Laomédon

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Guerrier troyen mourant identifié à Laomédon, figure E-XI du fronton oriental du Temple d'Aphaïa sur l'île d'Égine au sud d'Athènes, fin VIe siècle av. J.-C., Glyptothèque de Munich, no 85.

Dans la mythologie grecque, Laomédon (en grec ancien Λαομέδων / Laomédôn, en latin Laomedon), fils d'Ilos et d'Eurydice, est le second roi mythique de Troie, autour du XIVe siècle av. J.-C. ou du XIIIe siècle av. J.-C.[note 1]. Il est le père notamment de Priam qui est roi pendant la guerre de Troie homérique, ou par exemple d'Hésione qu'il sacrifie à Poséidon. Il est tué par Héraclès durant la guerre qu'il mène contre Troie antérieure à celle où Priam est roi, chantée par Homère dans l'Iliade.

Aperçu généalogique[modifier | modifier le code]

Sa généalogie est hésitante et confuse : les auteurs ne s'accordent pas et semblent souvent interchanger les membres d'une génération à celle postérieure ou antérieure ou bien alors qu'il est coutume de nommer les descendants selon les ascendants...

Enfants de Laomédon

Par son ascendance paternelle depuis Ilos, son père et premier roi de Troie, puis Tros son grand-père, il s'inscrit dans la lignée de la race troyenne établie depuis Dardanos.

Il épouse Strymô, fille de Scamandre, le dieu-fleuve près de Troie. Ou bien s'agit-il d'une certaine Placia ou Placie, fille d'Otréos ( Πλακίαν τὴν Ὀτρέως / Plakían tén Otréos), ou de Leucippe, Leucippé (Λευκίππη / Leukíppe)[1]. Il est courant que sa mère soit Eurydice qui est la femme de son père Ilos , mais parfois on trouve[2] à la place une certaine Leucippe pouvant laisser à confusion, quand bien même qu'il ne s'agisse pas là déjà d'un embrouillement dans la transmission de la généalogie. Leucippe est un nom grec phonétiquement proche de Zeuxippe ou Zeuxippé (Ζευξίππη / Zéudzíppe) ainsi que nomme certain étant plutôt la femme de Laomédon[3]. Suivant d'autres auteurs la reine de Troie porte le nom de Rhœo (Ῥοιώ / Rhoió)[4] ou bien Thoosa[réf. nécessaire]. Il a un autre fils clairement cité comme celui de la nymphe Calybé[1].

Enfants[modifier | modifier le code]

Bien que Apollodore[1] nous dise que Laomédon a cinq garçons et trois filles, qu'Homère nous cite aussi quelques enfants mâles[5], d'autres filles nous sont notamment connues grâce aux commentaires du scholiaste Tzétzès[note 2] ; sa descendance s'enrichit aussi avec d'autres témoignages glanés ici ou là parmi les auteurs classiques, parfois se recoupant, se citant les uns et les autres, mais ne pouvant exclure parfois des malentendus. La branche agnatique reste la plus consistante. Sa fille la plus connue est Hésione, personnage au cœur de l'intrigue de la guerre menée par Héraclès contre Laomédon. Tandis que Priam est son fils le plus célèbre notamment parce qu'il assure la royauté de la ville de Troie durant la guerre suivante, celle racontée par l'Iliade :

Il est l'ainé, enfanté en secret, apprend-t-on d'Homère ; il n'est pas reconnu semble-t-il dans la légitimité de la lignée royale et sa mère est une nymphe, Calybé[6],[1].

Suggéré parfois comme un demi-frère de Priam (voir ci-dessous), ce dernier ayant pour mère préférablement Leucippe alors que Tithon serait bien le fils de Strymô ou Rhœo[4] ; comme le rapt de Ganymède par Zeus (influence occidentale des Troyens) justifié pour sa beauté dans la version la plus courante du mythe, Tithon est aussi remarquable pour la sienne ce qui pousse l'Aurore, Éos (influence orientale des Troyens), à l'enlever également[7] ; Éos demande l'immortalité à Zeus pour lui, mais omet de lui demander la jeunesse éternelle[8]; certain auteur le considère plutôt comme le frère de Laomédon[9]. Il a, entre autres, pour fils Memnon[10] qui combattra durant la guerre de Troie d'Homère.

Apollodore le croit mort après l'assaut d'Héraclès[11], mais Homère le place avec les anciens qui aux côtés de Priam, âgé aussi, ne peuvent que regarder les combats de la guerre de Troie homérique sur les Portes Scées[12].

