Cassandre

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Ajax le petit arrachant de force Cassandre du Palladium auprès duquel elle s'était réfugiée, intérieur d'une coupe à figures rouges du Peintre de Codros, v. 440-430 av. J.-C., musée du Louvre

Dans la mythologie grecque, Cassandre (en grec ancien Κασσάνδρα / Kassándra) est la fille de Priam (roi de Troie) et d'Hécube. Elle porte parfois le nom d'Alexandra en tant que sœur de Pâris-Alexandre. Elle reçoit d'Apollon le don de prédire l'avenir mais, comme elle se refuse à lui, il décrète que ces prédictions ne seront pas crues, même de sa famille. Certaines sources en font également la sœur jumelle du devin Hélénos.

Mythe[modifier | modifier le code]

Acquisition du don de prophétie[modifier | modifier le code]

Cassandre était connue pour sa très grande beauté, « semblable à l'Aphrodite d'or » nous dit Homère[1], ce qui amène Apollon à tomber amoureux d'elle. Il lui accorde le don de prophétie en échange de leurs futurs ébats. Cassandre accepte le don mais se refuse au dieu. Apollon lui crache à la bouche, ce qui l'empêchera à jamais de se faire comprendre ou d'être crue, même par sa propre famille[1].

Avant la guerre[modifier | modifier le code]

Alors que sa mère est à nouveau enceinte, Cassandre lui prédit que le fruit de sa chair causera la perte de Troie. Sa mère écarte donc son frère Pâris de la ville si chère à ses yeux. Elle prévient Pâris, à son retour, que son voyage à Sparte l'amènera à enlever Hélène et causera ainsi la perte de Troie. Lorsque Pâris ramène Hélène à Troie, Cassandre est la seule à prédire le malheur, les Troyens étant subjugués par sa beauté.

Elle a également averti que le cheval utilisé par les Grecs est un subterfuge qui conduira Troie à sa perte. Plus Cassandre voit l'avenir avec précision, moins on l'écoute. En transe, elle annonce des événements terribles dans un délire qui la fait passer pour folle. De ce fait, chacun la fuit. Elle répand aussi le malheur : les princes étrangers qui la courtisent, luttant aux côtés des Troyens, tombent sous le coup des guerriers grecs ; Cassandre est ainsi vouée à rester seule, elle ne se mariera jamais. Priam l'avait par exemple promise avant la Guerre de Troie à Othrynée, un habitant de la ville de Cabésos[2] à qui il promit la main de sa fille, en échange de sa participation à la guerre, mais Idoménée le tue d'un coup de lance dans le ventre[3].

À la suite de la guerre[modifier | modifier le code]

Pendant que tous les soldats grecs envahissent la ville, Cassandre, qui s'est réfugiée près du Palladium, est violée par Ajax fils d'Oïlée alors qu'elle s’agrippe à la statue d'Athéna. (Pour expier cet acte profanatoire, les Locriens sont condamnés à envoyer chaque année deux jeunes filles vierges à Troie destinées à être des servantes du Palladium ; si les habitants s'en emparent avant qu'elles arrivent au temple, elles sont immolées.)

À la suite du drame, Cassandre est retrouvée par les Grecs qui décident de l'épargner à la demande d'Agamemnon, qui la trouve à son goût. Durant le voyage qui les ramène à Mycènes elle a de lui deux enfants, Télédamos et Pélops. Rentré dans son royaume, il est assassiné par Égisthe, l'amant de sa femme Clytemnestre qui est furieuse de cette liaison et de l'immolation de sa fille Iphigénie. Elle poursuit Cassandre et l'assassine à son tour. Cassandre avait au préalable eu une vision de son meurtre et de celui d'Agamemnon, mais ce dernier n'avait pas voulu la croire. Elle meurt sans regrets, ayant assisté au massacre de sa famille.

Interprétations[modifier | modifier le code]

Gustav Hinrichs voyait en Cassandre, une contrepartie d'Hélène, elle même, double humain de la déesse Aphrodite. Selon Paul Wathelet, elle s'identifie à la déesse Alexandra, connue en Laconie et en Daunie, « où elle est invoquée par les jeunes filles qui veulent se débarrasser d'un fiancé non souhaité ». Son nom a été interprété comme « celle qui écarte les hommes »[4]. Wathelet rappelle que tous les hommes qui l'ont approchée ont eu un destin funeste : Othrynée et Corèbe qui meurent misérablement, Ajax qui est foudroyé, Agamemnon qui est assassiné. Pour Jean Haudry, elle est « celle qui fait le malheur des hommes », initialement par le blâme[5].

