Basilique Saint-Sernin de Toulouse

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Basilique
Saint-Sernin de Toulouse
Image illustrative de l'article Basilique Saint-Sernin de Toulouse
Présentation
Culte Catholique romain
Type Basilique
Rattachement Archidiocèse de Toulouse
Début de la construction XIe siècle
Fin des travaux XIIe siècle
Style dominant Roman
Protection Logo monument historique Classé MH (1840)
 Patrimoine mondial (1998)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Midi-Pyrénées
Département Haute-Garonne
Commune Toulouse
Coordonnées 43° 36′ 30″ N 1° 26′ 31″ E / 43.6084, 1.44243° 36′ 30″ Nord 1° 26′ 31″ Est / 43.6084, 1.442  

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La basilique Saint-Sernin de Toulouse est un sanctuaire bâti pour abriter les reliques de saint Saturnin, premier évêque de Toulouse, martyrisé en 250. Devenu l'un des plus importants centres de pèlerinage de l'Occident médiéval, elle fut desservie, depuis le IXe siècle au plus tard et jusqu'à la Révolution française, par une communauté canoniale. Saint-Sernin est la plus grande église romane conservée en Europe.

La rue du Taur qui mène de la place du Capitole à la basilique tire d'ailleurs son nom des circonstances du martyre. Saint Saturnin est capturé par les prêtres païens dans le forum au pied du Capitolium antique (actuelle place Esquirol). Il est, selon la légende, sommé de se prosterner devant les statues païennes, mais refusant de renier sa foi, il est condamné à mort et ses pieds sont attachés à un taureau de sacrifice. Devant les cris de la foule, le taureau furieux prend la fuite le long du cardo, franchit la porte Nord puis la corde rompt et le corps inerte reste sur ce qui était alors une route sortant de la ville. La basilique conserve 260 chapiteaux romans[1] et est le symbole de l'architecture romane méridionale. Toulouse recevait alors la visite de nombreux pèlerins sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, ou venus honorer les reliques de saint Saturnin.

La basilique Saint-Sernin fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840[2]. Elle est également inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France depuis 1998.

L’histoire de la basilique Saint-Sernin[modifier | modifier le code]

Avant la basilique romane[modifier | modifier le code]

La première basilique (4e siècle)[modifier | modifier le code]

Selon la Passion de Saint Saturnin[3], "Le corps du martyr demeura un certain temps sous un sol simplement recouvert d'herbe, certes sans honneur de quiconque, mais honoré de Dieu, jusqu'au moment où saint Hilaire, ordonné longtemps après évêque dans la ville de Toulouse, instruit de la fin de son prédécesseur et de son mérite, ayant fait creuser la terre jusqu'au cercueil de bois lui-même et craignant de déplacer les saintes reliques, fit diligemment construire par dessus une voûte faite avec quantité de briques et même ajouter à un aussi grand lieu de prière une basilique vraiment toute petite, faite de matériaux ordinaires, en cachant bien le corps du martyr pour éviter que des hommes perfides, après l'avoir exhumé, ne le missent en pièces."

On ignore les dates de l'épiscopat d'Hilaire (qui n'est connu que par ce texte) mais on peut situer la construction de cette première basilique, sans doute à l'emplacement du chœur de la basilique actuelle[4], peut-être dans la première moitié du 4e siècle, entre 314 et 356[5], quand la religion chrétienne devient légale et privilégiée mais alors que le paganisme reste majoritaire (particulièrement à Toulouse) et vivant.

La deuxième basilique (autour de 400)[modifier | modifier le code]

Crypte de Saint-Sernin, sous le sol de laquelle se trouvent les restes de l'abside de la deuxième basilique.

Toujours selon la Passion de Saint Saturnin[6], "Ensuite, le temps passant, comme les dépouilles d'un grand nombre de défunts étaient fidèlement apportées vers cette petite basilique, pour leur soulagement, à cause du martyr qui reposait là, et que tout cet endroit avait été rempli d'une multitude de corps ensevelis, saint Silve[7], promu à l'épiscopat de la susdite ville, faisant préparer à grands frais une belle et magnifique basilique pour y transférer les reliques du vénérable martyr, quitta ce monde avant l'achèvement de l'ouvrage commencé. Après sa disparition, saint Exupère, élu au suprême sacerdoce (...), fit très instamment achever la basilique que son prédécesseur avait fidèlement entreprise et il en fit heureusement la dédicace."

La datation de cette construction[8] est liée à un vif débat théologique ayant eu lieu à peu près au même moment entre le prêtre Vigilance (qui aurait pu résider à Calagurris des Convenae, l'actuel village de Saint-Martory au sud de Toulouse) et Saint Jérôme. En 404, deux prêtres demandent à Jérôme d'intervenir pour combattre ses idée de Vigilance, hostile à la vie monastique, au célibat des prêtres et des diacres et surtout aux excès du culte des martyrs. Une demande qui semble liée au succès du culte autour de la sépulture de Saturnin puisque selon certains, c'est la construction et la dédicace de la nouvelle basilique par Exupère qui aurait pu déclencher l'offensive de Vigilance. En 406, Jérôme répond au prêtre commingeois par son Liber contra Vigilantium[9] où il défend le culte des saints martyrs et attaque personnellement Vigilance. Ce débat explique peut-être les précautions prises par Exupère et que relate la Passion de Saint Saturnin[10]. Que ce débat ait précédé, accompagné ou suivi la construction de la deuxième basilique, il est clair que celle-ci n'a pu avoir lieu après 407, lorsque les Vandales atteignent la région toulousaine et la dévastent.

C'est sans doute à l'occasion de la cérémonie de translation organisée par Exupère (et commémorée ensuite tous les 1er novembre) que le corps de Saturnin fut "renfermé dans un tombeau de marbre, à côté des corps d'autres saints, dans la terre"[11]. L'intention était sans doute d'éviter "qu'à l'avenir les ossements du benoit saint ne fussent confondus avec les autres"[12].

Il ne reste, de la basilique de Silve et Exupère, que le bas du mur de l'abside[13], conservé dans le sous-sol de l'abside actuelle qui épouse presque parfaitement son tracé. Et peut-être le pilier central de marbre gris dans la salle principale des cryptes inférieures.

La nécropole paléochrétienne[modifier | modifier le code]

Four à chaux découvert dans le sous-sol du musée Saint-Raymond.

Les terrains au nord de la Porterie (la porte nord de la Toulouse romaine, au milieu de l'actuelle place du Capitole) ont dû servir, comme à l'entrée sud de la ville, de nécropole dès les premiers siècles de notre ère[14]. Mais le tombeau de Saturnin en fait très vite une nécropole spécifiquement chrétienne, très dense sur le côté sud du sanctuaire et s'étendant sous une bonne partie du quartier de l'actuelle rue du Taur. La fouille la plus aboutie jusqu'ici a eu lieu en 1994-96 dans le sous-sol du musée Saint-Raymond. La couche de sépultures la plus ancienne y date de la fin du 4e siècle avec présence de grands sarcophages de marbre entre 4e et 5e siècles. Les inhumations cessent dans cette zone au début du 7e siècle, époque où a pu être creusé le grand fossé ovale autour de la basilique qui délimitera ensuite le territoire de l'abbaye.

