Attirance sexuelle

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Dans les années 1950 et 1960, Brigitte Bardot a été considérée comme un sexe-symbole en raison de son sex-appeal...
Dans les années 1950 et 1960, Brigitte Bardot a été considérée comme un sexe-symbole en raison de son sex-appeal...
 
...alors que les femmes des œuvres artistiques de Rubens, qui ont un physique assez différent, étaient perçues comme sexuellement attractives au XVIIe  siècle av. J.-C..
...alors que les femmes des œuvres artistiques de Rubens, qui ont un physique assez différent, étaient perçues comme sexuellement attractives au XVIIe  siècle av. J.-C..

Chez les espèces utilisant la reproduction sexuée, l' attirance sexuelle (ou l'attraction sexuelle ; ou sex-appeal chez l'humain) désigne l'attirance vers d'autres membres de la même espèce pour réaliser la copulation ou pour des activités érotiques.

Plusieurs hypothèses relatives à la théorie de l'évolution suggèrent que certaines caractéristiques particulières des organismes (la roue des paons, les bois des cerfs, la peau sexuelle des primates, le rapport taille-hanche des femmes …), qui provoqueraient de l'attirance sexuelle, ont été sélectionnés par l'évolution pour augmenter les chances de reproduction avec le partenaire le plus approprié.

La nature de l'attirance sexuelle n'est pas encore complètement comprise. Plusieurs hypothèses populaires, telle celle du rapport taille-hanche de la femme, correspondraient plutôt à des préférences sexuelles apprises en raison de caractéristiques culturelles particulières.

NB: Cet article présente les théories et les données scientifiques concernant les caractéristiques morphologiques, sonores, olfactives, etc., qui provoquent une attirance sexuelle entre les animaux. Les processus neurobiologiques spécifiques qui permettent de reconnaître le sexe opposé sont présentés dans l'article Orientation sexuelle. Les processus neurobiologiques qui sont à l'origine de préférences sexuelles pour certaines caractéristiques des partenaires ou pour quelques partenaires particuliers sont présentés dans l'article Préférence sexuelle.

Cadre général[modifier | modifier le code]

Quels sont les processus neurobiologiques à l'origine de l'attraction sexuelle ?

La synthèse des données actuellement disponibles suggère que la plupart des animaux sont biologiquement organisés pour la copulation hétérosexuelle[1]. En fonction des caractéristiques des circuits neurobiologiques connus, c'est la communication chimique qui apparaît comme la plus adaptée pour transmettre les signaux déclencheurs de l'attraction sexuelle[2].

Circuits neurobiologiques de la copulation[modifier | modifier le code]

Schéma simplifié des circuits neurobiologiques du comportement de reproduction des mammifères, chez la femelle.

Les études scientifiques récentes montrent que l'organisation neuroanatomique générale des mammifères non-primates est spécifiquement conçue pour la copulation hétérosexuelle[1]. En simplifiant, il existe trois grands circuits neurobiologiques précablés, contrôlés par les hormones : 1) les circuits olfactifs (flèches rouges, schéma ci-contre), à l'origine de l'excitation sexuelle et de l'orientation sexuelle [3] ; 2) les circuits des réflexes sexuels (lordose[4], érection, éjaculation… flèches oranges), qui permettent la copulation ; et 3) les circuits des récompenses sexuelles (système de récompense associé au pénis/clitoris – flèches bleues), qui sont impliqués dans les apprentissages sexuels[5] (en particulier de la motivation sexuelle) [2].

Articles détaillés : Copulation et Comportement de reproduction.

En fonction de cette organisation, chez les mammifères, ce sont les circuits olfactifs qui apparaissent comme les plus adaptés pour traiter de manière innée les signaux déclencheurs de l'attraction sexuelle.

Organisation des systèmes sensoriels[modifier | modifier le code]

L'étude des différents systèmes sensoriels suggère que seule la communication chimique est apparemment la plus adaptée pour véhiculer des signaux relatifs à l'attraction sexuelle[6].

En effet, une molécule chimique peut avoir des caractéristiques physiques et chimiques spécifiques, et qui sont bien distinctes des milliers d'autres molécules chimiques existant dans l'environnement. La communication chimique existe à tous les niveaux d'un organisme : dans la cellule, entre les cellules, entre les tissus et les organes. De plus, les molécules chimiques peuvent être facilement synthétisées, émises et détectées par un organisme. Chez les mammifères, plusieurs organes sensoriels (langue, ganglion de Grueneberg, organe septal…) peuvent détecter des molécules chimiques. Mais c'est l'épithélium olfactif et surtout l'organe voméronasal qui semblent spécifiquement organisés pour traiter les signaux chimiques déclencheurs de l'attraction sexuelle[7].

