Propagande par le fait

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La « propagande par le fait » est une stratégie d'action politique développée par les anarchistes à la fin du XIXe siècle en association à la propagande écrite et verbale. Elle proclame le « fait insurrectionnel » « moyen de propagande le plus efficace »[1] et vise à sortir du « terrain légal » pour passer d'une « période d’affirmation » à une « période d’action », de « révolte permanente », la « seule voie menant à la révolution »[2].

Les actions de propagande par le fait utilisent des moyens très divers dans l'espoir de provoquer une prise de conscience populaire[3]. Elles englobent les actes de terrorisme, les actions de récupération et de reprise individuelle, les expéditions punitives, le sabotage, le boycott, voire certains actes de guérilla[4].

Bien qu'ayant été largement employé au niveau mondial, le recours à ce type d'action est resté un phénomène marginal dénoncé par de nombreux anarchistes[4]. À la suite d'un bilan critique, cette pratique a été abandonnée au début du XXe siècle.

Histoire[modifier | modifier le code]

À l'instar du terrorisme russe de la fin du XIXe siècle, le terrorisme anarchiste bénéficie d'une représentation positive dans l'imaginaire populaire[5]. Perçu comme un idéaliste révolté et romantique, le terroriste libertaire doit, en partie, cette sympathie à la littérature classique, et ce malgré des faits parfois d'une extrême violence[5]. Oscillant entre l'approbation et la condamnation, certains auteurs semblent éprouver une sorte de fascination pour l'action violente anarchiste[5]. De manière paradoxale, certains écrivains, à l'exemple d'Octave Mirbeau et de Bernard Lazare, pourtant proches de l'anarchisme, semblent résister à cette fascination pour « l'anarchisme masqué » alors que d'autres, sans sympathie anarchiste affirmée, s'en font les plus ardents défenseurs[6]. Naturalistes et symbolistes s'affrontent également sur ce terrain, les premiers condamnant l'« éternelle poésie noire » (Zola), les seconds saluant l'« éclat décoratif » de l'attentat (Mallarmé).

L'anarchisme est depuis longtemps associé à l'action violente dans l'esprit du public. En dépit des critiques, parfois sévères, adressées par la plupart des théoriciens, sympathisants et activistes libertaires, à l'exemple d'Élisée Reclus et Pierre Kropotkine, l'imaginaire collectif continue d'associer l'anarchisme au chaos, à la violence, voire à la destruction pure et simple de la société[7].

Contexte économique et social[modifier | modifier le code]

L'anarchisme se développe au XIXe siècle, une période qui connaît de grandes tensions nationales et sociales propices aux discours révolutionnaires[8].

Pyramide du système capitaliste (1911)

Europe et États-Unis connaissent progrès techniques et transformations économiques jusqu'alors sans précédent.

De 1800 à 1870, le PIB par habitant des pays industrialisés est multiplié par quatre, pourtant le niveau de vie de la plus grande partie de la population ne s'améliore pas[9].

Dans le milieu des années 1890, les progrès de la deuxième révolution industrielle et de l'industrie lourde contribuent à structurer les mouvements ouvriers. L'essor des partis ouvriers et du syndicalisme alimente l'espoir d'une amélioration du quotidien mais aussi, à terme, d'un renversement du capitalisme[9].

Entre 1875 et 1885, les salaires ouvriers restent bas, à peine supérieurs à ceux de l'Ancien Régime. Dans les pays industrialisés, ils connaissent une progression de 20 % entre 1895 et 1914. En même temps, les rudiments d'une sécurité sociale se mettent en place[9].

Ces améliorations significatives résultent largement des revendications des salariés. En 1890, les pays développés comptent 2,2 millions de syndiqués. Ils sont 4,9 millions en 1900 ; 8,3 millions en 1910 ; 15,3 millions en 1913 ; 34,5 millions en 1919[9].

Origines[modifier | modifier le code]

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs »

— Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793, article 35

L'échec des révolutions de 1848, les persécutions subies par les milieux socialistes ainsi que les conditions difficiles rencontrées par les exilés, entraînent peu à peu le raidissement des positions socialiste-révolutionnaires et anarchistes. Dans son essai Der Mord (Le Meurtre, 1848), le radical démocrate Karl Heinzen élabore la première doctrine cohérente du terrorisme[10] : « Si vous devez faire sauter la moitié d’un continent et répandre un bain de sang pour détruire le parti des barbares, n’ayez aucun scrupule de conscience. Celui qui ne sacrifierait pas joyeusement sa vie pour avoir la satisfaction d’exterminer un million de barbares n’est pas un véritable républicain[10] ».