Pausanias le fait père de Procléia au lieu de considérer cette dernière comme sa sœur[13] ; Homère le place aussi avec les anciens aux côtés du vieux Priam[12] bien que pour d'autre il soit mort depuis longtemps lors ces évènements plus récents et n'a donc pas survécu à l'épisode avec Héraclès[11].

Il fait partie aussi du conseil des anciens sur les Portes Scées durant la guerre de Troie Homérique, ou bien totalement à l'opposé, il perd la vie sous les coups de la guerre menée par Héraclès et Télamon[12],[11].

Il est le plus célèbre des fils de Laomédon et c'est autour de son personnage que s'articule bien souvent la mythologie grecque de Troie ; il est roi de Troie durant la guerre homérique. L'identité de sa mère varie selon toutes les femmes associées à Laomédon (à l'exception de la nymphe Calybé...). Il est le seul selon Apollodore à être rechapé vivant de la guerre entre son père et Héraclès[11] bien que cela soit remis en cause par d'autres auteurs[12]. Il se marie avec Arisbé qui lui donne comme fils le devin Ésaque ; après la mort de sa première femme pour des raisons inconnues, il épouse Hécube avec qui il a nombre d'enfants[14]. Son portrait est contrasté, il est considéré comme irrespectueux et infanticide à plus d'un titre : il fait mettre à mort son fils Pâris-Alexandre, mais cela échoue[15], ou bien le neveu de sa sœur Cilla sous la crainte d'un oracle défavorable à la ville de Troie au dépend de son propre fils Pâris[14]. Parfois avare, il maltraite ses proches et désire s'emparer du bien d'autrui[16]. Mais dans l'Iliade, il est brossé comme un roi respecté (notamment aussi par les Grecs), qui tient parole et assure les serments[17], plein de bonté et de justice, au point qu'il peut se rendre dans le camp grec en personne sans qu'on ne lui ôte la vie[18]. Il mort à la guerre de Troie homérique par le fils d'Achille, Néoptolème[19]. A l'exemple de son père, il perd nombre de ses enfants masculins à la guerre ou à cause de celle-ci. Son vrai nom nous est dit être Podarcès et selon une étymologie tardive, il aurait été nommé Priam lorsque sa vie a été rachetée par sa sœur Hésione avec son voile[11],[20]. Certains auteurs suggèrent que c'est parce que Priam est enfant qu'il est épargné par Héraclès qui ne peut accuser l'enfant de l'acte de son père[16],[20]. D'autre estime que si Priam connait l'indulgence d'Héraclès, c'est parce qu'il est absent durant la guerre puisque lui-même mène bataille alors en même temps en Phrygie[21], contre les Amazones[22]. Il envoie Anténor auprès des Grecs pour leur témoigner qu'il consent à leur pardonner d'avoir tué son père Laomédon, d’être entré avec des forces armées sur ses terres et d'avoir enlevé sa sœur Hésione à condition qu'il lui la rende[23]. Il achète sa sœur Astyoché (voir plus loin) pour qu'elle consent à ce que son fils Eurypyle prenne son parti et entre guerre[24]...

Euripide notamment semble suggérer le fait qu'il soit le fils de Laomédon[25] alors que traditionnellement on le donne plutôt comme le fils de Tros, et donc plutôt l'oncle de Laomédon. Il est enlevé par Zeus (les dieux selon Homère[26]), à cause de sa beauté[27], pour vivre et servir parmi les dieux, leur offrir leur nectar. En échange le père des dieux offre à son père, d'illustres chevaux[28]. Ces derniers seront au cœur de la discorde avec Héraclès. Ou bien se voit-il offrir par Zeus du vin (et même la vigne avec) dont Héphaistos a conçu à partir de grappe de raisin généreux aux délicates feuilles d'or[29]. Alors que les femmes captives des Troyens attendent le sort que les Grecs leur assigneront et qui sont sur le point de quitter Troie détruite, Euripide, dans sa tragédie Les Troyennes, exprime la futilité du sacrifice de Ganymède, qui comme si celui-ci avait acheté la paix auparavant par sa personne, cela n'a pas pu éviter la destruction de Troie après la guerre homérique. Ce plant de vigne dorée servira à Priam à acheter sa sœur Astyoché pour qu'elle convainc son fils Eurypyle d'entrer en guerre, lui et ses hommes, aux côtés de Priam lors de la guerre de Troie chantée dans l'Iliade[24].