Par rapport aux stimulations corporelles, le système somatosensoriel est constitué de plusieurs types de récepteurs (mécanorécepteurs, nocicepteurs, thermorécepteurs …) localisés dans la peau, les viscères, les muscles et les tendons de l'organisme. À la différence des systèmes sensoriels où les récepteurs sont localisés dans des organes sensoriels, les différents récepteurs somatosensoriels sont disséminés dans tout le corps. Ces récepteurs permettent la détection de stimuli nociceptifs, de la température, de l'étirement, de la pression, des vibrations ou du contact[8]. À ce niveau, on remarque qu'aucun de ces récepteurs ne peut être spécifique d'un signal sexuel. Tout contact avec le corps active des récepteurs somatosensoriels, que ce contact soit sexuel ou non. Il n'existe donc pas de signaux somatosensoriels élémentaires spécifiques du comportement de reproduction. Néanmoins il existe des connexions spécifiques entre le pénis / clitoris et le système de récompense[9],[10], qui permettent de déclencher les réflexes sexuels et d'induire de nombreux apprentissages sexuels[5]. Mais le système somatosensoriel n'apparaît pas organisé pour traiter des signaux déclencheurs d'une attraction sexuelle.

La vision est un canal sensoriel majeur chez les hominidés. Plusieurs théories ont donc supposé que des signaux visuels pourraient servir de signaux spécifiques au déclenchement de l'attraction sexuelle. Mais les caractéristiques fonctionnelles du système visuel ne semblent guère adaptées pour traiter des signaux innés de l'attraction sexuelle. En effet, les photons qui constituent le rayonnement électromagnétique et la lumière sont des particules d'énergie. Ils peuvent être distingués les uns des autres par leur longueur d'onde comprise entre 103 à 10-14 mètre. Les structures sensorielles de la vision sont les récepteurs (3 types de cônes et 1 type de bâtonnets) des cellules neurosensorielles de la rétine qui détectent les photons dont la longueur d'onde est comprise entre 400 à 700 nm[8]. En fonction de ces caractéristiques, au mieux, à la lumière du jour, il n'est possible que de détecter trois signaux visuels élémentaires. De plus, au niveau anatomique, il ne semble pas exister chez les rongeurs de connexions entre les structures visuelles et les neurones de l'hypothalamus qui contrôlent le système hormonal de la reproduction (neurones à GnRH / LHRH)[11]. Pour ces raisons, il est peu probable qu'il existe un signal visuel élémentaire inné du comportement de reproduction. Néanmoins, il pourrait être possible qu'une information élaborée, extraite du traitement des stimuli visuels élémentaires, puisse servir de signal inné. Ce traitement, bien que peu probable en raison de son inhérente complexité, pourrait avoir lieu dans les parties corticales associatives du système visuel[6].

Par rapport au système auditif, les structures sensorielles de l'audition sont les cellules épithéliales ciliées sensorielles de l'organe spiral de la cochlée, qui détectent les mouvements provoqués par les vibrations moléculaires de l'air ou de l'eau[8]. Les vibrations moléculaires n'ayant pas de caractéristiques sexuelles spécifiques, il ne peut donc apparemment pas exister de signal auditif élémentaire inné déclencheur de l'attraction sexuelle. De plus, au niveau anatomique, il ne semble pas exister chez les rongeurs de connexions entre les structures auditives et les neurones de l'hypothalamus qui contrôlent le système hormonal de la reproduction (neurones à GnRH / LHRH)[11]. Éventuellement, il pourrait être possible qu'une information élaborée, extraite du traitement des stimuli auditifs élémentaires dans les régions corticales associatives, puisse servir de signal inné. Mais des expériences chez les rongeurs indiquent qu'il n'existe vraisemblablement pas de signaux sexuels auditifs innés, ni chez la femelle[12], ni chez le mâle[12].

En conclusion, en l'état actuel des connaissances, seul le système olfactif chez les mammifères apparaît spécifiquement organisé pour traiter différents types de signaux innés susceptibles de déclencher une attraction sexuelle[6].

Signaux déclencheurs de l'attractivité sexuelle[modifier | modifier le code]

En cohérence avec l'organisation biologique des systèmes sensoriels, des expériences ont mis en évidence l'importance des différentes informations (sexe, âge, statut endocrinien, génotype…) véhiculées par les molécules chimiques et leur rôle dans l'attractivité sexuelle[7],[3].