Sarcophage paléochrétien du "Comte de l'An Mil".

Les 4 sarcophages utilisés aux 10e et 11e siècles pour abriter les restes de plusieurs membres de la famille comtale et qui ont été finalement placés au 13e siècle dans l'enfeu des comtes de Toulouse, contre la double porte méridionale du transept, sont sans doute issus de cette nécropole paléochrétienne et typiques de ce qu'on a appelé les "sarcophages d'Aquitaine" : des sarcophages de marbre richement décorés et dont on peut se demander si leur principal atelier de production n'était pas situé dans les limites de la nécropole. Toulouse était en effet facilement alimentée par la Garonne en marbres des Pyrénées. Aurait pu faire partie de cet atelier, représentatif du développement de la nécropole au temps de Silve et Exupère, le four à chaux de la fin du 4e siècle fouillé en 1995 dans le sous-sol du musée Saint-Raymond et abandonné brutalement avec son dernier chargement de marbre au cours du 5e siècle.

Les siècles obscurs[modifier | modifier le code]

On ne sait "pratiquement rien"[15] de la basilique entre sa construction au début du 5e siècle et le 11e siècle. En 844, le "monastère de saint Saturnin martyr" est l'une des trois églises toulousaines (avec la cathédrale et La Daurade) à bénéficier du privilège de l'immunité confirmé par Charles le Chauve[16], qui y séjourne lors de sa guerre contre son neveu Pépin II d'Aquitaine. L'église et son monastère sont entourés d'un fossé mais pas encore d'un bourg. Des analyses de pollens témoignent d'un "paysage déboisé avec des bosquets de chênes à feuillage caduc et de noisetiers, comportant un peu de chêne vert, de châtaignier et de frêne", des noyers et de la vigne, de prairies, de champs de céréales, un environnement "de type péri-urbain"[17].

La construction de la basilique romane[modifier | modifier le code]

Le lancement du chantier et le conflit avec l'évêque Isarn[modifier | modifier le code]

Durand de Bredon, abbé de Moissac et évêque de Toulouse (pilier du cloitre de Moissac).

Vers 1030, l'évêque de Toulouse Pierre-Roger décide "de retenir une part des dons faits à Saint-Sernin"[18] en prévision des travaux de reconstruction de la basilique. Celle-ci est sans doute devenue trop petite pour le flot de pèlerins et l'augmentation des ressources du chapitre[19] permet d'envisager un agrandissement significatif du bâtiment. Mais les tensions entre le chapitre de Saint-Sernin et l'évêque (soutenu par le comte et l'abbé de Moissac) vont devenir extrêmement vives dans les années 1070 et 1080, sans doute attisées par le lancement effectif du chantier entre 1071 et 1076.

L'évêché de Toulouse est alors très lié à l'abbaye de Moissac : l'auvergnat Durand de Bredon, évêque de 1059 à 1071, est un ancien moine clunisien qui est abbé de Moissac depuis 1048. En 1073, le nouvel évêque Isarn, auparavant prieur de Saint-Sernin, réforme à la fois les chapitres de Saint-Étienne et de Saint-Sernin, mesure caractéristique de la réforme grégorienne (l'année même où Grégoire VII est élu pape). La réforme est difficile et, comme à Saint-Étienne, Isarn doit, pour l'imposer à des chanoines très réticents, invoquer les plus hautes autorités : le comte Guilhem IV, l'abbé de Cluny, l'abbé de Moissac. S'il parvient à imposer ses vues aux chanoines de Saint-Étienne, placés directement sous son autorité, ceux de Saint-Sernin vont profiter du conflit pour affirmer leur indépendance et en appeler directement au pape. Celui-ci confirme entre 1079 et 1083 qu'ils sont sous sa protection directe, tout en spécifiant qu'ils vivent "ensemble sous la règle des saints Jérôme, Augustin et autres Pères de l'Église" et ne possèdent rien en propre.

La réaction d'Isarn est violente. En 1083, avec l'appui du comte, il expulse les chanoines, qui sont remplacés par des moines de Moissac, et met la main sur le temporel de la basilique ainsi que sur le chantier de reconstruction : "Et toute l'œuvre de la fabrique de la susdite église, je la retiens dans mon domaine tant que je vis"[20]. Les chanoines expulsés font intervenir le pape qui les réintègre dans leurs droits et possessions et le 23 juillet de la même année, le comte Guilhem IV "se repent solennellement de son sacrilège, s'engage à ne plus attaquer Saint-Sernin, garantit la liberté des chanoines et leur temporel"[21].

Avant la consécration de 1096 : le chevet et le transept[modifier | modifier le code]

La construction commence par le chevet, le transept et les premières travées de la nef. Elle enserre progressivement la basilique antérieure afin qu'il n'y ait pas d'interruption du culte et que les pèlerins puissent continuer à accéder au tombeau. Quitterie Cazes[22] distingue 6 étapes qui auraient pu précéder la consécration de 1096. Elles se distinguent par "la nature des matériaux utilisés et la façon dont ils sont agencés" plus que par des changements de style puisque le plan et l'élévation de tout l'édifice ont été conçus dès avant le lancement du chantier et qu'ils seront très exceptionnellement respectés jusqu'au quasi achèvement de la basilique à la fin du 13e siècle.

1. La construction commence par les "murs extérieurs du chevet", "les chapelles du déambulatoire et toute la périphérie du transept, absidioles comprises". Matériaux utilisés : la pierre pour les contreforts et encadrements de fenêtres, la brique pour les maçonneries intermédiaires. Cette étape laisse intacte la basilique antérieure.

Le croisillon sud du transept.

2. Un "petit décrochement dans la maçonnerie" (visible entre les fenêtres et les oculi au sud du déambulatoire) marque le début de la deuxième étape de construction. Elle permet le voûtement des chapelles basses et du déambulatoire, la mise en place du chœur avec le rond-point enserrant l'ancienne abside, transformée en crypte semi-enterrée. Les 9 baies du soubassement en briques de ce nouveau rond-point étaient alors ouvertes et une petite ouverture carrée (la fenestella) permettait aux pèlerins d'apercevoir le sarcophage du saint. La construction des premiers piliers intérieurs impose la destruction du reste de l'ancienne basilique. La disposition des pierres est moins régulière et apparaissent quelques signes lapidaires. On est peut-être aux alentours de 1083, lorsque la prise de possession d'Isarn signale que le tombeau a des clés et qu'une chapelle fonctionne.

