Musique russe

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La musique russe regroupe les productions passées et présentes relevant de la musique traditionnelle, populaire ou savante apparues sur le territoire historique et actuel de la Russie et de l'ex-URSS (les autres républiques de cette dernière recevant un traitement particulier). Elle se caractérise par une grande diversité des productions vocales polyphoniques notamment. Étendue de l'Europe jusqu'aux confins de l'Asie, elle regroupe bien des styles et subit bien des influences. Étant donnée la diversité des peuples composant cet immense territoire, il n'y a pas une seule et unique « musique russe », mais autant que de peuples ou régions. Toutefois la langue et le peuple russe s'étant éparpillés sur l'ensemble de ce territoire, on peut néanmoins qualifier cette musique de « musique russe », même si a contrario elle s'exprime éventuellement en langue turque ou autre.

Les musiciens tsiganes et juifs à leur manière ont su intégrer tout autant la musique populaire que la musique classique jouée à la cour du tsar.

Musique traditionnelle[modifier | modifier le code]

La musique traditionnelle est composée tout autant de chansons populaires de l'époque romantique (Kalinka, Les Yeux noirs) que de formes variées et authentiques du folklore telles celles des pleureuses ou des chamanes. Considérée comme prolétaire, cette musique, symbole de l'identité russe, a été préservée et mise en avant face à la lutte idéologique contre l'Occident par le régime soviétique.

Musique vocale[modifier | modifier le code]

En 1648, le tsar Alexis Ier de Russie a interdit l'usage de tout instrument de musique sous l'influence de l'Église orthodoxe qui les considérait comme diaboliques ; ceci explique la limitation du répertoire instrumental. Dès lors, la musique vocale, notamment en forme de chœurs, devait prendre un essor considérable. Les musiciens itinérants skhomoroki furent aussi interdits de séjour. Ce n'est que sous le règne de Pierre le Grand en 1711, que des musiciens français et allemands furent invités à jouer, former et instruire un ensemble russe. Des musiciens ukrainiens vinrent alors souvent prendre place à la cour.

  • Polyphonie mnogogolossié :
    Carnaval à Pétrograd
  • Chants courts :
    • Chant satirique : tchastouchka (court poème déclamé en duo, l'un énonçant la situation, l'autre révélant la chute), pod iazyk, takmak, khorovodi.
  • Chant militaire : Chœurs de l'Armée rouge
  • Chant religieux orthodoxe :

Musique de l'Altaï[modifier | modifier le code]

Les bardes kayshis du peuple altaï chantent l'épopée des bogatyrs avec un style proche de la voix de gorge accompagné à la vièle topshur. Le falsetto est aussi fréquent quoique dans un registre basse avec une échelle pentatonique et des mélismes. Les Touvains se sont fait une réputation par la variété de styles de leur chant diphonique.

  • Chant épique : kay
  • Chant diphonique : xöömij ou khoomi, kargyraa, sygyt, borbangnadyr, chylandyk, dumchuktaar, ezengileer, kanzyp.
Chanteurs avec gusli

Musique de Ciscaucasie[modifier | modifier le code]

Les Abkhazes pratiquent des épopées.

  • Chant épique : Narts
  • Lamentations :

Musique de Carélie[modifier | modifier le code]

Cette région a une tradition proche de la musique finlandaise.

Musique de l'Oural[modifier | modifier le code]

Les bardes sesens des peuples bachkir, kalmouk et mordves y développent un riche folklore.

  • Chant long épique ou lyrique : Bylina, Djangar, ozon kyuy, kubair.
  • Lamentations :
  • Chant court à danser : takmak
  • Chant diphonique : uzlyau, xoomij.

Musique de Sibérie[modifier | modifier le code]

Chamane
Article détaillé : Musique inuite.

Chez les Yakoutes, les Chors, les Nanaïs, les Nganassans, les Oultches, les Inuits et autres peuples arctiques, les traditions des chamanes font intervenir plusieurs types de musiques lors des cérémonies kamlanies. Cette zone où cohabitent aussi les Bouriates et les Khakas partage aussi bien des aspects (échelle pentatonique, monophonie, unisson) avec la musique mongole :

  • Chant à tambour :
  • Chant de gorge : xöömij ou khöömei, pic eynen, tumun khontol.
  • Chant long épique : Djangar, Köroglu, olonkho, kaï nybak.
  • Chant de louange : tayouk
  • Chant à danser : osuokhaï

Musique de la Volga[modifier | modifier le code]

Les Kalmouks et les Tatars jouent une musique pentatonique partageant ses caractéristiques avec la musique kazakhe et mongole.

