Économie de don
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L'économie du don est le support de toute activité sociale. Il repose sur la triple obligation de donner, recevoir, et rendre. Le don fonctionne grâce au pouvoir spirituel qui est propre a l'objet en transit. Sans la croyance en cette force par les donataires, il n'y a pas de don. Le don est également producteur de norme sociale.
Sommaire |
Don et sociétés traditionnelles [modifier]
Dans son livre L'Essai sur le don. Forme et raison de l'échange dans les sociétés archaïques, Marcel Mauss décrit cette modalité de la circulation des richesses. Mauss étudie le potlach pratiqué par les Indiens du Canada et du Nord des États-Unis.
Cette forme d'échange existe également dans de nombreuses autres parties du monde. La mort de James Cook aux îles Hawaï s'explique par cette économie du don. Ayant tout donné lors de leur première rencontre avec les Anglais, le retour de James Cook quelques semaines plus tard va conduire au massacre de Cook par les indigènes, pour ne pas perdre la face.
Au travers du don et du contre don, se joue non seulement le pouvoir entre individus mais aussi le statut social dans la tribu et entre tribus. La recherche de ce statut peut conduire à la destruction importante de biens économiques. On est très loin de l'économie moderne d'accumulation de biens et de capital thésaurisation.
Dès les premières rencontres entre Européens et tribus indiennes s'est jouée une incompréhension entre cultures, (thésauriser ou donner) qui a conduit aussi bien à la guerre qu'à la disparition des Indiens.
Pour Mauss, le potlach coexistait avec d'autres formes d'échanges, de troc et même de marché avec échange monétaire, dans ces sociétés.
Ses études sont aujourd'hui prolongées par le MAUSS (Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales) - et la revue du MAUSS[1] dirigée par Alain Caillé, à qui l'on prête parfois la volonté de promouvoir une économie du don.
Don et société moderne [modifier]
Elle est très évoquée surtout indirectement par les philosophes, les penseurs, intellectuels, artistes…, qui font référence à l'amour.
Ce type d'économie subsiste majoritairement au sein des familles ou entre amis, entre voisins : les échanges de nourriture, de services (logement, prêts…) ou autres ne sont pas comptabilisés, dans le PNB les visites se font à tour de rôle (significativement l'anglais utilise le terme to pay a visit).
Au-delà du cercle étroit des proches, le Réseau d'échanges réciproques de savoirs le système d'échanges locaux s'inscrivent clairement dans cette culture du don et du contre don. Ils ont donc à la fois un rôle de diffuseurs de biens ou de services économiques et agents de développement du lien social.
Une partie des militants des mouvements décroissants s'inscrivent aujourd'hui dans un système d'échange fondé sur le don et non sur la valeur monétaire des biens.
Durant la crise économique de l'Argentine de 1988 à 2001, les cercles d'échange (système d'échange local) se sont multipliés dans tout le pays pour faire face au chômage et permettre des échanges économiques sans monnaie. Le Red Argentina de Trueque centralisait l'ensemble des cercles du pays, il a fini par créer une monnaie parallèle au peso en 2001.
L'éthique médicale postule que le corps humain ne peut être une marchandise comme une autre. En Europe les banques du sang et autres banques d'organes humains fonctionnent grâce au don. Les donateurs ne reçoivent aucune garantie de réciprocité. Les paiements sont suspects, et même souvent interdits par la loi (gestation pour autrui). Le développement des recherches bio-médicales notamment sur les cellules souches le clonage peuvent mettre à mal ce postulat du don.
Anarchisme et décroissance [modifier]
Le syndicalisme anarchiste (Fernand Pelloutier) considérait qu'une économie axée sur l'échange non monétaire du don est la forme sociale idéale des échanges, apte notamment à éliminer la pauvreté.
Le communisme intégral ou anarcho-communisme est très éloigné du communisme bolchevique.
Il n'y a ni argent, ni bons d'achat, ni clous des SEL, bref pas de marché, pas de monnaie, les produits sont donnés et distribués librement.
Les individus ne consomment que ce dont ils ont besoin. Ils distribuent le reste. De ce fait, il n'y a ni accumulation des richesses, ni pauvreté.
Pour les bolcheviques, le socialisme est une étape de transition vers un communisme intégral, c'est-à-dire que sont maintenus une monnaie qui régule les échanges, un travail spécialisé entre ouvriers, ingénieurs, économistes, intellectuels, et membres du parti qui dirigent la société.
Pour produire ce dont tous citoyens ont besoin, le centralisme de la planification est l'instrument de l'État en matière économique. Dans l'anarcho-communisme il n'y pas d'État planificateur (ni dieu, ni maître).
Enfin les individus ne produisent que ce dont ils ont besoin. La spécialisation du travail n'existe que parce qu'il est impossible de produire tout ce dont l'individu a besoin, d'où l'échange par le don.