Évocations artistiques[modifier | modifier le code]

Littérature antique[modifier | modifier le code]

Homère, au chant XIII de l'Iliade, décrit Cassandre comme la plus jolie des filles de Priam. Au chant XI de l’Odyssée, il raconte son meurtre perpétré par Clytemnestre. Chez cet auteur, Cassandre n'est pas encore la grande prophétesse qu'elle deviendra chez d'autres.

La tragédie d'Eschyle, Agamemnon, montre tout son désespoir et son impuissance face à ses pouvoirs divinatoires. Dans Les Troyennes d'Euripide, Cassandre surgit toute tremblante d'une tente et, telle une folle, prédit à Clytemnestre le parricide qui l'attend. Cassandre apparaît également sous le nom d'Alexandra, qui donne le titre au long poème tragique de Lycophron de Chalcis. Le philosophe latin Sénèque, dans sa pièce de théâtre Agamemnon, écrit le désespoir de Cassandre après la perte des siens lors de la guerre de Troie (v. 695-709). Nous retrouvons enfin Cassandre dans l’Énéide du poète latin Virgile.

Littérature tardive[modifier | modifier le code]

Le poète italien Boccace (1313-1375) introduit Cassandre parmi les 104 biographies Des dames de renom. Ronsard publie en 1552-1553 un volume d’Amours qui la prend comme sujet d'écriture. Friedrich Schiller (1759-1805) lui consacre un long poème dans lequel Cassandre, seule et découragée, se plaint du mauvais cadeau d'Apollon. Christa Wolf, écrivain connue pour ses actions contre le régime de la RDA à partir de 1976 en fait l'héroïne de son livre éponyme Cassandre écrit en 1983, autobiographie fictive dans laquelle Cassandre, sur le chemin qui la mène à Mycènes, au palais du roi Agamemnon, se remémore les événements qui ont amené à la chute de Troie, et à la sienne. Michèle Fabien confronte la Cassandre de Wolf à trois autres Troyennes qui gardent le désir de vivre tandis que la prophétesse refuse l’instinct de survie. Marion Zimmer Bradley fait de Cassandre la narratrice de La Trahison des Dieux (1987). En 2009, Bernard Werber publie Le Miroir de Cassandre où l'héroïne présente de nombreuses similitudes avec le personnage mythologique. En 2011, Antoine Dole publie le roman "K-Cendres" (Éditions Sarbacane), une relecture moderne du mythe, dans lequel Cassandre est une rappeuse star qui scande ses visions de l'avenir lors de concerts.

On peut également citer la Cassandre de Jean Giraudoux, où elle est dépeinte de façon pessimiste et sans aucune illusion. Cassandre est le symbole de la lucidité qui se heurte à la non croyance et à l'ignorance.

Cassandre fait une apparition dans une aventure de Corto Maltese (la maison dorée de Samarkand) où elle fait une prédiction dans le marc de café. Selon son frère Narcisse, elle ne se serait jamais trompée mais elle ne prédit que des malheurs.

Poésie contemporaine[modifier | modifier le code]

Le poète français Jean Laude a traité du mythe dans son œuvre Le Dict de Cassandre.

Art contemporain[modifier | modifier le code]

Cassandre est une des 1 038 femmes représentées dans l'œuvre contemporaine de Judy Chicago, The Dinner Party, aujourd'hui exposée au Brooklyn Museum. Cette œuvre se présente sous la forme d'une table triangulaire de 39 convives (13 par côté). Chaque convive étant une femme, figure historique ou mythique. Les noms des 999 autres femmes figurent sur le socle de l'œuvre. Le nom de Cassandre figure sur le socle, elle y est associée à Sophie, sixième convive de l'aile I de la table[6].

Musique[modifier | modifier le code]