Instruments de musique[modifier | modifier le code]

Volynka

Vents :

Lira

Cordes :

Balalaïka

Percussions :

Musique classique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Musique classique russe.

La musique classique s'est développée en Russie surtout pendant la période romantique et moderne. Elle eut pour soutien la création de conservatoires (1859) et la production d'interprètes de renommée internationale tels David Oïstrakh (violon), Mstislav Rostropovitch (violoncelle), Sergueï Rachmaninov, Alexandre Scriabine, Vladimir Horowitz, Sviatoslav Richter (piano) et les chanteurs Galina Vichnevskaïa et Fédor Chaliapine.

Période romantique et moderne[modifier | modifier le code]

Toutes les formes y furent abordées (musique de chambre, concerto, symphonie, opéra) avec une prédilection pour la musique de piano et le ballet. On y recense les compositeurs majeurs suivants :

Rachmaninov

Période soviétique[modifier | modifier le code]

L'engagement, les démêlés politiques ou l'exil de certains compositeurs furent évidents, notamment :

Musique actuelle[modifier | modifier le code]

Bien des chansons font partie du folklore de la Russie ; des exemples connus et souvent repris aujourd'hui sont les chansons et musiques Korobeiniki et Kalinka.

Les bardes[modifier | modifier le code]

Les piliers de la musique russe actuelle étaient les bardes. Le premier grand était Alexander Vertinski, auteur-compositeur-interprète, il chantait accompagné au piano. Sur scène, il se montrait toujours en smoking et maquillé en blanc, ce qui lui donnait une apparence de Pierrot.

Ayant commencé sa carrière dans les années 1910, il avait fui l'Union soviétique lors de la révolution de 1917 pour la France. Malgré l'admiration que lui portaient les émigrés russes, il ne supporta pas cet exil. Finalement, il demanda l'autorisation de retourner en Union soviétique. À son retour, bien que toléré par Staline, tel Mikhaïl Boulgakov, il ne fut autorisé à jouer que sur des scènes de province jusqu'à sa mort en 1943.

Parmi les bardes mythiques d'après la Seconde Guerre mondiale, tels Boulat Okoudjava ou Youri Vizbor, le plus marquant est sans doute Vladimir Vyssotski. Né en 1938, il s'imposa comme l'un des acteurs phare du théâtre de la Taganka à Moscou dès le début des années 1960. En même temps, il se mit à composer des chansons en s'accompagnant à la guitare. Ces chansons n'étaient d'abord pas destinées au public, mais des enregistrements privés circulèrent rapidement. Cependant, de son vivant, il ne fut jamais reconnu comme chanteur par les autorités, car ses chansons étaient soit politiques, soit non conformes à la ligne poétique du Parti. Ceci n'empêcha pas un succès toujours croissant et de nombreux concerts plus ou moins clandestins. Suite à son mariage avec Marina Vlady, il réussit à enregistrer quelques disques à l'étranger. Tout comme Vertinski, il ne supportait pas la vie d'émigré, et resta en Union soviétique, malgré la censure. Il mourut d'une crise cardiaque en 1980. Malgré le silence de la presse, plus de 40 000 fans se présentèrent à son enterrement.

Les groupes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : rock russe.

Parmi les groupes de musiques apparus entre 1950 et 1990, relativement peu d'entre eux ont marqué la mémoire. Mais ils se sont imposés de manière d'autant plus forte, copiant souvent les groupes occidentaux. Le premier groupe à s'imposer est Aquarium (Аквариум) dès les années 1970, groupe considéré aujourd'hui comme l'un des fondateurs du rock russe actuel. Chez les femmes, Alla Pougachova s'établit dans la même période.

Tout aussi marquant qu'Aquarium est le groupe Kino de Viktor Tsoi. Depuis la sortie du premier album « 45 » et jusqu'à la mort de Tsoï en 1990 dans un accident de voiture, le groupe se développa comme LE groupe des années 1980.

Si des groupes de rock tels Nol, DDT ou Brigada S s'étaient déjà formés au début des années 1980, ils étaient limités dans leur popularité par le manque de possibilités à se produire. En effet, étant donné qu'ils n'entraient pas dans le cadre de « l'art soviétique », ils ne pouvaient pas faire de concerts officiels, ni sortir de disques, du moins en Russie. Ceci menait bien sûr à un marché noir de disques produits à l'étranger (surtout aux États-Unis et en France), et à un circuit de concerts illégaux. Ce n'est qu'avec le dégel de la Perestroïka à la fin des années 1980 que les groupes trouvèrent un public officiel.

