Loubok

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Les Souris enterrant le Chat, loubok des années 1760. On croyait communément que cette illustration était une caricature du complot et de l'enterrement de Pierre le Grand, organisé par ses adversaires. L'inscription au-dessus du chat dit : « le Chat de Kazan, l'Esprit d'Astrakan, le Bon sens de Sibérie » (une parodie du titre des Tsars russes). Les chercheurs modernes on interprété ce loubok comme une simple représentation d'une inversion carnavalesque, « tournant le monde à l'envers ».

Le loubok (en russe : Лубок), ou loubki au pluriel, est une estampe populaire russe gravée en général sur bois. Les loubki se présentent sous la forme de graphismes simples et narratifs inspirés de la littérature, d'histoires religieuses et populaires. Les loubki étaient utilisés comme supports décoratifs dans les maisons et les auberges et pourraient être considérés comme un ancêtre de la bande dessinée moderne.

Les Loubki reflètent les goûts esthétiques du peuple, ses notions du bien et du mal, son critère moral, ses normes éthiques et constituent ainsi un domaine extrêmement intéressant de la culture nationale russe. Les loubki sont nés aux alentours du XVIIe siècle et se vendirent sur les marchés jusque dans les années 1950.

On peut les comparer aux gravures d'Épinal de l'imagerie Pellerin.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le loubok russe est un art populaire qui s'est développé durant la dernière moitié du XVIIe siècle. Le loubok russe était largement influencé par les gravures sur bois et les autres types de gravures réalisées en Allemagne, en Italie et en France durant la première moitié du XVe siècle. Sa popularité en Russie était liée au fait que c'était des œuvres bon marché et assez simples à copier grâce à cette nouvelle technique de reproduction. Le loubok était plus spécifiquement vendu dans les bazars et sur les marchés aux citoyens appartenant aux catégories sociales basses et moyennes. Ce type d'art était très populaire auprès de ces dernières car le loubok leur permettait d'exhiber des œuvres artistiques dans leurs maisons.

Le Loubok original était une impression réalisée à partir d'un objet en bois sur lequel on avait dessiné en creusant sa surface. Cette technique permettait de produire plusieurs fois les mêmes illustrations.

Quelques années après, le bois fut remplacé par une nouvelle technique utilisant un support en cuivre. Il permettait de réaliser des gravures plus fines, détaillées et complexes. Le dessin était au préalable colorié à partir de peinture tempera diluée. La gravure était par la suite appuyée et transposée sur un support. Alors que les motifs imprimés étaient d'une manière générale simples et sans ornements, l'utilisation de la peinture tempera donnait au produit fini un aspect étonnamment brillant avec des couleurs et des lignes vives.

Associés aux images et en corrélation avec ces dernières, les gens incluaient du texte qui faisait référence à un conte ou une leçon. Le professeur Alexander Boguslawski revendique le style loubok comme « une combinaison d'icônes russes et de manuscrits représentant les traditions, les idées et les thèmes des gravures sur bois européennes occidentales ». D'habitude, l'artiste qui réalisait un loubok incluait un texte minimaliste sur une toile dont l'illustration couvrait la majorité de la gravure.

Les différents types de loubki[modifier | modifier le code]

Le coiffeur veut couper la barbe du dissident, années 1770
L'Alkonost, une créature imaginaire mi-femme mi-oiseau du folklore russe

Le folkloriste Dmitrii Rovinskii est réputé pour son travail de classement de lubok à travers différentes catégories. Son travail est très détaillé et important. Il classe les loubki ainsi par genre :

Beaucoup de loubki peuvent être classifiés autour de nombreuses autres catégories. Cette liste n'est donc pas exhaustive.

Le loubok et la guerre[modifier | modifier le code]

La version satirique a joué un rôle important dans le loubki durant les temps de guerre russe. Il a été utilisé pour présenter Napoléon de façon satirique en décrivant les paysans russes comme des héros de guerre. Le loubok a aussi servi de support pour cimenter l'identité nationale russe et développer le patriotisme notamment durant la période napoléonienne.

Les loubki étaient un moyen pour les Russes de se moquer de l'ennemi français, pendant qu'ils affichaient leur patriotisme. Ces loubki de guerre satirisaient Napoléon et représentait la culture française comme décadente. Le loubok était un moyen de renforcer le sentiment de victoire sur les envahisseurs français et de présenter la déroute catastrophique de la Grande Armée napoléonienne provoquée par le courage des Russes.

Pour aider à raviver le sentiment patriotique russe, les loubki décrivaient la tentative d'invasion au cours du terrible hiver russe rendant Napoléon et ses troupes impuissantes. Les loubki illustrèrent cet échec militaire en représentant le chef français et ses soldats impuissants à affronter les paysans, ainsi que les Cosaques. Les différentes représentations des héros russes ont aidé à constituer et étendre la construction de l'identité russe.

Les loubki chamanistiques[modifier | modifier le code]

Baba-Yaga combattant le gardien des enfers

Parmi les thèmes présents dans les loubki on trouve le Chamanisme ainsi que d'autres aspects religieux. Certaines des gravures sur bois font référence à la sorcellerie et créent des liens avec la cosmologie chamanique. Dans certains loubki on représente l'Enfer et des scènes du Jugement dernier. Certaines gravures sur bois représentent les enfers chamaniques. Dans les gravures sur bois on associe les loups, les chevaux, les rennes et d'autres animaux qui aident les chamanes. Une autre élément que l'on trouve dans de nombreux loubki est le portrait de Baba Yaga combattant le gardien des enfers aux caractéristiques reptiliennes.

Baba Yaga est habillée dans des costumes distinctifs brodés. Elle est rattachée au folklore sous un aspect parfois bénéfique mais aussi et surtout maléfique. On la montre souvent enfourchant un cochon. Cet aspect est encore visible dans les traditions folkloriques russes notamment à l'occasion de Maslenitsa (le carnaval orthodoxe avant le Grand Carême) où le fait de monter des cochons était un moment important. Dans d'autres loubki, une Maslenitsa personnifiée se rendant à Moscou pour lancer les festivités est exhibée à l'arrière d'un cochon (Farrell 735).