3. Un nouveau "petit décrochement de maçonnerie" sous les fenêtres des tribunes correspondant à un réalignement des aplombs marque le début de la troisième étape. Les collatéraux du transept sont voûtés (nettement plus sûrement que le déambulatoire) ainsi que les premières travées de la nef et on élève le niveau d'arcades dans l'abside. La pierre est utilisée de façon plus mesurée au profit de la brique qui est désormais aussi employée à parité dans les encadrements, les contreforts et les supports. Les signes lapidaires sont plus fréquents.

4. C'est une étape intermédiaire. Les tribunes du chœur et du transept sont mises en place, on construit la partie supérieure de l'abside majeure avec des fenêtres hautes beaucoup plus richement ornées que celles de la partie basse. Les matériaux sont très hétérogènes mais on utilise beaucoup de pierres. Les signes lapidaires se font plus discrets.

5. Les tribunes du transept sont ensuite construites en deux temps : plusieurs travées avec beaucoup de pierres, le reste d'une façon homogène en alternant régulièrement calcaire mollassique et briques.

6. Pour disposer d'une basilique à peu près fonctionnelle (mais encore sans véritable nef), ne reste plus qu'à voûter les parties hautes et bâtir la coupole de la croisée, qui permet de mettre en place la souche carrée du clocher et son premier niveau de baies. C'est à ce moment qu'a pu avoir lieu la consécration de 1096.

La consécration de 1096[modifier | modifier le code]

L'entrée du pape Urbain II à Toulouse en 1096, peinture de Benjamin-Constant dans la Salle des Illustres du Capitole de Toulouse.

Elle intervient lors du périple du pape Urbain II en 1095-96. Le pape prépare la première croisade en s'appuyant sur l'évêque du Puy Ademar de Monteil et le comte de Toulouse Raimond de Saint-Gilles (tout juste comte puisque son frère Guilhem IV est mort environ un an auparavant et que la succession est contestée par Guilhem IX d'Aquitaine, mari de sa nièce). Le pape commence donc son périple par Le Puy, Saint-Gilles et Clermont où a lieu le célèbre concile où il appelle solennellement à se croiser pour prendre Jérusalem aux Turcs. Il parcourt ensuite l'ouest de la France avant de redescendre vers Toulouse où il consacre la nouvelle église et son autel "l'année mille quatre-vingt-seizième du Seigneur, le neuvième des calendes de juin (24 mai)". Le pape est accompagné de Raimond de Saint-Gilles et assisté des archevêques de Tolède, de Bordeaux, de Pise et de Reggio, des évêques d'Albano et de Pampelune et de "dix autres". Il consacre "l'église du saint martyr Saturnin, évêque de Toulouse, et l'autel en l'honneur du même martyr très glorieux et du saint martyr Assiscle" et dépose "dans le même autel une très grande partie du chef du très glorieux Saturnin et des reliques du saint martyr Assiscle et d'autres saints et des reliques du saint confesseur Exupère, évêque de Toulouse"[23].

C'est donc à cette occasion qu'est installé l'autel sculpté par Bernard Gilduin, sans doute au-dessus du tombeau du saint, dans l'abside majeure[24]. Et peut-être aussi les reliefs du Christ en majesté, du chérubin et du séraphin aujourd'hui placés dans et autour de la fenêtre axiale murée de la crypte supérieure[25].

La consécration et le passage du pape sont aussi l'occasion pour les chanoines de marquer quelques points dans leur longue lutte contre le parti du comte et de l'évêque : ainsi du retour de l'église Saint Pierre de Blagnac en leur possession (elle avait été donnée à Moissac par le comte en 1070-71)[26]. Et de la confirmation par Urbain II de leurs "droits, possessions, revenus et statuts"[27].

Raimond de Saint-Gilles partira ensuite pour la première croisade dont il sera l'un des acteurs majeurs, absence dont profite aussitôt Guilhem IX d'Aquitaine pour occuper Toulouse en 1097. Occasion pour les chanoines de Saint Sernin de manifester une fois de plus leur indépendance et leur opposition au parti du comte et de l'évêque puisqu'ils rejoignent aussitôt le camp du duc[28].

Début du 12e siècle : la mise en place de la nef[modifier | modifier le code]

Guilhem IX d'Aquitaine, troubadour et protecteur des chanoines de Saint-Sernin.

Le démarrage du chantier a été très rapide : environ 25 années ont suffi pour bâtir une église utilisable pour les cérémonies et les pèlerinages. La construction continue ensuite à un bon rythme dans les deux premières décennies du 12e siècle, sans doute favorisée par la protection de Guilhem IX qui tient la ville de 1097 à 1100 et de 1108 à 1119. Deux étapes sont alors discernables[29].

7. L'église prend toute son extension avec l'élevation du mur périphérique de la nef et du massif occidental jusqu'au-dessus des fenêtres. On met en place l'avant-corps de la porte Miègeville et un puits est creusé dans le collatéral majeur nord. Les espaces du massif occidental sont alors largement ouverts et le sol est 60 cm plus haut qu'aujourd'hui. Le sol extérieur étant alors environ 2 mètres plus bas, une volée de marches devait mener à l'entrée de ce côté-là. Les matériaux sont très homogènes : calcaire mollassique et briques. On entame le deuxième étage du clocher.

8. C'est alors que l'on commence à voûter la nef et ses tribunes, en commençant par les deux travées les plus orientales. Le deuxième étage du clocher est achevé.

12e et 13e siècles : l'achèvement provisoire[modifier | modifier le code]

Le rythme des travaux ralentit notablement après les deux premières décennies du 12e siècle. On ne sait s'il s'agit d'un manque de ressources (les premières phases de travaux ont dû être coûteuses, les comtes - peu favorables à Saint-Sernin[30] - sont revenus, le catholicisme est de plus en plus concurrencé par le catharisme), de main d'œuvre (les chantiers se multiplient dans la ville) ou simplement le choix des chanoines de privilégier la décoration intérieure de leur église (l'essentiel des peintures date du 12e siècle) et la construction des bâtiments annexes comme le cloitre. Deux dernières étapes de construction peuvent encore être distinguées, l'une au 12e siècle, l'autre au 13e[31].

9. Signe que les temps changent, la brique devient prédominante dans la construction (mais on conserve l'alternance de blocs de calcaire et de briques dans la nef centrale). Les collatéraux sont voûtés, les deux espaces latéraux du massif occidental (la sacristie et la chapelle Saint-Pierre) couverts. Les solutions architecturales semblent improvisées, témoignage possible des incertitudes causées par le changement de style à l'œuvre (les premières croisées d'ogives apparaissent dans la région autour de 1180). Trois des chapitaux de la sacristie semblent même être des "pastiches d'œuvres romanes" pour préserver l'unité de style. On bâtit le troisième étage du clocher.