Fils de Laomédon selon Dictys de Crète[16], peut-être s'agit-il de celui considéré plus souvent comme son gendre et mari clandestin de Cilla (une fille de laomédon voir plus loin) et père de l'enfant Mounippos mis à mort par Priam de crainte d'un oracle[14],[30]. Il s'agit alors ici d'une relation consanguine mais parfois Cilla est considérée comme la sœur d'Hécube[31]. D'autres considère Mounippos comme de Priam plutôt[31]. Il siège aux côtés des anciens avec Priam lors de la guerre de Troie homérique[12] et selon Virgile, il est le premier à réclamer d'introduire et d'installer sur la citadelle le Cheval de Troie[32].

C'est sa fille la plus connue qu'il sacrifie enchaînée (voir paragraphe ultérieur) à un rocher pour apaiser Poséidon et son monstre marin Céto. Elle est donnée par Héraclès, après la guerre, comme épouse à Télamon, son compagnon d'arme. Elle sauve de son voile son frère Priam. Elle aura un fils Télamon, Teucer nommé comme le premier roi de Troade, qui combattra du côté grec lors de la guerre de Troie menée cette fois-ci par Agamemnon[33].

Épouse clandestine de Thymétès[14],[31] et fille de Laomédon pour Apollodore[1], mais est considérée parfois comme la sœur d'Hécube par Tzétzès[31]. Elle est enceinte de Mounippos ou Mounitos[30],[31] quand Hécube attend Pâris. Mais le devin Ésaque interprète les terreurs et les chaleurs nocturnes d'Hécube comme le signe d'un destin fatal à Troie et déclare que seul la mort d'Hécube et son fils par le bûcher et le feu de Lemnos (les troyens considéraient l'île comme à l'origine du feu : il s'y trouve le volcan Mosychlos) peut assurer le salut de son peuple. Priam venant de perdre Arisbé, sa première femme, sacrifie à la place d'Hécube et son fils, Cilla et le sien[14],[34]. Leurs corps gisent là où Laodicé perdra la vie, près d'un bosquet de figuier sauvage sur le chemin du tombeau d'Ilos, le père de Laomédon, vers les Portes Scées de la ville[35],[36]. Parfois considère-t-on Priam comme le père de Mounippos[31].

Connue par le scholiaste Tzétzès[37] et le mythographe Conon[38], elle fait partie des Nauprestides avec ses sœurs Astyoché et Médésicaste : elles sont captives embarquées avec d'autres femmes troyennes par les Grecs revenant de Troie après la guerre homérique. Pour éviter l'esclavage qu'on leur promet, elles et les troyennes décident de mettre feu aux navires qui les transportent. Sans moyen de transport désormais, les Grecs et les Troyennes sont condamnés à s'établir sur ces terres, soit en Thrace, par exemple en Pallène, ou bien en Calabre en Italie.

Connue par le scholiaste Tzétzès[37], évoquée par Apollodore notamment[39], elle fait partie des Nauprestides. Elle est généralement considérée comme la femme de Télèphe, fils d'Héraclès, qui en raison de sa femme, rejette la sollicitation des Grecs à les rejoindre durant la guerre de Troie homérique[40]. Mais son fils et celui aussi d'Astyoché, Eurypyle est (dans ce déchirement familial entre deux camps) sollicité par Priam pour lutter avec lui[41]. Certains disent qu'il est réticent : c'est pourquoi Priam achète Astyoché pour le persuader d'entrer en guerre à ses côtés et que le prix offert est un plant de vigne d'or[24], celui que Zeus a donnée en compensation du rapt de Ganymède[25],[29],[42]. Dictys de Crète ajoute à cela que Priam lui offre la main de sa fille Cassandre[43]. L'arrière grand-mère de Laomédon, la mère de Tros, épouse d'Érichthonios se nomme aussi ainsi[44].

Le scholiaste Tzétzès nous en parle, elle fait partie des Nauprestides[37]. Une fille de de Priam porte aussi ce nom[45].

Connue grâce au scholiaste Tzétzès ; selon ce dernier, elle épouse Cycnos, fils de Poséidon, bien que Pausanias estime que l'épouse de Cycnos soit plutôt fille de Clytios, le fils de Laomédon[46],[13].

Reconnue par le poète latin Ovide, elle ose comparer sa beauté à celle de la déesse Héra qui la transforme alors en cigogne[47].

  • Clytodora (Κλυτοδώρας / Clutodóras),

Elle n'est reconnue que par Denys d'Halicarnasse et qui la fait épouse d'Assaracos (fils de Tros, c'est-à-dire communément Assaracos est l'oncle de Laomédon) au lieu[27] de Hiéromnémé que l'auteur considère plutôt comme sa belle-fille ; suivant cette lecture, elle fait partie de la lignée d'Énée[48].

