Syndicalisme révolutionnaire

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le nom de syndicalisme révolutionnaire désigne en général l'idéologie prégnante en France dans les syndicats de la CGT entre 1895 et 1914 et, jusque dans les années 1920, dans les syndicats d'autres pays industrialisés (États-Unis, Argentine, Italie et Espagne).

Historique[modifier | modifier le code]

Pour une évocation des prémices en Europe dès 1880, lire cet article.

Il a organisé dans un premier temps les ouvriers qualifiés issus des métiers de l'artisanat et de la petite mécanique, mais aussi, et dès le début, les manœuvres polyvalents du bâtiment et de l'usine, les terrassiers et, en Italie, les ouvriers agricoles, puis les mineurs. À partir de 1910 environ, le syndicalisme révolutionnaire épouse la restructuration industrielle en cours en se transformant en syndicalisme d'industrie, c'est-à-dire en organisant les ouvriers non plus par métier, mais par usine et même, parfois, par branche. Les ouvriers spécialisés, notamment dans la mécanique et l'industrie lourde, devinrent alors le fer de lance de ce syndicalisme de combat. Cette évolution, moins nette en France, fut très marquée en Italie, aux USA et, dans les années 1920, en Argentine.

La doctrine du syndicalisme révolutionnaire fut toujours très plurielle car elle intégrait à la fois l'apport du marxisme (dans une version révisionniste de gauche) et de l'anarchisme (dans sa version proudhonienne). Les contributeurs théoriques sont, en France, Fernand Pelloutier, le précurseur[réf. nécessaire], Hubert Lagardelle, Georges Sorel, Édouard Berth, Émile Pouget, en Italie, Arturo Labriola et Enrico Leone, et aux Pays-Bas Christiaan Cornelissen.

Appelé aussi syndicalisme d’action directe[réf. nécessaire], ce courant se distinguait et s'opposait aussi bien au syndicalisme réformiste qu'aux partis politiques, par son adhésion au vieux principe : « L'émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » (extrait des statuts de l'Association internationale des travailleurs, rédigés en 1864 par Karl Marx). Après la Révolution russe, de nombreux syndicalistes révolutionnaires adhèrent à l'Internationale Syndicale Rouge. Ils supportent mal cependant le centralisme autoritaire de l'ISR. En 1923 à Berlin, la grande majorité de ses organisations se détachent et s'organisent au niveau international en fondant une nouvelle Association internationale des travailleurs.

La montée du communisme en France, du fascisme en Italie, du franquisme en Espagne, du populisme en Argentine et de puissants syndicats intégrés aux USA aura raison de ce courant.

Ce type de syndicalisme est encore présent en France à travers la CNT française et les Comités syndicalistes révolutionnaires.

La CGT syndicaliste révolutionnaire à la Belle Époque[modifier | modifier le code]

Le syndicalisme révolutionnaire a représenté un état d'esprit dominant dans la CGT française entre 1895 et 1914. En fédérant différentes sensibilités qui défendaient l'autonomie ouvrière contre les arrière-pensées politiques des guesdistes, il s'est reconnu comme un courant majoritaire lors du congrès de Bourges en 1904, puis lors du congrès d'Amiens en 1906 où fut voté un ordre du jour célèbre que l'on appela plus tard la Charte d'Amiens.

La CGT était née en 1895 pour inciter les travailleurs à s'émanciper selon les modalités définies par la Première Internationale. Dans un premier temps, ces modalités prennent la forme du projet de grève générale insurrectionnelle, dans le but d'abolir le salariat et de renverser la société bourgeoise.

Cependant, cette politique change en 1902, et de nombreuses grèves partielles éclatent dans toute la France. Désormais, et c'est la particularité du syndicalisme révolutionnaire, le syndicat est à la fois l'organe de l'amélioration du quotidien du travailleur et l'organe qui accouchera de la société future à travers la révolution, société égalitaire et fraternelle. En 1906, la Charte d'Amiens confirme le rejet de toute affiliation politique et proclame l'indépendance irréductible de la confédération. C'est une autre particularité du syndicalisme révolutionnaire : le syndicat n'est pas envisagé comme un relais d'un parti politique, contrairement aux syndicalismes anglais et allemand.