10. "La brique règne désormais sans partage" (même dans les encadrements de fenêtres). Le reste des collatéraux et des tribunes est peu à peu voûté et couvert, en finissant par la nef vers 1250-60 et au-delà. Dans le massif occidental, on élève en partie la tour sud, la grande rose au centre et, au-dessus, une croisée d'ogives destinée à être surmontée d'un autre clocher au milieu de la façade ouest. Les chapitaux, le voûtement sont donc ici de style contemporain, peut-être "parce qu'on est dans un espace qui n'est plus celui de la nef". Mais l'ensemble de ce côté reste totalement inachevé. Les deux derniers étages du clocher ont dû être bâtis au début de cette période et innovent avec leurs "arcs en mitre" qui vont ensuite se répandre dans la région.

Le réaménagement de la crypte. C'est à partir de 1258 que l'ensemble de la crypte est réaménagé : un grand baldaquin de pierre, de style gothique, sorte de tour hexagonale s'élevant haut dans l'abside, abrite désormais le sarcophage de Saint Saturnin. Ce sarcophage est inséré en 1283 dans une "grande châsse en forme d'église"[32]. Dans les années 1280, on creuse sous les travées du chœur la crypte inférieure pour pouvoir abriter les nombreuses reliques qui sont venues enrichir le trésor de l'abbaye. C'est peut-être à cette occasion que l'on doit renforcer les quatre piliers de la croisée du transept, affaiblis par cette excavation.

Les travaux postérieurs[modifier | modifier le code]

L'arrivée des ordres mendiants en ville au 13e siècle (Dominicains, Franciscains, Carmes, Augustins) et la construction de leurs grandioses églises a dû limiter quelque peu les ressources dont disposaient les chanoines de Saint-Sernin. D'autant plus que, privée de ses comtes, Toulouse vit à partir du 14e siècle, une période très difficile où crise politique (début de la Guerre de Cent Ans), économique et démographique (peste noire) se conjugent dans une ville qui n'est plus une capitale depuis l'extinction de la dynastie comtale et l'intégration au royaume de France. La plupart des grands chantiers de construction ecclésiastiques s'arrêtent et les travaux ne reprennent dans la basilique qu'à l'occasion de nécessités criantes ou de ressources inespérées.

14e siècle. C'est à cette époque qu'a dû être achevé le clocher avec sa balustrade et sa flèche. La flèche, elle, a connu plusieurs versions dès le 13e siècle. Une importante campagne de peinture permet de recouvrir le chœur et le début de la nef (l'espace dévolu aux chanoines) d'un décor de pierres colorées comme aux Jacobins à peu près à la même époque. Les écus armoriés sur les voûtes des premières travées de la nef sont ceux des papes et cardinaux avignonais des années 1330 et ont pu être réalisés après 1339[33].

15e siècle. L'économie toulousaine redémarre à partir des années 1450, poussée par les débuts du pastel, la fin de la Guerre de Cent Ans et l'établissement d'un parlement permanent. Mais Saint-Sernin végète. On ne peut mentionner qu'une nouvelle flèche en 1449[34]. En 1463, la ville de Toulouse subit un grand incendie. À cette occasion, le roi Louis XI octroie à l'abbaye une rente annuelle de 100 livres tournois afin de soutenir sa restauration[35].

16e siècle. Le siècle du pastel et l'enrichissement soudain de la ville font sentir leurs effets mais aussi la prise en charge de l'entretien et des travaux par la Confrérie des Corps Saints à la fin des années 1520. Pavement et toitures sont restaurés à partir de 1535 puis on s'attaque au massif occidental, toujours pas terminé, à partir de 1541. Une sacristie est aménagée dans la salle haute de la tour nord et la dernière travée des tribunes de ce côté est reconstruite pour créer deux salles particulières. Le beffroi est totalement reconstruit dans les années 1550. Beaucoup de peintures sont refaites et "un enduit blanc à faux appareil de pierre revêt la majeure partie des murs"[36].

Le déclenchement des Guerres de religion, particulièrement violent à Toulouse avec les terribles journées de la "Délivrance" en 1562 (au cours desquelles Saint-Sernin est assiégée plusieurs jours par les forces protestantes), force à quelques travaux défensifs : petites galeries de briques au-dessus des trois portes en 1562, galerie de bois avec artillerie le long de la tribune sud de la nef en 1567.

17e siècle. Une partie des reliques est sortie de la crypte et exposée dans de nouvelles châsses. Placées dans des armoires dorées, elles composent le "Tour des Corps Saints" le long du déambulatoire.

18e siècle. L'intérieur est mis au goût du jour avec de nouvelles stalles, un orgue, un jubé, de nouvelles décorations... Le baldaquin gothique de l'abside est détruit et remplacé par le nouveau dispositif de Marc Arcis. Au début de la Révolution, Saint-Sernin est une des rares églises toulousaines à obtenir le statut d'église paroissiale et donc à échapper à la vente des biens nationaux (mais pas les autres bâtiments de l'abbaye qui sont vendus et, pour la plupart, détruits).

19e siècle. En 1838, Prosper Mérimée obtient le classement de l'église comme monument historique. Des travaux de restauration, contestés par Mérimée, sont effectués par Urbain Vitry (piliers nord de la nef, portails) de 1836 à 1845. Année où Viollet-le-Duc, sur recommandation de Mérimée, est chargé d'une restauration générale. Les travaux commencent en 1860 après une campagne très contestée de restauration des cryptes sous la direction d'Alexandre du Mège. Secondé par Jacques-Jean Esquié (architecte départemental et auteur à Toulouse de l'hôpital Marchand et de la prison Saint-Michel). Les toitures sont entièrement refaites et modifiées avec création de couvertures distinctes pour la nef et les collatéraux séparées par un mur de comble. La corniche qui ornait l'extérieur du chevet est étendue à tout l'édifice. À l'intérieur (les travaux y commencent en 1872), Viollet-le-Duc dépose le "Tour des Corps Saints" et refait une partie des décorations mais meurt avant d'avoir pu s'attaquer au massif occidental, toujours inachevé...

20e siècle. Le massif occidental est régularisé en 1929. Des travaux généraux de restauration commencent en 1967, qui reviennent sur une grande partie des interventions de Viollet-le-Duc : d'abord le clocher dont la balustrade menaçait ruine puis, de 1970 à 1978, le décapage des enduits intérieurs qui permettent de retrouver les peintures médiévales. Les cryptes sont "dérestaurées" et le "Tour des Corps Saints" rétabli dans le déambulatoire. Finalement, entre 1980 et 1990, le mauvais état des corniches force à intervenir sur les toitures qui sont rétablies dans leur configuration antérieure au 19e siècle.