Son tombeau, son lieu de sépulture[modifier | modifier le code]

Tumulus, tertre, mycénien (grec), dit Trésor d'Atrée ou Tombeau d'Agamemnon situé sur le site de la ville de Mycènes en Grèce, avec une entrée, monumentale. Il s'agit d'une construction circulaire (un tholos) au centre maçonné, assez sobre et qui est recouverte de terre.

A l'occasion de la mort de la reine Amazone Penthésilée, Quintus de Smyrne nous apprend que les Troyens témoignent à l'égard de la guerrière une grande et luxueuse crémation après avoir récupéré son corps auprès de Grecs, en son honneur et celui de son dieu protecteur Arès. Ils rassemblent ses os restant dans une urne qu'ils décident de placer, avec ses armes et son cheval, dans le tertre de Laomédon, que l'on apprend être près des murailles épaisses ; sont aussi déposés les restes de la dizaine d'amazone qui sont venues aider les Troyens durant la guerre de Troie homérique[note 3],[49]. Cette version greco-orientée, laisse supposer un tertre assez grand et une sépulture détachée des Portes Scées.

Au second plan, à droite, se trouve la Porte Scée de la ville de Troie dont le linteau est pourfendu et que s'apprête à franchir le Cheval de Troie. Gravure sur cuivre représentant Laocoon dévoré par les serpents. Réalisée par l'italien Giovanni Battista Fontana (en), fin XVIe siècle.

Pour d'autre, le tombeau de Laomédon se trouverait près des Portes Scées, les portes de la ville de Troie, dont le nom même serait une apocope rappelant le lieu où avait été déposé le corps du défunt. Lisant les commentaires de l'auteur latin tardif Servius, l'historien anglais Robertson Martin suggère que le tombeau se trouvait sur le linteau afin peut-être que son esprit continue de protéger les lieux. De manière légendaire, disait-on qu'aussi longtemps que le tombeau demeure inviolé, la destinée de la ville était assurée ; les troyens détruiront eux-même la porte pour faire entrer le Cheval de Troie lors de la guerre de Troie homérique selon Virgile ou Plaute[note 4],[note 5].

Selon un avis discuté mais partagé par Robertson suivant l’helléniste français Charles Vellay, la présence du corps de Laomédon sur la porte ferait écho à une peinture de Polygnote qui se trouvait dans le Lesché, un édifice à Delphes. Aujourd'hui disparue, le géographe Pausanias nous a laissé néanmoins une description[note 6]. Deux personnages se trouvent légendés, Anchialos et Sinon, ce dernier étant sans doute le personnage peint depuis L'Énéide de Virgile comme le traître grec ayant convaincu les Troyens de faire entrer le cheval de Troie dans l'enceinte de la ville. Tous deux portent un cadavre, un corps sans vie, associé à un énigmatique nom Laomédon qui pourrait être un soldat anonyme, un fils d'Héraclès, mais cela porte à croire qu'il s'agit bien du grand Laomédon de Troie. Le personnage doit avoir une grande importance dans cette représentation du sac de la ville après l'épisode de la mort d'Achille et Pâris. D'autres éléments des scènes peintes sont intéressants : il y a une fontaine qui rappelle à un contemporain l'embuscade d'Achilles contre le prince troyen Troïlos, ou la statue d'Athéna tombant entre les bras de Cassandre qui fait allusion à la statue sacrée du Palladion consacrée à Pallas Athéna. Cela rappelle ce que Plaute considérait être les trois raisons de la chute de Troie : la mort de Troïlos, le vol du Palladion, et le corps porté témoignerait alors de la troisième et dernière, celle donc du viol du tombeau de Laomédon[50].

Mythe[modifier | modifier le code]

Héraclès (à gauche), avec son arc, sur le point de tuer Laomédon (à droite). On peut voir Hésione derrière à gauche d'Héraclès, portant sa main au menton en signe de mélancolie. Face A, flacon en terra sigillata de Gaule du Sud, de la fin du Ier siècle au début du IIe siècle, de la nécropole Lugone située dans la ville italienne de Salò ; conservation au musée de Gavardo, en Italie.

Selon Apollodore, il fait bâtir les murs de sa ville par Apollon et Poséidon, punis pour avoir déplu à Zeus — selon Diodore de Sicile ou encore Homère, seul Poséidon bâtit les murs, pendant qu'Apollon garde les troupeaux royaux sur le mont Ida de Troade. Quand les dieux ont achevé leur travail, Laomédon leur refuse le salaire promis, c'est-à-dire qu'il manque plus de trente drachmes troyennes[51]. En punition, Apollon frappe la ville de la peste (λοίμος / loímos), pendant que Poséidon lâche un monstre marin (κῆτος / kễtos) qui dévore les habitants.

