Folklore russe

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L’histoire du folklore russe remonte aux croyances païennes des anciens Slaves et est aujourd’hui représentée dans les contes russes. Les poèmes narratifs héroïques russes, connus sous le nom de bylines, tiennent une place importante dans la mythologie slave. Les plus vieux poèmes de Kiev ont été en grande partie trouvés dans le Nord de la Russie, principalement en Carélie, où a également été recueilli l'essentiel de l'épopée nationale finlandaise, le Kalevala.

Dobrynya Nikititch sauve Zabava Putyatichna des griffes du dragon Gorynych, par Ivan Bilibine

De célèbres réalisateurs tels qu’Alexandre Ptouchko (Ilya Muromets, Le Tour du monde de Sadko) et Alexandre Rou (Morozko, Vassilissa-la-très-belle) se sont inspirés de ces contes russes et bylines afin de les adapter à l’écran (dessins animés et films). Certains poètes russes dont Piotr Erchov et Leonid Filatov ont fait un bon nombre d’interprétations poétiques de ces contes russes traditionnels et certains, comme Alexandre Pouchkine, ont créé des contes merveilleux en vers, qui ont acquis une grande popularité[1].

Histoire du folklore russe[modifier | modifier le code]

Origines du folklore russe[modifier | modifier le code]

Folklore russe et communisme[modifier | modifier le code]

Les spécialistes en folklore considèrent aujourd’hui les années 1920 comme l’âge d’or du folklore en Union soviétique. Le nouveau gouvernement en difficulté et qui à l’époque concentrait ses efforts sur la création d’un nouveau système administratif et la reconstruction de l’économie nationale en retard, n’avait que faire de contrôler la littérature d’où le développement des études du folklore. Il existait deux tendances élémentaires dans l’étude du folklore pendant cette décennie : les écoles formalistes et finnoises. Le formalisme mettait l’accent sur la forme artistique des anciens contes et bylines : en particulier l’utilisation de structures distinctes et de techniques poétiques[2]. L’école finnoise s’intéressait aux similarités entre diverses légendes des régions d’Europe de l’Est. Les spécialistes finnois ont rassemblé des contes de différents endroits afin d’étudier leurs similarités et différences dans l’espoir de retracer le parcours de ces histoires héroïques[2].

Dès que Staline est venu au pouvoir et a mis en place le premier plan quinquennal en 1928, le gouvernement soviétique a commencé à critiquer et à censurer les études du folklore. Staline et le gouvernement soviétique ont réprimé le folklore, croyant qu’il soutenait l’ancien régime tsariste et l’économie capitaliste. Ils l’ont vu comme une réminiscence de la société russe arriérée que les bolcheviks essayaient de changer. Afin de contrôler les études du folklore et d’empêcher les idées nuisibles de se propager au sein de la population, le gouvernement a créé l’AREP, l’ Association Russe des Écrivains Prolétariens (ru). L’AREP s’est principalement concentrée sur la censure des contes et de la littérature pour enfants, considérant que ces histoires fantastiques et « ces absurdités bourgeoises » portaient préjudice au développement des citoyens soviétiques honnêtes. Les livres de contes ont été retirés des bibliothèques et les enfants ont été encouragés à lire des livres sur la nature et les sciences. L’AREP a finalement renforcé la censure et est devenue l’Union des écrivains soviétiques en 1932.

Il était nécessaire pour les intellectuels de justifier l’utilité de l’étude du folklore devant le régime communiste. Les collections du folklore, ainsi que tout autre document jugé inutile à la réalisation du plan quinquennal de Staline, ne valaient pas le temps passé à les étudier. En 1934, Maxime Gorki prononça un discours à l'Union des écrivains soviétiques : le folklore pourrait, en effet, être utilisé expressément comme une des valeurs promues par le communisme. Après avoir expliqué la valeur artistique du folklore, il a souligné que les légendes et les contes traditionnels féeriques exposaient des idéaux axés sur la communauté, illustrant ainsi le modèle citoyen soviétique. Le folklore russe, dont beaucoup des thèmes sont fondés sur les difficultés d’un mode de vie basé sur le travail, était une notion essentielle pour le communisme qui n’aurait pas existé sans la participation directe des classes ouvrières. En outre, Gorky a expliqué que les personnages du folklore faisaient preuve d’un grand optimisme, et pourraient donc encourager les lecteurs à maintenir un état d'esprit positif, en particulier parce que le développement du communisme a changé leur vie.

Youri Sokolov, président de la section folklore de l'Union des écrivains soviétiques, a également favorisé l'étude du folklore en faisant valoir que le folklore était à l'origine de la tradition orale des travailleurs et par conséquent pourrait être utilisé pour motiver et inspirer les projets collectifs du prolétariat actuel. Dans les contes traditionnels russes les personnages se sont souvent retrouvés dans un voyage de découverte de soi, un processus qui les a amenés à se valoriser non en tant qu'individus, mais plutôt en tant que partie nécessaire d'un ensemble commun. Les comportements de ces personnages légendaires faisaient échos à l'état d'esprit que le gouvernement soviétique voulait inculquer à ses citoyens. Il a également souligné l'existence de nombreux contes qui ont montré des membres de la classe ouvrière se déjouer de leurs maîtres cruels, cela prouvait à nouveau la valeur du folklore à l’encontre de l'idéologie soviétique et la société de la nation dans son ensemble. Convaincu par Maxime Gorki et les arguments de Sokolov, le gouvernement soviétique et l'Union des écrivains soviétiques ont commencé à recueillir et évaluer les éléments folkloriques des régions du pays. L'Union triait et préservait les histoires uniques qui, à leurs yeux, promouvaient suffisamment l'esprit collectiviste et montraient les avantages du régime soviétique et de son progrès. Il a ensuite redistribué à la population des copies d’histoires folkloriques approuvées par le gouvernement. Au même moment,des centres dédiés au folklore local ont surgi dans toutes les grandes villes. Ces organisations avaient pour responsabilité de favoriser le sentiment de nationalisme soviétique et de veiller à ce que les médias publient des versions approuvées des contes russes.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Voir par exemple Le Conte du tsar Saltan (conte) ou Le Conte du Pêcheur et du Petit Poisson
  2. a et b Felix J. Oinas, « Folklore and Politics in the Soviet Union », Slavic Review, no 32,‎ 1973, p. 45-46
  • Felix J. Oinas, « The Political Uses and Themes of Folklore in the Soviet Union », Journal of the Folklore Institute, no 12,‎ 1975, p. 157
  • William B. Husband, « Correcting Nature’s Mistakes: Transforming the Environment and Soviet Children’s Literature, 1828–1941 », Environmental History, no 11,‎ 2006, p. 304

Articles connexes[modifier | modifier le code]