Céramique étrusque

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Les vestiges de céramique étrusque nous sont principalement parvenus par les chambres funéraires mises au jour. La plus grande partie est constituée de poteries décorées, destinées à accompagner le défunt dans l'au-delà. Quelques objets particuliers, comme les canopes de Chiusi, montrent leur maîtrise dans la représentation de la figure humaine et la liberté de déformation des corps à des fins d'expressivité suivant les principes de l'esthétique étrusque.

Bucchero
Céramique dorée

La céramique était largement utilisée par les Étrusques dans les usages domestiques mais également pour les décorations des toits, (acrotères et antéfixes), et même pour les sarcophages figurés (sarcophage des Époux). Quelques objet votifs en terre cuite ont également été retrouvés.

Industrie et commerce des terres cuites[modifier | modifier le code]

Céramiques[modifier | modifier le code]

L'étude des céramiques étrusques confirme l'importance et l'ampleur des productions d'artéfacts confectionnés à base de terre à caractère argileuse cuite. la production de l'impasto et celle du bucchero nero constituent les deux principales formes de manufacturation par cuisson. L'industrie et le commerce des céramiques se révèle être l'une des pierres angulaires de l'économie étrusque. En raison de la multiplicité des contacts culturels et/ou commerciaux à l'âge du fer, ce type d'artisanat de la terre cuite, caractéristique de la production de l'Étrurie « pré » et « protohistorique », procède et manifeste de nombreuses influences, telles que celles de la Grande Grèce, de la culture post-campaniforme[a][1],[2],[3] issue et spécifique aux peuples osco-ombriens[4] dont la tribu italique des ausones[5], de la « koinè » celtique[6], mais également provenant de la culture gréco-corinthienne[7].

Les céramiques se révèlent notamment par la production d'artefact « à figures rouges ». Ces objets possèdent une pâte homogène (autrement : dont la teneur de chacun des composants est répartie de manière égale), à grain fin et généralement de couleur beige. Ce type de produit apparaît essentiellement sous forme de kylix (vase), d'assiette et d'œnochoé[8]. Les ateliers de céramique étrusques manufacturent également des pièces à « vernis noir », principalement des œnochoés et des cratères. Leur pâte est plutôt tendre, à chromatique beige claire, parfois nuancée de rose[8]. La méthode de fabrication s'appuie notamment sur la technique dite en bucchero nero. Ce genre d'objet fait régulièrement l'objet de sculptures ou de motifs « par incision », procédé effectué au moyen d'une spatule incurvée[9]

Les céramiques bucchero[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bucchero.
Céramique étrusque en « bucchero nero » avec motifs « par incision ».

Concernant le mode de fabrication des œnochoés étrusques en bucchero découvertes à Tarquinia, datant de l'époque archaïque et conservées au Musée du Louvre, l'historien Christian Villard effectue l'analyse suivante :

« Les œnochoés étrusques appartiennent sans aucun doute à la première époque de la céramique de bucchero : la surface très noire et brillante, la décoration entièrement gravée sont les caractéristiques essentielles du bucchero ancien ; au contraire, le bucchero de type plus récent est de qualité plus médiocre. La surface est d'un noir plus terne et la décoration fait une large place au relief et aux motifs d'applique.[...]Les vases de bucchero ancien forment une masse considérable ; mais un très petit nombre d'entre eux portent des zones figurées gravées sur leurs flancs. Les vases ornés de figures ne constituent pourtant pas un groupe homogène car les formes, comme le style, sont assez variés. »

— Christian Villard, , pages 47 et 48[10].

Les céramiques impasto[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Impasto (poterie).
Impasto noire à figure d'animaux incisées (amphore).

L'impasto est fabriqué dès la période villanovienne (environ Xe et VIIe siècles av. J.-C.). Ce type de céramique est composée d'une argile grossière, sa surface est brillante, et elle possède une couleur variant généralement du rouge au brun[b]. Les motifs, effectués par « incise » ou en relief, sont essentiellement géométriques, quoique parfois agrémentés de représentations d'animaux ou de personnages allégoriques[11].

En raison de la nature granuleuse plutôt grossière de l'argile mise en œuvre, la conception de ces céramiques s'opère sans tour de potier. Ce procédé, le tournage de poterie, est adopté par les Étrusques grâce à l'augmentation de leurs échanges avec les colonies grecques d'Italie du Sud (les Eubéens de Grande Grèce)[12],[13] du sud de l'Étrurie, vers le VIIIe – VIIe siècle av. J.-C.[14].

