Martial (poète)

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Portrait de Martial.

Martial (en latin Marcus Valerius Martialis), né vers 40, au mois de mars[1], et mort vers 104 à Bilbilis, province de Saragosse, en Espagne, est un poète latin, connu pour ses Épigrammes, dans lesquelles il dépeint la société romaine de son temps.

Biographie[modifier | modifier le code]

Martial naît dans une famille plutôt aisée[2] de Bilbilis, une petite ville de Tarraconaise, au nord de l’Hispanie.

En 64, il part pour Rome, où il espère faire fortune en tant qu'écrivain. Il s’installe dans le quartier de Subure, qui est populaire de mauvaise réputation, situé au nord des Forums impériaux. Il cherche l’appui de compatriotes originaires d’Hispanie, dont les plus importants sont Sénèque et son neveu Lucain, dont il devient client. C’est le début d’une vie de bohème, reposant entièrement sur le soutien de ses patrons, pratique assez courante à l’époque.

L’année suivante, en 65, l’échec de la conspiration de Pison déclenche de la part de Néron une période de répression, dont Sénèque et Lucain sont les victimes. Durant cette période, Martial trouve refuge notamment auprès de Quintilien et de Pline le Jeune.

Grâce à son talent littéraire, il compose des poèmes pour ses patrons, que ces derniers font passer pour les leurs, ce qui va d’ailleurs pousser Martial à s’attaquer à eux dans son œuvre.

En 80, à l’occasion de l’inauguration de l'Amphithéâtre flavien, il publie le Liber spectaculorum[3]. On lui accorde le privilège du ius trium liberorum, qui lui confère aussitôt une certaine notoriété sans toutefois résoudre ses problèmes d’argent.

Domitien fait de lui un tribun militaire et un chevalier : il acquiert alors une certaine aisance et publie en 84 les Xenia et les Apophoreta. Il devient ensuite propriétaire de deux villas, l’une à Nomentum, l’autre à Rome sur le Quirinal.

En 98, lassé, semble-t-il de l'effervescence romaine et ruiné, il retourne, avec l’aide de Pline le Jeune, qui lui paie le voyage[4], dans sa ville natale, et s’installe dans une maison offerte par une admiratrice, Marcella[réf. nécessaire].

Martial meurt en 104 mais, finalement, dans le regret de sa vie à Rome.

L’œuvre de Martial[modifier | modifier le code]

À l’époque de Martial, l’empereur Domitien intervenait énormément dans le quotidien des Romains : il avait décidé, par exemple, de faire organiser des combats de gladiateurs annuels à des fins stratégiques. Ainsi Martial évoque-t-il, dans son œuvre, souvent dans un registre épidictique, les décisions impériales mais aussi les proches de l’empereur, comme l’avocat Regulus, également ami du poète. Si Martial va jusqu’à dire que l’empereur est le seul « vrai Jupiter », il le flatte aussi indirectement à travers d’habiles critiques. Cependant, l’empereur ayant senti quelques pointes dans l’œuvre du poète, ce dernier ne s’est jamais vu accorder les privilèges qu’il demandait.

Martial est l’auteur d’un recueil d’Épigrammes composé de plus de 1500 poèmes de taille variable, répartis en 15 livres : un livre sur les spectacles, 12 livres d’épigrammes et 2 livres de distiques (Xenia et Apophoreta) qu'il a publiés via des librairies entre 85 et 102. Toutefois, la chronologie des textes n’est pas respectée dans les éditions actuelles : le livre I, Liber spectaculorum, a bien été publié en premier mais les Xenia et Apophoreta (livres XIV et XV ou XIII et XIV selon les éditions) auraient été écrites dans la foulée du livre I. Au Moyen Âge, les Épigrammes ont été censurées; cependant, les moines copistes continuèrent à reproduire ces textes ce qui leur a permis d'atteindre la postérité.

Marco Valerio Marcial, Epigrammata, Mediolani, Udalricus Scinzenzeler, 1490. Custodiado en el Archivo del Gobierno de Aragón.

Le Liber spectaculorum[modifier | modifier le code]

Placé en tête des Épigrammes, ce premier recueil de 33 pièces épigrammatiques, offert à Titus lors de l’inauguration du Colisée en 80 – et dénommé aujourd’hui Liber spectaculorum – n’est pourtant pas le premier livre des épigrammes. Il valut à Martial son admission dans l’ordre équestre ainsi qu’une petite pension. La mythologie y est bien présente et tout se passe dans l’arène du théâtre : la description de la complaisance dans la cruauté créait un sentiment de malaise.

