Berbérisme

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Le berbérisme est un mouvement politique, idéologique et identitaire qui milite pour la reconnaissance de la dimension berbère ou amazigh (identité, culture et langues) dans les pays d'Afrique du Nord. C'est un courant qui voit la grandeur des peuples Imazighen dans leur racines.

Histoire[modifier | modifier le code]

Il est difficile de situer avec exactitude la genèse du mouvement berbériste : on peut toutefois la dater de l'émergence des travaux culturalistes des premiers lettrés berbères du XXe siècle, tel Kateb Yacine ou Mouloud Mammeri, et des instituteurs, essentiellement au tournant du XXe siècle.

La crise berbériste[modifier | modifier le code]

1949 est un repère historique important, c'est l'année où éclate la crise dite "berbèriste" qui visait à intégrer la dimension amazighe et rejeter la dimension singulière dans le mouvement nationaliste algérien, lequel avait pour objectif l'indépendance du pays. Les militants voulaient une Algérie algérienne qui serait multiethnique, reconnaissent toutes les composantes du pays. Lors de la crise dite berbériste au MTLD, la fédération de France du MTLD fit voter (28 voix sur 32) –- à l'initiative de Rachid Ali Yahia –- une motion allant à l'encontre des idées du parti : « Algérie Algérienne ». S'ensuivit une purge au sein du parti, conséquence directe de ce vote.

Les berbéristes étaient influencés non seulement par les idéologues de la colonisation, mais aussi, par l’idéologie communiste qui étaient contre le concept d’une « nation algérienne » déjà formée avec ses constantes arabe et musulmane; ils défendaient le principe de la nation algérienne en cours de formation à partir de la coexistence sur le même territoire des différentes communautés arabe, berbère, turque, juive, italienne, maltaise, espagnole, française, rejetant ainsi dans la foulée le fondement arabo-islamique de la société algérienne.

Ceci étant, la négation de la dimension berbère : identité, culture, langue… se fait au profit d’une définition arabe de la nation algérienne, socle d’une idéologie à caractère national, populiste, dont les fondements se situent dans le panarabisme. La régression s’accélère et s’approfondie avec la montée de cette idéologie, synonyme d’apartheid, fascisme et racisme. La prédominance exclusive de la vulgate arabo-islamiste exclue l’entité Amazighe sur le terrain politique et social. On reproche à la thèse Algérie algérienne qui remet en cause le concept du panarabisme par le fait qu’elle a éclaté en France, chez les cadres de l’immigration, et qui n’a pas touché les militants d’Algérie, pas même en Kabylie, région pourtant particulièrement concernée. Peu importe, après la défaite politique des auteurs de la thèse Algérie algérienne devant la direction du PPA, qui n’est pas d’ailleurs la conséquence de la faiblesse de leur proposition, mais celle de la fragilité d’une Algérie colonisée, désorganisée, aliénée, pauvre culturellement, incapable de vivre pour elle-même et de se doter d’une identité structurante propre. En tout état de cause, l’Algérie algérienne était et demeure une élaboration généreuse, authentique, incarnant totalement la dimension qu’elle veut porter. Un demi-siècle après l’indépendance du pays, les tentatives d’un combat inéluctable, pour mener le projet à bon port continue toujours avec de nouvelles forces.

Conséquence de cette crise[modifier | modifier le code]

Les militants sont vite indexés et marginalisés. Certains sont éliminés par l'ALN ; c'est le cas de Amar Ould Hamouda et Mbarek At Menguellat, assassinés en 1956 au village Ait Ouabane (At Waɛban), dans l'actuelle commune de Akbil en haute-Kabylie, où ils sont enterrés dans deux sépultures, l'une à la sortie Est du village, l'autre à la sortie Ouest[1].

