Diogène Laërce
Διογένης Λαέρτιος
| Alias |
Diogenes Laertius ou Diogène de Laërte[1] |
|---|---|
| Naissance |
début du IIIe siècle Laërtès, Cilicie |
| Activité principale |
| Langue d’écriture | grec ancien |
|---|---|
| Genres |
Œuvres principales
Diogène Laërce (en grec ancien Διογένης Λαέρτιος / Diogénês Laértios) est un poète, un doxographe et un biographe du début du IIIe siècle.
On sait peu de chose sur sa vie. Diogène Laërce est essentiellement connu parce qu'il a compilé (et ainsi permis de conserver) un grand nombre de textes et de doctrines de l'Antiquité ; sources auxquelles Nietzsche consacra un mémoire universitaire. C'est par exemple par lui que nous sont parvenues les lettres d'Épicure, ainsi que ses Maximes capitales. On connaît aussi grâce à lui les testaments de certains philosophes.
Biographie
[modifier | modifier le code]Les origines de Diogène Laërce sont mal connues. Selon Jean Brun, il vécut sans doute au IIIe siècle[2]. On a même avancé, sur la base de recoupements, qu'il s'agissait de la première moitié de ce siècle[3]. En effet, il connaît les philosophes « classiques » tels qu'Aristote ou Platon, ainsi que leurs successeurs, comme Théophraste jusqu'au début du IIIe siècle ; il parle également de Sextus Empiricus et de Saturninus Cythénas[4], mais ne mentionne pas le néoplatonisme de Plotin et de Porphyre de Tyr, ni le néopythagorisme.
En ce qui concerne son nom, peut-être signifie-t-il qu'il est né à Laërte, colonie grecque de Cilicie dont parle Strabon[5], mais on n'en est pas sûr[6]; des chroniqueurs médiévaux orthographient toutefois son nom Diogène de Laërtes. Il se peut aussi que « Laërte » soit un surnom qui lui viendrait du patron de sa famille, « Diogène, fils de Laërte », ainsi nommé dans les écrits d'Homère. Mais là encore, la chose n'est pas sûre[6].
Plus récemment, l'helléniste Olivier Masson s'est prononcé clairement en faveur de Laërte, ville de Cilicie et propose[7] donc de « revenir sans hésiter à l'interprétation traditionnelle pour le nom de "Diogène de Laërte" (le patronyme restant inconnu). Étant donné la diffusion de la culture antique en Asie Mineure au IIe/IIIe s., il n'est pas difficile d'admettre que (...) Diogène, né dans cette bourgade cilicienne, ait pu devenir un érudit. »
Des épigraphistes britanniques ont en tout cas localisé une ville sur la montagne de Cebelireç Dağı, à 15 km à l'est d'Alanya (Turquie), d'où l'on a découvert des monnaies portant l'inscription Laerteiôn[8].
Doctrine
[modifier | modifier le code]Tout comme sa vie, la doctrine de Diogène Laërce nous est mal connue, si tant est qu'il en ait eu une. En tout cas, J. Brun voit en lui un « compilateur sans génie »[2].
À ses yeux, la philosophie est clairement une invention grecque. Dès son introduction, Diogène Laërce déclare que « ce sont bien les Grecs qui créèrent la philosophie, dont le nom, au surplus, ne sonne pas étranger »[9], contrairement à ce qu'affirment les « xénophiles », pour qui « la philosophie avait pris naissance à l'étranger »[10]. Mais tous ceux-ci, « en attribuant aux étrangers les propres inventions des Grecs (…) pèchent par ignorance, car les Grecs n'ont pas donné naissance seulement à la philosophie, mais au genre humain en entier »[10].
On s'est interrogé sur l'éventuelle appartenance de Diogène Laërce à un courant philosophique[11]. Il semble apprécier Épicure, si bien que Wilamowitz voyait en lui un épicurien[11]. Mais on a aussi pensé qu'il était platonicien : il donne une étude détaillée de Platon, et dédie son livre à une platonicienne[11]. Aucune indication précise ne permet cependant de le classer dans telle ou telle école.
D'autre part, dans le dernier chapitre (consacré à Timon de Phlionte) du livre IX, Diogène parle d'un de ses commentateurs, Apollonidès de Nicée (en) en disant qu'il est « l'un d'entre nous » (o gar emôn). On peut comprendre que par cette expression, Diogène veut dire « notre compatriote » ou « notre condisciple ». Cette traduction est un argument (controversé cependant, car peu probant) en faveur de l'hypothèse qui voit en Diogène un sceptique[12]. Toutefois, l'expression peut simplement signifier que Diogène était de Nicée en Bithynie, ou qu'il appartenait à la famille d'Apollonidès[note 1].
