Insurrection polonaise de 1861-1864

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L'insurrection polonaise de 1861-1864 ou insurrection de janvier est un ensemble de mouvements qui ont lieu durant cette période dans le royaume de Pologne, sous tutelle russe, et dans les provinces ex-polonaises de l'Empire russe (Lituanie, Volhynie, Ruthénie), dont l'apogée se situe dans le soulèvement de janvier 1863, suivi d'une longue phase de guérilla contre l'armée russe.

Après l'insurrection de Kościuszko en 1794, celle du royaume de Pologne en 1830-1831 et le Soulèvement de Cracovie en 1846, c'est la dernière des grandes insurrections patriotiques (principalement nobiliaires) de la Pologne. Elle est particulièrement complexe du fait de l'opposition entre les conservateurs et les radicaux polonais, sur place (« Blancs » et « Rouges ») et dans l'émigration (« l'hôtel Lambert » d'Adam Czartoryski contre la Société démocratique polonaise de Mieroslawski) ; entre les propriétaires fonciers nobles polonais et les paysans serfs (polonais, lituaniens ou ruthènes) ; entre les tenants de la Pologne d'avant 1772 et les partisans de la reconnaissance des peuples lituaniens et ukrainiens.

La défaite de 1864 a pour résultat une répression impitoyable et la suppression quasi complète de l'autonomie du royaume de Pologne et la russification des provinces ex-polonaises de l'Empire russe.

La Pologne de 1772 à 1860[modifier | modifier le code]

Cette insurrection conclut en effet un siècle de vicissitudes : en 1772, la Pologne, officiellement la République des Deux Nations (royaume de Pologne et grand-duché de Lituanie), subit son premier partage entre la Russie, la Prusse et l'Autriche ; le second a lieu en 1793 et le troisième (1795) met fin à l'existence même de l'Etat polonais (Varsovie devient le chef-lieu de la province prussienne de Prusse-Méridionale).

Cependant, la Pologne réapparaît en 1807 sous la forme de l'Etat sous protection française nommé duché de Varsovie, formé des territoires annexés par la Prusse et l'Autriche en 1793 et 1795. Suite à la chute de Napoléon, le congrès de Vienne procède à un nouveau partage, la Russie recevant le territoire du duché de Varsovie, sauf la région de Poznan (à la Prusse) et celle de Cracovie (République de Cracovie).

Le tsar Alexandre, reconnu comme « roi de Pologne », dote le pays d'une constitution libérale, d'un gouvernement et d'une armée spécifiques. Cependant, des tensions apparaissent rapidement entre le tsar-roi et ses sujets polonais, et elles s'aggravent après l'avènement de Nicolas I en 1825. En novembre 1830 éclate une insurrection, suivie d'une véritable guerre polono-russe ; la défaite polonaise entraîne l'exil de plusieurs milliers de Polonais.

D'autres mouvements ont lieu en 1846 dans les régions sous contrôle de l'Autriche (Galicie) et à Cracovie ; mais leur résultat est l'annexion de la République de Cracovie par l'Autriche.

En 1848, des Polonais participent aux mouvements qui ont lieu dans toute l'Europe, mais en Pologne il ne se passe pas grand-chose durant le Printemps des Peuples.

Un changement important intervient avec la défaite que subit la Russie lors de la guerre de Crimée, suite à laquelle le tsar Alexandre II engage une politique de réformes dont la plus notable est l'abolition du servage en 1861.


Genèse de l'insurrection[modifier | modifier le code]

Les mouvements de conspiration (1856-1860)[modifier | modifier le code]

Les Polonais voient dans cette situation un signe de la faiblesse de l’Empire russe et commencent à organiser une nouvelle insurrection nationale.

Les premières organisations voient le jour dès 1856 à l’université de Kiev (ville du royaume de Pologne jusqu'en 1660), où apparaît l'association Ogół, dont trois membres (Włodzimierz Antonowicz, Leon Głowacki et Włodzimierz Milowicz) créent une organisation plus radicale. Ce mouvement cherche à établir des contacts avec la jeunesse sur le terrain des trois provinces[réf. nécessaire] « volées » par la Russie et prônait l’insurrection.

