Ordre des Célestins

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Ordre des Célestins
Image illustrative de l'article Ordre des Célestins
Insigne et blason de l'ordre des Célestins
Création 1264
Reconnaissance canonique 1274
Fin 1778
Fondateur(s) Pietro del Morrone
Spiritualité Règle de saint Benoît
Liste des ordres religieux

L'Ordre des Célestins, fondé en 1264, par Pietro del Morrone, était un ordre religieux monastique de tendance érémitique. D'abord appelés frères du Saint-Esprit les moines furent connus plus tard comme Célestins lorsque leur fondateur fut élu pape (1294) et pris le nom de Célestin V. L'ordre se développa en Italie et en France. Il fut supprimé en 1778.

Fondation[modifier | modifier le code]

Autour de 1240 le moine bénédictin Pietro del Morrone, provenant de l'abbaye molisane de Santa Maria di Faifoli, se retire sur le mont Majella, dans les Abruzzes, afin de renforcer l'observation des règles en menant partiellement une vie d'ermite. Quelques années plus tard, il fonde, près du castrum de Roccamorice, l'Ermitage du Saint-Esprit : la tradition retient la date du 29 août 1248[1] (Fête de la décollation de saint Jean Baptiste) pour cette fondation.

Autour de Pietro s'est vite développée une communauté d'ermites, dont l'existence est documentée pour la première fois le 23 mai 1259, lorsque les autorités de la ville de Sulmona donnèrent aux moines Giacomo et Giovanni, les représentants légaux de Pietro, des terres sur la montagne del Morrone, surplombant la ville[2]. Le 5 juin suivant, l'évêque de Valva et le chapitre de la cathédrale San Panfilo accordèrent à ces ermites la permission de construire une église dédiée à la Vierge[3].

Le premier monastère fut établi sur les pentes du mont Majella, en Italie. À l'origine ces religieux étaient membres des Ermites de saint Damien, ou frères du Saint-Esprit (du nom de l'abbaye du Saint-Esprit, à Sulmona).

Le pape Urbain IV autorise cette fondation en 1263 et l'agrège à l'ordre bénédictin.

L'ordre est officiellement approuvé en 1274 par le pape Grégoire X en dépit de la récente réaction du deuxième concile de Lyon contre la multiplication des formes nouvelles de vie religieuse. L'ordre nouveau se répand largement en Italie, où il compte bientôt une centaine de maisons.

Devenu pape en 1294, Célestin V, en approuve les Constitutions le 27 septembre 1294, dont l'élément le plus caractéristique était la durée limitée à trois ans, renouvelables, de la charge d'abbé général. Le nom de 'Célestins' fut donné aux membres de l'ordre.

Expansion en France[modifier | modifier le code]

Les Célestins furent introduits en France par Philippe le Bel en 1300. Celui-ci tenait à exalter la mémoire de Célestin V au détriment de son successeur, le pape Boniface VIII avec lequel il est en conflit ouvert ; les premiers prieurés s'établirent dans les forêts d'Orléans et de Compiègne.

Le monastère des Célestins de Paris est érigé en 1352, et s'installe dans l'ancien couvent des Carmes. En 1365, Charles V[4] pose la première pierre de l'église qui est consacrée en 1370 par l'archevêque de Sens, Guillaume II de Melun. L'église est d'une structure simple : une unique nef de 48 m de long sur 11 m de large, qui se termine par une abside polygonale. Un jubé sépare la nef des trois travées du chœur des moines.

Le couvent des Célestins est étroitement lié à la famille royale. Philippe de Mézières, conseiller de Charles V de France, s'y retire à la mort du roi et y est enterré en 1405. Les Célestins font figure de nécropole royale et princière. Ils abritent les entrailles de la reine Jeanne de Bourbon, le prince Louis d'Orléans y est inhumé en 1407 après son assassinat. Cette faveur royale fut comme le signe de l'essor de l'ordre en France.

Le monastère devint le chef de l'ordre de la province française de la congrégation, et bientôt, à la faveur du Grand Schisme d'Occident, les monastères français, au nombre d'une dizaine, obtinrent leur autonomie par rapport à la juridiction italienne.

En 1615, dom Claude Champigny est à l'origine de la réforme de l'ordre, l'année 1667, de nouvelles Constitutions sont adoptées.

Les Célestins en Europe[modifier | modifier le code]

Le seul couvent de Célestins construit dans les anciens Pays-Bas est celui de Heverlee, de style gothique. Il est dessiné dans les albums de Croÿ, coiffé d'un cartouche sur lequel est inscrit « Le Cloistre de Hevre »[5] construit à Heverlee, à la suite de la demande faite peu avant sa mort (à Worms, le 28 mai 1521) par Guillaume de Croÿ, seigneur de Chièvres et marquis d'Aarschot. Ce vœu est exécuté par sa veuve Marie-Madeleine de Hamal. Le couvent en pierre calcaire blanche est construit près du château d'Heverlee, de 1521 à 1526, par l'architecte Rombaud II Keldermans, incluant un cloître et une église à trois nefs, longue de 72 m environ et large de 24,5 m. D'autre part, un couvent des Célestines est érigé à Namur de 1635 à 1658, durant une courte période d'accalmie s'étalant des guerres de religion et Don Juan d'Autriche aux invasions françaises de Louis XIV. L'administration wallonne occupe les vestiges de ce couvent.