En 1871, la Semaine sanglante met fin à la Commune de Paris, la section française de l'Association internationale des travailleurs est dissoute, « les révolutionnaires fusillés, envoyés au bagne ou condamnés à l'exil (...) ; la terreur confinant au plus profond des logis les rares hommes échappés au massacre[11] ». Le mur des Fédérés devient dès lors le symbole de l'oppression bourgeoise. Eugène Pottier proclame dans Le Mur voilé (1886), « Ton histoire, bourgeoisie est écrite sur ce mur ».

Le massacre de 30 000 Parisiens par Adolphe Thiers, avec l'approbation quasi-unanime des classes moyennes, marque un tournant moral dans l'histoire ouvrière européenne. De nombreux révolutionnaires finirent par se convaincre que la terreur devait être combattue par la terreur, et ce d'autant plus facilement que les exécutions de masse continuaient en Russie, se superposant aux massacres de prisonniers observés à Cadiz en 1873, à la liquidation violente par l'armée des vagues de grèves de 1877 aux États-Unis ou encore aux erreurs judiciaires condamnant à mort des innocents comme à Chicago en 1886[12].

Développement[modifier | modifier le code]

« Les bourgeois nous tuent par la faim ; volons, tuons, dynamitons, tous les moyens sont bons pour nous débarrasser de cette pourriture »

— Michel Zévaco, cité par Alexandre Bérard, Les Mystiques de l'anarchie : documents d'études sociales sur l'anarchie, A.-H. Storck, Lyon, 1897

En 1876, au cours du congrès international de Berne, Errico Malatesta lance « la guerre continuelle aux institutions établies, voilà ce que nous appelons la révolution en permanence ! ».

Le 9 juin 1877, Andrea Costa anime à Genève une conférence sur la « propagande par le fait ». Andrea Costa est considéré par James Guillaume[13] comme l'inventeur de ce néologisme popularisé quelques semaines plus tard par Paul Brousse dans un article du Bulletin de la Fédération jurassienne.

Dès son apparition en France, la presse anarchiste défend ces méthodes d'action. La Révolution sociale inaugure une rubrique « Études scientifiques » sur la fabrication des bombes. La Lutte, Le Drapeau noir, La Varlope et La Lutte sociale suivent en créant des rubriques aux noms évocateurs tels que « Produits antibourgeois » ou « Arsenal scientifique[14] ». Dans Le Révolté du 25 décembre 1880 Pierre Kropotkine clame « La révolte permanente par la parole, par l'écrit, par le poignard, le fusil, la dynamite (...), tout est bon pour nous qui n'est pas la légalité ». Mais sept ans plus tard, il écrit, toujours dans Le Révolté, qu'« Un édifice basé sur des siècles d´histoire ne se détruit pas avec quelques kilos d´explosifs[15]. »

Le 13 mai 1881, Louise Michel déclare au groupe révolutionnaire du XVIIIe arrondissement de Paris :

« Mais regardez donc ce qui se passe en Russie ; regardez le grand parti nihiliste, voyez ses membres qui savent si hardiment et si glorieusement mourir ! Que ne faites-vous comme eux ? Manque-t-il donc de pioches pour creuser des souterrains, de dynamite pour faire sauter Paris, de pétrole pour tout incendier ?
  Imitez les nihilistes, et je serai à votre tête ; alors seulement nous serons dignes de la liberté, nous pourrons la conquérir ; sur les débris d'une société pourrie qui craque de toutes parts et dont tout bon citoyen doit se débarrasser par le fer et le feu, nous établirons le nouveau monde social[16]. »

Cette nouvelle stratégie est adoptée le 14 juillet 1881 au Congrès international anarchiste de Londres (où étaient présents Louise Michel et Émile Pouget). Elle devait se trouver sur le terrain de l'illégalité, avec des moyens en adéquation avec le but révolutionnaire qu'était le communisme libertaire.

En 1882, le groupe La Panthère des Batignolles (Paris, XVIIe arrondissement) consacre sa première réunion à la « confection des bombes à main ». Des tombolas sont organisées, avec des armes pour lots principaux[17].

Les mots d'ordre véhiculés par la presse anarchiste de l'époque correspondent à une stratégie d'action fondée sur des actes individuels allant de l'assassinat à l'incendie, en passant par l'empoisonnement ou le pillage. Il ne s'agit pas, par ses moyens, de régler les problèmes sociaux mais d'attirer l'attention des exploités sur les causes de leur servitude.