Un oracle révèle alors à Laomédon qu'il lui faut sacrifier régulièrement une jeune vierge pour apaiser le monstre. Un jour, le sort tombe sur Hésione, sa propre fille. Héraclès lui propose alors de sauver la jeune fille contre la paire de chevaux divins donnés par Zeus à Tros, grand-père de Laomédon, en compensation pour l'enlèvement de Ganymède. Laomédon consent, mais une fois Hésione sauvée, refuse de nouveau d'acquitter son dû. Diodore précise qu'il fait emprisonner les deux hérauts envoyés par Héraclès, Iphiclès et Télamon. Ces derniers sont sauvés de justesse par Priam. Furieux, Héraclès tue Laomédon et sa famille, à l'exception de Priam et d'Hésione. À la suite de la lutte entre son père et Héraclès et de la prise de Troie par Héraclès et Télamon, il est le seul fils mâle de Laomédon qui est épargné. Pour ne pas devenir esclave, il est racheté par sa sœur Hésione et prend alors le nom de Priam, qui signifie « racheté »[52]. Il est d'abord nommé Podarge ou Podarcès (Ποδάρκης / Podárkês, « pied léger »).

L'Iliade relate la destruction de Troie par Héraclès, cependant les enfants de Laomédon n’ont aucun rôle dans son récit[53]. À l'époque de cette guerre, Laomédon envoya Priam lutter contre Héraclès ; le combat eut lieu en Phrygie : c'est de cette guerre dont parle Priam à Hélène au chant III[54]. Plus tard dans sa vie, Priam se rangea aux côtés des Phrygiens lors d'une campagnes contre les Amazones[55].

Divers[modifier | modifier le code]

Laomédon a été en désaccord avec un ancêtre noble troyen d'un certain Aegestos (Αἰγέστος / Aigestos, peut-être assimilé à Aceste). Il fait saisir contre lui une accusation quelconque et le met à mort, ainsi que tous ses enfants mâles de peur d'avoir à souffrir vengeance de leur part. Quant aux filles de cette aïeul, leur virginité leur permis d'échapper à la mort mais n'étant peu sûr de les laisser vivre parmi les Troyens, le roi les livre à des marchands avec ordre de les emmener le plus loin possible. L'une d'elle échoue en Sicile et est la parente d'Aegestos. Ce dernier parvient à revenir plus tard à Troie lors du règne de Priam. Il participe à la guerre de Troie et réussit à fuir aux côtés d'Élymos et s'en retourne à nouveau en Sicile. En reconnaissance de ces hommes, Énée, de passage sur l'île, leur construit les villes Aegesta (Segeste?) et Elyma[56].

Interprétation[modifier | modifier le code]

Georges Dumézil remarque que la légende de Laomédon montre trois type d’hybris :

  • déloyauté économique envers Apollon et Poséidon, qu'il ne paie pas pour leur labeur ;
  • déloyauté héroïque contre Héraclès ;
  • déloyauté contre les hérauts, dont la personne est sacrée.

Ainsi, il y retrouve la trifonctionnalité indo-européenne :

  • berger et artisan ;
  • héros ;
  • Zeus, dieu protecteur des hérauts.

Pierre Commelin suggère pour lui que c'est Apollon qui dresse les fortes murailles tandis que les grandes digues que Laomédon fait aussi faire contre les vagues de la mer passe pour l'ouvrage de Poséidon[57]. Cela rappelle les vergers et leurs enclos et les digues (suggérant peut-être un art troyen pour les aménagements hydrauliques) qu'Homère nous parle lorsque Diomède les franchit sans que cela ne le retienne alors qu'il combat les Troyens[58].

Strabon, le géographe antique, nous dit que les fleuves du Scamandre et du Simoïs après s'être réunis dans la plaine de Troie, ne se jettent pas directement à la mer, mais forme sur le rivage par leur eaux boueuses chargées de limon, maint atterrissements et même plusieurs fausses embouchures, dessinant par là une zone de lagunes et de marécages[59]. Région propre aux émergences d'épidémies et aux crues semble-t-il.