Un second foyer de l’insurrection se trouve dans la capitale russe, Saint-Pétersbourg. La plus importante organisation y est celle d'officiers polonais étudiant à l’Académie de l’État-major général. Le cercle des officiers de Saint-Pétersbourg est créé par Zygmunt Sierakowski ; après son départ, la direction est reprise par Jarosław Dombrowski (le futur général de la Commune de Paris).

Le troisième foyer est la capitale polonaise, Varsovie. En 1857, est créée l’Académie de Médecine et de Chirurgie de Varsovie ; très tôt, l’académie pullule de jeunes conspirateurs. Quelques cercles se forment aussi à l’école des Beaux-Arts. En mai 1858, Narcyz Jankowski, venu de Kiev, s’installe à Varsovie et crée des cercles étudiants clandestins ainsi que des formations militaires secrètes. En 1859 se forme l’organisation des Rouges[réf. nécessaire].

Le mouvement des manifestations patriotiques (1860)[modifier | modifier le code]

Le , les funérailles de Józef Sowiński, un protagoniste de l’insurrection de novembre 1830, se transforme en une grande manifestation patriotique.

En octobre de la même année, pendant le rassemblement du congrès monarchique à Varsovie[réf. nécessaire], les illuminations et le bal de la conférence sont sabotés ; les fauteuils du Grand Théâtre sont endommagés. Ces actions sont dirigées par Franciszek Godlewski.

Le , anniversaire de l'insurrection de 1830, est organisée une grande manifestation au cours de laquelle est chanté un poème d'Alojzy Feliński saluant le départ du tsar Alexandre Ier, dans lequel un vers du refrain était remplacé par : « Ojczyznę wolną racz nam wrócić Panie » (« Seigneur ! Daigne nous rendre une Patrie libre »). Ce chant antirusse est régulièrement répété dans les manifestations polonaises.

Les débuts de l'agitation (1861-1862)[modifier | modifier le code]

Ces deux années sont marquées par la succession rapide des vice-rois (namiestiniki) de Pologne :

La fusillade de Varsovie (février 1861)[modifier | modifier le code]

Alexandre II décide de mettre un terme à cette frond par la répression et menace, en cas de manifestations plus importantes, d'un bombardement de la ville à partir de la citadelle. Le , l’armée russe défile dans les rues pour le trentième anniversaire de la défaite polonaise de Grochów.

Le 27 février, dans le faubourg de Cracovie (Krakowskie Przedmieście) à Varsovie, cinq manifestants sont exécutés par des soldats russes. Cet événement créa un débat dans la Société agricole du Palais royal de Varsovie[réf. nécessaire], au terme duquel est demandée la mise en détention des soldats. La population varsovienne bouleversée par l’évènement crée une délégation de la ville chargé du maintien de la paix, présidée par le banquier Leopold Kronenberg ; celle-ci envoye au tsar une lettre demandant le respect de la liberté des citoyens du royaume de Pologne.

Le 2 mars, l’enterrement des cinq fusillés au cimetière de Powązki est une manifestation de solidarité entre toutes les régions du Royaume de Pologne, les évènements de Varsovie ayant eu un écho dans toutes les provinces. Un office religieux et une manifestation sont organisés dans plusieurs villes en l’honneur des cinq morts. Des paysans font la « grève » du servage.

Les concessions[modifier | modifier le code]

La position de la Russie en Pologne apparaît alors assez faible. L’armée est concentrée dans la capitale et dans nombreuses villes, les fonctionnaires russes sont corrompus et peu comptétents.

Afin de pacifier la situation, Alexandre II est amené à faire des concessions. Ainsi est rétabli le Conseil d’État du Royaume de Pologne (supprimé en 1832), dirigé par Alexandre Wielopolski, la Commission gouvernementale de l’Instruction (équivalent d'un ministère) ; l’université de Varsovie réouverte et l'usage du polonais rétabli dans l’administration.

