Polydore fils de Priam

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Polymnestor tue Polydore et jette son cadavre depuis une tour dans les flots se trouvant en contrebas, gravure de Bauer pour le livre XIII des Métamorphoses d'Ovide, 17ème siècle.

Dans la mythologie grecque, Polydore ou Polydoros (en grec ancien Πολύδωρος / Polýdôros ou en latin Polydorus) est un prince troyen. Il est le plus jeune fils de Priam et d'Hécube selon notamment Hygin ou de Laothoé selon Homère. Il est tué par Achille durant la guerre de Troie ou bien est l'objet d'un complot au destin tragique alors qu'il est réfugié en Thrace.

Mythe[modifier | modifier le code]

Son rôle et son histoire varie significativement selon les sources et les traditions.

Destin mortel au combat[modifier | modifier le code]

Selon Homère dans l'Iliade

Il est habile à la course, agile, et bien que son père Priam le veut tenu à l'écart des combats étant le dernier-né de ses fils et le plus aimé, il agit par bravade pendant le siège de Troie et est tué par Achille. Il est surpris par un coup de lance plantée dans son dos, là où sa double cuirasse fait défaut. Le coup est si violent que la pointe de l'arme traverse jusqu'au nombril conduisant Polydore à s'agenouiller dans l'agonie ne pouvant plus que tenir ses entrailles à pleines mains. Son frère Hector n'arrive que trop tard pour lui porter assistance. Plus tard dans la bataille, Priam supplie Hector qui s'apprête à mener son duel contre Achille. Il le conjure, après que tant de ses fils ont été tués ou de ses filles ont été capturées, de bien vouloir renoncer et de venir se protéger derrière les murailles : à cet instant, il semble encore croire que Polydore puisse être prisonnier sous les tentes grecques. Il est prêt même à verser rançon contre sa liberté, de par son or et celui qu'Altès à léguer à sa fille Laothoé qui selon Homère est la mère de Polydore.

Objet d'un complot tragique alors qu'il est réfugié en Thrace[modifier | modifier le code]

Alors qu'il est envoyé en Thrace pour y être protégé par son roi, Polydore fait l'objet d'un complot contre lui par cupidité. Le complot est souvent funeste pour lui.

Hécube perçant de rage les yeux du roi Thrace Polymnestor, peinture de Guiseppe Crespi, 18ème siècle, Musées royaux des beaux-arts de Belgique.
Hécube et les troyennes (dont l'une tend une amphore que l'on peut penser contenant de l'eau) pleurant Polydore gisant à leur pied après avoir été porté par les flots, La Mort de Polydoros, Tapisserie de soie et de satin peints avec fils d'or, 17ème siècle, Musée des beaux-arts de Lyon.
Hécube perçant les yeux de Polymnestor et les troyennes le battant, La Vengeance d'Hécube, Tapisserie de soie et de satin peints avec fils d'or, 17ème siècle, Musée des beaux-arts de Lyon.
Selon Ovide dans les Métamorphoses
Selon Euripide dans Hécube

Son père Priam envoie secrètement Polydore en Thrace, face à Troie, chez le riche roi Polymnestor[1] afin de le tenir loin de la pratique des armes et de lui assurer son éducation. Mais cela n'est pas sans tenir compte de la grande quantité d'or qu'il donne à son fils, qui est un puissant stimulant pour l'esprit cupide du roi Polymnestor. Ayant attendu que tourne la bonne étoile des Troyens[2], il passe d'allié fidèle à traitre honteux : il saisit son épée et tranche la gorge de son pupille. Et pour faire disparaître sa faute, il jette son cadavre depuis un récif dans les flots.
Sa mère Hécube, faisant partie des captives troyennes que les Grecs reconduisent chez eux alors que ceux-ci ont accostés sur ces rivages en attendant une mer et un vent plus favorable, ne peut qu'assister au sacrifice de sa fille Polyxène, restée malgré tout digne et pudique. Elle ne peut que recueillir le corps de celle qui a été l'ultime consolation de ses vieux jours. Cette vieille dame aux cheveux blancs, passée de reine de Troie à servante, ne peut que pleurer le corps de sa fille. Elle demande aux troyennes une urne d'eau pour nettoyer le visage de sa fille et n'a-t-elle pas alors la surprise de trouver le corps gisant au bord de l'eau de Polydore qui manifestement témoigne de nombreux coup de lance. Lui, qui après le triste sort de Polyxène, n'a été que sa seule raison de continuer à vivre. Les troyennes couvrent de cris son cadavre mais sa mère se contient et retient sa rage dans le silence. Oubliant son âge, comme si elle est encore reine, elle veut venger son fils et demande audience auprès de Polymnestor qui ne la lui refuse pas d'autant plus que Hécube lui prétexte qu'elle veut donner de l'or caché à son fils Polydore. Le roi aveuglé par la richesse accepte et dans le secret vient à elle, sous le témoin des dieux, lui pressant de lui dire où se trouve cet or qu'il donnera à son fils...en taisant le sort de celui-ci. Sous ce parjure conjugué à cet acte impie, Hécube, après avoir fait appel à l'aide aux autres troyennes, relâche sa colère sur Polymnestor. N'ayant plus, par son triste sort, d'armes que désormais son propre corps, elle perce de ses doigts les yeux du Thrace, et plongeant ses mains, noyées d'abondant sang, dans les orbites libérées, elle continue à racler autant que sa douleur continue. Elle ne peut plus qu'hurler son désespoir et celui de la dynastie de Troie. Les Thraces lapident Hécube pour venger leur roi.