Diogène Laërce est en fait un doxographe : il a retranscrit les doctrines et les vies des philosophes considérés comme les plus importants à son époque. On a pu le voir aussi comme un poète s'intéressant à la philosophie et se plaisant à l'érudition[13].
Œuvre
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Deux livres de Diogène Laërce nous sont parvenus : tout d'abord un recueil d'épigrammes intitulé Pammétros, dans lequel il fait preuve d'une grande habileté technique[note 2]. Nous connaissons par ailleurs une cinquantaine de ses épigrammes qu'il cite dans son second ouvrage, de loin le plus important, intitulé Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres. Il y classe les philosophes par école, en commençant par le fondateur de l'école. Le plan de chaque vie est globalement identique : Diogène commence par retracer la vie du philosophe, avec nombre d'anecdotes diverses qui situent notamment les relations que l'auteur présenté aurait eues avec les autres philosophes ; ensuite, la doctrine est évoquée à grands traits, parfois avec quelques incohérences ; suivent enfin une liste des œuvres, les circonstances de la mort et une épigramme de sa plume. Une des sources attestée pour ce travail est l'œuvre de Dioclès de Magnésie : Ἐπιδρομὴ τῶν φιλοσόφων (Aperçu des philosophes) et Περὶ βίων φιλοσόφων (Des vies des philosophes).
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Voir à ce propos: Diogenes Laertius, Lives of Eminent Philosophers, D. Hicks, Ed. TIMON (c. 320-2 30 B.C.) et la note 1 de cette page. [(en) lire en ligne (page consultée le 2 janvier 2022)]
- ↑ À côté de l'ouvrage d'épigrammes qui nous est parvenu, on trouve 38 épigrammes dans le septième livre de l'Anthologie Palatine.
Références
[modifier | modifier le code]- ↑ Joseph Adolphe Aubenas, Seconde lettre sur Jacques de Guyse, Paris, chez l’auteur, , p. 29, note n°2, lire en ligne.
- Jean Brun in Brice Parain (Dir.) Histoire de la philosophie, Paris, Gallimard, coll. « Encyclopédie de la Pléiade », vol. I, 1969, p. 691.
- ↑ M.-O. Goulet-Cazé, Introduction à Diogène Laërce, Vie et doctrines des philosophes illustres, Livre de Poche, 1999, p. 14.
- ↑ IX, 116
- ↑ XIV, 5, 3
- Genaille, 1965, vol I, p. 7-8.
- ↑ Olivier Masson, « La patrie de Diogène Laërce est-elle inconnue ? », Museum Helveticum, vol. 52, no 4, , p. 225-230 (lire en ligne)
- ↑ Olivier Masson, « La patrie de Diogène Laërce est-elle inconnue ? », Museum Helveticum, vol. 52, n°4, 1995, p. 225-230.
- ↑ Vies, Doctrines et sentences…, Trad. Genaille, vol. I, p. 40.
- Vies, Doctrines et sentences…, Introduction. Trad. Genaille, vol. I, p. 39.
- Grenaille, vol. I, 1965, p. 25.
- ↑ C'est ce que pense Eduard Schwartz dans son article « Diogenes Laertius », Realencyclopädie V 1, 1905, col. 761.
- ↑ M.-O. Goulet-Cazé, Introduction à Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, Livre de Poche, 1999, p. 14.
Bibliographie
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: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Éditions et traductions anciennes
[modifier | modifier le code]- Marcus Meibom, texte grec-latin, avec notes de Gilles Ménage, Isaac Casaubon, etc., Amsterdam, 1692, 2 volumes in-4o
- Heinrich Gustav Hübner, Leipzig, 1828, texte grec ; Réimpr. Hildesheim ; New York, G. Olms, 1981. 4 vol. : xxii-379, vi-814, x-670, 724 p. « Diogenis Laertii De vitis, dogmatis et apophthegmatis clarorum philosophorum libri decem / G. Huebner », sur le Répertoire des sources philosophiques antiques; Centre Jean Pépin, UMR 8230 (consulté le )
- (el + la) Carel Gabriel Cobet (en), Diogenis Laertii de clarorum philosophorum vitis, dogmatibus et apophtegmatibus, Paris, Ambroise Firmin Didot, coll. « Bibliotheca graeca »,
Traductions
[modifier | modifier le code]- Diogene Laërce. De la Vie des philosophes, 2 vol., trad. de Gilles Boileau, Paris, Charles de Sercy, Jean Cochart et René Guignard, 1668. [lire en ligne (page consultée le 1er janvier 2022)]
- Vies et doctrines des philosophes de l’Antiquité, trad. de Charles Zévort, Paris, Bibliothèque Charpentier, 1847 [lire en ligne (page consultée le 1er janvier 2022)]
Éditions critiques contemporaines
[modifier | modifier le code]- Diogenis Laertii Vitae philosophorum edidit Miroslav Marcovich, Stuttgart - Leipzig, Teubner, coll. « Bibliotheca scriptorum Graecorum et Romanorum Teubneriana », 1999-2002. Vol. 1: Books I--X; Vol. 2: Excerpta Byzantina; Vol. 3: Indices (edidit Hans Gärtner).