Kropotkine (et entre temps beaucoup d'autres « compagnons ») change de position en 1887 (quelques années avant la période « terroriste »).

« L'âge d'or » du terrorisme anarchiste[modifier | modifier le code]

La « propagande par le fait » se réalise par une série de coups de main, de faits insurrectionnels, d'assassinats et d'attentats vengeurs. Elle mêle socialiste-révolutionnaires, nihilistes et anarchistes, qu'il est parfois difficile de différencier, d'autant que ces mouvements sont tous trois influencés par les idées de Michel Bakounine.

« Je voudrais que le prix de ma vie, c’est-à-dire ma mort, fût l’étincelle qui mît le feu aux poudres, et que la Révolution éclatât. Cela suffit aux âmes tendres et droites qui roulent sous l’échafaud[18] »

- Jacques Sautarel, Lueurs économiques.

Propagande anti-anarchiste (1919)

La section italienne de l'AIT, à l'origine de cette nouvelle stratégie politique, crée le Comité italien pour la révolution sociale en janvier 1874 et organise aussitôt plusieurs tentatives de soulèvements populaires jusqu'en 1877[19],[20].

La plus connue est organisée par Carlo Cafiero et Errico Malatesta. Le 5 avril 1877, une trentaine de militants armés, dont les deux théoriciens, surgirent dans les montagnes de la province italienne de Bénévent, brûlèrent les actes de propriété d'un petit village, distribuèrent aux miséreux le contenu de la caisse du percepteur, tentèrent d'appliquer un « communisme libertaire en miniature ». Les paysans les ont observés mais pas suivis, malgré un enthousiasme relatif au départ quand l'autorité du roi fut abolie dans ces villages. Les anarchistes furent finalement capturés après une fusillade.

Ces premiers essais de guérilla échouèrent sans avoir inquiétés la monarchie italienne, mais elles impressionnent durablement les compagnons. Rapidement, toute forme d'action contre la propriété privée ou les pouvoirs publics est considérée comme « propagande par le fait ». Influencés par les nihilistes, les anarchistes conçoivent de plus en plus l'action anarchiste sous l'angle du terrorisme au détriment des activités syndicales ou collectives[20].

1878 marque l'entrée dans l'âge « classique » du terrorisme. Pendant un demi-siècle, l'imaginaire bourgeois sera hanté par la figure du nihiliste et de l'anarchiste poseur de bombe[12]

La première à passer à l'action est Véra Zassoulitch. Le 24 janvier 1878, elle tente d'assassiner le général Theodore Trepov responsable de la torture des prisonniers narodniks. Jugée le 31 mars 1878, elle est acquittée.

Le 11 mai et le 5 juin 1878, l'empereur Guillaume Ier d'Allemagne est victime de deux tentatives d'assassinat organisées par les anarchistes Max Hödel et Karl Eduard Nobiling[7]. Ces tentatives serviront de prétexte à Bismarck pour réprimer les sociaux-démocrates allemands en faisant adopter, le 19 octobre 1878, les « lois anti-socialistes » par le Reichstag[7].

Le 25 octobre 1878, Juan Oliva Moncasi tente d'assassiner le roi Alphonse XII d'Espagne. Le 17 novembre 1878, c'est au tour de Giovanni Passannante de tenter d'assassiner le roi Humbert Ier d'Italie.

L'année 1878 se termine par une encyclique du pape Léon XIII consacrée à la « peste mortelle » du communisme[12]. Publié le 28 décembre 1878, l'encyclique Quod apostolici muneris condamne « socialistes, communistes et nihilistes » accusés de vouloir « bouleverser les fondements de la société civile » et « renverser tout l'ordre surnaturel » au nom des « délires de la seule raison[21] ».

Le 13 mars 1881, l'empereur Alexandre II de Russie est assassiné par la Narodnaïa Volïa. Le geste est salué par la presse anarchiste, notamment dans Le Révolté et La Révolution sociale.