Euripide, développe dans sa pièce une version assez similaire à celle d'Ovide, avec quelques variantes et précisions :

  • Il fait de Polymnestor un roi de Chersonèse[3] que l'on localise comme la péninsule en face de Troie, la Chersonèse de Thrace, aujourd'hui la péninsule de Gallipoli, en Turquie
  • Le roi Polymnestor est un grand ami de la maison de Troie qui lui donnait ce qu'il désirait
  • Il ajoute que seul l'or a été envoyé secrètement afin que si Troie vient à tomber les enfants de Priam et donc Polydore ne soient pas dans le besoin
  • Si Priam envoie son fils au loin de Troie, c'est en raison de son jeune âge le rendant inapte à manier les armes ni la lance
  • Tant que l'empire de Troie est resté debout, que les remparts demeurent intacts, et aussi longtemps qu'Hector, son frère, a eu l'avantage dans les combats, Polydore grandit dans la palais de son père comme un fils ; mais dès que le palais de Troie a été détruit et Priam tué, Polymnestor tue Polydore
  • Le corps de Polydore est agité par les vagues, sur le sable du rivage, sans sépulture, sans les larmes des siens ; il est mort trois jours avant qu'Hécube n'arrive dans la région
  • C'est une esclave qui découvre en premier le corps et va le montrer à Hécube dans sa tente
  • L'auteur fait dire à Polyxène, s'apprêtant à être sacrifiée, qu'elle croit encore que Polydore est en vie, et le restera jusqu'à la mort de vieillesse de sa mère qui l'espère aussi vivant bien qu'elle ait des doutes
  • Pour se venger du roi Polymnestor, après hésitation, Hécube sollicite l'aide du grec Agamemnon qui se charge de demander audience auprès du roi Thrace, et de garantir la passivité des Grecs pour qu'ils ne viennent pas au secours des Thraces
  • Les Grecs, par la bouche d'Agamemnon, ignorent l'existence de Polydore alors qu'ils ont cru avoir tué tous les fils d'Hécube sous les murs de Troie
  • Agamemnon a de la compassion pour le meurtre de Polydore, notamment parce qu'il s'agit du frère de son amante Cassandre
  • Hécube a l'intention de faire un tombeau commun pour Polydore et Polyxène, sa soeur
  • Lors de l'entrevue avec Polymnestor, Hécube demande aussi que ses propres fils y participent, Polydore n'est pas considéré comme le fils de Polymnestor :
    • Polymnestor se dit avoir été au loin, dans les confins Thrace, quand Hécube vient accoster
    • Polymnestor ment en disant que Polydore est vivant et qu'il aurait voulu venir la voir secrètement ici
    • Hécube craint que son fils l'ait oublié
    • Hécube fait envier le cupide roi en lui parlant de l'emplacement du trésor des Priamides qui se trouverait dans le temple d'Athéna la Troyenne où se trouve une pierre noire sortant de la terre
    • Alors que Polymnestor s'assoie sur un lit, les troyennes viennent à lui et comme à un ami le soulage de son arme et de son manteau et finissent par tuer les fils de Polymnestor avec des poignards dissimulés sous leurs robes
    • Hécube avec une agrafe à vêtement perce les yeux de Polymnestor qui devient aveugle
  • Polymnestor ne meurt pas
  • Agamemnon est ammené à être juge entre Hécube et Polymnestor :
    • Polymnestor avoue son meutre, et prétexte pour sa défense avoir agit en faveur des grecs, de manière que Troie ne puisse être rebâtie et que les grecs se doivent de nouveau la combattre
    • Hécube affirme que c'est l'or qui intéresse Polymnestor : s'il n'a pas tué Polydore avant que Troie ne tombe, c'est parce qu'il était plus intéressant qu'il reste en vie dans la perspective qu'il soit récompensé d'avoir été son hôte ; s'il est l'ami des grecs, pourquoi ne pas avoir livré avant vivant Polydore?
    • Agamemnon tranche en faveur et condamne le crime du roi car sinon cela serait pour lui une infamie
  • Polymnestor sans le salut d'Agamemnon, ayant perdu ses fils, aveugle désormais, finit par menacer, sous l'égide d'un oracle de Dionysos, en condamnant la mère de Polydore à se jeter dans l'eau ou depuis un mât et à être considérée dans la postérité comme une chienne au regard enflammé tandis qu'il prévoit un destin funeste pour Agamemnon ; il existe un lieu en Chersonèse de Thrace, appelé Cynocème, ou littéralement « tombe de la chienne »[4]
Selon Hygin dans les Fables