La décroissance sans promouvoir un communisme intégral, en insistant sur les limites de notre écosystème, s'approche de l'idéal anarchiste. Car accepter de limiter sa consommation pour ne pas détruire la planète implique une limitation des échanges de type capitaliste et donc un développement des échanges de proximité, auxquels participe parfois massivement l'économie du don dans les périodes de crise économique et de faillite des États.
Cas particulier de la connaissance [modifier]
Le détenteur d'un savoir ou d'une information ne la perd pas quand il la partage avec autrui (bien non-rival), et le coût de la transmission est bas, voire négligeable. Cela rend ce type de biens particulièrement apte aux dons. De plus, la valeur d'une information est difficile à faire mesurer par autrui sans la lui donner, ce qui la rend peu apte au troc et aux échanges.
La recherche scientifique fonctionne comme une économie de don. Les scientifiques publient leurs recherches sans attendre explicitement d'autres résultats scientifiques en échange. Néanmoins cela augmente leur réputation ; utiliser les résultats publiés par un autre chercheur sans le citer, ou pire encore se les attribuer soi-même, (le privant ainsi de son bénéfice en termes de réputation) sont des comportements honnis.
La communauté du logiciel libre fonctionne sur un mode similaire.
Fonctionnent également de même les échanges, ou plutôt la mise à disposition, de programmes informatiques, de vidéos, ou de morceaux de musique via internet (partage de fichiers en pair à pair) ou directement d'appareil à appareil entre amis, soulevant au passage une polémique sur le mépris à l'égard de la propriété intellectuelle lorsque le matériel échangé n'est pas libre de droits.
Chiffres économiques [modifier]
En France, l'économie du don représente 1,1 million d'associations, 14 millions de bénévoles et 1,7 millions de salariés. Bien que pesant plus que l'agriculture ou l'artisanat, le monde associatif est présent dans les média audiovisuels de façon homéopathique, surtout lors de « prétendus scandales »[2].
En 2007, le budget cumulé du financement des associations et des fondations françaises est de près de €65 milliards : les « générosités privées » ne représentent que 7 % du montant, les subventions publiques 35 % et les 58 % restants sont constitués des cotisations et de prix de prestations[3].
Selon le tableau d'honneur du World Giving Index, la France se classe au 80e rang sur 153 pays en 2011[4] : la générosité des français serait dix fois plus faible que celle des américains et cinq fois plus faible que celle des anglais.
Techniques de collecte [modifier]
Jusqu'au années 90, le mailing a été le principal support de collecte de fonds. Relayé par le phoning, il est supplanté au début des années 2000 par la généralisation du prélèvement automatique obtenu par la technique du street fundraising (en). Ce dernier peut représenter désormais entre 20 % à 50 % des dons manuels de certaines associations. Mais avec les nouveaux médias mobiles, la collecte par la rencontre des donateurs à leur domicile se développent notamment aux États-Unis : on parle de « house fundraising », de collecte en réunion ou de collecte en porte-à-porte.
Don et religion [modifier]
L'économie de la gratuité et du don est particulièrement mise en avant dans le christianisme et dans beaucoup d'autres religions. Dans l'encyclique Centesimus annus, le pape Jean-Paul II avait relevé la nécessité d'un système impliquant trois sujets : le marché, l'État et la société civile. Il avait identifié la société civile comme le cadre le plus approprié pour une économie de la gratuité et de la fraternité, mais il ne voulait pas l’exclure des deux autres domaines. Dans l'encyclique Caritas in Veritate, le pape Benoît XVI rappelle que la gratuité constitue une forme concrète et profonde de démocratie économique, qui répand et alimente la solidarité et la responsabilité pour la justice et pour le bien commun auprès de ses différents sujets et acteurs[5].
L'économie du don dans la littérature [modifier]
- La Trilogie de Mars par Kim Stanley Robinson suggère que ce genre d'économie s'installera dans les sociétés humaines qui se développeront dans l'avenir, loin de la Terre.
- Les Dépossédés par Ursula K. Le Guin décrit entre autres une société qui fonctionne selon une économie de don.
- Nouvelles de nulle part ou Une Ère de repos par William Morris est un roman d'une société utopique qui fonctionne selon l'économie du don.
Notes et références [modifier]
- http://www.revuedumauss.com/
- Malgré l'appel du CSA le 2 mars 2011, la publicité reste hors de prix pour le milieu associatif.
- Comment développer les flux de la générosité ?, André Hochberg citant Tchernonog dans le Rapport moral sur l'argent dans le monde 2011-2012 (publié par l'Association d’Économie Financière), page 441.
- World Giving Index, page 8
- Caritas in Veritate, no 38
Voir aussi [modifier]
Articles connexes [modifier]
- Potlatch, l'économie des Iroquois
- Freecycle
- Anarcho-communisme - Prise au tas - Entraide - Coopération - L'Entraide
- Économie sociale et solidaire - troc - Économie de marché - Économie planifiée
- Système d'échange local
Bibliographie [modifier]
- Alain Testart, Critique du don, étude sur la circulation non marchande, Éditions Syllepse, coll. matériologique, 268p., 2009