Brigade anti-criminalité

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La Brigade Anti-Criminalité[1], aussi connue sous l'acronyme « BAC », est un service de la police nationale française, créé en 1994 au niveau national, appartenant à la Direction centrale de la sécurité publique ou à la DSPAP.

Les policiers des différentes BAC de France, peuvent assurer leurs missions en civil ou, moins fréquemment, en uniforme. Il existe des BAC jour et des BAC nuit. Ils exercent à Paris(75), dans sa proche banlieue (92, 93, 94), et en grande couronne Parisienne (77, 78, 91, 95). Ils sont également répartis dans les grandes et moyennes villes de province dans la plupart des commissariats des circonscription de sécurité publique (CSP, une ou plusieurs communes), appartenant aux directions départementales de sécurité publique.

Ces policiers circulent généralement en voitures banalisées. Les policiers de la BAC sont spécialisés dans les interventions en milieux sensibles (notamment dans les cités ou quartiers HLM), dans la connaissance du milieu délinquant et dans les interventions à risque. Une ancienneté d'au moins deux ans dans la police nationale après la titularisation (soit quatre ans de Police minimum) est nécessaire avant d'intégrer l’une de ces unités, même si des policiers plus expérimentés sont en général privilégiés.

Les membres de la BAC possèdent au moins le grade de gardien de la paix. Ils peuvent également être des gradés de la Police Nationale (brigadier de Police, brigadier-chef de Police, Major de Police) faisant partie du Corps d'encadrement et d'application. Ils possèdent par ailleurs une habilitation nationale « BAC ». Depuis sa création, neuf Policiers de la BAC ont été tués et plusieurs dizaines ont été grièvement blessé.

Histoire[modifier | modifier le code]

Ne doit pas être confondu avec Brigade anticommando.

Les premières BAC départementales ont été créés en 1971 dans les départements de Paris et de Seine-Saint-Denis[2] par Pierre Bolotte, ancien haut fonctionnaire aux colonies. En fonction des événements, chacune de ces brigades départementales s'organise en patrouilles légères ou en unités constituées.

Au cours des années 1970, les Brigades de sécurité de nuit (BSN) ont notamment cédé la place à des BAC locales dans la plupart des circonscriptions de sécurité publique de la banlieue parisienne.

La BAC de nuit de Paris (bac 75N) fut créée en novembre 1993, issue des six brigades mobiles d'arrondissement de nuit (BMAN), avec pour objectif de lutter plus efficacement contre la délinquance. Opérant de 22 h 30 à h 30 du matin, deux cents policiers en tenue étaient en poste et pouvaient être regroupés très rapidement afin de faire face aux situations de trouble de l'ordre public sur l'ensemble de la capitale.

En 1994 puis 1996, les BAC de nuit et BAC de jour ont respectivement été généralisées sur l'ensemble de France, sous l'impulsion de Charles Pasqua alors ministre de l'Intérieur.

Avec la suppression de la police de proximité en 2003 par le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, les policiers de la BAC sont devenus l’un des principaux visages de la police en zones urbaines sensibles (ZUS)[3].

Le 30 octobre 2015, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve annonce un plan « BAC-PSIG 2016 » destiné à renforcer la sélection et la formation des personnels affectés aux BAC de la Police nationale ainsi qu'aux Pelotons de surveillance et d'intervention de la Gendarmerie (PSIG) dès l'année 2016. Ce plan prévoit également le renforcement des moyens attribués à ces unités et notamment l'achat de véhicules (340 pour la Police) et d'équipements de protections ou d'armements[4]. Ces mesures incluent :

  • un volet anti-criminalité plus poussé en formation initiale en école de police
  • la création de stages de formation complémentaires - y compris un module intitulé « déontologie de l'interpellation ».
  • la mise en place d'une « nouvelle doctrine d'action et d'intervention » pour gagner en efficacité face aux nouvelles formes de délinquance ou de criminalité les plus violentes (allant du droit commun au terrorisme).

Les mesures annoncées incluent des dotations supplémentaires à hauteur de 16 M€ (police et gendarmerie) dont environ 10 M€ pour l'acquisition ou le remplacement de véhicules et 6,6 M€ pour l'achat ou la modernisation d'équipements de protection individuelle et balistique (protège-épaules, protège-tibias, gilets pare-balles lourds avec plaques balistiques en céramique, casque blindé et visière pare-balles), d'armes (bâtons téléscopiques, pistolets à impulsion électrique (Taser), armes longues avec dispositif d'aide à la visée, lanceurs de balles de défense LBD40, fusils d’assaut HK G36), de moyens de transmission et de systèmes de géolocalisation.