D'autres signaux, non chimiques et dont il est actuellement difficile d'établir s'ils sont innés ou acquis, jouent également un rôle dans l'attractivité sexuelle :


Chez l'être humain, on a également mis en évidence différents types de signaux innés et acquis qui interviennent dans l'attractivité sexuelle :

Signaux féminins attractifs pour l'homme :

  • Signaux opérants à distance
  • Signaux opérants à proximité
    • Timbre de voix féminin
    • Odeurs

Signaux masculins attractifs pour la femme :

  • Signaux opérants à distance
    • Symétrie du corps et du visage
    • Masse musculaire (a)
    • Silhouette harmonieuse
  • Signaux opérants à proximité
    • Timbre de voix masculin (a)
    • Odeurs

( (a) : Attractivité augmentée durant la période fertile[13].)

Problèmes méthodologiques[modifier | modifier le code]

Le principal problème méthodologique dans l'étude de l'attractivité sexuelle est de déterminer si la caractéristique qui déclenche une attractivité est apprise ou si elle dépend d'un processus de type inné. Car le système nerveux des mammifères est spécifiquement organisé pour réaliser de nombreux apprentissage, dès la période fœtale, ce qui implique que de nombreuses caractéristiques physiologiques, émotionnelles, comportementales et cognitives sont apprises. Pour comprendre les comportements, il est très important d'identifier les caractéristiques innées, qui sont les facteurs les plus primordiaux dans le développement et le fonctionnement de l'organisme[14].

Il est relativement fréquent que des études uniquement descriptives mettent en évidence une caractéristique qui apparaît d'abord comme innée et majeure, avant que sa nature apprise et donc plus relative soit révélée par des études pluridisciplinaires plus approfondies. Par exemple, certains auteurs ont supposé que des caractéristiques morphologiques, telles la peau sexuelle des primates ou le rapport taille-hanche et les seins dans l'espèce humaine, constitueraient des signaux visuels innés déclencheurs de l'attractivité sexuelle. Mais des études pluridisciplinaires ultérieures ont montré que ces caractéristiques seraient apprises et dépendraient chez l'humain plutôt du contexte culturel.

La peau sexuelle est-elle un signal sexuel inné ?

Le signal sexuel visuel de la peau sexuelle est supposé avoir remplacé la perte des signaux olfactifs[15],[16]. Ce signal visuel, par sa taille et sa couleur rouge, est suffisant pour provoquer par exemple la masturbation chez les babouins[17]. Mais ce signal de la peau sexuelle serait appris et proviendrait en fait des renforcements érotiques, puisque le primatologue Alan Dixson a obtenu les mêmes réactions comportementales par conditionnement sexuel avec un gant[18].

Rapport taille-Hanche.

Le chercheur Devendra Singh a proposé que chez la femme le rapport entre la circonférence de la taille et celle des hanches, quand il s'approche de 0,7, serait un signal visuel inné déclencheur de l'attractivité sexuelle[19]. Mais il est très difficile d'expliquer comment le système visuel calculerait ce rapport taille-hanche, plusieurs expérimentations montrent que le rapport taille-hanche préféré change en fonction du statut socio-économique[20] ou de l'évaluation cognitive[21]. Mais surtout, on observe que ce rapport taille-hanche change d'une société à l'autre, ce qui suggère fortement qu'il s'agit d'une caractéristique essentiellement apprise[22].

Le zoologiste Desmond Morris a proposé que les seins correspondraient chez l'être humain à des signaux sexuels innés[23]. Mais les mamelles ne jouent aucun rôle dans la copulation dans toutes les autres espèces de mammifères, et les seins ne sont pas considérés comme « sexuels », et ne sont pas perçus comme attractifs, dans toutes les sociétés humaines[24].

Article détaillé : Sein#Sexualité.

D'autres caractéristiques qui sont perçues comme sexuellement attractives dans certaines sociétés traditionnelles (voir photographies ci-dessous) sont également très probablement le résultat d'apprentissages culturels.