En France, un premier attentat attribué aux anarchistes est initié puis supervisé par Louis Andrieux, préfet de police. Son but est de mettre la main sur un « nid de dynamiteurs » en facilitant leur arrestation. La cible retenue est la statue d'Adolphe Thiers, le « boucher de la Commune », à Saint-Germain-en-Laye. L'attentat a lieu dans la nuit du 15 au 16 juin 1881 mais ne fait aucun dégâts, au plus une mince tâche noire. Ne pouvant intervenir sur une accusation aussi mince sans dévoiler le dispositif de la police, Louis Andrieux préfère continuer sa surveillance. Finalement démasqué par les compagnons, l'agent provocateur Egide Spilleux met fin le 18 septembre 1881 à l'épopée rocambolesque de La Révolution sociale, journal anarchiste financé et administré par la préfecture de police[22].

Les martyrs de Chicago, par Walter Crane (1894)

Un mois plus tard, le 17 octobre 1881, Émile Florion, ouvrier tisseur de 23 ans, arrive à Paris avec le projet de tuer Gambetta. Le 20 octobre, n'ayant pu approcher sa victime, il décide d'abattre le « premier bourgeois venu » et tire à deux reprises sur le docteur Meymar. Il tente ensuite de se suicider mais ne parvient qu'à se blesser légèrement. Meymar est indemne. Bien qu'ayant exprimé des regrets lors de son procès, Émile Florion est condamné à vingt ans de travaux forcés le 27 octobre suivant. Il accueille la sentence au cri de « Vive la révolution sociale[23] ! » Son geste sera souvent cité en exemple par Le Révolté.

Le 16 novembre 1883, Paul-Marie Curien, 17 ans, décide d'assassiner Jules Ferry. Éconduit par l'huissier, il le menace de son revolver mais est aussitôt arrêté. Jugé le 3 janvier 1884 pour voies de fait sur un huissier et outrage à agent, il est condamné à trois mois de prison[24].

Quelques mois plus tard, dans la banlieue de Marseille, Louis Chaves tue la supérieure d'un couvent et blesse grièvement sa sous-directrice. Ancien employé du couvent, Louis Chaves écrit une lettre datée du 27 février 1884 au journal L'Hydre anarchiste dans laquelle il explique son geste et cherche à encourager les compagnons à l'imiter. Il est tué dans la fusillade avec les gendarmes venus l'arrêter. Son geste est magnifié dans la presse anarchiste. Une souscription « pour l'achat du revolver qui doit venger le compagnon Louis Chaves » est même lancée par Le Droit social.

Le 5 mars 1886, Charles Gallo lance une bouteille d'acide prussique dans l'enceinte de la Bourse de Paris, puis tire trois coups de revolver sans blesser personne. Aussitôt arrêté, il est jugé le 26 juin suivant mais l'affaire est renvoyée au 15 juillet à la suite de multiples incidents provoqués par l'accusé. Condamné à 20 ans de travaux forcés, il sera de nouveau condamné, à la peine capitale, le 30 décembre 1887, pour s'être révolté contre un de ses geôliers. Sa peine sera finalement commuée en réclusion à perpétuité le 7 août 1888.

Tragédie de Haymarket Square (1886)

Lors d'une manifestation ouvrière organisée à Chicago le 4 mai 1886, un inconnu lance une bombe sur les policiers. L'officier Mathias J. Degan est tué sur le coup. Ses collègues ouvrent immédiatement le feu sur la foule. Sept agents de police trouvent la mort ainsi qu'une trentaine de manifestants[7]. Après l'attentat, la répression s'abat sur les milieux anarchistes très actifs à Chicago. Huit hommes sont arrêtés et accusés de l'attentat de Haymarket. Malgré l'absence de preuve, cinq sont condamnés à mort. August Spies, Albert Parsons, George Engel et Adolph Fischer sont pendus ; Louis Lingg se suicide dans sa cellule[25].

Le discours de Jaurès (avril 1894) et l'usage d'agents provocateurs[modifier | modifier le code]

Après l'attentat d'Auguste Vaillant qui conduit à la promulgation des lois scélérates, Jean Jaurès dénonce dans un discours célèbre, d'avril 1894, la connivence entre certains milieux du capital, le cléricalisme et certains anarchistes, dont certains sont soupçonnés d'être des agents provocateurs.