Le 26 février 2016, le ministre de l'Intérieur annonce, dans le cadre de mesures prises à la suite des attentats de novembre 2015 à Paris, un plan d'intervention d'urgence pour faire face à toute attaque terroriste sur le territoire, impliquant la participation des BAC. Le rôle de la BAC (et des PSIG en zone Gendarmerie), en cas d’attaque terroriste, est d’atteindre la zone et de se déployer en moins de vingt minutes, avec équipement de protection lourd et fusil d’assaut, puis de prendre les premières mesures en attente des services d’intervention type Brigade de recherche et d’intervention, RAID ou GIGN. Ce plan prévoit des achats de véhicules, équipements de protection et armements pour un montant de 16 M€, toutes forces confondues (police et gendarmerie).

Structure et fonctionnement[modifier | modifier le code]

Il existe différents types de BAC :

Les fonctionnaires de police des BAC locales travaillent majoritairement en civil, au contraire de ceux de certaines BAC départementales (BAC 75N, BAC 93N, BAC D91, etc).

Le cycle et les horaires de travail sont adaptés aux évolutions de la délinquance, analysée quotidiennement à l'aide de la cartographie informatisée. Elle essaye de traiter en priorité les flagrants délits. Selon leur localisation, la BAC peut être utilisée comme un groupe d'intervention ou comme une colonne d’assaut si aucun autre groupe n'est disponible ou trop loin en termes de distance tel qu'en province.

Accès[modifier | modifier le code]

Policiers de la BAC lors du Mouvement anti-CPE, en 2006.

Les hommes et femmes de la BAC reçoivent une formation continue. Les policiers sont tous volontaires, et passent des tests psychologiques. Ils doivent avoir une très bonne connaissance policière et maîtriser les éléments de procédure pénale.

Pour intégrer les brigades anti-criminalité, il faut avoir réussi le concours de gardien de la paix et être Policier.

Au bout d'un minimum de deux ans d'ancienneté (théorique), le policier peut passer les épreuves afin de passer l'habilitation BAC, deux fois par an un télégramme arrive dans les divers commissariats afin de recenser les fonctionnaires volontaires pour passer les épreuves sanctionnant l'obtention de l'habilitation. Une fois habilité BAC, le fonctionnaire peut rejoindre plus facilement une BAC mais ce n'est pas une obligation pour autant. Il est souvent d’usage que ce sont les Policiers des BAC qui choisissent les nouveaux arrivants, pour les qualités qu’ils peuvent apporter au groupe.

Les policiers restent théoriquement à la brigade anti-criminalité un maximum de neuf ans, en trois périodes de trois ans chacune soumise à un test de recyclage. La réalité veut qu'un fonctionnaire de Police exerçant en Brigade Anti-Criminalité, peut y rester jusqu'en fin de carrière s'il le souhaite, l’expérience policière acquise étant appréciée dans ces unités.

Les anciennes épreuves d'habilitation de la BAC étaient centrées sur deux ateliers d'auto-défense notés sur 20 : mise en situation de coups frappés et combat au sol :

  • Mise en situation : sur deux minutes, les candidats étaient notés suivant une grille d'évaluation, les techniques employées par les candidats étaient celles décrites dans le manuel. Une minute de récupération était accordée avant de procéder à l'épreuve de combat au sol.
  • Combat au sol : les deux candidats se présentaient à genoux, face à face. Ils devaient tenter d'immobiliser leur adversaire sur le dos. L'immobilisation devait être maintenue 10 secondes pour être validée. Il était interdit de se mettre debout, d'utiliser des clés et étranglements.

Elles comprenaient également une épreuve de tests psychotechniques, la rédaction d'un procès-verbal et le passage devant un jury composé de quatre personnes dont au moins un psychologue.

Depuis quelques années, les nouvelles habilitations consistent en plusieurs épreuves sélectives:

  • procédure pénale
  • tests psycho-techniques et de personnalité
  • test d’endurance Luc-Léger
  • parcours physique d’obstacles couplé à un test de mémorisation avec équipements de protection lourds
  • tir en situation
  • entretien avec un grand Jury notamment composé de commissaires, d’Officiers ou de gradés étant chefs de groupes BAC, psychologues, moniteurs en activités physiques et professionnelles.

