Grenade de désencerclement

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Chargement d'une grenade de désencerclement sur un fusil.

Une grenade de désencerclement (appelée sting-ball grenade[1] en anglais) est une grenade à main utilisée par les forces de l'ordre dans certains pays pour repousser les manifestants. Leur utilisation est généralement régie par des règles précises car elles peuvent blesser très gravement.

Description[modifier | modifier le code]

Un plot montrant son picot de fixation sur la grenade.

Ces grenades, aussi nommées « Hornet's Nest » (nid de frelon) dans les pays anglophones, sont basées sur le fonctionnement des grenades à fragmentation. Cependant, au lieu de contenir une coque de métal destinée à exploser en shrapnel, elles sont formées de trois rangées de six plots de caoutchouc dur, en plus du bouchon allumeur qui est lui aussi gainé de caoutchouc. À l'explosion, elles projettent leur plots de caoutchouc de façon circulaire et incontrôlée. Certaines d'entre elles peuvent également contenir une charge supplémentaire de gaz CS ou de gaz poivre.

Cette arme peut toutefois blesser gravement, si elle est tirée en direction de la tête, comme l'a prouvé le cas Romain Dussaux (voir plus bas). En outre, son potentiel de létalité n'a jamais été pleinement évalué, comme l'a révélé un témoignage : « aucune évaluation pour des tirs en zone crânio-faciale n’a été effectuée[2]. » La formation des policiers n'est donc pas adaptée à cette létalité potentielle : « on nous a parlé d’une arme non létale, de galets qui montent jusque maximum la hauteur de la taille[2]. »

Mise en œuvre[modifier | modifier le code]

Décrets[modifier | modifier le code]

Le décret n° 2011-795 du 30 juin 2011, ajoute l'autorisation de la grenade GLI-F4 en parallèle à la grenade OF F1[3]. la GLI-F4 a définitivement remplacé la grenade OF F1, depuis que cette dernière a été d'abord suspendue, après la décès du manifestant Rémi Fraisse, lors de son utilisation pendant la manifestation des 25 et 26 octobre 2014 contre le barrage de Sivens[4],[5]. Elle est définitivement interdite par décret n° 2017-1029 du 10 mai 2017[6],[7]. Bernard Cazeneuve, alors ministre de l'intérieur, n'interdit cependant pas la GLI-F4 et préfère durcir le protocole de son utilisation[8].

Application[modifier | modifier le code]

Le droit français permet de l'utiliser en cas de danger, lorsque les forces de l'ordre sont encerclées et menacées ; une circulaire de la police nationale précise :

« lorsque les forces de l’ordre se trouvent prises à partie par des groupes violents ou armés […]. Après usage, il convient de s’assurer aussitôt de l’état de santé de la personne et de la garder sous surveillance ; au besoin, un examen médical doit être effectué dans les meilleurs délais. »

— Renaud Lecadre, Un manifestant dans le coma : de nouvelles images à charge contre les policiers[9]

Elles peuvent être lancées jusqu'à trente mètres et doivent l'être au ras du sol.

Usages notables[modifier | modifier le code]

Le 25 juin 2013, une femme à perdu un œil suite à l'utilisation d'une grenade de désencerclement à Villemomble (Seine-Saint-Denis), en France[10].

À Rennes, en France, en avril 2016, un CRS se blesse à la main, et un autre est atteint de surdité, lorsque la grenade lui explose dans la main[11].

Le , à Paris, un journaliste indépendant du nom de Romain Dussaux est gravement blessé à la tête — « fracture temporale avec enfoncement de la boîte crânienne » — par l'explosion d'une grenade de désencerclement lancée en marge d'une manifestation[12]. Il sort du coma le lundi 4 juin 2016, soit 9 jours après l’événement[13] Le lanceur n'a manifestement pas respecté les règles d'utilisation de l'engin[9] ; en particulier, la gravité de l'état serait due au lancement d'une grenade lacrymogène à proximité du blessé[14]. En outre, selon Le Monde, « les premiers éléments d’enquête […] font apparaître de fortes contradictions entre le récit des policiers et l’exploitation des vidéos filmées par des témoins[2] » : les policiers auraient en effet exagéré l'hostilité de la foule.