Les Épigrammes et leurs thèmes[modifier | modifier le code]

« Non hic Centauros, non Gorgonas Harpiyasque invenies : hominem nostra pagina sapit [5] .
Ici, tu ne trouveras ni Centaures, Gorgognes, ni Harpies : notre page sent l'homme. »

Martial y traite de très nombreux sujets, y expose ses idées, ses opinions, qui, parfois, sont très contradictoires. Cette sorte de conflit au sein même de son argumentation qu'on pourrait considérer son œuvre comme complètement dépourvue d'unité[6]. Il est vrai que cette idée de contradiction se révèle dans la juxtaposition de thèmes très divers : la critique, le sérieux, les attaques, le vulgaire, le banal s'opposent ainsi à l'amusement, la plaisanterie, et à tout ce qui lui parait digne d'être loué. Un paradoxe peut résumer la vie de Martial, en effet, il aime et déteste Rome à la fois : cette opposition permet d'appréhender une réalité plurielle et variée caractéristique de l’œuvre de Martial.

L'inspiration principale de Martial est Rome, dont il évoque un certain nombre de lieux par un trait marquant[7]. Ainsi donne-t-il la parole à sa Muse pour préciser cela à son lecteur :

« At tu Romano lepidos sale tinge libellos: / adgnoscat mores vita legatque suos[8] .
Répands le sel romain sur tes petites poèmes : que la vie y reconnaisse et y lise ses propres manières. »

Il évoque beaucoup la vie quotidienne, les monuments romains et procède à des descriptions précises pour prouver la réalité des faits. Il loue, par exemple, le Colisée, dans le Liber spectaculorum, . Il dépeint une Rome épuisante, fatigante mais l'aime pour sa diversité et sa beauté, que ce soit chez les riches ou chez les clients. Ses épigrammes sont ainsi l'image de l'homme et de la vie romaine. Les thèmes réalistes principaux sont l'argent, le sexe, la hiérarchie sociale dont le poète caricature la réalité en ne parlant que de l'aspect qu'il souhaite et en passant le reste sous silence. « Sans libertinage ni mordant, l'épigramme est fade et ne peut plaire. » ( VII, 25). La vie quotidienne romaine, et notamment ses vices, fournissent donc matière à une retranscription de la réalité sociale contemporaine de Martial.

Le clientélisme[modifier | modifier le code]

Logiquement, l'auteur dépeint les patrons dont il dépend en tant que client et dont il reçoit la sportule (somme d'argent versée au client qui peu à peu devient un don de nourriture[9]). Peu des critiques de Martial ont pour sujet l'empereur qui fait surtout l'objet de louanges. Des flatteries indirectes sont ainsi dédiées à Domitien (livres 5 et 8). Cependant, il n'hésite pas à s'attaquer aux personnes que l'empereur n'aime pas bien que cela ne lui rapporte aucun avantage. Dans ce cadre, il aborde alors les thèmes de l'hypocrisie, de la dissimulation et de la satire des pauvres et riches ainsi que l'inconvénient d'être un client[10]. L'avarice, la cupidité font aussi partie de ses thèmes de prédilection sans oublier son agacement pour le luxe.

Les repas[modifier | modifier le code]

Pour peindre la société il ne pouvait se passer d'évoquer les repas du soir, temps essentiel dans le quotidien des Romains et très révélateurs de la richesse des gens. Il aborde surtout les invitations à dîner par des patrons méprisants, désobligeants, qui ne pensent qu'à imposer leurs envies. Sur le plan culturel, les Épigrammes sont précieuses car elles renseignent sur la nourriture et définissent bien les repas grâce à des détails concrets (comme dans "Le Festin chez Trimalcion " extrait du Satyricon de Pétrone); notons l'exemple du poème V, 78, adressé à Toranius, évoquant entre autres, les laitues de Cappadoces (viles Cappadocae), les poireaux (porri), les œufs (oves), les fèves, le boudin ou encore les châtaignes rôties[11].

Le vin[modifier | modifier le code]

Autour de son village natal poussaient des vignes. Martial ne l’a pas oublié ; dans le 13e livre des Épigrammes, on trouve un éloge des vins de Tarragone. Bon connaisseur, Martial savait apprécier tous les vins, le précieux Falerne gardé jalousement pendant des années dans des petites bouteilles de verre, les vins de Sétine, les vins de Cécube (vins de garde), de la Grèce, des Gaules dont ceux de Vienne, et, tout particulièrement, ceux d’Hispanie. Mais le poète était surtout friand des vins qui avaient « de la bouteille » ou « de l’amphore », et que les Romains désignaient non pas par la date de l’année de la vendange, mais du nom du consul en fonction à ce moment-là.