Tenue[modifier | modifier le code]

Combinaison BAC (bleu fonçé) avec écusson BAC pour les Policiers en tenue, et en règle générale une tenue civile avec un brassard orange siglé « Police «  complétant la présentation d'une carte professionnelle.

Armements/Équipement[modifier | modifier le code]

Les effectifs des différentes BAC possèdent le matériel habituel de la Police Nationale ainsi que du matériel spécifique aux différentes missions BAC. Cet équipement comprend :

Collectif :

Criminologie[modifier | modifier le code]

Les BAC traitent en flagrant délit des faits de petite et moyenne délinquance de façon quotidienne, et pnctuellement de faits de nature criminelle :

  • Vols
    • à main armée (braquage)
    • par effraction dans domicile (cambriolage) et homejacking
    • par effraction dans un entrepôt ou commerce (casse)
    • à la roulotte (dans véhicule)
    • avec violences et/ou pluralité d’auteurs
    • à l'arraché
    • carjacking
    • Vol commandités (grosse cylindrée, véhicules de sport, moto, scooter)
  • Dérivés du vol
    • vol par ruse
    • arnaques diverses de voie publique
    • escroquerie, abus de confiance
    • avec usage d’une fausse qualité type police ou ERDF par exemple
    • extorsion (racket)
    • recel de vol
  • Maintien de l’ordre
    • émeutes
    • violences urbaines (en quartier sensible)
    • Manifestations
    • incendie volontaire
    • dégradations
  • Lutte contre les stupéfiants
    • trafic de drogue
    • consommation de drogue
    • production de stupéfiants
    • importation de stupéfiants (gofast)


  • Infractions routières graves
    • refus d’obtempérer à une sommation de s’arrêter(course-poursuite)
    • délit de fuite suite à un accident de la circulation
  • Infractions sexuelles en flagrant délit


  • Primo—intervention sur attentat et tuerie de masse (délai 20mn maximum)
  • Assistance et renfort aux autres équipages de voie publique
  • Recherche du renseignement opérationnel et connaissance du milieu délinquant local

Véhicules[modifier | modifier le code]

Peugeot 308 banalisée de la BAC (Ain)

Les BAC patrouillent généralement en véhicules banalisés, qui diffèrent selon les spécificités de ces unités (BAC Départementale, BAC locale, grande agglomération ou petite commune) :

Principaux véhicules

Deux roues (Principalement à Paris)

Certains de ces véhicules puissants nécessitent une habilitation appelée conduite spécialisée (ou conduite rapide). Cette formation est dispensée par le service central automobile (ou école de conduite spécialisée) de la Police Nationale avec des policiers ayant un niveau de pilote automobile confirmé. La formation est sanctionnée par un examen qui se déroule à Abbeville, dans la Somme. Les véhicules type Mondéo, Laguna ou C5 ont une motorisation d'au moins 150 chevaux et nécessitent une telle habilitation.

Insignes et dénomination[modifier | modifier le code]

Chaque brigade adopte un insigne, généralement animalier. Dans le bestiaire on trouve quelques fauves, des cobras, des aigles (pygargue à tête blanche) et beaucoup d'araignées sur leur toile, parfois des chauve-souris. Tonfas ou menottes en sautoir complètent l'iconographie[5]. Pour l'anthropologue Didier Fassin, il existe « probablement » entre toutes les brigades « une sorte de concurrence à produire les iconographies les plus originales ou violentes » comme des loups ou des tigres bondissant sur des quartiers ou encore des mires de fusil sur des tours de cités[6].

La demande est faite auprès du chef de service avec une maquette, une fois cette dernière acceptée l'écusson est produit et remplacera l'écusson rond « Sécurité Publique ».

Depuis juin 2016, l’ensemble des BAC sont équipées d’un nouvel écusson, qui reste cependant très peu porté: :

– la rose des vents, aux multi-nuances bleutées et blanches sur un fond bleu, symbolise la délinquance dans ses aspects multiples touchant tous les domaines sociétaux dans une démocratie,

– les flèches, pointées tous azimuts, illustrent la polyvalence de ces unités dans leur lutte contre la délinquance ainsi que la solidarité qui les anime par le croisement des flèches,

– l’arc symbolise la rapidité et l’adresse que nécessitent les interventions de voie publique en flagrance ainsi que la mission d’appui.

