Immigration algérienne en France

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D'un point de vue juridique, l'Immigration algérienne en France, désigne l'installation en France d'étrangers en provenance de la République algérienne, les Algériens. Cette immigration débute donc le 5 juillet 1962 avec la proclamation d'indépendance de l'Algérie par rapport à la France et la subséquente création de la République algérienne (septembre 1962) et d'une nationalité algérienne. Avant cette date, les acteurs politiques employaient le terme de « migration »[1],[2]

Histoire[modifier | modifier le code]

De la migration à l'immigration[modifier | modifier le code]

L'« immigration algérienne en France » commence en 1962 puisqu'avant l'avènement de l'État algérien et de la nationalité Algérienne, la population des anciens départements français d'Algérie (1848-1962) était juridiquement française (ou étrangère, espagnole ou italienne entre autres)[3].

Il existe en Algérie française une distinction essentielle entre la citoyenneté française et la nationalité française. Ainsi, jusqu'en 1947, les « musulmans » sont sujets français, statut qui dissocie nationalité et citoyenneté[4]. Celle-ci est, en effet, déterminée par l’abandon du statut personnel musulman avec la soumission aux lois françaises et non plus aux lois islamiques. Influencé par les saint-simoniens, le Second Empire adopte la loi de sénatus-consulte du 14 juillet 1865 permettant aux « indigènes musulmans » d'Algérie de devenir des « citoyens français »[5]. En 1947, à la suite de l'entrée en vigueur de la loi Lamine Guèye et de la loi du 20 septembre 1947 portant Statut organique de l'Algérie, les Algériens musulmans deviennent des citoyens, appelés par l'administration des Francais musulmans d'Algérie (FMA). Toutefois, il subsiste en Algérie française une différence fondamentale entre le statut « musulman » et le statut « européen ». En effet, si tous les habitants sont désormais citoyens, ils votent, jusqu'à la constitution française de 1958, dans deux collèges différents[6]. En métropole, en revanche, il n'existe pas de différence entre les deux statuts et les Algériens bénéficient des mêmes droits que les métropolitains sans avoir à renoncer à leur statut personnel. Ils sont donc des migrants régionaux comme les Bretons et les Corses avec le droit de vote, les mêmes droits et devoirs que les autres citoyens français[7]. L'article 3 de la loi du 20 septembre 1947 précisait « Quand les Français musulmans résident en France métropolitaine, ils y jouissent de tous les droits attachés à la qualité de citoyens français et sont donc soumis aux mêmes obligations » [8],[9].

L'immigration en tant que telle concerne nécessairement une population étrangère et non des ressortissants français d'Algérie (décret Crémieux) migrant vers la métropole (ou autre partie du territoire national). Durant l'intervalle compris entre 1830 et 1848, qui précède la création des départements français d'Algérie, les habitants de l'ex-Régence d'Alger (les colonies françaises établies dans l'ancien protectorat Ottoman) ne sont pas de nationalité algérienne car la nation algérienne n'existe pas. En outre, c'est précisément parce qu'ils sont français que les « musulmans » et « européens » d'Algérie sont mobilisés dans l'armée française au cours des deux guerres mondiales.

Une seconde erreur courante consiste à considérer le rapatriement des Français d'Algérie (Pied-Noir et quelques milliers de harkis) comme une immigration algérienne; cette population n'est ni étrangère, ni algérienne, mais française.

Migration musulmane de l'Algérie vers la métropole[modifier | modifier le code]

Première vague migratoire (1905-1918)[modifier | modifier le code]

La première phase de migration algérienne en France débute en 1905, la main d’œuvre kabyle travaille dans les raffineries et huileries de Marseille ou comme dockers ou chauffeurs sur des navires. Puis des centaines de travailleurs algériens sont embauchés dans les mines et les usines du Nord et du Pas-de-Calais, les industries de Clermont-Ferrand et Paris. Dès 1912, on parle d'un véritable mouvement migratoire de 4 000 à 5 000 Algériens.