Évocations dans l'art et la culture[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Priam, son fils, est un vieux roi durant la guerre de Troie dont la date est souvent avancée vers la fin du XIIIe siècle av. J.-C.
  2. De nombreux de ses commentaires et résumés ont permis de compléter les portions perdues de l'ouvrage d'Apollodore, Bibliothèque, une compilation de la mythologie grecque (qui se terminait le sait-on, aux retours des Grecs après la chute de Troie) auquel on fait souvent référence. Pour rappeler l'origine un peu bricolée, sauvée, de ces portions de texte concises qui figurent sans doute dans les derniers tomes perdus de la Bibliothèque, on les classes comme (ou dans) Épitomes qui signifie en grec « résumés », et que l'on dispose à la suite de la Bibliothèque. Ce ne sont que des versions réduites du texte originel perdu. Les épitomes ont été découverts dans divers manuscrits et n'ont été compilés qu'assez tardivement (vers la fin du XIXe siècle, début XXe siècle), cela explique que certaines éditions de la Bibliothèque n'en fasse pas mention.
  3. Ce type de funéraille est typique des Mycéniens donc de la vision et la lecture grecque. C'est-à-dire qu'ils déposent les restes de l'incinération du défunt sous un tertre où une petite pièce rudimentaire est aménagée au centre. Le lieu de sépulture est utilisée par les générations qui se succèdent où leurs restes s'y accumulent, parfois en gagnant la place en repoussant les restes des générations précédentes.
  4. Virgile propose aussi dans son Énéide une description de l'entrée du cheval de Troie (voir livre II) : Virgile laisse à penser que les troyens ont « divisé leur murs » (v. 234), c'est-à-dire ont-ils percé la muraille ou bien ont-ils élargi les Portes Scées ? Les troyens ont grand peine à le faire entrer en l'ayant équipé d'un système roulant et s'y reprennent à quatre fois et à chaque fois le bruit des armes des guerriers cachés ne les alarme pas (v. 242-245) ; le groupe de soldat ouvre la porte depuis l'intérieur pour faire entrer les Grecs (266-267) dans la ville ;
    L'auteur comique latin Plaute affirme que c'est le sommet des Portes Scées (il les nomme comme « portes Phrygiennes » [portae Phrygiae] (v.31)) qui a été démoli pour faire passer le cheval sans doute trop haut pour les portes ;
    Virgile, Énéide [détail des éditions] [lire en ligne]
    ou autre version latine et française en ligne [PDF]
    Plaute, Les Bacchis [français lire en ligne]] ; [(la)(en) lire en ligne], Acte IV, Scène 9 -Chrysale .
  5. •Le grammarien latin Servius du IVe siècle, qui dans ses Commentaires sur l'Éneide de Virgile dit  : « nam novimus integro sepulcro Laomedontis, quod super portam Scaeam fuerat, tuta fuisse fata Troiana » (traduit à l'aide de l'anglais approximativement;) : Aussi longtemps que la tombe de Laomédon, qui était au delà des portes Scées, restait inviolée, le destinée de Troie était assurée.)
    « A cadavre Laomedontis, hoc est Scenomate, ἀπὸ τοῦ σκηνώματοϛ, quod in ejus fuerat superliminio. » (traduit depuis l'anglais de M. Robertson ;) : Du corps de Laomédon, qui est Scenoma, de σκηνώματοϛ, qui avait été dedans au-dessus du linteau)
    Pour l'historien britannique Martin Robertson, l'auteur latin a à l'esprit que le corps de Laomédon est exposé sur une sorte de niveau au-dessus du linteau des Portes Scées. On trouve des faits semblables où l'esprit du héros protège le lieu où son corps repose, ici donc les portes de la ville. Le mot grec σκηνώματοϛ, latinisé donc ici en Scenoma, qui signifie (Bailly) campement de tente, campement de soldat ou encore maison –on doit comprendre que le corps de Laomédon fut exposé dans un tombeau sur le linteau des Portes Scées?– donnerait sa première syllable aux Portes Scées;
    Servius, Commentaires sur l'Énéide de Virgile (In Vergilii Aeneidem commentarii) latin sur le site anglophone Perseus III, 351.
    (en) Robertson Martin (télécharger[PDF]), « Laomedon’s Corpse, Laomedon’s Tomb » [« Corps de Laomédon, Tombe de Laomédon »], Greek, Roman, and Byzantine Studies, États-Unis, Duke University Press, vol. 11, no 1,‎ , p. 23-26 (résumé, lire en ligne [PDF])
    —Anatole Bailly, Abrégé du dictionnaire grec-français, Librairie Hachette, 1901, p. 791 [lire en ligne]
  6. a et b Le philologue allemand Carl Robert (en) proposa une reconstruction en 1893, en s'inspirant du récit de Pausanias :
    Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], Livre X Phocide, œuvre de Polygnote Chap. XXVII.
Références
  1. a, b, c, d et e Apollodore, Bibliothèque [détail des éditions] [lire en ligne], III, 12.3.
  2. Hygin, Fables [détail des éditions] [(la) lire en ligne] [(en) lire en ligne], 250.
  3. Selon le poète Alcman. Scholie sur l'[Iliade] d'Homère, Chant III, 250 (auteur anonyme) :

    [Λαομεδοντιάδη]· μήτηρ Πριάμον͵ ὥϛ ϕησι Πορϕύριοϛ ἐν τῷ Περὶ τῶν Παραλελειμμένων τῷ Ποιητῇ Ὀνομάτων͵ κατὰ μὲν Ἀλκμᾶνα τὸν μελοποιὸν Ζευξίππη͵ κατὰ δὲ Ἑλλάνικον Στρυμώ.

