Égine

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Égine
Αίγινα (el)
Vue satellite d'Égine.
Vue satellite d'Égine.
Géographie
Pays Drapeau de la Grèce Grèce
Archipel Îles Saroniques
Localisation Golfe Saronique (mer Méditerranée)
Coordonnées 37° 45′ 00″ N 23° 26′ 00″ E / 37.75, 23.433333 ()37° 45′ 00″ N 23° 26′ 00″ E / 37.75, 23.433333 ()  
Superficie 87,41 km2
Point culminant Mont Oros (531 m)
Géologie Île continentale
Administration
Périphérie Attique
Nome Le Pirée
Démographie
Population 13 552 hab. (2001)
Densité 155,04 hab./km2
Plus grande ville Égine (Chora)
Autres informations
Découverte Préhistoire
Fuseau horaire UTC+02:00
Site officiel www.aegina.gr

Géolocalisation sur la carte : Grèce

(Voir situation sur carte : Grèce)
Égine
Égine
Îles de Grèce

Égine (grec ancien : Αἴγινα / Aígina, grec moderne : Η Αίγινα / I Éyina) est une île grecque du golfe Saronique. Ses habitants sont les Éginètes (adjectif : éginète). L'île est célèbre pour son temple d'Aphaïa, un des trois temples du triangle sacré Parthénon, Sounion, Aphaïa. Elle fut longtemps une grande rivale d'Athènes, dans l'Antiquité comme au début du XIXe siècle. Égine fut une des premières cités maritimes et commerçantes de la Grèce antique : elle eut la première marine de Grèce, et fut la première cité à battre monnaie. Elle fut la première capitale (1828-1829) de la Grèce luttant pour son indépendance, et le jeune État grec y fit battre sa première monnaie. L'île est aussi la principale productrice de pistaches de Grèce.

Géographie[modifier | modifier le code]

Géographie physique[modifier | modifier le code]

Situation géographique de l'île.

D'environ 90 km2, l'île est située à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest d'Athènes.

D'une circonférence d'à peu près 57 km, elle a la forme d'un triangle, avec la pointe vers le sud. Sa plus grande longueur du nord-est (cap Tourla) au sud-est (cap Perdika) est de 18,5 km. L'île se divise en trois régions : un massif montagneux de marne calcaire du Tertiaire au nord ; une plaine côtière alluviale à l'ouest (cette dernière est le seul endroit fertile de l'île) ; le reste de l'île est de la trachyte volcanique. Les pierres ponces furent un temps une des principales exportations de l'île. Méthana, une péninsule du Péloponnèse toute proche, est un volcan qui était encore en activité du temps d'Antigone II Gonatas[N 1].

Le plus haut sommet d'Égine, de forme conique, l'Oros (en Grec La Montagne) ou Profitis Ilias (anciennement mont Panhellénion), culmine à 531 m.

Hormis le port d'Égine à l'ouest, celui de Souvala au nord et la petite baie d'Aghia Marina, l'île est presque totalement accore (formée de falaises ne proposant pas de mouillage correct).

Sa végétation est typique de la garrigue méditerranéenne (pelouse sèche à plantes épineuses en coussins), appelée en grec phrygana. Les anciennes pinèdes ont presque disparu pour être remplacées par des chênes verts, des oliviers sauvages et des cyprès[1].

Le climat d'Égine est méditerranéen : doux en hiver et chaud et sec en été. L'île est épargnée par les trop grands écarts de température. La saison des pluies au printemps est courte[2].

La végétation d'Égine.
Relevé météorologique d'Égine
Mois jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Température minimale moyenne (°C) 6 6 8 11 15 19 22 22 19 15 11 8 13,5
Température maximale moyenne (°C) 12 12 15 18 23 28 31 31 28 22 17 14 20,9
Précipitations (mm) 43 43 49 25 17 6 0 0 16 57 77 69 402
Source : www.greekisland.co.uk/aegina


Communes et villages[modifier | modifier le code]

Carte de l'île.

Égine compte (1998) un peu moins de 12 000 habitants (8 600 en 1911[3]) et est un dème faisant partie du nome du Pirée. Le maire (démarque) en 2007, était Panayotis Koukoulis.

Les différentes localités de l'île sont[4] :

  • La capitale Égine est parfois appelée aussi Chora (« la ville » en grec) afin de faire la différence avec Égine, « l'île ». On dit aussi, pour les touristes « Égine-town ». La capitale se situe au nord-ouest de l'île, sur l'emplacement de la ville antique. Elle a donc plus de 5 500 ans. En amphithéâtre face à la mer, elle allie les petites ruelles tortueuses et les maisons patriciennes néoclassiques. Sur le port, l'église d'Aghios Nikolaos accueille les navires. Le centre-ville est situé le long des quais du port tandis que la rue Aphaias accueille les bâtiments administratifs de l'île. Le collège Eynardeio est situé juste à côté de la cathédrale de l'île Aghios Dionysos, construite au début du XIXe siècle. Le quartier nord est le quartier des maisons de maîtres du XIXe siècle comme le « château Zaïmi », la « tour Ralli » ou la demeure des Vénizélos.
  • Kypséli, à 4 km au nord-est de Chora est la deuxième localité de l'île. C'est un gros bourg maintenant agricole, spécialisé dans la production de pistaches et d'amandes, mais qui doit sa taille à la pêche aux éponges de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. L'église d'Evanghélistria date d'ailleurs de 1887.
  • Aghia Marina est une station balnéaire dans la baie du même nom au nord-est de l'île et protégée par l'église du même nom. Elle est surtout remarquable à cause de sa plage de plus de 500 mètres de long, bordée de pins. L'été, Aghia Marina est reliée directement au Pirée.
  • Messagros est un village rural dédié à l'agriculture sur la route entre Chora et Aghia Marina. On y trouve cependant aussi l'un des derniers potiers de l'île, alors qu'au début du XXe siècle, Égine était un grand centre de production. Ce potier est installé dans la « maison de Rodakis ». Cette maison est l'archétype même de la maison rurale éginète de la fin du XIXe siècle : une seule longue pièce voûtée, divisée en deux par deux marches, d'un côté la salle à manger-cuisine et de l'autre la chambre à coucher. Dehors, la maison est remarquable aussi par ses quatre statues symboliques (le cochon : la fortune ; l'horloge : le temps ; le serpent : le mal ; la colombe : la paix).
  • Portes est un petit port au sud d'Aghia Marina, probablement fondé par les Vénitiens. Son nom serait une déformation de porto.
  • Anitsaiou est un petit village au sud-ouest de Portes, au pied d'Oros sur le versant est de la colline.
  • Sfyriktrès, au pied d'Oros sur le versant ouest de la colline, accueille l'EKPAZ un centre de soins pour animaux sauvages (essentiellement des oiseaux).
  • Pachia Rachi est un village sur le flanc ouest de la colline, la plupart des maisons rachetées par de riches Athéniens ont été restaurées dans le style local.
  • Vathy est un petit village au nord-est de Kypséli.
  • Souvala, sur la côte nord de l'île possède une petite station thermale (source d'eau chaude sulfureuse). C'est aussi le deuxième port de l'île après Chora.
  • Vaya est un petit port dans la baie du même nom habité depuis l'Antiquité.
  • Marathon est un village rural et agricole dans la baie du même nom au sud de Chora. Ce fut dans cette baie que la flotte grecque se serait rassemblée avant la bataille de Salamine. C'est dans cette baie que le gouvernement grec de Kapodistrias débarqua lorsque Chora devint capitale de la Grèce lors de la guerre d'indépendance.
  • Perdika est un village de pêcheurs au sud-est de l'île. Les maisons basses construites le long du port ont toutes des cours ouvertes reliées entre elles.

