet du système solaire proviendront et l'histoire montre clairement qu'à différentes époques, les idées les mieux acceptées ont souvent été fausses — et que les conceptions les plus révolutionnaires peuvent provenir de n'importe où. »

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Mondes en collision (Worlds in Collision) (1950), Éd. le Jardin des Livres, 2004.
  • Le Désordre des siècles (Ages in Chaos) (1952), Éd. le Jardin des Livres, 2006.
  • Les Grands Bouleversements terrestres (Earth in Upheaveal) (1955), éditions Stock 1982; rééd. le Jardin des Livres, 2005.
  • Œdipe et Akhénaton (Oedipus and Akhnaton) (1960), Éd. Robert Laffont, coll. Les Énigmes de l'univers, 1999.
  • Peoples of the Sea 1977 (Book club associates)
  • Ramses II and his Time 1978 (Doubleday)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Autour du catastrophisme, Claude Babin, Éditions Vuibert, ISBN 2-7117-5373-5, p. 135.

Liens externes[modifier | modifier le code]