    « [Descendance de Laomédon] : La mère de Priam nous est dit par Porphyre dans son ouvrage Περὶ παραλελειμμένων τῷ πολητῇ ὀνομάτων (Sur les noms écartés par Homère??), s'appeler selon le poète lyrique Alcman Zeuxippe, mais selon Hellanicos Strymo. »

    (en) J.M. Edmonds (Fragment 105), Lyra Graeca, t. 1, Londres, New York, William Heinemann (GB)/G.P. Putnam's Sons (USA),‎ (lire en ligne), « Alcman:Life », p. 106/107 ; [(en) lire en ligne]

  4. a et b Scholie de Tzétzès à propos de Lycophron, 18 ; extrait :

    ὁ μὲν γὰρ Πρίαμος ἦν Λευκίππης, ὁ δὲ Τιθωνὸς Ῥοιοῦς ἢ Στρυμοῦς τῆς Σκαμάνδρου θυγατρὸς υἱός

    « En effet, Priam était de Leucippe, Tithonos de Rhoio ou Strymo, fille de Scamandre »

    . Voir (grc) Christian Gottfried Müller, Ισαακιου και Ιωαννου του τζετζου Σχολια εις Λυκοφρονα [« Isaac et Jean Tzétzès Scholies sur Lycophron »], Leipzig, Sumtibus F.C.G. Vogelii,‎ , 763 p. (lire en ligne), p. 302-305 (388-393).
  5. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne], XX, 237-238.
  6. Iliade, VI, 20-28.
  7. Apollodore, III, 12.4.
  8. Hymnes homériques [détail des éditions] [lire en ligne] V -À Aphrodite, 218-239.
  9. Maurus Servius Honoratus, Commentaires sur les Géorgiques de Virgile [(la) lire en ligne], III, 48.
  10. Hésiode, Théogonie [détail des éditions] [lire en ligne] (v. 984-985).
  11. a, b, c, d et e Apollodore, II, 6.4.
  12. a, b, c, d et e Iliade, 147-150.
  13. a et b Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], X, 14.
  14. a, b, c, d et e Scholie de Tzétzès à propos de Lycophron, 224-227, lisant le logographe Hellanicos. Voir (grc) Christian Gottfried Müller, Ισαακιου και Ιωαννου του τζετζου Σχολια εις Λυκοφρονα [« Isaac et Jean Tzétzès Scholies sur Lycophron »], t. 1, Leipzig, Sumtibus F.C.G. Vogelii,‎ , 763 p. (lire en ligne), p. 492-493 (568).
  15. Hygin, XCI (91) et CCLXXIII (273).
  16. a, b et c Dictys de Crète, Éphéméride de la guerre de Troie [détail des éditions] [lire en ligne], IV, 22.
  17. Iliade, III, 261-263.
  18. Iliade, XXIV.
  19. Apollodore, Épitome [détail des éditions] [lire en ligne], V, 21.
  20. a et b Hygin, LXXXIX (89).
  21. Darès le Phrygien, Histoire de la destruction de Troie [détail des éditions] [(la) lire en ligne], chap.3.
  22. Iliade, III, 180-190.
  23. Darès, chap. 4.
  24. a, b et c Scholie sur l'Odyssée d'Homère, Chant XI, 520 rapportant les propos du logographe Acousilaos. Voir (grc) Wilhelm Dindorf, Scholia Græca in Homeri Odysseam, t. 2, Leipzig?, e typographeo academico,‎ , 457 p. (lire en ligne), p. 517 (124).
  25. a et b Euripide, Les Troyennes [détail des éditions] [lire en ligne], 820-824.
  26. Iliade, XX, 231-235.
  27. a et b Apollodore, III, 12.2.
  28. Iliade, V, 265-271.
  29. a et b Petite Iliade [détail des éditions] [(en) lire en ligne], 7 / Scholie sur Les Troyennes d'Euripide, 822. Voir (grc) Hugh G. Evelyn-White, Hesiod the homeric hymns and Homerica, Londres/New York, Heinemann/MacMillan, coll. « Loeb Classical Library »,‎ , 704 p. (lire en ligne), p. 514.
  30. a et b Scholie de Tzétzès à propos de Lycophron, 314-322. Voir (grc) Christian Gottfried Müller, Ισαακιου και Ιωαννου του τζετζου Σχολια εις Λυκοφρονα [« Isaac et Jean Tzétzès Scholies sur Lycophron »], Leipzig, Sumtibus F.C.G. Vogelii,‎ , 763 p. (lire en ligne), p. 534-536 (604) .