C'est en effet à l'occasion de la découverte de fonds venant de haut lieu chez un anarchiste de retour de Carmaux qu'il se lance dans un discours à la Chambre, le 30 avril 1894, où il dénonce la politique répressive du gouvernement, la censure du Père peinard, « consacré presque tout entier à injurier les députés socialistes », le deux poids deux mesures avec d'un côté à la censure des journaux et députés socialistes, de l'autre la tolérance de discours également contestataires de certains catholiques (Albert de Mun, l'article « La Bombe » dans La Croix de Morlay, les articles de La Croix ou l'article du Père Marie-Antoine publié dans L'Univers puis dans L’En-dehors et titré « Le Christ et la Dynamite ») ou et l'usage des agents provocateurs :

« C’est ainsi que vous êtes obligés de recruter dans le crime de quoi surveiller le crime, dans la misère de quoi surveiller la misère et dans l’anarchie de quoi surveiller l’anarchie. (Interruptions au centre. — Très bien ! très bien ! à l’extrême gauche.)
Et il arrive inévitablement que ces anarchistes de police, subventionnés par vos fonds, se transforment parfois — comme il s’en est produit de douloureux exemples que la Chambre n’a pas pu oublier — en agents provocateurs[26]. »

Et d'évoquer un certain Tournadre, actif lors des grèves de 1892, qui avait proposé aux ouvriers de Carmaux des fonds pour acheter de la dynamite et éventuellement de s'enfuir ensuite en Angleterre : or, selon Jaurès, alors que Tournadre avait répondu aux ouvriers qu'il avait des « amis capitalistes à Paris », les perquisitions menés chez Tournadre à Carmaux avaient mené à la découverte de deux lettres, l'une du baron Edmond de Rothschild, l'autre de la duchesse d'Uzès[27],[26]. Malgré ce discours, la Chambre vota dans une large majorité la confiance au gouvernement.

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Depuis ce temps-là colle à l'anarchiste l'image d'un lanceur de bombe et d'agitateur anomiste. Dès le tournant du siècle[Quand ?], les anarchistes ont largement abandonné la « propagande par le fait » illégale pour se tourner vers l'action syndicaliste révolutionnaire et le militantisme légal.

Aujourd'hui, les anarchistes ne semblent plus être partisans de l'illégalisme ou des attentats individuels. Ils pensent toujours dans leur majorité, comme le dit Malatesta, que « la violence n'est justifiable que quand elle est nécessaire pour se défendre soi-même, ou défendre les autres contre la violence » et ajoutent souvent que « l'opprimé est toujours en état de légitime défense et il a toujours pleinement le droit de se révolter sans attendre qu'on lui tire effectivement dessus ». Mais si la plupart des anarchistes défendent l'utilisation de la violence « raisonnée », une violence sociale, populaire et révolutionnaire, certains groupes (comme la FAI en Italie ou Lutte révolutionnaire en Grèce) reprennent cette idéologie de la « propagande par le fait ».

Très souvent les anarchistes ont pratiqué la propagande par le fait en réponse à la répression des autorités ; ex : fusillade de Fourmies et répressions des ouvriers, puis réponses par attentats de Ravachol sur les militaires/juges/avocats ayant participé à ces massacres). La « propagande par le fait » fait partie de l'histoire internationale de l'anarchisme.

Les « attentats pâtissiers » (entartages) du Gloupier (Noël Godin), sont une forme de "terrorisme" pacifiste inspiré de cette lignée.


De 1986 à 1994 le Comité des mal-logés met en pratique dans ses luttes, ses occupations d'immeubles HLM, et son organisation interne les principes du communisme de conseil, et fait de la propagande par le fait en faveur du logement social, il fédéra plusieurs dizaines d'immeubles en lutte et regroupa jusqu'à cinq cents mal logés de toutes origines géographiques à Paris et Banlieue de 1986 à 1994. Son organisation était de type conseilliste, toutes les décisions étaient prises en assemblée générale avec refus de délégation de représentativité, ses membres sur leur lieu de travail, majoritairement dans les entreprises de nettoyage (COMATEC par exemple), se fédéraient à la CNT. Une dizaine de ses militants se sont réunis pour rédiger une brochure de bilan de cette expérience lorsque scission et dissolution ne faisait quasiment plus de doute tant les forces politiciennes de la gauche de gouvernement se sont liguées pour obtenir la dislocation du comité

Bilan[modifier | modifier le code]

Chronologie de la propagande par le fait[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Chronologie de l'anarchisme.