Hocine Benhamza, docteur en sciences économiques de l’université de Paris, militant au sein du PPA, ancien détenu politique pendant la guerre d’Algérie, dit à ce propos : « À la fédération de France du MTLD, il y avait 32 membres dont 28 à l’initiative de Rachid Ali Yahia, étudiant, et sous l’impulsion de militants kabyles notamment Benaï Ouali, Ferah Ali, Said Oubouzar et d’autres, disaient « Nous nous battons pour la démocratie, la laïcité, l’indépendance et pour une Algérie algérienne ».

La position du PPA-MTLD[modifier | modifier le code]

Messali et ses partisans, y compris ceux du comité central, disaient « L'Algérie est un pays arabe. Elle doit se tourner vers les pays du Proche-Orient, devenir une composante de la nation arabe. L’Algérie est un pays musulman, il faut promouvoir la religion musulmane ». Les responsables kabyles, y compris ceux faisant partie de l’OS, déclaraient : « Oui aux revendications berbères, mais pas de façon prématurée. Il faut d’abord obtenir l’indépendance avant de poser le problème berbère ». Suite à toutes ces divergences, le mouvement berbère initial fut mis de côté. » [2].

La culture et la langue berbères étaient admises dans le Parti, et leur reconnaissance en son sein n’a jamais posé de problème. Dans l’ENA, le PPA ou le MTLD en 1946, le kabyle était utilisé aussi bien dans les discours par nombre d’orateurs qui avaient le don de le maîtriser avec éloquence que dans les chants et hymnes qui mettaient de l’ambiance dans les réunions de militants, les fêtes familiales ou les rassemblements populaires. Personne ne trouvait à redire là-dessus. Une chaude fraternité régnait entre tous les militants quelle que fût leur origine. Même ceux qui ne parlaient pas kabyle étaient désireux de l’apprendre, prenant plaisir à employer dans leur conversation le maigre vocabulaire dont ils disposaient. Mais la culture et la langue berbères étaient acceptées dans la mesure où le principe arabo-islamique, fondement idéologique du Parti, n’était pas remis en cause. L’hymne du PPA -fida’oû el djazaïr- chanté par tous les militants, a été écrit par un Algérien mozabite, le regretté Moufdi Zakaria. Cela n’empêche pas qu’il affirme comme une des finalités du combat national la renaissance de la langue arabe dans l’Algérie libérée.

Il y était plutôt question d’un certain « parti populaire kabyle » (PPK) qui serait en train de se structurer à l’intérieur même du PPA-MTLD. L’enquête révéla les noms des initiateurs de ce travail de division : Ouali Bennai, Omar Oussedik, Amar Ould Hammouda, Sadek Hadjerès. Ils furent sanctionnés, non pour leurs idées, qui étaient plus ou moins tolérées, mais pour leurs activités de sape et leurs menées fractionnelles. La plupart des exclus rejoindront le Parti communiste algérien, dont Sadek Hadjerès deviendra l’un des chefs, ou activeront dans son sillage. Après l’indépendance Hadjerès sera le secrétaire général du PAGS (Parti d’avant-garde socialiste) nouvelle dénomination du PCA. L’action des berbéristes n’a pas obtenu l’assentiment de la population. En Kabylie, sur douze kasmas, une seule, celle de Ain El Hammam (ex-Michelet), fief d’Ould Hammouda, passa sous leur contrôle, et elle le demeura pendant un an environ 

La position du FLN[modifier | modifier le code]

Une lettre addressée par les congressistes de la Soummam condamnait le "travail de sape" au sein de la communauté algérienne en France des elements "berberistes" . La lettre fut signée par le dirieants du FLN à savoir Zighout Youcef, Abanne Ramdane, Laarbi Benmhidi,Krim Belkacem, Lakhdar Bentobal, Ouamrane, Si Cherif[3]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Said Sadi, Amirouche : une vie, deux morts, un testament, Tizi Ouzou Imprimerie les oliviers 2010, page 100
  2. (fr) Crise dite ‘‘Berbériste’’ de 1949
  3. Anne Marie Louanchi, Salah Louanchi Parcours d’un militant algerien, Eds dahleb, 1999, Page 193, Annexe 5.

Liens externes[modifier | modifier le code]