Kypséli, Perdika, Messagros et Vathy sont des communes disposant d'un conseil propre au sein du dème.

Le port d'Égine.

Activités économiques[modifier | modifier le code]

Les principales activités économiques d'Égine sont le tourisme, l'agriculture et les activités maritimes (pêche et transport).

L'île d'Égine est aujourd'hui l'un des principaux lieux de production de pistaches (20 000 tonnes par an[5] qui font vivre près de 3 500 personnes). Les pistachiers arrivèrent d'Égypte vers 1920. Cette production est tellement importante qu'en Grèce, de nos jours, les pistaches se disent des « égines ». On trouve aussi sur Égine des amandiers, des oliviers et de la vigne.

La ville moderne d'Égine (Chora) et principal port de l'île.

L'île a gardé depuis l’Antiquité sa production de céramique (les célèbres pots jaunes d'Égine).

Transports[modifier | modifier le code]

Les touristes profitent de la liaison maritime directe entre Égine (Chora ou avec une fréquence moindre Souvala) et Le Pirée. L'île est en effet desservie plusieurs fois par jour par des hydrofoils : les Flying Dolphins ou les Catamarans qui mettent 35 minutes depuis Le Pirée. Les ferrys traditionnels font le trajet en 1h20. L'été, une liaison est mise en place (principalement pour les touristes) avec Aghia Marina.

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Mythologie[modifier | modifier le code]

Égine doit sa renommée autant à l'histoire qu'au fait d'avoir été, dans la mythologie grecque, le royaume d'Éaque. Elle se serait d'abord appelée Oinoné, avant de prendre le nom de la mère d'Éaque, la nymphe Égine aimée de Zeus.

Préhistoire et période mycénienne[modifier | modifier le code]

Des découvertes archéologiques remontant au Néolithique, à Kolona, près de la ville actuelle d'Égine, à Aghia Marina à l'est et au pied de la colline qui porte le temple d'Aphaïa, montrent que l'île fut occupée dès la fin du quatrième millénaire avant notre ère. On pense qu'à l'Helladique Ancien, un peuple originaire d'Asie Mineure et parlant un dialecte lycien serait arrivé sur l'île et y aurait introduit le culte d'une de leurs divinités, dont le nom, hellénisé, aurait donné Aigàios. Vers 2.500 avant notre ère, le commerce d'Égine était prospère et en relation avec la civilisation minoenne de Crète. Vers 2000 avant notre ère, un peuple, probablement d'origine indo-européenne, et ayant déjà atteint l'âge du bronze, parlant l'éolien ou l'arcadien et adorant Poséidon se serait installé sur Égine[réf. nécessaire].

Vers 1400 avant notre ère, des Achéens, qui auraient été guidés par Éaque, auraient installé un régime équivalent à celui des royaumes mycéniens du continent. Ce sont les Myrmidons de la légende. Ils installèrent leurs fortifications au sommet du mont Oros.

Les Doriens firent la conquête de l'île vers 1100 avant notre ère et y introduisirent leur dialecte et leurs coutumes, principalement le culte de Zeus Hellanios (le Porteur de pluie), adoré au sommet le plus élevé de l'île, le mont Oros. Lorsque cette colline est dans les nuages, on dit à Athènes qu'il va pleuvoir. Le culte d'Aphaïa, variante locale de la déesse-mère aurait été introduit à la même époque.

Les âges obscurs et la période archaïque[modifier | modifier le code]

L'île aurait été dépeuplée et vers 950 avant notre ère repeuplée par des colons venus d'Épidaure[N 2]. C'est alors que se serait développée la vocation maritime de l'île. Sa marine était considérée au VIIe siècle avant notre ère comme la première de Grèce[N 3].

Un des premiers faits historiques vraiment établis concernant Égine est son appartenance à la Ligue maritime de Calaurie qui regroupaient outre Égine et Calaurie : Athènes, les Myniens, Orchomène Page d'aide sur l'homonymie, Trézène, Hermione, Nauplie et Prasiae. On pense que cette ligue aurait été une coalition des différents royaumes mycéniens du pourtour du golfe Saronique destinée à réduire la piraterie dans leurs eaux.

Dans le courant du VIIe siècle avant notre ère, l'île passa sous la domination du tyran argien Pheidon. On considère que ce fut lui qui introduisit les pièces de monnaie en Grèce, peut-être vers 656 avant notre ère (une autre date serait 590 avant notre ère). Tout au moins, ce fut par Égine, du temps du règne de Pheidon que le système des pièces de monnaie atteignit l'Europe. Égine avait une position géographique idéale au croisement des principales routes commerciales : proche de l'isthme de Corinthe et de l'Argolide, entre le Péloponnèse et l'Attique. L'île connut alors un développement commercial considérable et bâtit progressivement une flotte qui, vers 500 avant notre ère, n'avait pas d'égale en Grèce. Gouvernée par une aristocratie, ses citoyens s'enrichirent grâce au commerce.