Le corps et le sexe[modifier | modifier le code]

Le corps de l'Homme est aussi un sujet cher à Martial qui pensait que notre corps exprime ce que l'on est vraiment: il s'agit alors d'évoquer, entre autres, des édentés, des borgnes, des chauves ainsi que des odeurs déplaisantes. Il dénonce, en outre, les subterfuges de certains pour changer leurs apparences. lié à la thématique corporelle, le sexe trouve une place importante chez Martial qui critique indifféremment les hommes, les femmes ainsi que les relations maître/esclave, souvent homosexuelles. Ces épigrammes ont souvent une chute comique et sont destinées à faire passer des rumeurs, parfois infondées, la plupart du temps contre un concurrent qu'il apprécie peu.

Martial ne théorise pas et n'est pas un grand penseur mais il suit une philosophie s'inspirant de l'épicurisme: "Jouir de la vie et la vivre pleinement". Il dit dans certaines épigrammes "Pour être aimé, il faut aimer". Il mène une vie champêtre avec des plaisirs simples.

Les Épigrammes de Martial abordent donc divers thèmes, dont nous n'avons abordés que le principaux dans cet article, le plus souvent regroupés selon les livres et représentatifs de la société romaine contemporaine de Martial. Cependant leurs sujets sont traités avec ironie et légèreté pour plaire au lecteur même si, dans le livre XII, rédigé après son retour en Espagne, le ton de Martial, touché par la solitude, laisse qu'il regrette Rome, source de son inspiration.

Xenia (Livre XIII)[modifier | modifier le code]

Ce livre compte 127 pièces qui constituent de petites étiquettes destinées à accompagner les cadeaux adressés à des amis. Une petite blague est placée sur chaque présent; par exemple à un convive auquel on a offert des poireaux:

"Fila Tarentini graviter redolentia porri / edisti quotiens, oscula clusa dato.[12]"

" Les fibres du poireau de Tarente ont une odeur redoutable: si tu en manges, donne toujours des baisers à lèvres closes."

Apophoreta (Livre XIV)[modifier | modifier le code]

Apophoreta est issu du terme grec Ἀποφόρητα, signifiant « ce qu’on peut emporter ». Il y a 223 pièces : ce sont des étiquettes d’objets divers tirés au sort à la table du maître de maison. La loterie est engagée avec les blagues entre amis.

Le style de Martial[modifier | modifier le code]

Martial utilise une langue riche et variée. Il peut tout aussi écrire dans un registre élevé qu’user de mots familiers ou populaires, voire vulgaires. Par ailleurs, il n’hésite pas à employer de nombreux termes techniques rares et non poétiques (particulièrement en ce qui concerne les objets de la vie quotidienne). L’auteur se sert parfois même de mots inusités ou qu’on ne lit nulle part ailleurs, ou en crée notamment en transcrivant certains mots grecs. Ainsi, il travaille soigneusement sa langue et choisit méticuleusement son vocabulaire. S'il exploite, sans conteste, la crudité du langage qui lui valut, déjà à son époque, d'être raillé ( "Versus scribere me parum severos / nec quos praelegat in schola magister, / Corneli quereris[13]") il multiple également les expressions imagées par un recours à divers procédés stylistiques.

Les formes privilégiées par le poète[modifier | modifier le code]

D’autres types de vers apparaissent également, mais plus rarement.

Les procédés stylistiques propres à l'épigramme[modifier | modifier le code]

L’épigramme est brève et construite en deux parties : la première pour attiser la curiosité du lecteur (le contexte du récit), la seconde pour la satisfaire (la chute). On peut noter six principaux procédés stylistiques employés par Martial:

