Grottes du Pech-de-l'Azé

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Ne pas confondre avec les grottes d'Azé sur la commune d'Azé, Saône-et-Loire.
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grottes du Pech-de-l'Azé
Pech de l'Azé I. Homo neanderthalensis child.jpg
Crâne d'enfant néandertal
Pech de l'Azé I
Localisation
Coordonnées
Adresse
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Caractéristiques
Cours d'eau
Occupation humaine
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Les grottes du Pech-de-l'Azé sont un gisement préhistorique situé à Carsac-Aillac en Dordogne, Aquitaine, en France.

Pech-de-l’Azé I est un site de référence pour le Paléolithique moyen régional[2].

Location[modifier | modifier le code]

Les grottes se trouvent au nord-ouest de Carsac-Aillac, près de la D704 menant à Gourdon[3]. Le site inclut cinq grottes, Pech I à Pech V, situées dans la vallée de l'Énéa[4], petit tributaire de la Dordogne en rive droite.

Elles sont à une dizaine de kilomètres de la grotte du Roc de Combe sur Payrignac, dans le Lot ; les deux sites sont souvent considérés similairement.

Du point de vue géologique, elle occupent la même position que la grotte du Roc de Combe : en bordure Est du bassin aquitain, entre les formations du Crétacé supérieur du Périgord et les plateaux jurassiques du Quercy[5],[6].

Historique des fouilles et travaux[modifier | modifier le code]

En 1816 François Jouannet découvre Pech-de-l'Azé I[7]. L'abbé Audierne y fait des fouilles en 1828[8], et É. Lartet et H. Christy en 1864[9].

Le Pech-de-l'Azé I est fouillée en 1909 par Capitan et Peyrony, qui y trouvent les restes d'un crâne de jeune enfant[7].

En 1927 le site est classé Monument historique [1].

Pech-de-l'Azé I est fouillée de nouveau par Raymond Vaufrey (1929-1930)[10], puis par Maurice Bourgon[N 1] et François Bordes (1949-1953) [11],[12],[13]. Bourgon et F. Bordes découvrent Pech-de-l'Azé II en 1949[Tex 1]. Bordes (1954) définit 10 niveaux archéologiques, la couche 1 étant la plus récente[Tex 2]

François Bordes fouille de nouveau le site en 1970-1971[10]. En 1973 H. Laville détermine vingt niveaux chrono-stratigraphique des dépôts - essentiellement en subdivisant les 10 niveaux définis par F. Bordes[Tex 3]. F. Bordes (1975) y définit une nouvelle variante peu commune du Moustérien : l'Asinipodien[14], allant de 74 000 ±4 000 ans à 70 000 ±4 000 ans (SIO 5a à 4)[15].

Des analyses micromorphologiques (Goldberg 1979[16]) puis chronologiques[Tex 2] (Grün & Stringer 1991, Grün et al. 1991, quatre-vingts dates ESR publiées sur les couches 2 à 9) pour Pech II[Tex 4] amènent des contradictions avec les interprétations de F. Bordes (1954-1955) et de H. Laville (1973)[Tex 2].

Entre-temps, en 1983 une datation Th / U par Schwarcz et Blackwell d'un plancher stalagmitique inclus dans la couche 2 de Pech II a donné 103 000 +30/-25[Tex 5].

En 1999 Soressi et al. entreprennent l'étude des matériaux issus des fouilles de 1970-71, dont les résultats étaient restés inédits[2],[17], et reprend les fouilles en 2004-2005 sur une petite surface pour compléter le matériel archéologique ; les quelque 10m2 fouillés livrent presque 7 000 vestiges coordonnés[2],[18].
Entre-temps, en 2000 J.-J. Cleyte-Merle, directeur du Musée national de Préhistoire, fait poser une grille autour du gisement afin de le protéger des intrusions ; et en 2005 un abri en bois de près de 100 m2 recouvert de bardage est installé pour protéger les témoins archéologiques des intempéries et de la végétation[19].

Enfant du Pech de l'Azé

Paléogéologie[modifier | modifier le code]

Pech-de-l'Azé II[modifier | modifier le code]

Texier, réexaminant en 2006 les événements géologiques survenus dans Pech II, détermine sept phases principales à l'évolution du site :

  • Fin du Tertiaire ou du début du Quaternaire, âge incertain.
  • Dépôts de sables fluviatiles endokarstiques âge incertain.
  • Ruissellement et éboulement, avec gélisol peu profond - première partie du stade isotopique de l’oxygène 6 (OIS 6).
  • Intensification du froid, éboulement prédominant, gélisol profond dans les dépôts sous-jacents - partie supérieure de l’OIS 6[Tex 6].
  • Ruissellement prépondérant - OIS 5[Tex 6] (Würm I[Tex 2]).
  • Transformation des sédiments antérieurs en une roche sédimentaire (évolution diagénétique), gélisol profond - OSI 4 ou/et 2.
  • Importante bioturbation, phénomènes de carbonatation - OIS 1[Tex 6].

La datation des couches 9 à 5 selon F. Bordes est comprise entre la fin du OSI 7 et le début du OSI 5 ; celle des couches 4 à 2 vont de la fin du OSI 5 au début du OSI 3[Tex 4].