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

« on pratiquait la "prise au tas" et la propagande par le fait en s'inspirant des grands exemples de Vaillant, de Caserio, de Ravachol, d'Émile Henry[28]... »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Action directe (théorie politique) ~ Anarchisme insurrectionnaliste ~ Anarchisme ~ Anarchists Against the Wall ~ Andrea Costa ~ Anteo Zamboni ~ Antifascisme ~ Auguste Vaillant ~ Carlo Cafiero ~ Chronologie de révolutions et de rébellions ~ Clément Duval ~ Commune de Paris (1871) ~ Émile Cottin ~ Émile Henry ~ Ernesto Bonomini ~ Errico Malatesta ~ Gaetano Bresci ~ Germaine Berton ~ Grève ~ Grève générale ~ Homicide ~ Illégalisme ~ Insurrection ~ Sante Geronimo Caserio ~ Johann Most ~ Jules Bonnot ~ Karl Heinzen ~ Lois scélérates ~ Luigi Lucheni ~ Mario Buda ~ Michele Angiolillo ~ Mikhaïl Bakounine ~ Paul Brousse ~ Pierre Kropotkine ~ Pietro Acciarito ~ Propagande ~ Ravachol ~ Reprise individuelle ~ Révolution ~ Sabotage ~ Stuart Christie ~ Terrorisme ~ The Angry Brigade - Gustave Bouvet

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Iconographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Lettre d'Errico Malatesta à Carlo Cafiero, Bulletin de la Fédération jurassienne, 3 décembre 1876
  2. Compte rendu de la réunion de Vevey, septembre 1880, Archives nationales [Lesquelles ?] F7 12.504
  3. Christian Beuvain, Stéphane Moulain, Ami-Jacques Rapin, Jean-Baptiste Thomas, Révolution, lutte armée et terrorisme, tome 1, Paris, L'Harmattan, coll. « Dissidences », 2006
  4. a et b Thierry Vareilles, Histoire d'attentats politiques, de l'an 44 av. Jésus-Christ à nos jours, Paris, l'Harmattan, 2006[réf. incomplète]
  5. a, b et c Gérard Chaliand, Arnaud Blin, Histoire du terrorisme : de l'Antiquité à al-Qaida, Bayard, coll. « Essais », 2004 (ISBN 2227472960) p. 125-144
  6. Uri Eisenzweig, Fictions de l'anarchisme, Christian Bourgois, 2001 (ISBN 2267015706)[réf. incomplète]
  7. a, b, c et d (en) Martha Crenshaw, Terrorism in Context, Pennsylvania State University Press, 1995 (ISBN 0271010150)
  8. (en) Walter Laqueur, The New Terrorism: Fanaticism and the Arms of Mass Destruction, Oxford University Press, (ISBN 0195118162)
  9. a, b, c et d Jean Batou, Les « Héros de l’Enfer », solidaritéS, n°70, sur solidarites.ch, 2005
  10. a et b Emmanuel de Waresquiel, Le Siècle rebelle - dictionnaire de la contestation au XXe siècle, Larousse, 1999
  11. Fernand Pelloutier, Histoire des bourses du travail, Paris, A. Costes, 1921
  12. a, b et c Mike Davis, Les « Héros de l’Enfer », solidaritéS, n°70, sur solidarites.ch, 2005
  13. James Guillaume, L'Internationale. Documents et souvenirs, tome IV
  14. Jean Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, Gallimard, coll. « Tel », 1992 (ISBN 2070724980) p.206-209
  15. Fiche biographique sur Marxists.org
  16. Louise Michel, citée par Louis Andrieux, Souvenirs d'un préfet de police, Paris, J. Rouff, 1885, p. 347
  17. Le Droit social, n°1, 16-23 mai 1885
  18. Jacques Sautarel, Lueurs économiques, 1898
  19. (it) Pier Carlo Masini, Storia degli anarchici italianida Bakunin a Malatesta (1862-1892), Biblioteca Universale Rizzoli, 1974
  20. a et b Gaetano Manfredonia, La Chanson anarchiste en France des origines à 1914, Paris, L'Harmattan, 1997 (ISBN 2738460801)
  21. Léon XIII, Quod apostolici muneris, Rome, 28 décembre 1878
  22. Louis Andrieux, Souvenirs d'un préfet de police, Paris, J. Rouff, 1885
  23. Gazette des tribunaux, 27-28 février 1882
  24. Gazette des tribunaux, 4 janvier 1884
  25. Paul Avrich, The Haymarket Tragedy, Princeton, Princeton University Press, 1984 (ISBN 0691006008)
  26. a et b Séance du 30 avril 1894, discours de Jean Jaurès, sur le site de l'Assemblée nationale.
  27. Harvey Goldberg, The Life of Jean Jaures, University of Wisconsin Press, 1962, ISBN 978-0-299-02564-9, p. 121-122
  28. Henri Calet, Le tout sur le tout, Gallimard, coll. « L'imaginaire », page 22-23