  • Cassandra, cantate pour voix d'alto et clavecin, composée par Benedetto Marcello sur un livret du poète vénitien Antonio Conti, qui s'est principalement inspiré de l’Iliade et de l’Alexandra de Lycophron.
  • Dans la première partie de l'opéra les Troyens d'Hector Berlioz, Cassandre tient le rôle principal. L'action suit le déroulement classique du mythe. (Il est toutefois mentionné que Cassandre a un amant du nom de Chorèbe). Une fois que, en dépit de tous les avertissements, les Grecs ont fait entrer le cheval de bois dans la ville, Cassandre se poignarde avec d'autres Troyennes, qui redoutent la brutalité des Grecs plus que la mort.
  • Cassandra, opéra de Vittorio Gnecchi, créé à Bologne en 1905.
  • Cassandra's Dream Song (1970), pièce pour flûte solo de Brian Ferneyhough.
  • Kassandra (1987), dans Oresteïa (1966) de Iannis Xenakis, est une pièce pour baryton solo amplifié et percussionniste soliste.
  • Cassandra est le titre d'une chanson chantée par le groupe ABBA en 1982.
  • Cassandre (1994) de Michael Jarrell, monodrame pour récitante, ensemble instrumental et électronique, d'après le Kassandra de Christa Wolf.
  • Le groupe Theatre of Tragedy a écrit une chanson intitulée Cassandra, qui parle de ses rapports avec Apollon et de ses dons.
  • En 2002, Karin Clercq, dans l'album Femme X, interprète une chanson intitulée Kassandre coécrite avec Guillaume Jouan.
  • Cassandre est une musique et une danse de la renaissance répertoriée dans L'Orchésographie par Thoinot Arbeau en 1589. C'est un "Bransle coupé" de Champagne.
  • Cassandra Aria est une musique composé par Danny Elfman pour le film Scream 2 de Wes Craven.
  • le groupe français Nine Eleven a sorti en janvier 2012 un album s'intitulant Le Rêve de Cassandre en référence à la mythologie
  • Le groupe de métal symphonique français Whyzdom parle de Cassandre dans leur chanson Cassandra's Mirror de leur dernier album "Blind?"
  • Cassandra est une chanson composé par l'auteur-compositeur-interprète italien Francesco Camattini (Ormeggi, 2003)

Télévision et cinéma[modifier | modifier le code]

  • Le personnage de Cassandre a figuré dans plusieurs péplums :
  • Dans la série animée Hercule qui voit le jour à la suite du film de chez Walt Disney, Cassandre tient l'un des rôles principaux. Elle est la meilleure amie d'Hercule et va comme lui à l'école Prométhée. Elle est également l'amie d'Icare, qui est fou amoureux d'elle.
  • Dans la série Hercule (série télévisée, 1994), Cassandre apparaît dans l'épisode final de la saison 3 comme une habitante paria de l'Atlantide qui prédit sa destruction prochaine sans que ses concitoyens, ne croyant plus aux dieux, ne la prennent au sérieux.

Comme dans la mythologie, le personnage de Cassandre est victime de prophéties, mais jamais personne ne la croit.

  • Dans L'Armée des douze singes (Twelve Monkeys) de Terry Gilliam, le réalisateur fait référence à ce mythe. Son personnage principal James Cole (Bruce Willis) est "atteint" par le syndrome de Cassandre et annonce la destruction de l'humanité.
  • Dans le film Le Roi scorpion (de Chuck Russell, 2002 - qui raconte l'histoire du personnage qui apparait dans le second film de la trilogie La Momie avec Brendan Fraser) le personnage interprété par Kelly Hu est directement inspiré de Cassandre. En effet, elle se nomme Cassandra, est voyante, et conseille un tyran du nom de Mémnon (ce qui ressemble beaucoup à Agamemnon).
  • Le Rêve de Cassandre de Woody Allen (2007) renvoie aussi à cette mythologie.
  • Dans le film Scream 2 de Wes Craven (1997), le personnage de Sidney, joué par Neve Campbell interprète dans une pièce de théâtre Cassandre.
  • Dans la série humoristique Kaamelott, Guenièvre se prépare à interpréter le personnage de Cassandre dans une pièce de théâtre (2006: Saison 3 - épisode 15 :Guenièvre et Euripide).

Autres apparitions[modifier | modifier le code]

  • Cassandre fit également l'objet d'une attraction intitulée Fluch der Kassandra (la malédiction de Cassandre) dans le parc d'attractions Europa-Park en Allemagne, où cette dernière maudit les visiteurs assis dans une salle en constante rotation.

Dans la langue française[modifier | modifier le code]

Dans la langue française, Cassandre devient un nom commun désignant une personne pessimiste annonçant des malheurs. L'expression « jouer les Cassandre » est utilisée pour désigner quelqu'un qui fait des prophéties dramatiques et dont les propos peuvent paraître exagérés.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b François Gauvin, Les Prophéties de Cassandre, dans le magazine Le Point références, n°40, juillet-août 2012, page 56
  2. ville inconnue dont les historiens ne savent dire si elle se situe sur l'Hellespont, en Cappadoce, en Lycie ou bien encore en Thrace
  3. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne], XIII, 363-382
  4. Paul Wathelet, Les Troyens de l'Iliade. Mythe et Histoire, Paris : les Belles lettres, 1989
  5. Jean Haudry, La Triade pensée, parole, action, dans la tradition indo-européenne, Archè, Milan, 2009, p.290
  6. Musée de Brooklyn - Cassandre

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]