Le 15 septembre 2016, Laurent Theron, un syndicaliste de SUD est lourdement touché à l'œil par une grenade de désencerclement place de la République à Paris, il y perd la vue[15].

Le 26 novembre 2017, à Nantes, France, un syndicaliste CGT reçoit un éclat de grenade de désencerclement et subit une « triple fracture au pied droit avec un mois d’arrêt de travail »[16].

En juin 2018, à Toulouse, en France, lors d'une opération d'évacuation de l'Université Jean Jaurès en grève, une grenade de désencerclement explose dans la poche d'un policier, blessant légèrement deux policiers et plus grièvement un étudiant, dont un poumon est gravement touché. il est reconnu comme ayant des « lésions pulmonaires entraînant une incapacité totale de travail de 15 jours »[17],[18].

Le 24 novembre 2018 à Paris, lors du mouvement des Gilets jaunes, un jeune homme de 21 ans à été gravement blessé à la main (deux doigts arrachés lors de l'explosion) dont il perd l'usage, sans pour autant avoir tenter de ramasser la grenade.

Le 8 décembre 2018 à Bordeaux, également lors du mouvement des Gilets jaunes, un homme perd sa main après avoir ramassé une grenade de désencerclement et, à Paris une jeune fille de 20 ans est gravement blessée à l’œil gauche et au cerveau par un éclat[19]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « CTS Sting-Ball Grenades », TPG Store.com (consulté le 21 juillet 2016).
  2. a b et c Julia Pascual, « Manifestant blessé : la version policière contredite par les vidéos », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  3. « Décret n° 2011-795 du 30 juin 2011 relatif aux armes à feu susceptibles d'être utilisées pour le maintien de l'ordre public », Journal officiel de la République française, no 0151,‎ , p. 11269 (lire en ligne)
  4. Marion Joseph, « Les policiers s'inquiètent de la suspension de la grenade offensive », « Sauvegarde », sur archive.org
  5. Jean-Louis Courtois, « Le retrait de la grenade OF F1. Bonne ou mauvaise idée ? »
  6. AFP, « Les grenades offensives de type F1 interdites après la mort de Rémi Fraisse », sur 20 Minutes,
  7. « Décret n° 2017-1029 du 10 mai 2017 modifiant l'article D. 211-17 du code de la sécurité intérieure », sur Legifrance
  8. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Pourquoi
  9. a et b Renaud Lecadre, « Un manifestant dans le coma : de nouvelles images à charge contre les policiers », Libération,‎ (lire en ligne)
  10. « VIDEO. Villemomble : l'opération de police filmée par un habitant », sur Le Parisien,
  11. « Rennes : un CRS se blesse avec sa grenade de désencerclement », sur spi0n.com,
  12. Karl Laske, « A Nation, la grenade de trop », Mediapart, 30 mai 2016.
  13. « Le jeune homme blessé par une grenade "est réveillé" et "a dit quelques mots" », sur BFMTV,
  14. Sylvain Mouillard, « Manifestant blessé à Paris : le témoignage inédit des pompiers », Libération,‎ (lire en ligne)
  15. Ismaël Halissat, « Grenades de désencerclement, dangers collatéraux »,
  16. Stéphanie Lambert, « Manifestation à Nantes. Blessé par une grenade de désencerclement, il témoigne », sur Ouest France,
  17. « Toulouse : trois blessés légers,dont deux policiers, après l'évacuation de l'Université Jean Jaurès », sur France3-régions
  18. « Toulouse. Un étudiant blessé par une grenade de désencerclement, une enquête ouverte », sur Ouest France,
  19. « Une femme a-t-elle perdu un oeil lors de la manifestation des gilets jaunes à Paris le 8 décembre? », sur Libération,

Articles connexes[modifier | modifier le code]