Les arts s'y épanouirent. Sa céramique fut très recherchée, avant d'être supplantée par celle de Corinthe puis Athènes. Égine exportait aussi des parfums. Sa monnaie d'argent (qui porte au droit une tortue) était l'étalon monétaire dans la plupart des États doriens. Les poids et mesures éginètes étaient aussi la norme pratiquement partout. Les marchands d'Égine élevèrent un temple à Zeus à Naucratis dès la fondation de cette cité égyptienne[6]. Un marin éginète, au service des Samiens, aurait atteint l'Atlantique[7]. Des Éginètes étaient aussi installés en mer Noire[8] et en Ombrie, même si l'île ne participa pas au grand mouvement de colonisation grecque.

L'île aurait alors compté, selon certaines sources, car les chiffres semblent énormes, 40 000 citoyens libres et 470 000 esclaves[9]. Le Temple d'Aphaïa date de cette période de prospérité.

La période classique : la rivalité avec Athènes[modifier | modifier le code]

C'est vers la fin du VIe siècle avant notre ère que commença la longue rivalité avec sa voisine Athènes, dont la flotte de trières fut en grande partie bâtie pour combattre l'hégémonie d'Égine.

Hérodote rapporte deux versions (athénienne et éginète) de la même légende pour expliquer la rivalité[10]. Il est plus probable que les lois de Solon interdisant l'exportation de céréales attiques aient été la cause du mécontentement éginète. L'île est en effet relativement peu fertile. Dans le même ordre d'idée, l'interdiction solonienne d'exporter les céréales devait sans aucun doute principalement viser Égine dont la puissance navale gênait Athènes. Aristote écrit ainsi : « Périclès voulait qu'on détruisît Égine, cette taie dans l'œil du Pirée »[11]. L'école éginète de sculpture (Smilis, Glaukias et Kallon au VIe siècle avant notre ère puis Onatas au début du Ve siècle avant notre ère) faisait aussi concurrence aux Athéniens. Les statues du fronton du temple d'Aphaïa sont représentatives de cette école éginète.

Une trière, instrument de la puissance et de la chute d'Égine.

En 507/506 avant notre ère, Égine se porta au secours de Thèbes alors en guerre contre Athènes. Sa flotte ravagea la côte attique[12]. Un oracle de Delphes suggéra aux Athéniens de patienter trente ans avant d'entreprendre quoi que ce fût contre l'île et de profiter de cette période pour rendre un culte à Éaque[13]. Les intrigues spartiates pour remettre Hippias sur le trône d'Athènes (vers 501 avant notre ère) raccourcirent cette période d'attente[14]. Ainsi, une guerre eut lieu entre Égine et Athènes (488-481 avant notre ère) après une provocation éginète à Sounion[15] et Athènes fut d'abord défaite.

La chronologie donnée par Hérodote n'est pas très facile à rétablir, des informations sont parfois contradictoires entre les guerres entre Grecs et la résistance aux Perses.

Égine ne soutint pas la cause grecque pendant la première invasion des Perses en 490 avant notre ère mais se rangea du côté des Grecs lors des batailles de 480 avant notre ère avec un courage hors du commun. « Au cours de la bataille (Salamine), on distingua surtout, entre tous les Grecs, les Éginètes et ensuite les Athéniens »[16]. Égine y avait envoyé trente navires. Elle participa ensuite à la bataille du cap Mycale et à Platées.

Drachme d'argent d'Égine (tortue terrestre), vers 400 avant notre ère.

L'île entra ensuite, par opposition systématique à Athènes, dans l'alliance spartiate. Elle fut alors protégée de sa voisine. De plus, la politique de Cimon, qui cherchait l'apaisement avec Sparte fut une garantie supplémentaire pour l'île, jusqu'à l'ostracisme du fils de Miltiade en 461 avant notre ère. Une nouvelle guerre se déclencha. Elle est parfois appelée la première guerre du Péloponnèse. Lors de deux grandes batailles navales, Athènes défit les flottes combinées d'Égine, Épidaure et Corinthe, à Kékryphaleia et près d'Égine même. En 457 / 456 avant notre ère, les Athéniens humilièrent les Éginètes après avoir conquis l'île[N 4]. Définitivement battue par Athènes, Égine fut contrainte de se joindre à la ligue de Délos et de payer un tribut s'élevant à trente talents.

Au début de la guerre du Péloponnèse, vers 431 avant notre ère, Athènes expulsa tous les habitants d'Égine qui étaient accusés d'avoir contribué à son déclenchement et repeupla l'île avec des clérouques[N 5].

Les Spartiates accueillirent d'abord les exilés[N 6]. Lysandre les rétablit dans leurs possessions en 405 avant notre ère.

L'île ne fut cependant pas totalement indépendante, elle dut accepter la tutelle d'un harmoste lacédémonien. Elle devint alors la base des opérations navales de Sparte contre Athènes. Les corsaires éginètes opéraient aussi sous protection spartiate. Cette situation dura jusqu'en 376 avant notre ère et la victoire navale de Chabrias sur la flotte de Sparte à Naxos[17].

En 367 avant notre ère, Charès aurait conquis Égine pour Athènes. La flotte athénienne y serait restée quelques années afin d'y maintenir les institutions athéniennes instaurées par Charès[18].

Plutarque nous informe que Démosthène avait été exilé sur Égine en 324 avant notre ère[19].

En 322 avant notre ère, ce fut sur Égine qu'Hypéride fut torturé et tué[20].

Périodes hellénistique et romaine[modifier | modifier le code]

Égine subit un sort comparable à celui des autres cités grecques : domination macédonienne puis romaine.

Cassandre de Macédoine, lorsqu'il fit le siège d'Athènes (319 avant notre ère), installa sa base d'opérations à Égine et obligea les Éginètes à prendre son parti[21]. En 307 avant notre ère, ce fut depuis Égine et Salamine que Démétrios Poliorcète s'empara du Pirée. L'île resta sous domination macédonienne jusqu'en 233 avant notre ère, lorsqu'elle entra dans la Ligue achéenne[22].

Pour avoir pris le parti de Philippe V de Macédoine contre les Romains, les Éginètes furent réduits à implorer leur pardon auprès du général romain Publius Sulpitius. Il leur imposa de payer une rançon qu'ils furent incapables de réunir. Sulpitius donna alors l'île aux Étoliens qui la vendirent à Attale Ier de Pergame pour trente talents[23]. L'île fut alors gouvernée par un garde du corps d'Attale. Le roi vint cependant passer l'hiver 208 avant notre ère sur l'île en compagnie de Sulpitius[24].

