Canon (arme à feu)

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Canon rayé du canon de char britannique Royal Ordnance L7.

Le canon est la partie d'une arme à feu constituée par le tube servant à lancer un projectile.

Il existe des canons lisses et rayés. Dans ces derniers, en réalisant des rainures à l'intérieur du canon, on réduit la vitesse (et donc la portée) du projectile mais on accroît la précision.

La vitesse à la bouche exprime la vélocité du projectile à sa sortie du canon, et l'énergie à la bouche son énergie cinétique.

L'écouvillon est une brosse servant à nettoyer l'intérieur du canon.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les premières « bouches à feu » furent faites en fer forgé. Elles étaient composées de barres de fer soudées et assemblées en forme de douves et reliées par des cercles de même métal. En 1354, il y avait déjà des pièces en cuivre. En 1372, on coulait des pièces de bronze à Augsbourg. Vers la fin du XIVe siècle ces pièces étaient très nombreuses en Italie. On employa le fer forgé concurremment avec le bronze pendant environ deux siècles et demi. La fabrication des pièces de bronze ou de cuivre fait supposer la connaissance des fourneaux à réverbère. Le bronze outre l'étain et le cuivre contenait un peu de zinc, et même du plomb, mais on ne tarda guère à adopter une composition formée de cuivre et d'étain seulement.

Abbaye du Mont-Saint-Michel. Bombarde abandonnée par l'armée de Thomas de Scales, le 17 juin 1434

La coulée de canons en fonte fut réalisée dès 1547 en Angleterre. La coulée de pièce de gros calibre exigeait le concours de plusieurs hauts fourneaux. Dans le principe les pièces étaient coulées à noyau et on ne les alésait même pas. On voit qu'en 1671, les pièces étaient encore coulées à noyau mais avec masselottes et qu'elles étaient alésées. L'alésage se faisait autrefois verticalement. En 1744, Jean Maritz, inspecteur général de la fonderie de la marine en France, imagina de couler les bouches à feu pleines et de les forer horizontalement en les faisant tourner autour de leur axe. En 1748, ces procédés devinrent réglementaires en France[1].

En Angleterre on substitua dès 1712 le charbon minéral au charbon de bois dans la fabrication de la fonte. Les premiers essais ne furent pas heureux et l'entreprise fut abandonnée. Cependant on revint au procédé et, en 1740, on utilisait de la fonte au coke. Les machines à vapeur qui furent inventées peu de temps après mirent de grandes forces motrices à la disposition de l'industrie et permirent l'établissement de hauts fourneaux de grandes dimensions. De 1760 à 1766, l'emploi de coke dans la réduction des minerais de fer devint général en Angleterre. C'est aussi vers la même époque que l'on commença dans ce pays à fabriquer les pièces avec de la fonte au coke, mais toujours par le coulage direct au haut fourneau. Les canons en fer furent coulés en seconde fusion par le four à réverbère chauffé à la houille à partir de 1770 à 1775, en Angleterre et de 1780 à 1790, en France et en Belgique[1]

Au XVIIIe siècle, si les armes blanches et fusils sont le travail d'artisans, les canons, boulets et mortiers s'accommodent moins du travail artisanal et se font dans les ateliers attenant aux usines sidérurgiques. L'usage de canons est déterminant dans les combats sur mer mais ne l'est pas encore dans les combats sur terre. La production de canons est souvent une activité marginale dans la production de certaines usines, même si on compte de plus en plus d'usines dédiées à la production d'armes[2].

Dans le courant du XIXe siècle, la production de canons en acier, mais aussi la production de blindages pour les coques de bateau qui doivent résister à l'impact produit par les obus de ces mêmes canons, contribue à part égale avec celle des rails et locomotives au renouvellement des techniques liées à l'acier[3]. Le procédé Bessemer notamment permet d'accroitre la ténacité de même que la résistance à l'éclatement des aciers employés pour les canons et, d'autre-part, d'en amoindrir le poids. En outre, les canons fabriqués dans cet acier ductile peuvent être moulés en une seule pièce et à des cadences plus importantes que le fer forgé[4].

Entreprise Krupp. Fabrication de canons en 1915.
Exposition Krupp - Exposition universelle de 1876 Philadelphie

La production de canons fait la prospérité de l'entreprise Krupp en Allemagne, à partir de 1859. A Essen, les deux cinquièmes de l'acier fondu qui sortent des usines Krupp sont destinés à la fabrication de canons tout calibre depuis la petite pièce de campagne de quatre jusqu'à des pièces monstrueuses de cent cent cinquante et cinq cents kilogrammes de projectile. Krupp équipe en canons les Russes, les Anglais, les Belges, les Italiens, les Turcs, les Autrichiens, Hollandais, et même les Japonais[5]». La bataille de Sedan, le 1er septembre 1870, consacre la supériorité des canons en acier Krupp, qui se chargent par la culasse, dans les rangs de l'armée prussienne, sur les canons en bronze de l'armée française qui eux se chargent par la gueule. Si les portées des canons sont identiques, la cadence de tir des canons prussiens est infernale[6]. La vente de canons sera pour l'Allemagne l'un des moteurs de son expansion, et plus tard de son hégémonie sur le monde[7].

Obusier de 420 mm type M « Grosse Bertha » en batterie.

La révolution industrielle entamée à la fin du XVIIIe siècle accouche de sa première guerre industrielle, savoir la Première Guerre mondiale. La France qui n'avait que 300 canons au début de la guerre, en possède 5 200 en 1918 et a tiré 250 millions d'obus. La Grosse Bertha allemande, tirant des obus de 1 150 kg est à elle seule un condensé de prouesse technologique[8].

Fabrication[modifier | modifier le code]

Acier de Damas : Ce procédé a été utilisé pour forger des canons de fusil. Au début du XXe siècle, de nombreuses forges de la région liégeoise utilisaient encore ce procédé.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Coquilhat. Cours élémentaires sur la fabrication des bouches à feu en fonte et en bronze et des projectiles d'après les procédés suivis à la fonderie de Liège, Volume 1. H. Dessain, 1856 (Consulter en ligne)
  2. Portal Roger. L'industrie métallurgique de l'Oural et les succès de Catherine II. In: Revue des études slaves, Tome 27, 1951. Mélanges André Mazon. pp. 220-226. Consulter en ligne
  3. Bertrand Gille. La Sidérurgie française au XIXe siècle: Recherches historiques. Librairie Droz, 1968. Consulter en ligne
  4. Ecole de Liège. Association des ingénieurs sortis. Comité scientifique. Revue Universelle des Mines, de la Métallurgie, des Travaux Publics, des Sciences et des Arts Appliqués à l'Industrie, Volume 6. 1859; Consulter en ligne
  5. « Il y en avait tant et de si gros que nous, qui ne sommes pas artilleurs, nous avons eu un moment d'inquiétude naïve pour notre pays et nous avons demandé humblement s'il n y en avait pas un peu aussi pour la France ». Dans Fabrique d'acier fondu de Friedrich Krupp à Essen (Prusse), 1866. Consulter en ligne
  6. Alexis Philonenko. La philosophie du malheur. Vrin, 1999 Consuler en ligne
  7. Gabrielle Foy. L'influence de la communauté allemande sur la géopolitique argentine de 1850 à nos jours. Editions L'Harmattan, 2011. Consulter en ligne
  8. Histoire de l'Europe au XXe siècle Tome 1: [1900-1918]. Editions Complexe, 1994. p. 319 Consulter en ligne

Voir aussi[modifier | modifier le code]