À l'intérieur de la police, les membres de la BAC se désignent entre eux comme des « baqueux »[7].

Localisation des BAC[modifier | modifier le code]

Localisation des BAC départementales[modifier | modifier le code]

Localisation des BAC locales d'Île-de-France[modifier | modifier le code]

Pour la Direction de sécurité de proximité de l'agglomération parisienne (DSPAP) :

Pour le SGAP de Versailles :

Localisation des BAC locales hors Île-de-France[modifier | modifier le code]

Critiques du fonctionnement[modifier | modifier le code]

Le traitement des flagrants délits peut amener la BAC dans les faits à procéder à des contrôles d'identités et à des fouilles corporelles, selon Le Monde, semblant injustifiées ou musclées sur les passants[8].

Durant la présidence de Nicolas Sarkozy, la BAC a été accusée par l'anthropologue Didier Fassin de voir ses activités dévoyées dans le but de « faire du chiffre », à savoir de multiplier les interpellations d’étrangers en situation irrégulière et de détenteurs de haschich dans le but de respecter des objectifs chiffrés fixés par le ministère de l’Intérieur à défaut de parvenir à interpeller des délinquants avérés[9]. Cette critique avait été rejetée par le ministre de l’Intérieur de l’époque Claude Guéant[10]


Affaire de la BAC Nord de Marseille[modifier | modifier le code]

En novembre 2011, le préfet de police Alain Gardère alerte la justice suite à des soupçons de pratiques de racket menées par des membres de la BAC de Marseille Nord[11],[12].

Une enquête est lancée en février 2012. Des premières interpellations commencent en octobre de la même année, et se poursuivent jusqu'à la suspension de trente fonctionnaires. L'unité de jour est dissoute par le ministre de l’Intérieur Manuel Valls[13].

Le 15 novembre 2012, un lien est soulevé entre la mort d'un indicateur, Lyes Gouasmia, et certains policiers de cette brigade qui auraient livré son nom à ses meurtriers (il sera retrouvé mort carbonisé dans une voiture). Cet indicateur avait précédemment donné l'identité des personnes qui avaient mis le feu à un bus qui avait coûté la vie à Mama Galledou en 2008. Les dénonciations de cet indicateur auraient gêné les différents trafics de certains policiers de la BAC[14].

En janvier 2013, la totalité des policiers mis en cause sont ré-intégrés, certains hors du département des Bouches-du-Rhône où ils exerçaient, sauf le lanceur d'alerte déjà « condamné à dix mois avec sursis pour faux » et écarté cette fois pour son « insubordination »[15].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « la bac : Brigade anti-criminalité », sur http://www.police-nationale.net/ (consulté le 8 août 2017)
  2. Le Figaro (17.11.2011)
  3. Alice Géraud, « BAC : les flics mis en examen », Libération,‎ (lire en ligne)
  4. Communiqué du ministère de l'intérieur http://www.interieur.gouv.fr/Actualites/Communiques/Presentation-du-Plan-BAC-PSIG-2016-a-Rouen-le-30-octobre-2015
  5. Insignes de la BAC, site d'Adrien Fournier à propos de Les plans de la ville.
  6. « Que fait (mal) la police dans les banlieues ? », Mediapart, 26 octobre 2011.
  7. « Au domicile d’un autre baqueux, ainsi qu'ils se nomment entre eux », ainsi que l'explicite Louise Fessard dans l'article « Ce que l'IGPN reproche aux policiers de la BAC Nord » de Mediapart, 15 décembre 2013.
  8. « Les BAC, une police d'exception », Le Monde, 12 octobre 2012
  9. Didier Fassin, « Scènes de chasse en banlieue », L'express,‎ (lire en ligne)
  10. « De plus en plus critiquée, la BAC a fêté ses 40 ans »
  11. Sébastien Bennardo et Patricia Tourancheau, Brigade anti-criminalité, Paris, Flammarion,
  12. « BAC de Marseille: une enquête pour corruption »
  13. « Valls décide de dissoudre l'équipe de jour de la BAC Nord de Marseille »
  14. « La mort d'un indic relance l'affaire de la BAC Nord » le 26 octobre 2012 sur l'Express
  15. « BAC Nord : les ripoux sont réintégrés, pas le lanceur d'alerte », le 29 janvier 2013, par Louise Fessard, sur Médiapart

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]