Clientélisme

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Le clientélisme est un système d'échanges interpersonnels non marchands de biens et de services échappant à tout encadrement juridique, entre des individus disposant de ressources inégales (le « patron » et ses « clients »)[1]. Lorsqu'un patron a plusieurs clients, on parle de clientèle[2]. Malgré une vision justifiée largement répandue du caractère antidémocratique du clientélisme, notamment en politique[3], il convient d'affirmer que le clientélisme est également un moyen de politiser les populations[4],[5], mais aussi de pallier le déficit d'implantation des services publics ou de réduire les inégalités[5].

Jean-François Médard distingue deux types de clientélisme : formel – quand il est codifié comme le cas du féodalisme – et informel – aussi appelé patronage[6]. Le clientélisme peut prendre la forme du favoritisme lorsque le « patron » cherche à élargir sa sphère d'influence par l'octroi d'avantages indus.

Antiquité[modifier | modifier le code]

Le clientélisme est la relation qui à Rome unissait un patron à son client. Le client (« celui qui obéit »), individu de position sociale modeste, se mettait sous la protection du riche patron, qui lui assurait une aide matérielle régulière en échange de divers services : appui électoral, accompagnement au forum, soutien lors des procès[7].

Lors de la crise de la République romaine, les démagogues se constituaient des clientèles nombreuses, et transformaient parfois leurs apparitions au forum en manifestations réunissant plusieurs centaines de personnes.

Article connexe : Évergétisme.

Mawla[modifier | modifier le code]

Dans le monde arabe, aux premiers siècles de l'islam, les tribus possédaient des esclaves qu'ils affranchissaient assez souvent ; ceux-ci devenaient alors des mawâlî (pluriel de mawlâ') ou clients du personnage dont ils avaient été l'esclave[8],[9]. Ainsi, des gens de l'extérieur venaient agrandir le groupe. Cette pratique largement utilisée dans les pays conquis joua un rôle essentiel dans le mouvement d'intégration des conquérants minoritaires dans les zones dominées.

Les habitants libres de la région une fois convertis, ou bien des esclaves, devenaient des clients de la tribu et recevaient ainsi des charges importantes de la part des chefs de clans et, parfois, pouvaient atteindre rapidement des postes de responsabilité et un rang social élevé.

Définition politique[modifier | modifier le code]

Le clientélisme s'entend ici comme une faveur injustifiée accordée à une personne, souvent en échange de son vote. Le clientélisme politique fait partie de pratiques informelles et illégales, et sont largement considérées comme antidémocratiques, faussant le jeu d'élections libres[10]. Les députés français sont ainsi parfois accusés de clientélisme en faveur de leurs administrés locaux, en faisant pression sur le gouvernement pour l'obtention de crédits en faveur de leur circonscription.

Dans bien des régions les liens de clientèle politique basés sur le service rendu passent d'une génération à l'autre, c'est le clanisme comme en Corse. Si le lien est fondé sur la contrainte économique ou la violence, on appelle cela du caciquisme.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Louis Briquet et Frédéric Sawicki, Introduction, Presses Universitaires de France, (ISBN 9782130495543, lire en ligne)
  2. clientélisme, article sur universalis.fr
  3. Le clientélisme politique dans les sociétés contemporaines, (ISBN 9782130495543, lire en ligne)
  4. Alain Garrigou, Le clientélisme politique dans les sociétés contemporaines, Presses Universitaires de France, (ISBN 9782130495543, lire en ligne), p. 39–74
  5. a et b Camille Goirand, Le clientélisme politique dans les sociétés contemporaines, Presses Universitaires de France, (ISBN 9782130495543, lire en ligne), p. 111–144
  6. Médard [1976], p. 118.
  7. « Définition : Clientélisme », sur www.toupie.org (consulté le 16 avril 2018)
  8. Sobhi Bouderbala, « Les aḥbās de Fusṭāṭ aux deux premiers siècles de l’Hégire : entre pratiques socio-économiques et normalisation juridique », Médiévales, vol. 64, no 64,‎ , p. 37–55 (ISSN 0751-2708, DOI 10.4000/medievales.6937, lire en ligne)
  9. Olivier Carré, Chapitre VI. La société islamique, société, sui generis selon le Ẓilâl, (lire en ligne), p. 24
  10. Jean-Louis Briquet et Frédéric Sawicki, Le clientélisme politique dans les sociétés contemporaines, Presses Universitaires de France, (ISBN 9782130495543, lire en ligne), p. 1–5

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-François Médard [1976], « Le rapport de clientèle : du phénomène social à l'analyse politique », Revue française de science politique, 26e année, no 1, p. 103-131, voir en ligne sur Persée
  • Tafani Pierre, « Du clientélisme politique », Revue du MAUSS, 2005/1 (no 25), p. 259-286
  • Jean-Louis Briquet et Frédéric Sawicki, Le clientélisme politique dans les sociétés contemporaines, Presses Universitaires de France, 1998

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]