  31. a, b, c, d, e et f Scholie de Tzétzès à propos de Lycophron, 315. Voir (grc) Christian Gottfried Müller, Ισαακιου και Ιωαννου του τζετζου Σχολια εις Λυκοφρονα [« Isaac et Jean Tzétzès Scholies sur Lycophron »], Leipzig, Sumtibus F.C.G. Vogelii,‎ , 763 p. (lire en ligne), p. 536-537 (606) .
  32. Virgile, Énéide [détail des éditions] [lire en ligne], II, 32-34.
  33. Apollodore, II, 5,9 et 6,4 ; III, 12,7.
  34. Lycophron, Alexandra, [lire en ligne] [(grc) lire en ligne], 224-228.
  35. Lycophron, Alexandra, [lire en ligne] [(grc) lire en ligne], 314-322.
  36. Iliade, XI, 166-168.
  37. a, b et c Scholie de Tzétzès à propos de Lycophron, 921. Voir (grc) Christian Gottfried Müller, Ισαακιου και Ιωαννου του τζετζου Σχολια εις Λυκοφρονα [« Isaac et Jean Tzétzès Scholies sur Lycophron »], Leipzig, Sumtibus F.C.G. Vogelii,‎ , 763 p. (lire en ligne), p. 877-878 (936) .
  38. Conon, Narrations [détail des éditions] [lire en ligne], 13.
  39. Apollodore, III, 12,3.
  40. Dictys, II, 5.
  41. Quintus de Smyrne, Suite d'Homère [détail des éditions] [lire en ligne], VI, 183-185.
  42. Eustathe de Thessalonique, Commentaires sur l'Iliade et l'Odyssée d'Homère, folio 1697 (vers 520 du chant 11 de l'Odyssée). Voir (grc) Eustathe de Thessalonique, Stallbaum, Gottfried, (la)Commentarii ad Homeri Odysseam [« Commentaires sur l'Odyssée d'Homère »], t. 1, Leipzig, Weigel,‎ , 460 p. (lire en ligne), p. 431-432 (folio 1697).
  43. Dictys, IV, 14
  44. Apollodore, III, 12,2.
  45. Apollodore, III, 12.5.
  46. Scholie de Tzétzès à propos de Lycophron, 232/233. Voir (grc) Christian Gottfried Müller, Ισαακιου και Ιωαννου του τζετζου Σχολια εις Λυκοφρονα [« Isaac et Jean Tzétzès Scholies sur Lycophron »], Leipzig, Sumtibus F.C.G. Vogelii,‎ , 763 p. (lire en ligne), p. 496-499 (572-577) .
  47. Ovide, Métamorphoses [détail des éditions] [lire en ligne], VI, 93-97.
  48. Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines [détail des éditions] [lire en ligne], I, 62.2.
  49. Quintus de Smyrne, Suite d'Homère [détail des éditions] [lire en ligne], I, 781-809
  50. (en) Robertson Martin (télécharger[PDF]), « Laomedon’s Corpse, Laomedon’s Tomb » [« Corps de Laomédon, Tombe de Laomédon »], Greek, Roman, and Byzantine Studies, États-Unis, Duke University Press, vol. 11, no 1,‎ , p. 23-26 (résumé, lire en ligne [PDF])
    Plaute, Les Bacchis [lire en ligne] ; [(la)(en) lire en ligne], Acte IV, Scène 9 -Chrysale.
  51. Lucien de Samosate, Des sacrifices, 4 [lire en ligne] [(el) lire en ligne].
  52. Selon le Pseudo-Apollodore : Apollodore, Bibliothèque [détail des éditions] [lire en ligne] II, 6, 4 et III, 12, 5.
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  54. Iliade, 184-190.
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  57. Pierre Commelin, Mythologie grecque et romaine, Garnier Frères, coll. « Classiques Garnier »,‎ , 516 p. (lire en ligne [PDF]), « Laomédon et Hésione »
  58. Iliade, V, 90.
  59. Strabon, Géographie [détail des éditions] [lire en ligne], XIII, 1-La Troade, 31.

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