Organisation de la basilique[modifier | modifier le code]

Comme la grande majorité des églises, la basilique est orientée d'Est en Ouest. Pour plus d'explication, se reporter à l'explication général des édifices églises. La basilique est construite en brique de Toulouse et en pierre blanche ou légèrement verdâtre. La pierre blanche est du calcaire extrait de carrières situées assez loin du chantier (comme Boussens). La pierre verdâtre est une marne qui était extraite directement des rives de la Garonne. L'extérieur est massif et dominé par le clocher octogonal pointant à 65 mètres de haut. Elle est organisée autour d'un transept assez imposant long de 65 mètres dont chaque bras possède deux absidioles orientées.

Plan[modifier | modifier le code]

Plan de la basilique Saint-Sernin
  1. Porte des Comtes
  2. Enfeu des Comtes
  3. Ancien portail de l'abbaye
  4. Porte Miégeville
  5. Portail occidental
  6. Emplacement de l'ancien cloître
  7. Chapelle Saint-Pierre
  8. Sacristie
  9. Chapelle du Crucifix
  10. Chapelle des âmes du purgatoire
  11. Chapelle de l'Immaculée Conception
  12. Chapelle Saint-Georges
  13. Chapelle Saint-Esprit
  14. Chapelle Saint-Martial, Saint-Cyr et Sainte-Julitte
  15. Chapelle Saint-Sylve
  16. Chapelle de la Vierge
  17. Chapelle Sainte-Germaine
  18. Maître-autel
  19. Peinture romane : Noli me tangere
  20. Cycle de la Résurrection
  21. Peinture représentant saint Augustin
  22. Restes de peintures : la crucifixion

Nef[modifier | modifier le code]

La nef est longue de 115 mètres. Elle est composée de 5 vaisseaux et son vaisseau principal est large de 8 mètres. La nef présente des tribunes sur les collatéraux. La hauteur de la voûte en plein cintre est de 21 mètres. Elle couvre la nef et le transept grâce à des contrebutées latérales constituées de voûtes en quart-de-cercle disposées au-dessus des tribunes. La croisée du transept est surmonté d'une coupole sur trompes juste en dessous du clocher. Les piliers centraux ont été de nombreuses fois renforcés pour soutenir le clocher qui a pris de l'élévation au cours des siècles. Ce renforcement casse légèrement les perspectives de la nef et du chevet.

Dans le collatéral nord se situe une série de bustes dédiés à Sainte Agathe, Saint Grégoire le Grand, Saint Phébade et Saint Vincent de Paul. C'est aussi à cet endroit qu'est installée la crèche de Noël.

Les orgues[modifier | modifier le code]

Orgues de la Basilique

Les grandes orgues de la basilique Saint-Sernin, réputées dans le monde entier, ont été achevées en 1889 par la maison Aristide Cavaillé-Coll. Inauguré le 3 avril 1889 par Alexandre Guilmant, l'instrument compte cinquante-quatre jeux répartis sur trois claviers et un pédalier (soit exactement 3 458 tuyaux). De nombreux tuyaux proviennent de l'orgue précédent, construit par Daublaine et Callinet. De 1992 à 1996, il est restauré par les facteurs d'orgue Jean-Loup Boisseau, Bertrand Cattiaux et Patrice Bellet.

I Grand-Orgue
Montre 16′
Bourdon 16′
Montre 8′
Gambe 8′
Bourdon 8′
Salicional 8′
Flûte harmonique 8′
Prestant 4′
Flûte octaviante 4′
Quinte 22/3
Doublette 2′
Fourniture V
Cymbale IV
Cornet V
Bombarde 16′
Trompette 8′
Clairon 4′
Clairon-doublette 2′
Trompette-en-chamade 8′
Clairon-en-chamade 4′
II Positif
Montre 8′
Cor de nuit 8′
Salicional 8′
Unda maris 8′
Prestant 4′
Flûte douce 4′
Carillon III
Trompette 8′
Basson-Hautbois 8′
Clairon 4′
III Récit expressif
Quintaton 16′
Diapason 8′
Flûte harmonique 8′
Viole de Gambe 8′
Voix céleste 8′
Flûte octaviante 4′
Octavin 2′
Cornet V 8′
Bombarde 16′
Trompette 8′
Basson-Hautbois 8′
Clarinette 8′
Voix humaine 8′
Clairon harmonique 4′
Pédale
Principalbasse 32′
Contrebasse 16′
Soubassse 16′
Grosse Flûte 8′
Violoncelle 8′
Flûte 4′
Contre Bombarde 32′
Bombarde 16′
Trompette 8′
Clairon 4′

Transepts[modifier | modifier le code]

Croisillon nord du transept.

Le transept de la basilique s'étend de la porte des Comtes aux chapelles du Sacré-Cœur et de Saint-Exupère, anciennement porte royale ouverte sur le monastère, au nord de l'église.

En face de la porte des comtes se trouvent, sur un des piliers, des pieds de Saint-Christophe sculptés et, sur la face orientale du transept Sud, les chapelles de Sainte-Germaine et de la Vierge Marie.

Dans la partie nord du transept se trouvent, à l'ouest, plusieurs fresques peintes dont un Agnus Dei au plafond et une représentation du cycle de la résurrection; à l'est, se situent la chapelle du Crucifix avec, en face de laquelle, au plafond, un agneau pascal supporté par huit anges ainsi que la chapelle des âmes du purgatoire.

Croisée du transept : Maître-autel, tombeau de Saint-Saturnin et chœur[modifier | modifier le code]

Le chœur de la basilique abrite le tombeau de Saint-Saturnin : un baldaquin de style baroque dans lequel se trouve une statue à la gloire du Saint, sa sépulture, ainsi qu'une représentation de son supplice dans un bas-relief de plomb doré . Ce tombeau, auquel participa notamment le sculpteur Marc Arcis a été réalisé entre 1718 et 1759[S 1].

Un clocher octogonal[modifier | modifier le code]

Juste au-dessus de la croisée du transept, où se trouve le maitre autel, se dresse un clocher de 67 mètres de haut et de forme octogonale. Il est constitué de 5 niveaux :

  • le niveau le plus bas est au niveau de la coupole et est constitué sur chaque face de deux baies aveugles couvertes d'arcs en plein cintre ;
  • les deux niveaux suivants, correspondant au beffroi, en léger retrait par rapport au précédent sont constitués de deux baies sur chaque face, également couvertes d'arcs en plein cintre ;
  • les deux niveaux suivants ont été bâtis dans la seconde moitié du XIIIe siècle. Ils se caractérisent sur chaque face par deux fenêtres couvertes d'arcs en mitre ;
  • enfin, en 1478, une flèche fut construite en maçonnerie pour porter un globe terminal couronné par une croix ;
  • le clocher abrite un carillon composé de 18 cloches au clavier et 6 au banc du sonneur[37].

En 1862, le peintre Léon Soulié se suicida en se précipitant du clocher.