Les massacres d'avril 1861[modifier | modifier le code]

Le 8 avril, une foule désarmée manifestant sur la Place du Château est mitraillée. Une centaine de personnes sont tuées, quelques milliers sont blessées. La ville est mise en état de siège[1],[2].

Le Massacre des Polonais à Varsovie, 1861. Tableau de Tony Robert-Fleury (1866).

En mai 1861, le vice-roi de Pologne, le général Mikhail Dmitrievich Gorchakov meurt ; Nikolaï Soukhozanet lui succédant, le régime imposé aux Polonais devient encore plus répressif. Une personne portant les vêtements nationaux ou chantant l’hymne national peut être arrêtée.

En septembre 1861 eurent lieu les élections nationales[réf. nécessaire]. Mais l’accalmie temporaire de la répression durant cette période ne fait qu’augmenter la pression patriotique.

L'agitation hors du royaume de Pologne[modifier | modifier le code]

De nombreuses manifestations eurent lieu en Lituanie (Russie) et Galicie (Autriche). Le 10 octobre, lors du 448e anniversaire de la signature de l’Union d'Horodło, des manifestations sont organisées dans la ville de signature de ce qui était la préfiguration de la république de Pologne et Lituanie, des foules se rassemblant de part et d'autre du fleuve Bug. Le même jour, des milliers de personnes participent à l'enterrement de l'archevêque de Varsovie, Mgr Antoni Melchior Fijałkowski.

Après une série de manifestations qui finissent dans le sang[réf. nécessaire], l’Église polonaise déclara un deuil national pour l’année 1861.

L’état de guerre dans le Royaume de Pologne (octobre 1861)[modifier | modifier le code]

Un nouveau vice-roi, le général Karl Lambert, proclame l’état de guerre le 14 octobre 1861.

Le 15 octobre, malgré les l’interdiction, les habitants de Varsovie prennent part à l’anniversaire de la mort de Tadeusz Kościuszko. La manifestation est bloquée par l’armée russe des arrestations ont lieu jusque dans les églises. Le gouverneur-général Aleksander Daniłowicz Gerstenzweig ordonna à l’armée d’entrer dans la cathédrale Sainte Anne de Varsovie afin de rétablir l'ordre. L’administration du diocèse de Varsovie décide alors la fermeture de toutes les églises et paroisses de la ville en signe de protestation. Lambert cède et libère les prisonniers. Au bout de quelques jours, il est remplacé par un nouveau vice-roi, le général Alexandre von Lüders.

Le 17 octobre, Apollo Korzeniowski met en place un complot (Komitet Miejski) préparant l’organisation d’une insurrection.

Rouges et Blancs[modifier | modifier le code]

Durant les années 1861-1862, les Polonais attendaient de plus en plus une réforme agraire, la démocratisation du pouvoir et l’indépendance avec la Russie. Dans cette situation, une organisation patriotique radicale, surnommé les Rouges, se met en place afin de mener la lutte ouverte et la préparation d’une insurrection face aux russes. À la fin de 1862, cette organisation compte entre 20 000 et 25 000 membres et planifie l’insurrection pour le printemps 1863. Le complot est dirigé par un Comité central national, sous la direction du général Jarosław Dombrowski.

À l’opposé du complot nationaliste s’est mise en place une organisation, surnommée les Blancs, groupant les propriétaires terriens, l’aristocratie et les couches riches de la population. Profitant des structures de la Société Agricole, cette dernière crée un réseau s'étendant à tous les territoires polonais, y compris la Lituanie et l’Ukraine. Son programme diffère en ce qu’ils veulent le remboursement financier de l’abolition du servage et le report du déclenchement du soulèvement national.