Selon Hygin, il est envoyé en Thrace chez le roi Polymnestor dont l'épouse Iliona[5] est une fille de Priam et la soeur de Polydore (Cela laisse donc penser que le frère et la soeur ont une grande différence d'âge). Elle le considère et l'élève comme son propre fils et le considère comme le frère de l'enfant qu'elle a eu de Polymnestor, Déipyle. Après la chute de Troie, les Grecs voulant éliminer tous les Priamides, ayant déjà jeté par dessus les murailles de Troie son neveu Astyanax alors encore nourrisson, proposent une forte somme d'argent à Polymnestor ainsi que le mariage avec Électre, la fille d'Agamemnon, dans l'intention qu'il se débarrasse de Polydore. Celui-ci accepte mais tue involontairement son propre fils Déipyle sans qu'il le sache vraiment, car Iliona intervertit les deux nourrissons afin de protéger son frère au dépend de sa propre chair...
Plus tard, Polydore s'adresse à l'oracle d'Apollon qui lui appris que sa ville a été brûlée, son père tué et sa mère est en servitude. A son retour, ne comprenant pas cet oracle qui lui semble faux, se croyant être le fils de Polymnestor, pensant être Déipyle, il demande conseil à sa mère par procuration : Iliona ne peut alors que lui révéler la triste vérité, qu'il n'est pas le fils du roi Polymnestor et que ce dernier n'a pas hésité à le mettre à mort. Sur le conseil d'Iliona, il aveugle le roi et le tue.

Selon Virgile dans l'Énéide
Énée (à droite) à la sépulture de Polydore (représentée ici comme un ensemble de construction), enluminure sur parchemin, vers le 4ème/5ème siècle, Bibliothèque apostolique vaticane.

Alors qu'ils quittent à contre-coeur la Troade et Troie en ruine, Énée et un ensemble de troyen embarquent pour les rivages d'une région voisine, en Thrace, une terre guerrière où l'on sait seulement qu'elle a été jadis gouvernée par un certain roi Lycurgue[6]. On apprend néanmoins la relation que cette région thrace a entretenue avec les troyens, puisqu'ils ont été alliés et ont des dieux proches de ceux de Troie avant la chute de la ville. L'intention d'Énée est de fonder une nouvelle ville à son nom. Alors qu'il commence par sacrifier un taureau blanc, Énée s'aperçoit non loin de là au sommet d'un petit tumulus[7], un taillis de cornouiller et de myrte dont il a bien l'idée d'en garnir son autel. Mais voilà-t-il pas qu'il en cueille à plusieurs reprises, et du suc ensanglanté en jaillit et finit par souiller le sol. Soudain il est prit d'effroi par une voix venant d'outre-tombe. Il s'agit de Polydore, qui telle une ombre, surgit de son dernier lieu de repos en priant Énée, son oncle précisément, de respecter sa sépulture, de lui offrir l'asile de la mort et de fuir cette région, lui que l'on apprend que ce pays cupide qui a été le sien ne lui a finalement donné qu'une vie de misère : Il y a été assassiné traitreusement par des multiples coups de lance dans ses flancs. En effet, l'auteur nous écrit que Priam a confié secrètement au roi Thrace son enfant et sa grande quantité d'or pour qu'il l’élève alors qu'il doute déjà des armes de Troie. Quand la bonne fortune se détourne des Troyens vers les Grecs, le roi thrace rompt tout honneur à sa parole, massacre ou fait massacré Polydore et s'empare de son or. De cette terre jugée profanée et donc peu apte à abriter les descendants des troyens, Énée et son groupe s'en éloigne à jamais non sans redresser et nettoyer le tombeau de Polydore et d'organiser des funérailles à son honneur où les femmes troyennes qui ont survécu, défont leur cheveux selon le rite pour témoigner leur deuil et leur adieu au triste sort de leur prince.

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ovide dit que la région est celle des Bistoniens : peut-être s'agit-il une tribu thrace. Il fait de Polymnestor, roi des Odryses par ailleurs.
  2. Ovide les nomment Phrygiens.
  3. Du grec ancien Χερσόνησος / Khersonêsos, de χέρσος / Khersos, le continent et νῆσος / nêsos, l'île. La localisation est donc au bas mot imprécise et peut désigner toute péninsule se jetant dans la mer Egée.
  4. Strabon localise le Cynocème (Κυνὸς σῆμά) sur la côte opposée à celle de la Troade, en face de l'embouchure du fleuve de troade Rhodius se déversant dans les eaux de l'Hellespont entre la ville d'Abydos et de Dardanus, espacées de 70 stades (environ 15 km) l'une de l'autre. Le tombeau se trouverait près de la ville antique de Madytos, aujourd'hui la ville turque de Eceabat.
    -Strabon, Géographie [détail des éditions] [lire en ligne] (XIII, 1.28)
    -(en) Carte
  5. Notez qu'Ilion est l'autre nom de la ville de Troie.
  6. Ici on ne parle pas explicitement du roi Polymnestor.
  7. Un tumulus était un monticule de terre dressé à vocation funéraire (on en trouve près de Troie aussi).