Déambulatoire[modifier | modifier le code]

Le transept est suivi d'un chevet à déambulatoire à chapelles rayonnantes. Ces chapelles sont le lieu d'exposition des reliquaires de l'abbaye. Le déambulatoire est décoré de sept bas-reliefs en marbre encastrés dans le mur, avec au centre un Christ encadré par un chérubins, un séraphin, deux apôtres et deux anges. Ils sont l'œuvre de Bernard Gilduin.

Chapelle du Crucifix[modifier | modifier le code]

Chapelle des âmes du purgatoire[modifier | modifier le code]

Chapelle de l'Immaculée Conception[modifier | modifier le code]

Chapelle Saint-Georges[modifier | modifier le code]

Chapelle Saint-Esprit[modifier | modifier le code]

Chapelle Saint-Martial, Saint-Cyr et Sainte-Juliette[modifier | modifier le code]

Chapelle Saint-Sylve[modifier | modifier le code]

Chapelle de la Vierge[modifier | modifier le code]

Chapelle Sainte-Germaine[modifier | modifier le code]

Les cryptes et les reliques[modifier | modifier le code]

Sous l'abside se trouve une crypte renfermant le tombeau de saint Saturnin. Le sol de l'abside est d'ailleurs surélevé par rapport au niveau du déambulatoire où s'ouvrent deux passages permettant d'accéder à la crypte. Ces deux passages étaient utilisés pour la circulation des pèlerins, l'un servant d'entrée et l'autre de sortie. Le déambulatoire est décoré d'éléments liturgiques baroques.

Les reliques de Saint Jacques le Majeur. La basilique Saint-Sernin croyait conserver depuis 1354 la tête et le corps de Saint Jacques-le-Majeur. Le 15 octobre 1385, le corps de saint Jacques fut transféré dans une luxueuse arche en forme d'église, cadeau de Duc de Berry et de Jean de Cardaillac. Il était accompagné d'un buste reliquaire aussi remarquable. C'était les plus somptueux reliquaires avec celui de Saint-Sernin. Ces reliques provenaient de l'église Saint-Jacques qui était située près de la Cathédrale Saint-Étienne de Toulouse et qui aurait été bâtie par Charlemagne pour y recevoir les reliques qu'il avait rapportées de Galice lors de son expédition contre les Sarrasins. Toutefois, ces reliques s'y seraient encore trouvées en 1490, selon la transcription en français de 1547 d'un procès-verbal établi par un certain Jean Badet pour vérifier l'authenticité des reliques de l'Apôtre Jacques. On interrogea des témoins sur l'origine historique, les signes de présence des reliques et leurs découverte. Les personnes rapportent qu'ils avaient entendu dire que Charlemagne avait rapporté ces reliques et qu'il avait fait construire l'église Saint-Jacques à Toulouse; "la teste" y avait été déposée sous un pilier "vers main droicte et aupres l'autel madame saincte Quiterie". L'empereur aurait fait peindre "la figure de la teste mons. saint Jacques ; et ...une coquille..."

Porte Miègeville[modifier | modifier le code]

Article détaillé : porte Miègeville.

Porte des Comtes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : porte des Comtes.

Le statut : sanctuaire, abbaye puis basilique mineure[modifier | modifier le code]

À partir de 1083, après une brève période d'obédience monastique sous l'autorité des abbés de Cluny et de Moissac, la basilique devint une collégiale, c'est-à-dire une église tenue par un collège de chanoines réguliers dirigés par un prévôt, puis par un abbé.

L'adoption de la vie canoniale régulière doit être distinguée de celle de la règle de saint Augustin, plus tardive.

Depuis l'époque carolingienne, la vie communautaire semble avoir été réglée par la règle de Chrodegang de Metz.

En 1070 et 1076 encore, la vie régulière n'est pas réglée par une seule règle précise, mais se résume au principe de l'habitat commun. Guillaume de Cahors décide ainsi de "vivre canoniquement [sous la dépendance de Saint-Sernin] en conformité aux décrets des Pères, à savoir Augustin, Jérôme et les autres"[38].

En 1096, à l'occasion de la dédicace de l'abbatiale, Urbain précise les conditions de la vie régulière (mise en commun des biens, obligation de résidence, etc.), mais ne mentionne pas la nature de la règle, alors que le formulaire diplomatique de ses actes ne manque pas de le faire pour d'autres communautés.

Le 21 mars 1141, le pape Innocent II place la communauté sous la règle de saint Augustin[39].

En 1216, à la suite du concile de Latran IV, le pape Innocent III confirme les privilèges accordés par ses prédécesseurs et mentionne à nouveau la règle de saint Augustin.

Au cours du XIIIe siècle s'y ajoutèrent des "Statuts" encore inédits, connus par une copie tardive.

L'abbé de Saint-Sernin était à la tête d'un patrimoine immobilier considérable dans Toulouse et jusqu'au pied des Pyrénées qui le conduisit à de fréquents conflits avec l'évêque de Toulouse, dont la cathédrale Saint-Étienne, avait beaucoup moins de rayonnement que Saint-Sernin. La communauté s'agrandit et une abbaye fut construite autour de l'église.

À partir du milieu du XVe siècle, l'abbé régulier est remplacé par un abbé commendataire. Le 25 septembre 1526, une bulle pontificale ordonne la sécularisation de l'abbaye qui abandonne la vie régulière.

Le chapitre canonial est supprimé à la Révolution et Saint-Sernin devient une « simple » église collégiale jusqu'en 1878, date à laquelle elle fut à nouveau consacrée et reçut le titre honorifique de basilique mineure par le pape Léon XIII.


Disparition des bâtiments de l'abbaye[modifier | modifier le code]

Bâtiment du musée Saint-Raymond.

Après la Révolution et avec l'abandon des bâtiments de l'abbaye, il est décidé de dégager la basilique et de rendre accessibles son parvis et ses différentes portes. Ce projet sera mis à exécution au début du XIXe siècle. De 1804 à 1808, le cloître de l'ancienne abbaye fut démantelé et quelques chapiteaux furent conservés et exposés au musée des Augustins. Puis, par expropriation et rachats, les bâtiments et édifices sont détruits tout autour de l'église sous l'impulsion de Jacques-Pascal Virebent, architecte en chef de la ville, afin de former une place elliptique. Le musée Saint-Raymond, ancien collège du même nom, primitivement un hôpital géré par l'abbaye, est le seul ancien bâtiment subsistant du complexe abbatial.

Prévôts de Saint-Sernin[modifier | modifier le code]

Jusqu'en 1119, l'abbaye n'est pas gouvernée par des abbés mais par des prévôts.

Abbés de Saint-Sernin[modifier | modifier le code]

Selon la Gallia christiana, t. 13,col. 94, l'institution abbatiale daterait de 1117. La liste de la Gallia christiana, est fautive et doit être corrigée par confrontation avec les archives subsistantes; voir notamment Histoire générale du Languedoc, t. 4/2, Toulouse, Privat, 1872, n. 103, p. 523-527.