L'insurrection[modifier | modifier le code]

Scène de l'insurrection de 1863 (Thaddaus von Ajdukiewicz)

La loi de conscription et l'explosion (janvier 1863)[modifier | modifier le code]

Le comte Aleksandre Wielopolski, chef du gouvernement civil du Royaume de Pologne à partir de juin 1862, est au courant de l’état d’insubordination dans le pays et afin de mettre les « blancs » de son côté, il réalise quelques réformes demandées par le mouvement polonais : fin du servage, une nouvelle loi encadrant l’éducation et des droits égaux pour les juifs.

En même temps, afin de paralyser le mouvement et contre toute attente, il met en place à la mi-janvier 1863 la conscription des Polonais pour l’armée russe. Une liste de 12 000 noms est préparée à cet effet, liste contenant les noms de personnes suspectées d’appartenair au mouvement patriotique.

En janvier 1863, il y a 100 000 soldats de l’armée russe dans le Royaume de Pologne. La mise en place de la conscription est boycottée ; le 22 janvier est publié l’explosif manifeste du Comité central national des Rouges, à partir duquel émerge le Gouvernement national provisoire (Tymczasowy Rząd Narodowy), sous la direction de Stefan Bobrowski. Le décret du CCN libérait les serfs et promettait des terres aux engagés volontaires dans la lutte.

Planifié par les rouges pour le printemps, l’insurrection débute donc plus tôt, sans préparation organisationnelle suffisante, avec un manque cruel de moyens militaires et une direction divisée.

Les combats[modifier | modifier le code]

Zuavo - François Rochebrune (1863)

Dans les premiers jours de l’insurrection, les insurgés réussissent à frapper les garnisons russes dans différentes voïvodies : Voïvodie de Podlachie, comté d'Augustów, de Płock, de Lubelski et de Radom. Les insurgés avancent du 21 au 25 janvier dans différents endroits : Małkinia, Stelmachowie, Sokołów Podlaski, Łuków, Biała Podlaska, Hrubieszów, Kraśnik, Szydłowiec, Suchedniów et Bodzentyn. Étant donné le manque d’armement, la majorité des attaques est contrée, et les insurgés commencent à organiser des camps d’entraînement pour des volontaires.

Dans la province de Węgrów, Jan Matliński et Władysław Jabłonowski réussissent à rassembler une armée de 3500 hommes. À Siemiatycze, Władysław Cichorski rassemble 3000 volontaires, le camp d’entraînement d’Apolinary Kurowski à Ojców rassemble 2500 soldats. À Wąchock, Marian Langiewicz rassemble 1400 soldats ; à Janów Podlaski, Roman Rogiński rassemble 1000 hommes. De quelques dizaines à quelques milliers de volontaires dans le Nord-Est de la Pologne (Łomża et Augustów) sont sous le commandement de Józef Konstanty Ramotowski.

Józef Oxiński à Uniejów disposait de 250 soldats, Władysław Kononowicz, Władysław Stroynowski, Józef Sawicki, Kazimierz Mielęcki et Antoni Zdanowiczw en avaient chacun tout autant. Après une série de combats au début de l'insurrection, les polonais réussirent à contrôler la chaussée de Brzesk et la ligne de chemin de fer Varsovie-Saint Pétersbourg, coupant ainsi les communications entre le Royaume de Pologne et la Russie tsariste.

Le gouvernement du moment (Oskar Awejde, Narcyz Jankowski, Jan Maykowski et Karol Mikoszewski) pensait à Zygmunt Padlewski comme chef suprême, mais les succès de ce dernier aboutissent à la décision de prendre Ludwik Mierosławski (26 janvier).

Dans le même temps les insurgés s'exprimaient dans Nouvelles et garde du terrain de combat. Dans les instructions aux insurgés, il était conseillé d'éviter les unités avec un trop grand nombre de troupes, de rendre difficile les communications ainsi que le recrutement. Bobrowski, dans le but d'étendre l'insurrection, écrivit des adresses Aux frères lituaniens et Aux frères russes qu'il appelait à rejoindre la révolte. En Volhynie, la cavalerie d'Edmund Różycki harcelait l'armée russe. L'insurrection gagna aussi un point d'appui assez important à Jytomyr.

