Martial de Limoges

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Gravure tirée du Tonaire de Saint-Martial de Limoges, le représentant aux prises avec deux oiseaux fantastiques.

Martial de Limoges ou saint Martial (IIIe siècle), également appelé l’apôtre des Gaules ou l’apôtre d'Aquitaine est le premier évêque de Limoges.

Fondateur de l'Église d'Aquitaine, fêté le 30 juin, il est le saint patron éponyme de multiples villes, villages et lieux de cultes catholiques, dont le plus renommé est l'abbaye Saint-Martial de Limoges.

Invoqué à Limoges à l’occasion du mal des ardents durant les ostensions de l’an 994, Martial obtient l'apostolicité par l'action du prédicateur Adémar de Chabannes, lors des conciles de Limoges de 1029 et 1031.

Placé au rang des apôtres par Jean XIX, saint Martial draine un courant de pèlerinages fructueux pour l’abbaye Saint-Martial de Limoges et la ville. Il reste vénéré comme apôtre jusqu'en 1850 dans la liturgie de l'Église limousine. Dénoncée dès le XVIIe siècle, cette apostolicité construite et plaidée par Adémar de Chabannes, maintenue par la sacrée congrégation des rites et confirmée par décret du 18 mai 1845 de Pie IX est abandonnée par l'Église catholique au début du XXe siècle. Son culte reste aussi très populaire en Limousin.

Traces historiques et archéologiques[modifier | modifier le code]

Les mentions écrites les plus anciennes relatives à Martial de Limoges datent du début du Moyen Âge. Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont au Ve siècle, affirme qu'Augustoritum (ancien Limoges) reçut Martial comme évêque ; le célèbre Grégoire de Tours l’évoque dans son Historia Francorum (Histoire des Francs).

On sait que le premier évêque fut inhumé dans le cimetière situé près de la via Agrippa. Dans les années 1960, des fouilles sont effectuées à Limoges sur l'emplacement de l'ancienne abbaye Saint-Martial, à l'occasion du creusement d'un parking souterrain sous la place de la République.

Dans les restes d'une crypte, un tombeau attribué au saint est découvert ainsi qu'une mosaïque du Haut-Empire témoignant de l'importance du personnage inhumé.

Le culte[modifier | modifier le code]

Sur son tombeau fut construite au début du Moyen Âge une abbaye, étape sur la route du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. L'abbatiale romane dédiée au Sauveur était une des plus belles églises du sud de la France. La bibliothèque des moines, en grande partie conservée à la Bibliothèque nationale, est d'une grande richesse, les enluminures des manuscrits sont de magnifiques témoins de l'art roman. Les émaux qui y étaient produits eurent une renommée immense dans l'Occident chrétien. Le culte de saint Martial se perpétue encore aujourd'hui lors d'ostensions, qui se déroulent tous les sept ans à Limoges. Les prochaines ostensions de Limoges auront lieu en 2016.

Héraldique[modifier | modifier le code]

Le portrait et les initiales de saint Martial figurent sur le blason de la ville de Limoges et il est également cité dans la devise de la ville : Dieus gart la vila e sent Marsals la gent (occitan) : Dieu garde la ville et saint Martial le peuple.

Blason de la ville de Limoges.

L'apostolicité de Martial[modifier | modifier le code]

Élaborée entre le IXe et le XIe siècle, l'hagiographie la plus élaborée de Martial de Limoges est la Vita prolixior composée Adémar de Chabannes, moine de l'abbaye Saint-Martial.

Cette vita de saint Martial a été rédigée en vue de promouvoir et défendre la thèse de l'aposticité de Martial. Ainsi Adémar de Chabannes écrit : « Martial vécut au temps de Jésus et le suivit avec sa famille dès sa plus tendre enfance. Il reçut le baptême dans les eaux du Jourdain... / ... « Jésus prit pour exemple le petit Martial en prononçant ces paroles : “Si vous ne vous rendez pas semblables à cet enfant, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux” (Matthieu XVIII,3). Martial est le petit garçon qui apporta les poissons lors de la multiplication des pains dans le désert. »

De le même but, Adémar de Chabanne rapporte le récit de multiples miracles.