Un lieu de savoir[modifier | modifier le code]

La troisième travée d'une galerie de la basilique, au-dessus du collatéral extérieur nord de l’édifice, abrite deux cartes du ciel, peintes au XIIIe siècle sans doute à des fins didactiques. La première carte, fort endommagée et difficilement lisible, permet de distinguer des cercles concentriques, des signes comme le vent, les nuages. Elle pourrait être une représentation du macrocosme et du microcosme montrant symboliquement l'interaction entre l'homme et l'univers[43].

La deuxième carte représente l'univers. La terre est divisée en trois continents : Europe, Afrique, Asie. Elle est au centre de l'univers figuré par douze cercles concentriques[44]. Cette représentation illustre la conception géocentrique héritée du modèle grec. Elle avait sans doute pour but de faire comprendre la structure de l'univers et le mouvement des planètes et des étoiles, tels que communément admis avant Copernic[45].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Georges Duby, Jean-Luc Daval, La sculpture, ..., page 276
  2. « Notice no PA00094524 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. Édition du texte (basée sur une version contenue dans un légendier compilé au 11e siècle dans le scriptorium de l'abbaye de Moissac, aujourd'hui manuscrit 17002 du fonds latin de la BNF) et traduction de Patrice Cabau, Opusculum de passione ac translatione sancti Saturnini, episcopi tolosanae civitatis et martyris, Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, tome LXI, 2001.
  4. Il y a débat sur l'emplacement de la première sépulture de Saturnin et donc de la première basilique. Une tradition veut que les Saintes Puelles aient enterré leur évêque à l'emplacement de la future église Notre-Dame du Taur mais elle ne semble pas remonter au-delà du 15e siècle et les fouilles dans l'église en 1969-70 n'ont révélé aucun reste de sanctuaire paléochrétien. Voir (comme pour tous les détails non sourcés de ce chapitre) Saint-Sernin de Toulouse, Quitterie et Daniel Cazes, éditions Odyssée 2008, p. 18 et 19.
  5. On connait en effet un évêque Mamertinus (Mamertin) en 314 et un évêque Rhodanius en 356. Voir Les évêques de Toulouse (IIIe-XIVe siècles) et les lieux de leur sépulture, Patrice Cabau, Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, tome LIX, 1999.
  6. Voir de même : Opusculum de passione ac translatione sancti Saturnini, episcopi tolosanae civitatis et martyris, Patrice Cabau, Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, tome LXI, 2001.
  7. L'évêque Silve n'est connu que par ce qu'en dit la Passion de Saint Saturnin. Mais on sait grâce à celle-ci qu'il était le prédécesseur immédiat d'Exupère qui lui, est connu par d'autres sources et en poste au moins à partir de 405.
  8. Voir de même (ainsi que pour tous les renseignements non spécifiés en source), Saint-Sernin de Toulouse, Quitterie et Daniel Cazes, éditions Odyssée 2008, p. 20 et 21.
  9. Voir le texte original et la traduction de ce traité sur le site de Philippe Remacle, la traduction seule sur le site Info-Bible (reproductions de l'édition Matougues-Aimé-Martin des œuvres de Saint Jérôme, 1838).
  10. "Comme il hésitait à y transférer les reliques du saint martyr, non par manque de foi, mais par respect pour celui-ci, il fut averti pendant son sommeil de ne pas négliger infidèlement ce qu'il avait cru fidèlement : aucune injure n'était faite aux esprits ni par la réduction des cendres ni par le déplacement des membres, parce que c'était chose manifeste que ce qui avait été utile au salut des croyants était profitable à l'honneur des martyrs. Et aussitôt, fortifié par une telle vision, il soumit une requête aux religieux empereurs et obtint sans aucun retard ce qu'il avait si pieusement demandé : que les reliques du saint homme, transférées vers la basilique préparée avec grand zèle, ne fussent pas tant violées par une audace irréfléchie qu'honorées par la déférence de celui qui, avec un éclat particulier, leur témoigne du respect." (traduction de Patrice Cabau, op. cit.).
  11. Renseignements fournis par un texte de l'historien dominicain Bernard Guy en 1313-16 qui rappelle le résultat des creusements effectués dans le sol de l'abside majeure de l'église le 6 septembre 1258 (découverte du tombeau de Saturnin) et 3 octobre 1265 (découverte des tombeaux des 4 autres saints, les trois évêques Honoré, Silve et Hilaire ainsi que Papoul, compagnon de Saturnin). Texte traduit du latin et cité par Patrice Cabau dans sa communication De saint Saturnin à Saint-Sernin, Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, tome LXI, 2001, p. 250.
  12. Guillaume de Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, 1633.
  13. Il a été découvert lors des travaux de restauration des cryptes en 1969. C'est un mur semi-circulaire de 7,40 m de diamètre, d'une épaisseur de 70 cm et conservé sur une hauteur de 60 cm. Une liaison avec un mur nord-sud plus épais (1 m) permet d'imaginer "la paroi orientale d'un transept ou de la nef de la basilique" (Cazes, p. 23 et 24).
  14. Voir Cazes, op. cit. pp. 25 à 43, pour tous les détails relatifs à cette nécropole.
  15. Voir Cazes, op. cit., p. 44.
  16. Premier document du Cartulaire de Saint-Sernin. Voir Cartulaire de Saint-Sernin de Toulouse, P. et Th. Gérard, Les Amis des Archives de la Haute-Garonne, 1999.
  17. Analyses de pollens contenus dans le mortier utilisé lors de l'inhumation du "comte de l'An Mil", dans la deuxième moitié du 10e siècle. Extrait de Le comte de l'An Mil, sous la direction de É. Crubézy et Ch. Dieulafait, Aquitania, 1996, p. 73.
  18. Voir Cazes, op. cit., p. 47 à 52 pour le "contexte historique" tourmenté du lancement du chantier roman et la question complexe de sa datation.
  19. Le Cartulaire de Saint-Sernin, transcrit entre 1167 et 1185, permet de constater que le chapitre a acquis un grand nombre de propriétés et de droits au nord de Toulouse et autour du Comté de Foix entre la fin du 10e et la première moitié du 11e siècle. Le tiers central du 11e siècle (sans doute consacré à l'accumulation de réserves pour la reconstruction) est beaucoup plus calme avant une "apogée" dans les années 1080-1125 lorsque le chantier est lancé et l'indépendance vis à vis de l'évêque confirmée. Voir Cartulaire de Saint-Sernin de Toulouse, op. cit.
  20. Voir Les données historiques relatives à la construction de Saint-Sernin de Toulouse, Patrice Cabau, Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, tome LVIII, 1998, p. 35-36.
  21. Cazes, op. cit., p. 48. Et Cartulaire de Saint-Sernin, op. cit., no 290
  22. Tous les détails des chapitres relatifs à la construction et les citations non sourcées sont issus de l'étude très fouillée de Quitterie Cazes p. 53 à 103 de Saint-Sernin de Toulouse, op. cit.
  23. Voir Cabau, Les données historiques... op. cit., Cazes, op. cit., p. 50.
  24. Pour les détails sur l'autel, voir l'étude de Daniel Cazes Bernard Gilduin et la première sculpture romane de marbre in Cazes, op. cit., p. 194 à 206.
  25. Pour ces sculptures, voir Daniel Cazes, op. cit., p. 206 à 216. Elles pourraient avoir été antérieurement montées en retable et être la "magestat de peyra am dos angels de peyra" (majesté de pierre avec deux anges de pierre) mentionnés en 1467 dans le mur externe du déambulatoire sud.
  26. Voir Cazes, op. cit., p. 47. Et Cartulaire de Saint-Sernin, no 281.
  27. Voir Cazes, op. cit., p. 48.
  28. Voir Cazes, op. cit., p. 47.
  29. Pour cette période, voir Cazes, op. cit., p. 76 et 77.
  30. Ils cessent dès la fin du 11e siècle de s'y faire enterrer, malgré l'acte de 1093 (no 2 du Cartulaire de Saint-Sernin) rappelant que le sanctuaire est réservé aux sépultures des comtes, évêques et chevaliers de la ville. Voir Le comte de l'An Mil, op. cit., p. 37 et 38.
  31. Voir Cazes, op. cit., pp. 78 à 91.
  32. Ne reste plus de ce baldaquin gothique, détruit au 18e siècle, que le soubassement avec sa voûte rayonnante dans la crypte supérieure. Voir Cazes, op. cit., p. 92.
  33. Blasons des papes Jean XXII et Benoit XII, des cardinaux Jean-Raimond de Comminges et Pierre-Roger de Beaufort. Ils auraient pu être réalisés par l'abbé de Saint-Sernin Hugues Roger, parent du cardinal Pierre Roger après la réforme des chanoines réguliers de 1339. Voir Les travaux récents de Saint-Sernin, Maurice Prin, L'Auta, no 418 (1976), p. 48 à 53.
  34. Voir Le clocher de Saint-Sernin de Toulouse, Pascal Julien et Henri Pradalier, Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, tome LV (1995), p. 215 et 216.
  35. http://books.google.fr/books?id=4-ZZAAAAYAAJ&pg=PA690 Lettres patentes de Louis XI, Toulouse, le 6 juin 1463.
  36. Voir Cazes, op. cit., p. 94 et D'ors et de prières. Art et dévotions à Saint-Sernin de Toulouse, Pascal Julien, Publications de l'Université de Provence, 2004.
  37. Carillon de la basilique
  38. C. Douais éd., Le cartulaire de saint Sernin, § 295, p. 210 : "...Deliberavi ibi canonice vivere, secundum patrum decreta, id est Augustini, Ieronimi, et ceterorum." ; voir aussi § 293
  39. Douais, Le cartulaire de Saint-Sernin, Toulouse, 1887, p. 481 §6: "In primis si quidem statuentes ut ordo canonicus secundum beati Augustini regulam perpetuis ibi temporibus inviolabiliter conservetur."
  40. Note 102 à Claude de Vic, Joseph Vaisseyte, Histoire générale de Languedoc, t. 4/2, Toulouse, 1872, p. 525 : « XVII kal. decembris obiit Amelius abbas Sancti Sernini ») et non 3.12.1337, date de la désignation de son successeur Jean des Prés (Eubel).
  41. Gallia christiana, t. 13, col. 97
  42. Pour la date de décès, cf. extrait du nécrologe de Saint-Étienne de Toulouse, dans Paris, BnF, Coll. Baluze, vol. 75, fol. 197v. Nota bene : Contrairement à ce qu'affirme la Gallia Christiana, Bernard de Rozergue ou de Rozier n’a jamais été abbé de Saint-Sernin comme l’atteste un ajournement au parlement de Toulouse en 1476 qui montre que Jean Jouffroy a immédiatement succédé à Jean de Juniac; voir Gaspard Caussé, « Un document inédit sur l’abbaye de Saint-Sernin », Mémoires de la Société archéologique du midi de la France, 8 (1861-1865), p. 399-498, ici p. 407.
  43. http://www.societes-savantes-toulouse.asso.fr/samf/geo/31/toulouse/stsernin/bducou98.htm
  44. http://www.musees-midi-pyrenees.fr/encyclopedie/themes/patrimoine-et-techniques/deux-cartes-du-ciel-a-la-basilique-saint-sernin-a-toulouse-une-representation-unique-au-monde/
  45. film réalisé à l'occasion d'une exposition