- Lives of Eminent Philosophers, édité par Tiziano Dorandi, Cambridge, Cambridge University Press, coll. « Cambridge Classical Texts and Commentaries », vol. 50, 2013.
Traductions contemporaines
[modifier | modifier le code]- Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres (trad. notice, introduction et notes par Robert Genaille), vol. I + II, Paris, Garnier-Flammarion, , vol I, 314 p. ; vol. II, 310.

- Vies et doctrines des philosophes illustres (trad. sous la direction de Marie-Odile Goulet-Cazé ; introd., trad. et notes de M.-O. Goulet-Cazéde, Jean-François Balaudé, Luc Brisson, Jacques Brunschwig, Tiziano Dorandi, Richard Goulet, Michel Narcy), Paris, Le Livre de poche, coll. « La Pochothèque », , 1398 p. (ISBN 978-2-253-13241-7, présentation en ligne)
- Vies et doctrines des Stoïciens, trad. partielle de Richard Goulet, Paris, Le Livre de poche, coll. « Classique de la philosophie » no 4667, 2006, 192 p.
Études
[modifier | modifier le code]- (la) Ignazio Rossi, Commentationes Laertianæ, Rome, Arcangelo Casaletti, (lire en ligne). Il s'agit d'une restauration et d'un commentaire des passages les plus difficiles de Diogène Laërce.
- Richard Goulet, Études sur les Vies de philosophes dans l'Antiquité tardive. Diogène Laërce, Porphyre de Tyr, Eunape de Sardes, Paris, Vrin, , 425 p. (ISBN 978-2-711-61509-4, présentation en ligne)
- Richard Goulet, « Des Sages parmi les philosophes. Le premier livre des Vies des philosophes de Diogène Laërce », dans Marie-Odile Goulet-Cazé, Goulven Madec et Denis O'Brien (Dir.), SOPHIÈS MAIÈTORES, Chercheurs de Sagesse, Mélanges Jean Pépin, Paris, Études Augustiniennes, , XXXIV -715 p. (ISBN 2-851-21117-X), p. 167-178
- Richard Goulet, « Des Sages parmi les philosophes. Le premier livre des Vies des philosophes de Diogène Laërce » dans Marie-Odile Goulet-Cazé, Goulven Madec et Denis O'Brien (Dir.), SOPHIÈS MAIÈTORES, Chercheurs de Sagesse, Mélanges Jean Pépin, Paris, Études Augustiniennes, 1992, XXXIV -715 p.
- Richard Goulet, « Les références chez Diogène Laërce: sources ou autorités, » dans J.-C. Fredouille, M.-O. Goulet-Cazé, Ph. Hoffmann, P. Petitmengin (Dir.), Titres et articulations du texte dans les œuvres antiques. Actes du Colloque international de Chantilly, 13-, Paris, Institut des Études Augustiniennes, « Collection des Études Augustiniennes , Série Antiquité » no 152, 1997, p. 149-166
- Marie-Odile Goulet-Cazé, « Le livre VI de Diogène Laërce : analyse de sa structure et réflexions méthodologiques », dans Aufstieg und Niedergang der Römischen Welt, (ANRW) vol. XVI, n° II.36.6 5, Berlin, New York, Walter de Gruyter & Co., 1992, p. 3880-4048 (voir le plan de l'article - consulté le 01 janvier 2022)
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles liés
[modifier | modifier le code]- Catalogue des œuvres d'Aristote selon Diogène Laërce
- Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres
Liens externes
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- Ressources relatives à la recherche :
- Ressource relative aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- (en) Bibliographie sur les Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres.