Le mouvement commencé dans le milieu des années 1980 s'accélère. Les nouveaux groupes prolifèrent dès le début des années 1990, s'orientant souvent selon le style des groupes américains (rock), tels DDT ou Alisa, ou plus commercial (appelé « popsa », попса, en russe) tels Zemfira, ou plus récemment Alsou ou Tatu. Mais l'expansion se fait dans tous les genres, du rap de Legalny business au reggae de 5-Nizza, en passant par la réponse russe à la Mano Negra : Markscheider Kunst.

L'une des spécificités de la pop russe est sa capacité à asseoir sur de la musique folklorique presque n'importe quel genre. L'un des prédécesseurs, l'ukrainien Vopli Vidopliassova, fut rapidement suivi dans ce mouvement. Que ce soit Leningrad, groupe de punk rock connu en Russie pour sa vulgarité, ou La Minor, groupe plutôt klezmer, c'est le trait qui ressort le plus du chaos du paysage (musical) russe.

Une autre direction de la musique russe ce sont les chansons patriotiques qui dessinent clairement l'identité russe, orthodoxe ou slave comme un contrepoids de l'Occident, dont les chanteurs sont Janna Bitchevskaïa, Aleksandr Népomniachtchi etc.

Suite à l'émigration massive de Russes vers l'étranger, un certain nombre de groupes se sont formés à l'étranger, en Allemagne et aux États-Unis avant tout. Souvent, ces groupes continuent à chanter en russe pour attirer leur public, par exemple RotFront à Berlin, ou alors, jouent sur leur origine comme les Red Elvises, ou Gogol Bordello.

Autres formations musicales :

Les anciennes républiques soviétiques[modifier | modifier le code]

En Ukraine, les groupes ont profité de l'indépendance. Le problème linguistique du pays (l'Ukraine a fait le choix de l'ukrainien comme seule langue nationale) a forcé les groupes à faire un choix à forte connotation politique. De fait, la plupart des groupes chante essentiellement en ukrainien. Parmi les exceptions, citons Vierka Serdioutchka qui chante autant en ukrainien qu'en russe (jouant de l'intercompréhension entre les deux langues).

Fer de lance de la révolution orange, Okéan Elzy n'a aucune chanson en russe, ce qui n'empêche pas le groupe d'attirer un large public à chaque concert à Moscou. Même situation pour Scriabine, dont le titre Ані усталі ils sont fatigués ironise sur la langue russe (écrite en ukrainien) ; pourtant le groupe a enregistré avec l'ukrainienne russophone Natalia Moguilevskaïa dans un duo bilingue (Ти мені не даєш Tu ne me donnes pas).

Une autre dimension de la musique actuelle ukrainienne est son fort patriotisme. Quand Okéan Elzy quitte son répertoire courant de rengaines amoureuses, c'est pour chanter Веселі, брате, часи настали soyons heureux, frère, l'heure est venue. Platch Iérémi enregistre un disque nommé Наші Партизани Nos partisans, TNMK joue Файна Юкрайна Superbe *Youkraine.

Enfin, plusieurs formations sont également plus ou moins francophones : Vopli Vidopliassova (Dansez), 5Nizza en duo avec Liouk (Homme impossible), ou avec TNMK (En automne).

En Biélorussie, l'indépendance n'a pas entraîné un rejet aussi fort de la langue russe et de la Russie. Ainsi, Sérioga, même lorsqu'il évoque les légendes des rues odessites, ne s'éloigne pas de l'univers artistique russe.

En Moldavie, Zdob şi Zdub assume pleinement la place de carrefour de la petite république, chantant en moldave et en russe, mêlant airs traditionnels et hardcore.

Les nouvelles frontières ne sont pas un obstacle pour les groupes de l'ex-URSS. Vopli Vidopliassova et Zdob şi Zdub reprennent des titres du groupe russe Kino ; Les ukrainiens Okéan Elzy, les russes Konets Filma et les lettons Prāta vētra (connus également comme Brainstorm) ont joué en trio, chacun dans sa langue, le titre Постой, паровоз.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Étienne Bours, Dictionnaire thématique des musiques du monde, Fayard, 2002.
  • César Cui, La Musique en Russie, Paris, Fischbacher, 1880 (Reprint Leipzig:1974).
  • Mercy-Argenteau (La Comtesse de), César Cui. Esquisse critique, Paris, Fischbacher, 1888.
  • Edward Wrocki, Cezary Cui. Życie i działalność (« La vie et l'œuvre »), Warszawa, 1925.
  • Анри Муселак, Французское происхождение русского композитора Цезаря Антоновича Кюи, Советская Музыка, 1979 n°10.

Liens externes[modifier | modifier le code]