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Quitterie et Daniel Cazes, Saint-Sernin de Toulouse : De Saturnin au chef-d’œuvre de l'art roman, éditions Odyssée,‎ 2008, 348 p. (ISBN 978-2909478234)Document utilisé pour la rédaction de l’article
    (photographies de Michel Escourbiac)
  • Célestin Douais éd., Cartulaire de l'abbaye de Saint-Sernin de Toulouse (844-1200), Paris, Toulouse, Picard, Privat, 1887
  • Pierre et Thérèse Gérard éds., Cartulaire de Saint-Sernin de Toulouse, 4 vol., Toulouse, 1999
  • Patrice Cabau, « Les évêques de Toulouse (IIIe ‑ XIVe siècles) et les lieux de leur sépulture », Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, 59 (1999), p. 123-162
  • Saint-Sernin de Toulouse. Basilique romane de Jean Rocacher, Mosé Biagio Moliterni, Éditions Privat, (ISBN 2708990748).
  • Henri Pradalier, Saint-Sernin gothique, Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France, tome 63, 2003, p. 89-108. [1]
  • Henri Pradelier, Saint-Sernin de Toulouse au Moyen Âge, p. 256-301, dans Congrès archéologique de France. 154e session. Monuments en Toulousain et Comminges. 1996, Société Française d'Archéologie, Paris, 2002
  • Marcel Aubert, Saint-Sernin, p. 9-68, dans Congrès archéologique de France. 92e session. Toulouse. 1929, Société Française d'Archéologie, Paris, 1930
  • Marcel Durliat, Haut-Languedoc roman, La Pierre-Qui-Vire, éditions Zodiaque, coll. « la nuit des temps » (no 49),‎ 1978, p. 47-137.
  • Abbé Jean Rocacher, Saint-Sernin, éd.Zodiac, 1982, 96. p.Nomb.Ill.
  • Corinne Clément et Sonia Ruiz, Toulouse secret et insolite : Les trésors cachés de la ville rose, Les Beaux jours / Compagnie Parisienne du livre,‎ septembre 2007, 184 p. (ISBN 978-2-35179-015-1)
  1. Clément et Ruiz 2007, p. 27

Liens externes[modifier | modifier le code]