Égine fut utilisée par diverses puissances comme base navale contre la Macédoine : Rome, Pergame ou Rhodes[25]. La paix signée entre Rome et Philippe V confirma la possession de l'île par Attale Ier qui y envoya son fils, Philétère, comme stratège. Philétère resta sur l'île jusqu'en 171 avant notre ère quand il fut remplacé par Cléon, garde du corps d'Eumène II. En 155 avant notre ère, les Éginètes votèrent un décret en l'honneur de ce Cléon. Eumène II séjourna sur l'île lorsqu'il se trouva en difficulté contre Antiochos III puis Persée de Macédoine[26].

En 132 avant notre ère, le stratège pergaménien qui dirigeait Égine se prononça en faveur d'Aristonique et lui envoya des secours. Cela fit que lorsque les Romains rétablirent les différentes confédérations grecques en 130 avant notre ère, après la défaite d'Aristonique, la Ligue achéenne ne fut pas recréée.

Lorsque le royaume de Pergame disparut, en 130 avant notre ère, Égine redevint propriété du Sénat romain. Marc-Antoine en fit alors don à Athènes en 62 avant notre ère[27].

En 82 avant notre ère, Égine fut envahie par les pirates, mais ils ne purent prendre la ville, même s'ils s'installèrent durablement dans l'île.

En 30 avant notre ère, Auguste hiverna à Égine et écrivit aux Athéniens depuis l'île. Il rendit sa liberté à l'île en 11 de notre ère. Elle resta libre jusque sous Vespasien qui la redonna aux Athéniens en 74. Hadrien lui rendit sa liberté en 132. On a des preuves de la liberté ou de l'autonomie d'Égine sous Marc Aurèle (161-180), sous Septime Sévère (196-211) et sous Caracalla (211-217)[28].

Périodes byzantine, vénitienne, catalane et ottomane[modifier | modifier le code]

On a peu d'informations sur Égine durant l'Empire byzantin. On sait que Paul d'Égine, un médecin et chirurgien, naquit sur l'île au VIIe siècle et qu'un évêché réunit l'île avec sa voisine de Kéa vers le Xe ou XIe siècle.

Des raids sarrasins sont attestés au IXe siècle[29], obligeant les habitants à fuir le bord de la mer et à se réfugier dans les collines. Ils y restèrent jusqu'au XIXe siècle. La capitale s'installa alors à Paléochora, à 6,5 km de la mer. Un kastro y fut construit en 1432. La ville fut quand même détruite par Barberousse en 1538 et par les Vénitiens en 1654. Le fait que l'île se fût reconvertie dans la piraterie ne fut peut-être pas sans relation avec ces destructions.

La quatrième croisade donna Égine, comme toutes les autres îles de l'Égée, en fief direct à de grandes familles occidentales.

Le Duché d'Athènes.

Bien qu'elle ait théoriquement été attribuée à Venise par le traité de partage de l'Empire byzantin[30], elle ne fut pas directement occupée par celle-ci. L'île fut apportée en dot en 1317 par Marulla, fille de Boniface de Vérone, à son mari Alphonse Frédéric d'Aragon, vicaire du duché catalan d'Athènes. Ses fils, Pierre, Jean, Jaume et Boniface-Frédéric d'Aragon lui succédèrent. Le fils de Boniface-Frédéric, Pierre-Frédéric, se révolta contre son suzerain et cousin, le vicaire général d'Athènes, Louis-Frédéric d'Aragon, qui lui confisqua son fief en représailles en 1380 et le confia au fils même de l'exproprié, Jean-Frédéric. Ce dernier n'eut qu'une fille qui épousa Antoine Ier de Caupena, seigneur de Piada en Argolide, fils d'Aliot de Caupena, noble de Sicile. Antoine fut seigneur d'Égine de 1402 à 1418. L'île passa alors à son fils Aliot qui en 1425 plaça Égine sous la protection de Venise. Il régna cependant jusqu'en 1440. Le fils qu'il avait eu avec une Acciaiuoli d'Athènes (fille adoptée du duc Antoine) lui succéda jusqu'en 1451. Ce dernier mourut sans enfant. L'île aurait dû passer à Arnaud Guillem de Caupena, cousin germain d'Aliot de Caupena et d'Égine, mais Arnaud renonça à ses droits sur l'île au profit de Venise.

En 1451, l'île passa donc définitivement à la République de Venise qui y envoya des provéditeurs. Égine connut alors un renouveau commercial. Elle noua des liens commerciaux avec Venise, Tyr, Béryte, Alep, Constantinople, Sinop, Trébizonde et les ports aux débouchés du Phase et du Don[28].

Barberousse s'en empara pour le compte de l'Empire ottoman en 1538. Devant le refus de l'île de se soumettre, Barberousse fit le siège de la capitale. Une sortie éginète fit de nombreux morts dans les rangs turcs. Aussi, après la prise de la forteresse grâce à son artillerie, Barberousse fit massacrer tous les hommes tandis que les femmes et les enfants étaient déportés pour être vendus comme esclaves à Constantinople[28].

Morosini reprit Égine pour Venise en 1654. Il y fit construire, par Mocenigo, préfet du Golfe Adriatique, une tour pour défendre l'entrée du port. Il fit aussi venir sur l'île des habitants du Pirée dont il venait de raser la forteresse. Égine resta dans le giron vénitien. Cette possession fut confirmé par le Traité de Karlowitz () au moins jusqu'au , où les Éginètes préférèrent les Ottomans aux Vénitiens[N 7]. En 1718, le traité de Passarowitz la confia définitivement aux Ottomans.

Au milieu du XVIIIe siècle, Richard Chandler, un voyageur et archéologue britannique, comptait « 400 maisons, toutes chétives, formant des plates-formes couvertes de terrasses de gravier, et s'élevant en amphithéâtre sur la pente » à Paléochora[31]. La ville aurait ensuite connu une relative prospérité, passant à 500 maisons et 3 à 4 000 habitants à la fin de la période de domination ottomane[32].

À la fin du XVIIIe siècle, la situation devenant moins dangereuse, la population commença à redescendre vers la mer.

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

De juin 1828 à juin 1829, le port actuel de l'île, Chora, devint la capitale du jeune État grec encore en lutte pour son indépendance. La ville vit fleurir la Banque Nationale, le Musée National, la Bibliothèque Nationale et l'Imprimerie Nationale. Toutes ces institutions furent intégralement transférées à Athènes lorsque celle-ci devint capitale. C'est dans la cathédrale (datant de 1806) que le premier gouvernement libre prêta serment. Ioánnis Kapodístrias, chef du gouvernement s'était installé dans un bâtiment surnommé maintenant le « Palais Barbayannis » construit spécialement pour l'accueillir, tandis que les différentes administrations occupaient la tour de Marcellus construite en 1802.