En conclusion, tant que des études pluridisciplinaires n'auront pas décrit en détail les différents processus par lesquels des signaux non chimiques peuvent déclencher une attraction sexuelle, il est plutôt probable que l'attractivité de ces signaux provienne d'apprentissages[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Agmo A. Functional and dysfunctional sexual behavior.
  2. a, b et c (fr) Wunsch S. Comprendre les origines de la sexualité humaine. Neurosciences, éthologie, anthropologie. [PDF] L'Esprit du Temps, 2014.
  3. a et b (en) Keller M., Bakker J. Special issue (12 articles) : Pheromonal communication in higher vertebrates and its implication for reproductive function. Behavioural Brain Research, 200(2):237-358, 2009
  4. Kow L.M., Florea C., Schwanzel-Fukuda M., Devidze N., Kami K.H., Lee A., Zhou J., Maclaughlin D., Donahoe P., Pfaff D. Development of a sexually differentiated behavior [lordosis] and its underlying CNS arousal functions. Curr. Top. Dev. Biol., 79:37-59, 2007
  5. a et b Pfaus J.G., Kippin T.E., Coria-Avila G.A., Gelez H., Afonso V.M., Ismail N., Parada M. Who, what, where, when (and maybe even why)? How the experience of sexual reward connects sexual desire, preference, and performance. Archives of Sexual Behavior, 41(1):31-62, 2012
  6. a, b et c (fr) Wunsch S. Thèse de doctorat sur le comportement sexuel EPHE-Sorbonne, Paris, 2007. [PDF] Serveur des thèses du CNRS
  7. a et b (en) Ferrero D.M., Liberles S.D. The secret codes of mammalian scents. WIREs Systems Biology and Medicine, 2:23-33, 2010
  8. a, b et c (en) Breedlove S.M., Watson N.V. Biological Psychology. An introduction to behavioral, cognitive, and clinical neuroscience. Sinauer Associates, Seven edition, 2013
  9. (en) Matsumoto J., Urakawa S., Hori E., de Araujo M.F., Sakuma Y., Ono T., Nishijo H. Neuronal responses in the nucleus accumbens shell during sexual behavior in male rats. The Journal of Neuroscience, 32(5):1672-1686, 2012
  10. (en) Cibrian-Llanderal T., Tecamachaltzi-Silvaran M., Triana-Del R.R., Pfaus J.G., Manzo J., Coria-Avila G.A. Clitoral stimulation modulates appetitive sexual behavior and facilitates reproduction in rats. Physiology & Behavior, 100(2):148-153, 2010
  11. a et b (en) Yoon H., Enquist L.W., Dulac C. Olfactory inputs to hypothalamic neurons controlling reproduction and fertility. Cell, 123(4):669-682, 2005
  12. a et b (en) Snoeren E.M., Agmo A. The incentive value of males' 50-kHz ultrasonic vocalizations for female rats (Rattus norvegicus). J. Comp Psychol., 128(1):40-55, 2014
  13. (en) Feinberg DR, Jones BC, Law Smith MJ & al. Menstrual cycle, trait estrogen level, and masculinity preferences in the human voice. Horm Behav. 2006 Feb;49(2):215-22
  14. (en) Doty R.L. "The Great Pheromone Myth". Johns Hopkins Press, 2010
  15. (en) Nei M., Niimura Y., Nozawa M. The evolution of animal chemosensory receptor gene repertoires: roles of chance and necessity. Nat. Rev. Genet., 9(12):951-963, 2008
  16. (en) Zhang J., Webb D.M. Evolutionary deterioration of the vomeronasal pheromone transduction pathway in catarrhine primates. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 100(14):8337-8341, 2003
  17. (en) Girolami L., Bielert C. Female perineal swelling and its effects on male sexual arousal: an apparent sexual releaser in the chacma baboon (Papio ursinus). Int. J. Primatol., 8:651-666, 1987
  18. (en) Dixson A.F. Primate sexuality: Comparative studies of the Prosimians, Monkeys, Apes, and Human Beings. Oxford University Press, 2009
  19. (en) Singh D. Adaptive significance of female physical attractiveness: role of waist-to-hip ratio. J. Pers. Soc. Psychol., 65(2):293-307, 1993
  20. (en) Swami V., Knight D., Tovee M.J., Davies P., Furnham A. Preferences for female body size in Britain and the South Pacific. Body Image, 4(2):219-223, 2007
  21. (en) Swami V., Furnham A., Chamorro-Premuzic T., Akbar K., Gordon N., Harris T., Finch J., Tovee M.J. More than just skin deep? Personality information influences men's ratings of the attractiveness of women's body sizes. J. Soc. Psychol., 150(6):628-647, 2010
  22. (en) Yu D.W., Shepard G.H., Jr. Is beauty in the eye of the beholder? Nature, 396(6709):321-322, 1998
  23. (en) Desmond Morris, Le Singe nu, Grasset 1968
  24. (en) Mascia-Lees F. Why women have breasts. Anthropology Now, 1(1):4-11, 2009

Annexes[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Attirance sexuelle.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • (en) FaceResearch – Recherche scientifique et études en ligne sur le rôle du visage dans l'attirance sexuelle.