Eurasisme

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Espace eurasien selon les différentes acceptations de l'eurasisme.

L’eurasisme est une doctrine géopolitique initialement développée par des émigrés russes, qui considère l’ensemble formé par la Russie et ses voisins proches, slaves, roumains, grecs ou musulmans, comme une « entité continentale » à part entière, appelé Eurasie. Selon cette conception, l’Eurasie ne désigne plus l’ensemble formé par l’Europe et l’Asie, mais un espace intermédiaire à cheval sur l’Europe et l’Asie. Cette doctrine a été initiée au début des années 1920 avant de tomber dans l’oubli. Depuis la fin de l’URSS, cette doctrine a été remise en avant, parfois sous le nom de néo-eurasisme, par le philosophe et géopoliticien Alexandre Douguine. L’Eurasie correspond à la partie nord de la région intermédiaire du géopoliticien et turcologue, Dimitri Kitsikis. Une approche similaire se retrouve également dans la théorie du Heartland d’Halford John Mackinder reprise par Nicholas Spykman.

L’eurasisme est assez répandu en Russie et dans « l’étranger proche » (principalement les républiques musulmanes anciennement soviétiques : Kazakhstan, Turkménistan, Tadjikistan, Kirghizistan), dans certains pays d’Europe (par exemple chez les partis pro-russes d’Ukraine ou chez les communistes russophones de Moldavie), en Turquie, en Arménie, en Iran ou chez les anti-talibans d’Afghanistan. Son objectif est l’intégration régionale en Eurasie qui doit jouer un rôle majeur dans un monde multipolaire. Après la chute de l’URSS, ce courant de pensée a notamment abouti à la fondation de l’Eurasec, à l’Organisation du traité de sécurité collective, puis à la construction du projet d’Union eurasienne sur le modèle de l’Union européenne.

Origine[modifier | modifier le code]

L’eurasisme a d’abord été élaboré en 1920 par des intellectuels russes de l’émigration (N. Troubetskoï, Petr Savitsky, N. Alexeïev et d’autres). Ceux-ci affirmaient que l’identité russe était née d’une fusion originale entre les éléments slave et turco-musulman, que la Russie constituait un « troisième continent » situé entre l’Occident (dénoncé comme matérialiste et décadent) et l’Asie. Le livre-manifeste du mouvement était d’ailleurs intitulé Tournant vers l’Orient (Petr Savitsky, 1921). Les eurasistes se démarquaient des nationalistes classiques et des slavophiles. Sans être communistes, ils n’étaient pas opposés au régime soviétique, qu’ils regardaient comme une continuation de l’idée impériale russe.

Néo-eurasisme[modifier | modifier le code]

Le néo-eurasisme d’Alexandre Douguine reprend ces idées mais intègre les visions oppositionnelles de Samuel Huntington (dans son ouvrage « Le Choc des civilisations ») et de Halford John Mackinder (dans sa théorie de la thalassocratie, autrement dit de « l’île mondiale » : l’Amérique, et de la « tellurocratie », autrement dit de la « terre mondiale »  : l’Eurasie), par lesquelles Douguine explique l’Histoire.

Opposition de civilisations[modifier | modifier le code]

La civilisation thalassocratique, anglo-saxonne, protestante, d’esprit capitaliste, serait, selon Douguine, irréductiblement opposée à la civilisation continentale, russe-eurasienne, orthodoxe et musulmane, d’esprit socialiste. L’Occident, là où le soleil se couche, représente le déclin, la dissolution. L’Eurasie représente la renaissance, c’est le pays des dieux, puisque c’est là que le soleil se lève.

Pour un grand bloc continental[modifier | modifier le code]

Le but déclaré du mouvement néo-eurasiste est de constituer un grand bloc continental eurasien pour lutter à armes égales contre la puissance maritime « atlantiste », qui représente le « mal mondial » entraînant le monde vers le chaos. Ainsi l’eschatologie se mêle à la géopolitique.

Dans le contexte strictement russe, c’est une sorte de troisième voie située entre l’orientation pro-occidentale et libérale et la nostalgie du passé communiste, tout en évitant les excès démagogiques du populisme extrémiste et du nationalisme étroit. Douguine définit lui-même son mouvement comme un « centre radical » et comme « le premier parti géopolitique ».

Mouvement international eurasien[modifier | modifier le code]

En avril 2001, Alexandre Douguine fonde Eurasia, mouvement social politique pan-russe qui donne naissance à Moscou, en novembre 2003, au « Mouvement international eurasiatique », conçu comme une ONG et représenté dans vingt-neuf pays. Depuis le début des années 1990, Alexandre Douguine a trouvé des relais en France. Il s’y est rendu à de multiples reprises pour participer à des colloques politiques ou universitaires. Ses principaux écrits ont été traduits en français et ont diffusés sous la forme de livres et d’articles. Il est également activement présent sur Internet.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Sources[modifier | modifier le code]

  • Marlène Laruelle et Alexandre Douguine, Esquisse d’un eurasisme d’extrême-droite en Russie post-soviétique, RECEO 32/3, 2001.
  • Marlène Laruelle, L’Idéologie eurasiste russe ou comment penser l’empire, L’Harmattan, 1999.
  • Didier Chaudet, Florent Parmentier & Benoît Pélopidas, L'Empire au miroir. Stratégies de puissance aux États-Unis et en Russie, Genève, Droz, 2007.
  • Tancrède Josseran, "L'eurasisme turc, la steppe comme ligne d'horizon", in, Conflits, avril-mai-juin 2014, p.53-57.

Liens externes[modifier | modifier le code]