« Il suivit le Christ jusqu’à Jérusalem où il servit lors de la Cène. Auparavant, Jésus aurait demandé à saint Pierre d’envoyer Martial en Gaule. Avec deux compagnons, Alpinien et Austriclinien, Martial, le bâton de saint Pierre à la main, partit évangéliser le peuple des Lémovices. Sur le chemin, Austriclinien mourut – on ne sait de quoi –, Martial prit son bâton et toucha son compagnon défunt qui ressuscita. Il entra sur la terre du Limousin par Toulx, il y guérit une possédée qui était la fille d’Arnulfus ainsi qu'un jeune garçon, le fils de Nerva, qui allait périr étouffé ; les habitants, devant les miracles accomplis, se convertirent. »

Remise du bâton de saint Pierre (détail) à saint Martial. Voûtain est de la chapelle de saint Martial (palais des Papes, Avignon).

« Sur sa route, vers Augustoritum, il traversa Ahun où il rendit la vue à des prêtres païens qui l’avaient molesté, c’est alors que le démon sortit d’une statue de Jupiter qui se brisa. Martial guérit un paralytique qui lui avait demandé de l’aide. Le Christ apparut à Martial, lui ordonnant de quitter la ville d’Ahun pour continuer sa mission : “Ne crains pas de descendre à Limoges, où je te glorifierai et serai toujours avec toi.” Arrivant dans la capitale des Lémovices, Martial guérit un dément en présence de son hôtesse Suzanne et de sa fille Valérie. Mais deux prêtres païens, André et Aurélien, firent emprisonner les trois compagnons ; les deux Gallo-Romains furent frappés par la foudre qui les tua. Martial les ressuscita, puis aussitôt après les deux païens confessèrent tous leurs péchés. Après le miracle de sainte Valérie – voir ci-dessous –, Martial ressuscita son bourreau et Hildebert, fils du comte de Poitiers, qui s’était noyé dans la Vienne. Les trois évangélisateurs partirent convertir le reste de l’Aquitaine, ils arrivèrent à Bordeaux où Martial guérit Sigisbert, comte de la cité, qui était paralysé. La ville fut alors victime d’un incendie, mais Martial de son bâton éteignit le feu. Il partit alors pour Poitiers où le Christ lui apparut, annonçant les martyres de saint Pierre et saint Paul ; quelque temps plus tard, il lui réapparut, lui affirmant qu’il allait bientôt mourir. Martial retourna à Limoges et choisit comme successeur Aurélien, l’ancien prêtre païen ; l’évangélisateur mourut lors d’une messe à laquelle assistaient de nombreux fidèles qui virent l’âme de l’apôtre s’élever vers le ciel. Le premier évêque de Limoges fut enterré hors de la ville ; sur le parcours du cortège funéraire un paralytique fut guéri, le premier d’un long cortège de malades qui viendraient demander leur guérison sur le tombeau de saint Martial. »

Saint Martial Apôtre des Gaules[modifier | modifier le code]

Adémar de Chabannes, désireux de magnifier l'œuvre évangélique de Martial, et par là même de rehausser le prestige de l'abbaye consacrée au saint homme, voulut produire, lors des deux conciles de Limoges et de celui de Bourges, les textes nécessaires à la reconnaissance de son apostolicité.

Ceux-ci furent repris au XVIIe siècle par le père Bonaventure de Saint-Amable (v. 1610-1691)[1] dont l'œuvre est à l'origine des multiples biographies de saint Martial et de sainte Valérie publiées au XIXe. siècle.

Charles de Lasteyrie, puis qu'Alfred Leroux[2], démontrent l'action d'Adméard de Chabannes.

Leurs travaux viennent clore le débat sur apostolicité de saint Martial, encore admise par le pape en 1850.

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Bonaventure de Saint-Amable, Histoire de saint Martial apôtre des Gaules et principalement de l'Aquitaine et du Limousin, Clermont, Jacquard, 3 vol., 1676-1685.
  2. Charles de Lasteyrie, L'Abbaye Saint-Martial de Limoges, A. Picard, Paris, 1901 (thèse de l'École des Chartes, 1899) ; Alfred Leroux, La légende de saint Martial dans la littérature et l'art anciens, Limoges, 1911.

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