Kapodistrias fit construire dans Chora un orphelinat pour les enfants des héros de la guerre d'indépendance grecque morts au combat. L'orphelinat devint ensuite une caserne puis une prison. Il est actuellement en rénovation et devrait abriter un musée. Cette, brève, fonction de capitale offrit à la ville d'Égine ses belles maisons néo-classiques construites par les personnalités politiques d'alors (Spiridon Trikoupis, Aléxandros Mavrokordátos ou Dimitrios Voulgaris). Le collège, financé par un ami français de Kapodistrias, Jean-Gabriel Eynard, fut même le premier bâtiment néo-classique de Grèce. L'île accueillit aussi les premières imprimeries de livres et journaux de la Grèce libre[N 8].

Le 1er octobre 1829, Égine retrouva sa tradition antique : ce fut sur l'île que fut battue la première monnaie grecque portant au droit un phénix renaissant de ses cendres et ΕΛΛΗΝΙΚΗ ΠΟΛΙΤΕΙΑ (État grec) et à l'avers une couronne de lauriers et ΚΥΒΕΡΝΗΤΙΣ I. A. KAΠOΔIΣTΡIAΣ (Gouverneur I. A. Kapodistrias). La capitale fut cependant très vite transférée à Nauplie. L'île dont la population était estimée à 9 000 habitants en 1829[33] périclita jusqu'au développement de la pêche aux éponges.

Au début du XXe siècle, la céramique éginète était très recherchée, principalement ses cruches jaunes (ou κανάτια) dites cruches de Barbayannis. Ces cruches faisaient office de réfrigérateurs gardant l'eau au frais. Les Éginètes étaient toujours d'excellents marins. Ils pratiquaient surtout la pêche aux éponges, avec des scaphandriers, le long des côtes de l'Afrique. Ce commerce s'élevait à un million de drachmes de l'époque[34].

Lady Egerton, épouse de l'ambassadeur britannique en Grèce, ayant acheté une maison sur Égine, développa à la même époque l'industrie de la dentelle sur l'île. Ce phénomène s'observe aussi à Venise et dans d'autres régions sous développées de l'Europe. Des Occidentales font renaître un artisanat populaire, en l'occurrence ici la dentelle, pour donner une occupation aux femmes dont les époux sont marins ou émigrés et leur apporter un revenu supplémentaire. Cela correspondait aussi à une volonté des femmes issues de la bonne société des pays industrialisés de ne pas laisser disparaître un artisanat traditionnel déjà perdu chez elles[35]. Cependant, les dentellières éginètes, même si elles utilisaient le kopaneli (fuseau local), produisirent des dentelles proches de ce qui se faisait alors en Belgique, proches de ce que recherchait le marché afin que leur artisanat fût viable.

Dans les années 1950, l'île se dépeupla au profit d'Athènes, principalement parce que sa flotte marchande ne pouvait plus faire concurrence aux immenses flottes commerciales qui se développaient au Pirée.

Monastère consacré à Aghios (Saint) Nektarios.

Les vicissitudes de l'occupation ottomane, de la guerre d'indépendance et du XIXe siècle ont fait qu'Égine est maintenant peuplée d'une population qu'on ne peut qualifier d'autochtone même si la quasi-totalité des habitants se reconnaissent comme étant grecs. Elle est composée de descendants d'Albanais et de descendants de réfugiés grecs du Péloponnèse, de Chios et de Psara.

Saint Nectaire d'Égine est enterré sur l'île dans le monastère de moniales qu'il avait fondé. Ce saint extrêmement populaire de l'Église orthodoxe est mort en 1920 et fut canonisé en 1961. Des pèlerins du monde entier viennent sur son tombeau solliciter une grâce ou une guérison. Le monastère est construit sur un ancien monastère byzantin consacré à la Vierge Zoodochos Pygi ("Source vivifiante"). Une panégyrie est célébrée en l'honneur du saint tous les 9 novembre, le jour de sa fête, dans le monastère de saint Nectaire (Aghios Nektarios). À proximité immédiate du monastère a été édifiée la plus grande église de Grèce. Elle est dédiée à saint Nectaire et permet d'accueillir la foule des pèlerins. Ce sanctuaire fut commencé en 1982 sur le modèle de Sainte Sophie de Constantinople.

C'est sur Égine, à Chora, que Níkos Kazantzákis écrivit Aléxis Zorbás et une partie de son Odyssée.

Égine est pratiquement devenue de nos jours une banlieue d'Athènes. Certains Athéniens font plus qu'aller y passer le week-end, ils habitent sur l'île et font la navette grâce aux hydroptères de la compagnie Flying dolphins.

Les antiquités[modifier | modifier le code]

Le temple d'Aphaïa[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Temple d'Aphaïa.
Restauration du temple d'Aphaïa (Glyptothèque de Munich).

Le temple d'Aphaïa est installé au sommet d'une colline où on rendait, à partir du XIIIe siècle avant notre ère, un culte à une divinité féminine, voire une déesse-mère. Aphaïa est identifiée à la nymphe crétoise Britomartis par Pausanias[36] et Antoninus Liberalis[37]. Elle aurait été fille de Leto et donc demi-sœur d'Apollon et Artémis. Elle faisait partie de la suite de cette dernière qui veillait sur elle. On lui attribue l'invention des filets pour la chasse. Très belle, elle fut sans cesse poursuivie par les hommes : Minos d'abord puis un pêcheur éginète. Britomartis en appela à sa demi-sœur et protectrice qui la fit disparaître : elle devint Aphaïa, l’Invisible. Le temple serait construit à l'endroit de sa disparition.

Trois bâtiments se sont succédé au sommet de cette colline boisée : un sanctuaire datant de la fin du VIIe ou du début du VIe siècle avant notre ère ; un bâtiment plus grand datant de 570-560 avant notre ère et détruit par le feu ; et enfin le temple actuel, érigé entre 500 et 450 avant notre ère, très sûrement après la bataille de Salamine. Le temple aurait été abandonné après 431 avant notre ère et l'expulsion des Éginètes par les Athéniens.

Pendant très longtemps, on considéra qu'un si beau temple ne pouvait être consacré qu'à Jupiter Panhellénios, comme on disait jusqu'au début du XIXe siècle dans un Occident marqué par la culture latine. À la fin du XIXe siècle, on ne considérait plus que le temple était consacré à Zeus, mais à Athéna[38]. Il fallut attendre les fouilles allemandes menées par Adolf Furtwängler (qui mourut d'une fièvre contractée lors des fouilles) en 1901-1903 et la découverte d'un relief votif à Aphaïa pour déterminer une attribution définitive. Cependant, le temple est encore souvent appelé Athéna Aphaïa.