Le 17 février, Mierosławski traverse la frontière russe, mais après deux défaites de son armée, près de Krzywosądza et Nowa Wsia il retourne à Paris. Il revient ensuite en Pologne au bout de deux semaines, mais n'est plus chef suprême ("dictateur") du soulèvement.

Bataille d'Ignacewo, 1863 (Juliusz Kossak)

En mars, les Blancs rejoignirent le soulèvement, prenant en même temps sa direction, alors que les chefs des Rouges sont morts, notamment Stefan Bobrowski et Zygmunt Padlewski, exécutés par l'armée russe. À partir d'avril, l'armée des insurgés est dirigée par le général Ludwik Mierosławski et les dictateurs du soulèvement sont les généraux Marian Langiewicz et Romuald Traugutt.

Les fonctionnaires de l'administration du Royaume de Pologne prennent en secret les directives du gouvernement provisoire nationaliste. Le 9 juin 1863, le personnel polonais de la Banque Royale Polonaise sur la place des Banques de Varsovie remet aux insurgés le dépôt de la Caisse Générale du Royaume (3,6 millions de złotys et 500 000 roubles) grâce à Aleksander Waszkowski.

La victoire russe et ses conséquences[modifier | modifier le code]

Les forces des insurgés

Après les premiers succès organisationnels et militaires, les insurgés ont en effet été noyé sous les forces supérieures de l'armée russe. Romuald Traugutt, « dictateur » de l'insurrection, a essayé de motiver le peuple paysan avec le slogan « avec le peuple et par le peuple ». De fait, le nombre de paysans participant à l'insurrection est allé en augmentant jusqu'au décret du tsar du 2 mars 1864 promettant la fin du servage et la possibilité d'obtenir la propriété de terres ; à partir de là, les paysans quittent le mouvement.

Près de 200 000 personnes ont participé aux combats de l'insurrection, environ 30 000 en même temps. Près de 30 000 partisans ont été tués.

Étant donné le déséquilibre entre les forces combattantes pendant l'insurrection, la guerre a pris une forme de la guerre de partisans. On comptabilise près de 1229 combats de plus ou moins grande ampleur, 956 sur le territoire du Royaume, 236 en Lituanie et le reste en Biélorussie et en Ukraine. Les combattant polonais ont évité les combats trop importants, dans lesquels l'insurrection risquait de disparaître totalement.

Les derniers combats

Le 21 février 1864, les Russes remportent la Bataille d'Opatów (Opatów) sur les partisans polonais des Góry Świętokrzyskie, dirigés par Ludwik Zwierzdowski, ainsi que les groupes opérant à Podlas. Les soldats de Józef Hauke-Bosak, et dans le comté de Lubelski, ceux de Walery Wroblewski, retranchés à Grodzieńszczyzna, continuent la lutte jusqu'en avril. En Posnanie et en Galicie, de nouvelles forces se reconstituent, mais ne peuvent intervenir dans le Royaume, du fait du contrôle des frontières par la Prusse et l'Autriche.

Le dernier groupe de patriotes se bat jusqu'au printemps 1865 à Sokołów Podlaski, sous le commandement de Stanisław Brzóska, qui, durant l'insurrection, avait pris part aux combats de Siemiatycze, [Woskrzennice]], Gręzówka, Włodawa, Sławatycze et Fajsławice. Il est pendu le 23 mai 1865 à Sokołów Podlaski.

Les puissances étrangères et l'insurrection polonaise

Comme en 1831, les libéraux de toute l'Europe applaudissent ces « partisans de la liberté » dressés contre une « tyrannie ». Mais l'insurrection ne reçoit aucune aide de l'étranger, pas même de la France. Les puissances occidentales déclarent qu'il s'agit d'une affaire interne à l'empire russe.