Dans le nord de la France c'est environ 1 500 kabyles qui travaillent dans les mines, pour un salaire normal et bénéficiant de l'application des lois sociales de l'époque pour les mineurs. Ils sont généralement bien accueillis par la population ouvrière. En région parisienne, ils travaillent dans le bâtiment et les travaux publics, les industries chimiques, les raffineries de sucre Say, la compagnie des omnibus, les chemins de fer et le métro. Ils s'installent, dans les villes et se regroupent dans certains quartiers comme Montmartre.

Le mouvement migratoire s'accélère dès 1913 grâce à la suppression du permis de voyage qui était alors requis pour les Algériens et l'on compte, en 1914, environ 13 000 Algériens en France.

Seconde vague migratoire[modifier | modifier le code]

Lors de la Première Guerre mondiale, la France fait très largement appel aux travailleurs et aux soldats de l'Empire colonial[10]. Ils seront alors près de 80 000 travailleurs et 175 000 soldats à venir d'Algérie. Sur ces 175 000, 35 000 seront tués ou porté disparus et 72 000 blessés[11]. Ceux qui ne sont pas sur le front sont employés dans les secteurs vitaux à l'effort de guerre, production d'armement, génie, aéronautique, transports, mines, etc. La participation des travailleurs coloniaux à l'effort de guerre, est reconnue et ils jouissent de la sympathie des français. À cette époque, les fêtes musulmanes sont célébrées en France avec un certain faste et l'on assiste à de nombreux mariages mixtes.

Troisième vague migratoire (1920-1939)[modifier | modifier le code]

Après guerre, la France rapatrie 250 000 travailleurs et soldats des colonies. Dès 1920, l'immigration reprend, la France, victorieuse mais ruinée par la guerre, est en partie détruite. Elle fait à nouveau appel aux travailleurs des colonies. Entre 1919 et 1931, on assiste à une immigration massive. Si la composante kabyle reste importante parmi les immigrés algériens, d'autres, comme celle des habitants du nord-ouest oranais gagne du terrain. C'est aussi durant cette période que naissent les premiers mouvements anti-impérialistes au sein de la communauté algérienne immigrée.

Quatrième vague migratoire (1946-1954)[modifier | modifier le code]

Après 1945, le flux migratoire reprend, les Algériens occupent des emplois dans les domaines qui permettent la reconstruction de la France et la relance économique, comme mines et sidérurgie, mais aussi l'industrie et la construction de nouvelles infrastructures. Selon Daniel Lefeuvre, professeur à l'Université de Paris 8, il apparaît que l'immigration algérienne en France dans les années 50 a pour origine l'explosion démographique et la pauvreté. En effet, dans son ouvrage chère Algérie publié en 2005, il affirme que cette immigration ne répond pas aux besoins de main d'œuvre de l'économie française au cours des années de reconstruction ou des Trente Glorieuses mais bien à la situation terrible dans laquelle vivent les populations musulmanes à cette époque. Les ressources sont insuffisantes pour nourrir une population qui croît très vite. La misère s'étend et les Algériens sont contraints de s'expatrier pour nourrir leurs familles. Les administrateurs de la colonie encouragent cette émigration pour alléger la pression sociale. Mais la métropole est peu disposée à accepter ces nouveaux travailleurs, qui n'ayant aucune formation professionnelle, ne répondent pas à la demande des entreprises. Inversement, Gérard Noiriel indique, dans son ouvrage Le Creuset français en se basant notamment sur les travaux de Georges Mauco, que les immigrés, dont beaucoup d'algériens, ont depuis la deuxième Guerre mondiale construit 90 % des autoroutes françaises, une machine sur sept, et un logement sur deux[12].

Dès 1947, les Algériens deviennent, officiellement du moins, des citoyens, appelés par l'administration des Français musulmans d'Algérie (FMA) et commencent à s'organiser politiquement aussi bien en métropole qu'en Algérie. Ils ne sont donc plus des immigrants étrangers mais des immigrants régionaux comme les Bretons et les Corses avec le droit de vote, les mêmes droits et devoirs que les autres citoyens français[7].