Le bâtiment[modifier | modifier le code]

Plan du temple (à partir du Guide Joanne, 1911, d'après Adolf Furtwängler).

Le bâtiment est en tuf (calcaire local). Il mesure 13,80 m sur 28,50 m. Il est périptère et hexastyle dorique (douze colonnes par côté et six par façade). L'architrave est pratiquement totalement conservée, tandis que l'entablure a été restaurée sur les côtés nord et ouest, avec ses triglyphes, ses métopes et de sa corniche.

L'intérieur était divisé en deux : un naos (ou cella) avec son pronaos et un opisthodome avec deux colonnes in antis. L'originalité du naos repose dans les deux étages intérieurs. Là, deux colonnades, de cinq colonnes de chaque côté, surmontées d'une nouvelle colonnade, au "premier étage" soutenaient le toit. La statue de la déesse se trouvait au centre de la cella. Celle-ci aurait été chryséléphantine, en or et ivoire.

Le temple d'Aphaïa : les deux étages.
Le temple d'Aphaïa.

Des traces de peinture sont encore par endroits visibles. Le temple d'Aphaïa à Égine a apporté, avec le « Théséion » d'Athènes la preuve de la polychromie des temples antiques qui n'étaient pas blancs comme on l'imagine face aux ruines immaculées actuelles[N 9].

Le toit aurait été en marbre de Paros alors que le reste du bâtiment était en calcaire.

Une restauration a remonté une partie des colonnes et de l'entablure en 1956-1960.

Les frontons[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de son Grand Tour entrepris pour compléter sa formation d'architecte, Charles Robert Cockerell visita Égine avec ses amis du Xéniéon (un groupe de jeunes archéologues enthousiastes) : John Foster, le baron Karl Haller von Hallerstein et Jacob Linckh en 1811. Lorsqu'ils fouillèrent ce qu'ils appelaient le « temple de Jupiter Panhellénius », ils découvrirent seize statues de marbre.

C.R. Cockerell le raconte ainsi :

« Le deuxième jour, un des ouvriers trouva, dans le deuxième portique un morceau de marbre de Paros, ce qui attira son attention, car le temple était en pierre. Cela se révéla être un guerrier casqué. Il était couché, le visage tourné vers le haut, et à mesure que ses traits apparaissaient, nous fûmes pris par une excitation inimaginable.

Peu après, une autre tête fut découverte puis une jambe, puis un pied. Finalement, nous découvrîmes seize statues et treize têtes, jambes, bras, le tout dans le meilleur état de conservation possible, à moins de trois pieds sous la surface. Il semble incroyable, considérant le nombre incalculable de visiteurs à être venus voir le temple, que ces objets soient restés si longtemps cachés. »[39]

Son récit ne donne guère de détails sur les emplacements précis des découvertes. De là découlèrent les erreurs de reconstitution, au XIXe siècle, quand les statues furent exposées à la Glyptothèque de Munich. L'achat des pierres fut négocié avec la population locale qui les céda pour 800 piastres. Elles furent achetées aux enchères par Louis Ier de Bavière aux Xénéion pour la somme de 130 000 piastres, soit 100 000 francs d'alors. Les statues sont toujours à la Glyptothèque de Munich, dépouillées des restaurations ajoutées à Rome par le sculpteur néo-classique Bertel Thorvaldsen.

Restauration (avec les interventions de Thorvaldsen) de ce qu'on imaginait être le fronton à la fin du XIXe siècle.

Cockerell fit aussi sur le temple d'Aphaïa une découverte très importante, en décembre 1811 : l’entasis ou correction de l'illusion d'optique donnant un aspect concave aux colonnes.

Furtwängler découvrit des restes d'un fronton Est plus ancien que celui mis au jour par Cockerell.

Les frontons du temple d'Aphaïa sont considérés comme le plus bel exemple de sculpture de la transition entre la période archaïque et la période classique.

Ils étaient réalisés en marbre de Paros. Ils représentent tous les deux un combat devant Troie, en présence d'Athéna, personnage placé au centre. C’est pour cette raison que le temple était appelé Athéna-Aphaïa. Des Éginètes sont à chaque fois présents : Télamon à l’Est et les deux Ajax (Ajax fils de Télamon, roi de Salamine et Ajax fils d'Oïlée, roi de Phocide) à l’Ouest. Cette présence de héros éginètes pourrait rappeler la participation héroïque de l’île à la bataille de Salamine. La date des frontons renforce la vraisemblance de cette hypothèse.

Le fronton Est représente un combat lors du siège mené par Héraclès contre Laomédon. Il comporte onze statues.

Les frontons d'Aphaïa tels que présentés à Munich :
en haut le fronton Est,
en bas le fronton Ouest.

Une reconstitution du fronton est peut être vue sur le site de Perseus[40]. Le fronton Ouest représente un combat lors du siège par Agamemnon. Il contient treize statues et deux objets. Une reconstitution du fronton ouest peut être vue sur le site de Perseus[41].

La transition entre le style archaïque et le style classique se voit principalement dans le fronton Est. En effet, on dispose de deux versions de ce fronton. Lorsqu’un premier fronton, sculpté à la même date que le fronton Ouest (fin du VIe siècle avant notre ère) fut détruit, il fut remplacé par celui visible à Munich et qui serait l’œuvre d’Onatas. Les fragments du premier fronton qui ont été retrouvés sont encore caractérisés par le célèbre sourire archaïque. Les statues du second fronton de plus sont intégralement sculptées, en ronde-bosse, même les parties non destinées à être vues, comme pour les marbres du Parthénon. Les détails sont aussi plus travaillés.

La ville antique[modifier | modifier le code]

Elle se trouve à peu de distance au nord du principal port actuel (Égine), sur un promontoire, au lieu-dit Kolona, à cause de la colonne solitaire qui s'y élève. Cette colonne est celle du temple d'Apollon. Aux XVIIIe et XIXe siècles, il y en avait encore deux debout[N 10].

Kolona.

Pausanias (II, 29) donne une description très précise et la plupart des bâtiments qu'il cite ont été retrouvés[N 11]. Outre la colonne du temple d'Apollon, on aperçoit le célèbre port caché (Kρυπτός Λιμήν ou kryptos limen) qui pouvait abriter jusqu'à soixante trières. Le port caché l'est maintenant totalement, puisqu'il est sous les eaux.