Archéologie[modifier | modifier le code]

Les grottes forment un gisement archéologique remontant au Moustérien de tradition acheuléenne (MTA) de type B[20]. Cette période se retrouve dans Pech-de-l'Azé I[21], qui a livré un fossile de crâne de jeune enfant Néandertal de cette période[22] en bas de la couche 6. C'est le premier vestige humain du MTA de type B (exception faite d'une dent isolée). La couche 6 a été datée entre 37 000 et 51 000 ans ; le crâne est daté entre 41 000 et 51 000 ans[23].

Les dépôts rissiens et du Würm I ont été détruits au Pech de l'Azé I lors de l'interstade Würm I-II, et ne subsistent qu'au Pech de l'Azé II qui, moins bien exposé, avait été moins utilisé et est assez pauvre en vestiges archéologiques[8]. La partie avant de la voûte de Pech II s'est effondrée après le Riss.

De nombreux foyers ont été découverts à des niveaux divers et à des emplacements variés, dont certains nettement à l'intérieur de la grotte ; ces derniers étaient donc placés encore plus vers l'intérieur à l'époque de leur usage[24]. Au Pech II, les couches du MTA présentent des foyers « à queue », c'est-à-dire des dépressions contenant de la cendre et prolongées sur un bord par une mini-tranchée. Cette forme de foyer se retrouve ailleurs dans plusieurs lieux et périodes (Aurignacien I du Roc de Combe, couche IA de Corbiac, Solutréen de la grotte ornée d'Ambrosio (es)[25].

Bloc de pigments du Pech de l'Azé

Bordes signale pour Pech-de-l'Azé II un os gravé remontant au MTA et un os percé du Moustérien[26].

Pigments[modifier | modifier le code]

Une grande quantité de pigments a été trouvée, de même que dans la grotte du Renne sur le site d'Arcy-sur-Cure (Yonne), et ailleurs[27]. Ainsi Pech I a livré plus de 250 blocs de dioxyde de manganèse utilisés[4].

Les pigments étaient utilisés sur les cuirs travaillés (vêtements, tentes), prouvant que bien avant l'apparition en Europe des peintures rupestres les néandertaliens savaient manier les matériaux colorants et qu'ils n'ont pas attendu l'Homo sapiens pour donner à leurs objets du quotidien une dimension symbolique[27].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (1950) Maurice Bourgon et François Bordes, « Le gisement du Pech de l'Azé-Nord, prise de date et observations préliminaires », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 47, nos 6-8,‎ 1950, p. 381-383 (lire en ligne).
  • (1951) Maurice Bourgon et François Bordes, « Le gisement du Pech de l'Azé Nord. Campagnes 1950-1951. Les couches inférieures à Rhinoceros Mercki », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 48, nos 11-12,‎ 1951, p. 520-538 (lire en ligne [PDF]).
  • (1954) F. Bordes, « Les gisements du Pech de l’Azé (Dordogne). 1. Le Moustérien de tradition Acheuléene », L'Anthropologie,‎ 1954.
  • (1971) François Bordes, « Observations sur L’Acheuléen des grottes en Dordogne », Sociedad de Ciencias Naturales Aranzadi, no 1,‎ 1971, p. 5-23 (lire en ligne [PDF]).
  • (1975) F. Bordes, « Le gisement du Pech de l'Azé IV. Note préliminaire », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 72, no 1,‎ , p. 293-308 (lire en ligne).
  • (2000) Bruno Maureille et Marie Soressi, « A propos de la position chronostratigraphique de l'enfant du Pech-de-l'Azé I (commune de Carsac, Dordogne) : la résurrection du fantôme », Paléo, no 12,‎ 2000, p. 339-352 (lire en ligne).
  • (2000) (en) S. McPherron et Harold L. Dibble (en), « The Lithic Assemblages of Pech de l’Azé IV (Dordogne, France) », Préhistoire Européenne, no 15,‎ , p. 9-43 (lire en ligne).
  • (2002) Marie Soressi, Le Moustérien de tradition acheuléenne du Sud-Ouest de la France - Discussion sur la signification du faciès à partir de l'étude comparée de quatre sites : Pech-de-l'Azé I, Le Moustier, La Rochette et la Grotte XVI, Université de Bordeaux I, Thèse de doctorat, 2002, 345 p. (lire en ligne [PDF]). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (2002) Marie Soressi, Dominique Armand, Francesco D'Errico et al., « Pech-de-l'Azé I (Carsac, Dordogne) : nouveaux travaux sur le Moustérien de tradition acheuléenne », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 99, no 1,‎ 2002, p. 5-11 (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (2007) (en) M. Soressi, H.L. Jones, W.J. Rink, B. Maureille et A.-M. Tillier, « The Pech-de-l'Aze I Neandertal child: ESR, uranium-series, and AMS C-14 dating of its MTA type B context », Journal of Human Evolution, vol. 52, no 4,‎ 2007, p. 455-466 (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (2008) Marie Soressi, J.-P. Texier, William Rendu, Anne-marie M Tillier et al., « Pech-de-l'Azé I (Dordogne, France) : nouveau regard sur un gisement moustérien de tradition acheuléenne connu depuis le XIXe siècle », Société préhistorique française « Mémoire XLVII »,‎ 2008, p. 96-132 (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (2011) Alain Turq, Harold L. Dibble (en), Paul Goldberg et al., « Les fouilles récentes du Pech de l’Azé IV (Dordogne) », Gallia Préhistoire, no 53,‎ 2011, p. 1-58 (lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ne pas confondre Maurice Bourgon avec Maurice Bourlon (1875-1914), également archéologue.