Terracottas[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Terracotta (matériau).

Principales périodes[modifier | modifier le code]

Civilisation villanovienne[modifier | modifier le code]

D'abord en argile d'origine alluviale (de torrent ou de rivière), les vases étrusques des Xe et VIIe siècles av. J.-C. de la culture de Villanova sont dits « à impasto » ; ils sont assez grossiers car l'hétérogénéité du matériau de base rend irrégulière la cuisson. Les poteries à impasto peuvent être finies par un revêtement d'engobe avant d'être polies à l'aide d'une spatule de bois. On trouve également des décors gravés ou estampés ainsi que des inclusions géométriques de bandes d'étain, appliquées après cuisson (décor a lamelle)[15].

Période orientalisante[modifier | modifier le code]

La technique qui suit, dite « à glaise brute », permet la mise au point, par décantation dans l'eau, d'un matériau de base plus fin. Travaillé au tour et cuit à environ 900 °C, il permet d'obtenir des objets plus précieux et plus délicats. Le développement de cette technique doit beaucoup à l'intensification des échanges avec le monde grec et à l'arrivée d'artisans potiers dans les implantations grecques d'Étrurie du sud. Cette technique se développa parallèlement à la technique traditionnelle de l'Impasto[15].

Période archaïque[modifier | modifier le code]

Le bucchero de la première moitié du VIIe au Ve siècle av. J.-C. utilise les mêmes moyens techniques, à partir d'une argile lisse noircie dans la masse par fumigation au cours d'une cuisson en réduction complète.

Cette production débuta comme une imitation peu couteuse des formes propres au récipients en métal (argent, or ou bronze). Les ateliers produisant du bucchero se retrouvent dans tous les centres importants d'Étrurie, les principaux se situant à Vulci, Cerveteri, Chiusi et Orvieto, tandis que des ateliers de moindre importance existaient par exemple à Roselle ou Vetulonia[15].

Époque classique[modifier | modifier le code]

Les vases peints de cette période imitent les différents styles grecs, tels que le géométrique et l'attique. Les décorations sont dites à figures noires et à figures rouges car elles représentent les personnages d'une couleur sur un fond de teinte opposée (noire sur rouge pour les premières, rouge sur fond noir pour les suivantes).

Décoration à figures noires
Décoration à figures rouges
Production étrusque d'un ex-voto en céramique appartenant à la sériation archéologique dite des maschera umana[Note 1].

Période hellénistique[modifier | modifier le code]

La sophistication s'amplifie et les vases sont en argile dorée ou argentée, à décors d'éléments en relief ou estampés.

Comme pour la précédente technique, les scènes mythologiques sont récurrentes.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Gran-Aymerich et Prayon Friedhelm, « Les fouilles franco-allemandes sur le site étrusque de la Castellina del Marangone, près Civitavecchia, Italie : Les campagnes de 1995 et 1996 », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 140, no 4,‎ , p. 1095 à 1129 (DOI 10.3406/crai.1996.15665, lire en ligne)
  • James Patrick Mallory et Jean-Luc Giribone (trad. oui), « Les indo-européens en Europe : L'Italie », dans James Patrick Mallory et Jean-Luc Giribone (pour la traduction), À la recherche des indo-européens : Langue, archéologie, mythe, Paris, éditions du Seuil, (ISBN 2-02-014390-9), pages 105 à 113.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Artéfact attribué au IIIe siècle av. J.-C. / IIe siècle av. J.-C.[16],[17],[18],[19],[20],[21],[22],[23].