Le déclin[modifier | modifier le code]

Les destructions des guerres de religion ont infligé aux célestins de France des dommages irréparables. Au XVIIIe siècle, l'ordre n'a plus assez de vitalité pour résister aux pressions de la commission des réguliers qui lui interdit en 1769 de recevoir des novices, il ne comptait alors plus que cent soixante-dix moines. Il est supprimé en 1778, à cause de la corruption qui s'y était développée.

Les trésors de la bibliothèque des célestins de Paris sont dispersés avant même la Révolution.

L'église du couvent est détruite en 1795, alors que les gisants des princes sont transférés au Louvre où à la basilique Saint-Denis, et les bâtiments conventuels démolis en 1847. En 1877, le boulevard Henri-IV est percé, sa partie inférieure correspond à l'ancien couvent, alors que l'actuelle caserne des Célestins de la Garde républicaine, construite vers 1900, occupe les anciens jardins du couvent.

L'habit[modifier | modifier le code]

Habit des religieux « Célestins ».

Les célestins portaient une tunique blanche, un scapulaire noir, un capuchon à collerette et, pour les profès, une coule noire. En raison de leur scapulaire noir qui formait comme un trait noir sur leur robe blanche, ils furent également appelés les barrés.

Implantations en Italie[modifier | modifier le code]

D'après Antoine Becquet.

  • Collemadio 1274, 1444 : Saint-Pierre-Célestin, près d'Aquila.
  • Milan 1525 : Notre-Dame de la Victoire, près de Milan
  • Saint-Benoît de Nursie 1488, Ombrie.

Implantations en France[modifier | modifier le code]

Dates de fondation d'après le ms Avignon, Bibl. mun. 342, f. 151 (XVe s.), entre parenthèses les dates proposées par Antoine Becquet ; la construction a souvent commencé avant la date de fondation officielle retenue par les archivistes de l'ordre pour la mémoire officielle de leur congrégation.


  • Ambert 1304 : Couvent Notre-Dame-des-Célestins. Commune de Chanteau, dioc. Orléans
  • Amiens 1401 : Saint-Martin et Saint-Antoine
  • Annecy 1516 : Sainte-Croix.
  • Avignon 1393 : Couvent du Bienheureux Pierre de Luxembourg
  • Colombier-le-Cardinal 1361 : Couvent Sainte-Marie, Vivaray, dioc. de Vienne, dép. Ardèche.
  • Esclimont : Couvent Notre-Dame-des-Célestins. Commune de Saint-Symphorien-le-Château.
  • Étampes: Maison de Célestins.
  • Gentilly : 1356 au Pont-de-Sorgue (de nos jours Sorgues) : Saint-Martial, près d'Avignon (n'a aucun lien avec la commune du Val-de-Marne).
  • Limay, voir Mante.
  • Lyon 1422 (1421) : Notre-Dame de Lyon, de 1407 à 1778.
  • Mante-sur-Seine 1376 : couvent de la Sainte-Trinité, dioc. de Rouen, [ Limay, Yvelines]
  • Marcoussis 1408 : Couvent de la Sainte-Trinité, construit en 1407.
  • Metz1402 (1401) : Sainte-Marie / Notre-Dame.
  • Paris 1352 : Notre-Dame
  • Rainneville: Maison de Célestins
  • Rouen 1447 (1449) : Couvent Notre-Dame-du-Val, fondé par Jean de Lancastre, duc de Bedford, vers 1430 à 1783.
  • Sainte-Croix 1405 : Sainte-Croix-sous-Offémont, dioc. de Soissons
  • Saint-Pierre-au-Mont-de-Châtre 1308 : Saint-Pierre, dans la forêt de Compiègne, dioc. de Soissons [commune de Vieux-Moulin, canton Compiègne-Sud, dép. Oise]
  • Sens 1366 : Notre-Dame
  • Ternes 1328 (1338) : Notre-Dame, dioc. de Limoges, dans la Marche, [Les Ternes, Creuse, canton Anun, comm. Pionnat]
  • Villars-Salet 1470 : Sainte-Catherine. Savoie.
  • Verdelais: Couvent des Célestins de 1627 à 1778.
  • Vichy en Bourbonnais 1411 : Couvent de la Sainte-Trinité, supprimé en 1778.
  • Villeneuve-les-Soissons 1444 (1404) : Sainte-Trinité.

Implantations dans d'autres pays[modifier | modifier le code]

D'après Antoine Becquet.

  • Heverlee (1399) : Notre-Dame, près de Louvain.
  • Oybbin (1426) : Mont-Paraclet, Bohème.
  • Barcelone (1410) : Sainte-Chapelle, Espagne.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. V. Zecca, Mémoires p. 22-23.
  2. Code diplomatique célestin, no 7
  3. Code diplomatique célestin, no 8.
  4. Le roi, protecteur de l'ordre, réside à proximité du monastère, à l'hôtel Saint-Pol
  5. D'après dessin original classé sous le no AA 2433