On trouve aussi des traces de deux temples : l'un à Artémis, l'autre à Dionysos, du sanctuaire d'Éaque et même de la tombe de Phocos. Mais le théâtre et le stade n'ont pas été retrouvés.

La ville fut habitée et fortifiée dès le troisième millénaire avant notre ère comme l'ont révélé les fouilles (les découvertes néolithiques et de l'âge du bronze sont conservées dans le musée du site).

Le temple d'Apollon (longtemps attribué à Aphrodite[N 12]) était d'ordre dorique, périptère de six colonnes sur douze en tuf. La seule qui reste est une colonne de l'opisthodome. On voit encore des restes de ses fondations cyclopéennes. Il daterait de 520-500 avant notre ère. Il fut intégré dans la citadelle romaine construite au même endroit. Des fouilles de 1924 ont révélé un bâtiment plus ancien (VIIe siècle avant notre ère) avec une fosse à sacrifices en maçonnerie et encore en dessous des maisons de la fin de la période mycénienne.

Un Attaleion est discernable près de la mer au bout du promontoire.

Paléochora[modifier | modifier le code]

Paléochora (la vieille ville) est le nom qu'elle porte actuellement. Quand elle était habitée, elle s'appelait Œa. Ce qu'il en reste est à 6,5 km du port principal d'Égine. On y voit les ruines d'une vingtaine de bâtiments religieux (églises et monastères), les plus anciens remontant au XIIIe siècle. Dans certains, l'iconostase est encore présent, ainsi que quelques restes de fresques. Parmi celles-ci, se trouve l'église Aghios Giorgios Katholikos, construite pour les catholiques, comme l'indique son nom, par des catholiques, les Vénitiens lorsqu'ils dominaient l'île. On peut visiter aussi Episcopi, l'ancienne cathédrale de l'île, au pied de la forteresse construite par les Vénitiens en 1654.

On continue à y célébrer, tous les ans, une panégyrie dans l'église de la Panaghia.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Robin Barber, Greece, Blue Guide, Londres, 1988. (ISBN 0-7136-2771-9)
  • Pierre Daru, Histoire de la République de Venise., Firmin Didot, 1820.
  • Gustave Fougères, La Grèce, Guide Joanne, Hachette, 1911.
  • Louis Lacroix, Îles de la Grèce., Firmin Didot, 1853. ((ISBN 2-7196-0012-1) pour la réédition récente en fac-similé.)
  • Georgios Voyatzis, Le Golfe Saronique., Adam, Athènes, années 1990. (ISBN 9605001721)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes[modifier | modifier le code]