Références[modifier | modifier le code]

  • (2006) Jean-Pierre Texier, « Nouvelle lecture géologique du site paléolithique du Pech-de-l’Azé II (Dordogne, France) », Paléo, no 18,‎ 2006, p. 217-236 (lire en ligne).
  1. texier 2006, p. 1.
  2. a b c et d texier 2006, p. 2.
  3. texier 2006, p. 5.
  4. a et b texier 2006, p. 9.
  5. texier 2006, p. 8.
  6. a b et c texier 2006, p. résumé.
Autres références
  1. a et b « Gisement préhistorique du Pech de l'Azé », notice no PA00082436, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. a b et c Soressi et al. 2008, p. 97.
  3. Bourgon & Bordes 1950, p. 381.
  4. a et b Soressi et al. 2008, p. résumé.
  5. (2014) Maria Lorenzo Martinez, Jean-Guillaume Bordes et Jacques Jaubert, « L’industrie lithique du Paléolithique moyen récent de Roc de Combe (Payrignac, Lot, France), un nouvel exemple de Moustérien Discoïde à denticulés », Paléo, no 25,‎ 2014, p. 101-124 (lire en ligne), p. 5.
  6. Géoportail, « Location de la grotte, carte interactive » ., carte « Géologie » activée. Vous pouvez bouger la carte (cliquer et maintenir puis bouger la souris), zoomer (molette de souris ou échelle de l'écran), moduler la transparence, désactiver ou supprimer les couches (= cartes) avec leurs échelles d'intensité dans l'onglet de "sélection de couches" en haut à droite, et en ajouter depuis l'onglet "Cartes" en haut à gauche. Les distances et surfaces se mesurent avec les outils dans l'onglet "Accéder aux outils cartographiques" (petite clé à molette) sous l'onglet "sélection de couches".
  7. a et b Soressi et al. 2008, p. 110.
  8. a et b Bordes 1971, p. 1.
  9. « La vallée de la Vézère, capitale de l’archéologie préhistorique », sur pole-prehistoire.com (consulté le 7 mai 2018).
  10. a et b Soressi et al. 2008, p. 99.
  11. Bourgon & Bordes 1950.
  12. Bourgon & Bordes 1951.
  13. Bordes 1954.
  14. (2007) Shannon P. McPherron, Tools versus Cores: Alternative Approaches to Stone Tool Analysis, Cambridge Scholars Publishing, , 279 p. (ISBN 1-84718-117-1, lire en ligne), p. 77.
  15. (2017) (en) Daniel Richter, Harold L. Dibble (en), Shannon P. McPherron, Dennis Sandgathe et Paul Goldberg, « Additional chronometric data for the small flake assemblages (‘Asinipodian’) from Pech de l’Azé IV (France) and a comparison with similar assemblages at the nearby site of Roc de Marsal », dans D. Wojtczak, M. Al Najiar, R. Jagher, H. Elsuede, F. Wegmüller et M. Otte, Vocation préhistoire. Hommage à Jean-Marie Le Tensorer, Études et Récherches archéologiques de l Université de Liège 148, (résumé), p. 323-335.
  16. (1979) Paul Goldberg, « Micromorphology of Pech de l'Azé Sediments », Journal of Archaeological Science, no 6,‎ , p. 17-47.
  17. Soressi et al. 2002.
  18. Turq et al. 2011.
  19. Soressi et al. 2008, p. 98.
  20. Soressi 2002, p. 10.
  21. (1998) Francesco d’Errico, Joaõ Zilhaõ, Michèle Julien, Dominique Baffier et Jacques Pelegrin, « Neanderthal Acculturation in Western Europe : a critical review of the Evidence and its interpretation », Current Anthropology, vol. 39, no supplément,‎ , p. 14 (lire en ligne [PDF]).
  22. Maureille & Soressi 2000.
  23. Soressi et al. 2007.
  24. Bordes 1971, p. 12.
  25. F. Bordes 1975, p. 142.
  26. François Bordes, « Os percé moustérien et os gravé acheuléen du Pech de l’Azé II », Quaternaria, no 11,‎ , p. 1-6.
  27. a et b (2008) Hélène Salomon, Colette Vignaud, Yvan Coquinot, Sandrine Pagès-Camagna, Marie-Pierre Pomiès, Jean-Michel Geneste, Michel Menu, Michèle Julien et Francine David, « Les matières colorantes au début du Paléolithique supérieur : caractérisation chimique et structurale, transformation et valeur symbolique », PN RC,‎ , p. 15-21 (lire en ligne), p. 20.