  • les jeux de mots (V, 29 : Si quando leporem mittis mihi, Gellia, decis : « Formensus septem, Marce, diebus eris. » Si non derides, si uerum, lux mea, narras, edisti numquam, Gellia, tu leporem. : « Toutes les fois, Gellia, que tu m’envoies un lièvre, tu dis : « Marcus, tu seras beau pendant sept jours. » Si ce n’est pas te moquer de moi, si tu dis vrai, astre de ma vie, tu n’as jamais, toi, Gellia, mangé de lièvre.»)
  • la pointe (II, 38 : Quid mihi reddat ager quaeris, Line, Nomentanus ? Hoc mihi reddit ager : te, Line, non uideo. : « Tu voudrais savoir, Linus, ce que me rapporte ma ferme de Nomentum ? Voici ce qu’elle me rapporte : le plaisir, Linus, de ne pas te voir.»)
  • les jeux sur les sonorités comme les allitérations ou les assonances (VII, 1 : Accipe belligerae crudum thoraca Mineruae, ipsa Medusaeae quem timet ira comae. Dum uacat, haec, Caesar, poterit lorica uocari : pectore cum sacro sederit, aegis erit. : « Revêts cette cuirasse, faite d’un cuir brut, de la belliqueuse Minerve, toi qui inspires l’effroi même à la chevelure furieuse de Méduse. Aussi longtemps qu’elle ne servira point, on pourra, César, lui donner le nom de cuirasse : mais dès qu’elle protègera ta poitrine sacrée, elle sera une égide. »)

De la sorte, ces éléments caractérisent le style bref, incisif et efficace de Martial.

Éditions[modifier | modifier le code]

Éditions anciennes[modifier | modifier le code]

  • Marco Valerio Marcial, Epigrammata, Mediolani, Udalricus Scinzenzeler, 1490. Custodiado en el Archivo del Gobierno de Aragón.
  • Epigrammaton libri XIII. summa diligentia castigati, Paris, Simon Colines, 1539. Simon Colines a donné plusieurs éditions de Martial, la première en 1528, une autre en 1533. Après celle de 1539, deux autres ont suivi en 1540 et 1544.
  • Epigrammata, cum notis Th. Farnabii, Amsterdam, Joan Jenssonius, 1645. Édition néerlandaise des Épigrammes avec les commentaires du latiniste anglais Thomas Farnaby (1575-1647).

Éditions contemporaines[modifier | modifier le code]

  • Épigrammes, édition et traduction de H. J. Izaac, Les Belles Lettres, Paris, 1969-1973, 3 volumes.
  • Épigrammes, traduites du latin et présentées par Dominique Noguez, Éditions de la Différence, coll. « Orphée », Paris, 1989.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hubert Zehnacker, Jean-Claude Fredouille, Littérature latine, p. 306, donnent l’année comme incertaine, entre 38 et 41, mais la date du jour (1er mars) comme certaine. Étant donné la coutume de célébrer son anniversaire au kalendae si on était né pendant le mois, on ne peut plus fixer le jour. D. R. Shackleton Bailey, Martial. Epigrams. (Cambridge, Mass., 1992) vol. I, p. 1 n. 1.
  2. Hubert Zehnacker, Jean-Claude Fredouille, Littérature latine , p. 306
  3. Ou Liber de spectaculis.
  4. Hubert Zehnacker, Jean-Claude Fredouille, Littérature latine, p. 307
  5. Martial, Epigrammes, X, tome 2, 4, éd. Les belles Lettres, 1969.
  6. Etienne Wolff, Martial ou l'apogée de l'épigramme, éd. PUR, p.47.
  7. Marie-José Kardos, Topographie de Rome. Les sources littéraires latines, L'Harmattan, 2000.
  8. Martial, Epigrammes, Tome 1, VIII, 3, 19-20, éd. Les Belles Lettres, 1969.
  9. Suétone, Vies des douze Césars,"Domitien", 7)
  10. Etienne Wolff, Martial et le réalisme, in Revue "Vita latina", n°148, p.33-34.
  11. Martial, Épigrammes, tome 1, V, 78, éd.Les belles lettres, 1979.
  12. Martial, Epigrammes, XIII, 18, éd. Les Belles Lettres, 1969.
  13. Martial, Epigrammes,I, 35, 1-2, éd. Les Belles Lettres, 1969 : "J'écris, dis-tu, des vers trop libres et un maître d'école ne saurait les dicter à ses élèves"

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hubert Zehnacker, Jean-Claude Fredouille, Littérature latine, Paris, Presses universitaires de France, collection « Premier Cycle », 2001, 518 p. (ISBN 2-13-051951-2)
  • R.Morisset, G.Thévenot, Les Lettres latines, Poitiers, 1974, édition Magnard, 1295 p.
  • Etienne Wolff, Martial ou l’apogée de l’épigramme, Presses universitaires de Rennes, collection «Interférence», 2008
  • Jacques Gaillard, René Martin, ,Anthologie de la littérature latine, éditions Gallimard, collection «Folio Classique», 2005

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]