  1. « De la Troezènie dépend un isthme, qui s'avance très loin dans la mer. On y trouve une petite ville nommée Méthane, bâtie sur le rivage même. […] Environ à trente stades de la ville sont des bains chauds. L'eau qui y vient ne parut, à ce qu'on dit, que sous le règne d'Antigone, fils de Démétrios roi de Macédoine. Elle ne parut pas tout à coup : on aperçut d'abord un grand feu qui fit en quelque sorte bouillonner la terre ; il s'éteignit ; et l'on vit couler une eau chaude, extrêmement salée, qui coule encore maintenant. » Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], Corinthie, II, 34.
  2. « Les Éginètes sont des Doriens venus d'Épidaure », Hérodote, VIII, 46. et « Des Argiens, du nombre de ceux qui s'étaient établis à Epidaure avec Deiphontes, passèrent dans l'île d'Égine, et s'étant mêlés avec les anciens Aeginètes, leur firent adopter les mœurs et le langage des Doriens. », Pausanias, II, 29.
  3. « La puissance des Aeginètes s'accrut à un tel point, que leurs forces navales étaient supérieures à celles des Athéniens », Pausanias, II, 29.
  4. « Les Éginètes capitulèrent face aux Athéniens. Ils durent raser leurs remparts, livrer leurs navires et s'engager à verser un tribut. »Thucydide, I, 108.
  5. « Les Athéniens déportèrent toute la population d'Égine, hommes, femmes et enfants. Ils leur reprochaient d'avoir eu une large part de responsabilité dans le déclenchement des hostilités. Ils jugeaient plus sûr d'installer dans cette île proche du Péloponnèse des gens de chez eux. », Thucydide, II, 27.
  6. « Les Lacédémoniens offrirent aux Éginètes expulsés la ville de Thyréa et son territoire à cultiver. », Thucydide, II, 27.
  7. « À la nouvelle de la chute de Corinthe, les Grecs d’Égine prièrent le Kapitan-Pasha de les délivrer de la tyrannie des Vénitiens ; ceux-ci ayant ensuite demandé qu’on permit à la garnison de se retirer librement, Djàmün signa la capitation et envoya au Sultan les clefs du château (7 juillet 1715). », Joseph von Hammer-Purgstall, Histoire de l'Empire ottoman depuis son origine jusqu'à nos jours., Tome XIII : Depuis le traité de paix de Carlowicz jusqu'à la paix de Passarowicz : 1699-1718, p. 270
  8. Cette période d’intenses activités politiques et culturelles est évoquée par les savants français de l’Expédition de Morée, notamment Jean-Baptiste Vietty, qui étudièrent la topographie, la population, la flore et les sites antiques d’Egine durant l’été 1829. Les travaux de Vietty sur l’île d’Egine ont été récemment édités dans Stéphane GIOANNI, « Jean-Baptiste Vietty et l’Expédition de Morée (1829) : à propos de deux manuscrits retrouvés », in Le Journal des Savants, 2008. 2, p. 383-429.
  9. « Ce temple est parmi les temples antiques un des plus intéressants à étudier, non pas parce que son architecture en elle-même offre quelque chose de bien particulier, mais parce qu'il a conservé des documents et des matériaux très précieux sur l'histoire et sur l'emploi de la polychromie. En effet, il n'y a pas en Grèce de temple qui conserve autant de traces de couleurs que celui d'Égine. » Charles Garnier, À travers les arts. Causeries et mélanges., Paris 1869, p. 283-284.
  10. « Deux colonnes d'ordre dorique soutenant leur architrave […] sont situées près du bord de la mer. » Richard Chandler, Voyage en Asie Mineure et en Grèce., 1806, Tome II, p. 312. Le voyage remonte à 1764-1766. Du temps d'Edward Dodwell (1805-1806), une seule avait son chapiteau.
  11. « Tout auprès de l'un des ports, savoir du plus fréquenté, se présente un temple d'Aphrodite. L'Aeacion est dans l'endroit le plus apparent de la ville ; c'est une enceinte carrée dont les murs sont en marbre blanc. On a représenté vers l'entrée de cette enceinte les députés que les Grecs envoyèrent jadis à Éaque. Les Aeginètes s'accordent avec les autres Grecs sur le sujet de cette ambassade. La Grèce était depuis longtemps désolée par la sécheresse, et il n'était tombé de la pluie ni dans les contrées en deçà de l'Isthme ni dans le Péloponnèse. Les Grecs envoyèrent consulter l'oracle de Delphes sur les causes de cette calamité et sur les moyens de la faire cesser : la Pythie leur dit d'apaiser Zeus, et que, pour que leurs prières fussent exaucées, il fallait qu'elles fussent faites par Éaque. Chaque ville envoya donc des ambassadeurs à ce prince, qui, après avoir offert des sacrifices et adressé des prières à Zeus Panhellénien, obtint de la pluie pour la Grèce ; et les Aeginètes placèrent à l'entrée de cette enceinte les figures de ceux qui étaient venus le trouver. Il y a dans cette enceinte des oliviers très anciens et un autel peu élevé. Cet autel est le tombeau d'Éaque, si l'on en croit une tradition secrète. Le tombeau de Phocos est près de l'Aeacion, c'est un monceau de terre entouré d'un mur d'appui. On voit dessus, une pierre toute raboteuse. On dit que cette pierre servit de disque à Télamon et Pélée, qui avaient engagé Phocos à s'exercer au Pentathle avec eux. Pélée, quand son tour vint, la lança contre Phocos, et l'en frappa à dessein : ils se portèrent à cette action pour faire plaisir à leur mère, qui était fille de Sciron, tandis que celle de Phocos était une sœur de Thétis, au moins à ce que disent les Grecs. Ce fut, je pense, à cause de ce meurtre, et non pas seulement par amitié pour Oreste, que Pylade donna la mort à Néoptolème. Phocos étant mort du coup qu'il avait reçu, les fils d'Endéide montèrent sur un vaisseau et s'enfuirent. Télamon envoya dans la suite un hérault à son père pour demander à se justifier du meurtre de Phocos, mais Éaque ne permit point à Télamon de débarquer, et il lui ordonna de se justifier monté sur son vaisseau, ou, s'il l'aimait mieux, sur une jetée qu'il pouvait faire dans la mer. Télamon, étant entré de nuit dans ce qu'on nomme le port secret, y fit une jetée qui subsiste encore maintenant ; mais ne s'étant pas justifié complètement du meurtre de Phocos, il s'embarqua une seconde fois pour Salamine. À peu de distance du port secret, est un théâtre qui mérite d'être vu ; il ressemble beaucoup à celui d'Epidaure, pour la grandeur et pour le reste de la construction. Il y a derrière ce théâtre un stade dont l'un des côtés est appuyé au théâtre et lui sert lui-même d'appui. »
  12. « Nous avons pensé que c'étaient les restes d'un temple de Vénus », Richard Chandler, Voyage en Asie Mineure et en Grèce., 1806, Tome II, p. 312. ; Guide Baedeker, Greece, 1894. ; et même Guide Joanne Grèce, 1911.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Georgios Voyatsis, Le golfe Saronique, p. 59.
  2. Georgios Voyatsis, Le golfe Saronique, p. 62.
  3. Guide Joanne Grèce, 1911.
  4. Georgios Voyatsis, Le golfe Saronique.
  5. Guide bleu Îles grecques, 1998.
  6. Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne], II, 178.
  7. « Sostrate d'Égine était sans rival », Hérodote, IV, 152.
  8. Hérodote, VII, 147.
  9. Georgios Voyatis, Le Golfe Saronique., Athènes, p.68
  10. Hérodote, V, 82-87.
  11. Rhétorique, III, 10, 7.
  12. Hérodote, V, 79-82.
  13. Hérodote, V, 89.
  14. Hérodote, V, 90-91.
  15. Hérodote, VI, 85-94
  16. Hérodote, VIII, 93
  17. Louis Lacroix, Îles de la Grèce, (1853), p. 509.
  18. Louis Lacroix, Îles de la Grèce, (1853), p. 511.
  19. Plutarque, Vies parallèles [détail des éditions] [lire en ligne], Démosthène, XXVI.
  20. Ibid., XXVIII.
  21. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [détail des éditions] [lire en ligne], XVIII, LXIX.
  22. Plutarque, Vie d'Aratus, XXXIV.
  23. Polybe, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne], XXIII, 8.
  24. Tite-Live, XXVII, 30 et XXVIII, 5.
  25. Tite-Live, XXXI, 14 et Polybe, XVI, 25.
  26. Tite-Live, XXXVI, 42 et XLII, 16.
  27. Tacite, Annales
  28. a, b et c Louis Lacroix, Les Îles de la Grèce., p. 512.
  29. Vers 820 ou 830 (?) ; cf. la Vie de Théodora — elle y naît en 812 mais doit fuir à Thessalonique après un raid — et Syméôn A. Paschalidès, Ό βίος της όσιομυροβλύτιδος Θεοδώρας της έν Θεσσαλονίκη. Διήγηση περί της μεταθέσεως τοῦ τιμίου λειψάνου της όσίας Θεοδώρας. Εισαγωγή, κριτικό κείμενο, μετάφραση, σχόλια ('Ιερά Μητρόπολις Θεσσαλονίκης. Κέντρον αγιολογικών μελετών 1). — Thessalonique 1991.
  30. Daru, Histoire de Venise., IV,37.
  31. Richard Chandler, Voyage en Asie Mineure et en Grèce., 1806, t. II, p. 317. Le voyage remonte à 1764-1766.
  32. Georgios Voyatis, Le Golfe Saronique, Athènes, p. 96.
  33. Louis Lacroix, Îles de la Grèce, p.521.
  34. Guide Joanne Grèce, 1911.
  35. Voir aussi : Lilo Markrich, "Embroidery. A Mirror of Social Expression." in Aegean Crossroads. Greek Islands Embroideries in the Washington Textile Museum, Washington D.C, 1983.
  36. Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], II, 30, 3.
  37. Métamorphoses [détail des éditions], XL.
  38. Guide Baedeker, Greece, 1894.
  39. Lettre à Robert Smirke, citée par David Watkin, The Life and Work of C.R. Cockerell., p. 17.
  40. Reconstitution du fronton est.
  41. Reconstitution du fronton ouest.
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