En France, le syndicalisme révolutionnaire entre en crise en 1908-09, avec la grève de Draveil-Villeneuve-Saint-Georges, violemment réprimée par Clemenceau. Plusieurs grévistes sont tués, à bout portant, par l'armée. Clemenceau fait arrêter les principaux cadres de la CGT, absents lors du Congrès de Marseille d'octobre 1908. Avec l'adhésion de l'importante Fédération des métallurgistes, plus modérée et pragmatique, les syndicalistes révolutionnaires perdent du terrain.

Avec Jaurès, la SFIO cherche des électeurs pour arriver au pouvoir, les anarchistes veulent faire triompher leur ligne radicale et anti-autoritaire.

Lorsque la Première Guerre mondiale, le mouvement ouvrier finit par se rallier à l'« Union sacrée », abandonnant les velléités de grève générale insurrectionnelle auparavant prônée par Gustave Hervé dans La Guerre sociale afin de mettre en échec les stratégies « bourgeoises » et « nationalistes ».

La CGT avec Jouhaud ne s'oppose pas à la mobilisation le 1er août 1914. Sans protestation ni grève l'appareil syndical s'est rallié à l'Union sacrée ; ses militants les plus en vue sont exemptés du Front (voir Rosmer et Julliard). Ce n'est qu'après Zimmerwald qu'une poignée de militants de La Vie ouvrière, tenus en marge et sans moyen d'expression avec Monatte essaient de se faire entendre. Jamais durant toute la guerre la CGT ne relèvera le drapeau de l'antimilitarisme qu'elle tenait pourtant déployé avant. De leur côté, les syndicats allemands contrôlés par le SPD, ne mobilisent pas, « trahissant » comme la CGT la solidarité internationale entre travailleurs.

Après la Première guerre[modifier | modifier le code]

Au retour de la guerre, le courant syndicaliste-révolutionnaire se réorganise et crée les Comités syndicalistes révolutionnaires (CSR). Il redevient majoritaire dans la CGT[réf. nécessaire]. La direction de la CGT prenant peur de perdre son pouvoir, tandis que les syndicalistes influencés par la Révolution bolchevique espèrent écarter les réformistes, la scission éclate en 1921 avec la création de la Confédération générale du travail unitaire (CGTU) qui prétend représenter l'unité du mouvement ouvrier et rejeter la faute de la scission sur la CGT. C'est à cette occasion qu'est créé le terme d'« anarcho-syndicalisme » par Alexandre Lozovski, précisément pour discréditer la minorité de la CGTU hostile à l'adhésion à l'Internationale syndicale rouge (ISR). Ces minoritaires finiront par créer la CGT-SR (Confédération générale du travail - syndicaliste révolutionnaire).

Le courant syndicaliste-révolutionnaire maintiendra très longtemps son influence dans le mouvement syndical. A tel point qu'aujourd'hui encore quasiment tous les syndicats font référence au congrès de la CGT de 1906 et sa fameuse Charte d'Amiens qui affirme l'indépendance du syndicat et la volonté de transformer la société.

Le courant syndicaliste révolutionnaire perdra de son influence au profit du Parti communiste.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Les autres organisations du début du XXe siècle[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Jean Maitron, Le syndicalisme révolutionnaire : Paul Delesalle, Les Éditions ouvrières, 1952, 170 pages.
  • Pierre Monatte, Syndicalisme révolutionnaire et communisme, F. Maspero, 1968, 463 pages.
  • J. A. De Seixas, Mémoire et oubli. : Anarchisme et syndicalisme révolutionnaire au Brésil : mythe et histoire, Maison des sciences de l'homme, 1992, lire en ligne.

Liens externes[modifier | modifier le code]