Le chancelier de Prusse, Otto von Bismarck, est opposé à une Pologne indépendante qui menacerait la Prusse. Il écrit dans ses Mémoires : « L'amitié du tsar était un capital politique... qu'il ne fallait pas laisser tomber entre les mains de nos adversaires, que nous devions voir dans les Polonais ». Dans une lettre à sa sœur, il écrit « J'ai toute pitié pour leur situation, mais nous ne pouvons faire autrement que les exterminer. Le loup n'y peut rien. Il a été créé tel qu'il est par Dieu, et pourtant on le tue sans pitié... ».

Le pape Pie IX prend cependant la défense des insurgés le 24 avril 1864 : « ma conscience m'oppresse, afin que j'élève la voix contre le puissant tsar, dont le pays s'étend jusqu'au pôle... Ce monarque écrase avec une cruauté féroce la nation polonaise et entreprend l'œuvre antireligieuse d'en terminer avec la religion catholique en Pologne ».

La répression dans l'Empire russe

Après la fin des combats, l'action de l'espionnage russe arrive rapidement à casser l'organisation des insurgés. Les membres du Gouvernement National : Romuald Traugutt, Roman Żuliński, Józef Toczyski, Rafał Krajewski et Jan Jeziorański, sont pendus le 5 août 1864 sur un rempart de la citadelle de Varsovie, .

Des milliers d'autres personnes ont payé de leur vie leur participation à la révolte, soit en mourant au combat, soit exécutés par l'armée russe (par exemple Zygmunt Chmieleński à Radom le 23 décembre 1863). Quelques milliers de personnes sont envoyées en Sibérie.

L'armée russe a un comportement particulièrement sanglant en Lituanie, dirigée par le gouverneur-général Mikhail Nikolayevich Muravyov-Vilensky, « le pendeur ». 700 personnes sont exécutées ou pendues, près de 40 000 envoyées au bagne (« katorga ») en Sibérie.

La Russie met aussi en place un plan de russification totale de l'administration polonaise, ayant un moment le projet de rattacher les provinces du Royaume à des provinces russes. Finalement, en 1867, le pays perd toute autonomie et est renommé pays de la Vistule. Près de 1660 propriétés nobiliaires sont confisquées, mises aux enchères ou données aux officiers russes. Les droits municipaux sont retirés aux villes ayant particulièrement participé aux révoltes, ce qui entraîne leur déclin économique ; les monastères et couvents de tout le Royaume sont fermés pour avoir été des centres de la résistance.

L'épilogue de cette insurrection nationale est la révolte des exilés polonais de Sibérie (« révolte de Zabajkalski ») en juin 1866.

L'évolution de la politique autrichienne

Contrairement à la Russie dont la domination s'appesantit à partir des années 1860, la situation évolue favorablement en Autriche, après la formation de la Double Monarchie en 1866. En 1869, l'Autriche accorde à sa province polonaise, la Galicie, plus d'autonomie ; Cracovie redevient le principal centre de la culture polonaise à la fin du XIXème siècle.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel Beauvois, Histoire de la Pologne, Paris, Hatier, 1995, pages 237-248 : « L'insurrection de 1863-1864 »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Larousse.fr. Varsovie.
  2. Le 8 avril (...), devant le palais du lieutenant impérial, une foule revenant du cimetière, et chantant un hymne religieux (...) est accueillie par un feu de salve : cinquante personnes tombèrent. Le chant continua. L’officier répéta les sommations pour faire évacuer la place. Personne ne bougea. Au contraire. La foule s’était agenouillée et les manifestants se tenaient par la main pour s’encourager mutuellement. Un second feu de salve partit. Les premiers rangs furent abattus. Le chant continua de plus belle. La troupe recula. Les officiers firent cesser le feu : c’était la victoire de la non-résistance. Zbigniew Naliwajek « Romain Rolland et la littérature polonaise », Revue de littérature comparée 3/2003 (n° 307), p. 325-338.