Références[modifier | modifier le code]

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  3. Mallory 1996, p. 113
  4. Françoise-Hélène Massa-Pairault, « La Campanie avant Rome : Recherches actuelles et problèmes », Dialogues d'histoire ancienne, vol. 22, no 1,‎ , pages 33 à 61 (DOI 10.3406/dha.1996.2262)
  5. Patrice Arcelin, « Céramiques campaniennes et dérivées régionales tardives de Glanum (Saint-Rémy-de-Provence, B.-du-Rh.) : Questions culturelles et chronologiques », Documents d'Archéologie Méridionale, vol. 14, no 1 « Le sanctuaire protohistorique de Roquepertuse »,‎ , pages 205-238 (DOI 10.3406/dam.1991.1037)
  6. Michel Bats, Jean-Paul Morel (préface) et Maurice Picon (annexe), « Vaisselle et alimentation à Olbia de Provence (v. 350-v. 50 av. J.-C.) », dans Michel Bats, Modèles culturels et catégories céramiques, vol. Supplément au tome 18, Revue archéologique de Narbonnaise, (DOI 10.3406/ran.1988.1669), pages 5 à 72
  7. Henri Metzger, « Bulletin archéologique : Céramique », Revue des Études Grecques, vol. tome 95, no fascicule 450-451,‎ , pages 85-139 (DOI 10.3406/reg.1982.1310)
  8. a et b Christian Peyre, « Une récolte de céramique étrusque dans l'Apennin bolonais », Mélanges d'archéologie et d'histoire, vol. tome 77, no 1,‎ , pages 11 à 34 (DOI 10.3406/mefr.1965.7490).
  9. Jean-Paul Thuillier, « Un motif original de l'orientalisant étrusque », Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, vol. tome 86, no 1,‎ , pages 48 à 61 (DOI 10.3406/mefr.1974.963).
  10. François Villard, « Vases de bronze grecs dans une tombe étrusque du VIIe siècle », Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, vol. tome 48, no fascicule 2,‎ , pages 47 et 48 (DOI 10.3406/piot.1954.1449).
  11. Frank Van Wonterghem, « Barbara Gori & Tiziana Pierini, Gravisca. La ceramica comune. I. Ceramica comune di impasto. II. Ceramica di argilla figulina : 2001 Fabio Colivicchi, Gravisca. I materiali minori, 2004. », L'antiquité classique, vol. Tome 77,‎ , p. 821-822 (lire en ligne).
  12. Christiane Delplace, « Frère (Dominique). Corpus Vasorum Antiquorum. », Revue belge de philologie et d'histoire, vol. tome 78, no fascicule 1,‎ 2000 (antiquite - oudheid), page 278 (lire en ligne).
  13. (en) David Ridgway, The first western Greeks, CUP Archive, , 180 p. (lire en ligne), page 30.
  14. Jean Gran-Aymerich et Friedhelm Prayon, « Les fouilles franco-allemandes sur le site étrusque de la Castellina del Marangone, près Civitavecchia, Italie : Les campagnes de et . », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 140e année,‎ , pages 1106 à 1120 (DOI 10.3406/crai.1996.15665).
  15. a, b et c Source : Museo Archeologico e d’Arte della Maremma
  16. (it) Mauro Cristofani, Dizionario della civiltà etrusca, Giunti Editore, (lire en ligne), page 102
  17. (es) Didier Ozanam (dir.), Mélanges de la Casa de Velazquez, (lire en ligne), page 48
  18. (it) Patrizio Pensabene, Stella Falzone et Claudia Angelelli, Scavi del Palatino I : l'area sud-occidentale del Palatino tra l'età protostorica e il IV secolo a.C., scavi e materiali della struttura ipogea sotto la cella del Tempio della Vittoria, vol. 1, L'ERMA di BRETSCHNEIDER, (lire en ligne), pages 52 et 53
  19. (it) Mauro Cristofani, Etruschi : Una Nuovo Imagine, Giunti Editore, (lire en ligne), page 103
  20. (it) Luisa Franchi Dell'Orto, Ercolano, 1738-1988 : 250 anni di ricerca archeologica / atti del Convegno internazionale Ravello-Ercolano-Napoli-Pompei, L'ERMA di BRETSCHNEIDER, coll. « Soprintendenza archeologica di Pompei », (lire en ligne), page 584
  21. (en) Richard Daniel De Puma, Etruscan Art in the Metropolitan Museum of Art, New-York, Metropolitan Museum of Art, (lire en ligne), page 116
  22. (es) José Remesal Rodríguez et Olimpio Musso, La presencia de material etrusco en la Península Ibérica, Edicions Universitat Barcelona, (lire en ligne), page 67
  23. (it) Maria De Lucia Brolli (dir.), La collezione Augusto Castellani, éditeur = L'ERMA di BRETSCHNEIDER, (lire en ligne), pages 47 et 48

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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