Cinquième vague migratoire (1954-1962)[modifier | modifier le code]

Le gouvernement de Guy Mollet, en 1956, obtient du parlement les pouvoirs spéciaux, rappelle les réservistes et envoie le contingent en Algérie. En 1958, le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) est formé, le Front de libération nationale (FLN) prend le contrôle de l’émigration. Il lance une guerre contre le colonialisme français . Le FLN lance la guerre en France par ce que toute solution démocratique au conflit algérien était impossible. De Gaulle tente un démantèlement du FLN et de ses réseaux de résistance. Finalement il négocie avec le seul GPRA, les accords d’Évian qui mettent un terme à la guerre d’Algérie et entérinent la libre circulation entre l'Algérie et la France des ressortissants des deux pays.

La presque totalité des Européens (ou Pieds-Noirs) et des milliers d'anciens combattants musulmans ou auxiliaires et supplétifs de l'armée française (globalement les Harkis) et leurs familles abandonnent l'Algérie devenue indépendante et sont rapatriés en métropole. Il ne s'agit alors pas d'immigration à proprement parler puisque les populations en question sont pour la plupart de nationalité française depuis la loi de 1870 pour les Juifs, celle de 1889 pour les Européens et depuis 1947 pour les musulmans. Le terme consacré est celui de rapatriement qui implique un retour à la patrie et le fait que les "immigrés" n'en soient pas mais soient des réfugiés Français d'outre-mer en quelque sorte; le terme outre-mer étant utilisé en 2009 par l'administration française en particulier dans sa gestion de l'État civil des archives concernant l'Algérie (1830-1962)[13]. Toutefois, les musulmans ont pourtant dû, lors de leur rapatriement en France, refaire le choix de la nationalité française, ce qui n’a jamais été demandé aux autres Français non musulmans. Ils doivent souscrire en France, avant le 22 mars 1967, une déclaration de reconnaissance de la nationalité régulièrement enregistrée par le ministre chargé des naturalisations.

L'immigration algérienne en France de 1962 à nos jours[modifier | modifier le code]

Début de l'immigration algérienne en France[modifier | modifier le code]

L'immigration algérienne débute alors avec la période postérieure à l'Algérie française et concerne les ressortissants immigrés de la République algérienne, souveraine, proclamée en juillet 1962. Entre 1962 et 1982, la population algérienne vivant en France passe de 350 000 à plus de 800 000 personnes[14].

Première vague d'immigration (1962)[modifier | modifier le code]

L'empire colonial français ayant cessé d'exister en 1946 (création de l'Union française), la France se tourne vers le Marché commun et l'industrialisation qui requiert toujours plus de bras, l’immigration est alors la seule ressource[réf. nécessaire]. L'immigration algérienne explose alors au fur et à mesure que les chantiers s'ouvrent en France[réf. nécessaire].

Seconde vague d'immigration (1980-1990)[modifier | modifier le code]

L'immigration algérienne aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Des migrations indigènes à l'immigration algérienne", Jérôme Valluy, Didier Bigo, Daniel Hermant, Xénophobie de gouvernement, nationalisme d'état, L'Harmattan, 2008, p.35
  2. "Parler d'immigration algérienne pour l'avant 1962 revient à occulter que les termes immigration ou immigrés sont alors réservés en Algérie à une autre catégorie de population. Ils sont en effet exclusivement utilisés par l'administration pour désigner les immigrés italiens et autres clandestins non nationaux ", Jérôme Valluy, op. cit., p. 36
  3. Jérôme Valluy, Didier Bigo, Daniel Hermant, Xénophobie de gouvernement, nationalisme d'état, L'Harmattan, 2008, p.36
  4. Jean Monneret, La guerre d'Algérie en trente-cinq questions, L'Harmattan, 2008, p.66
  5. Jean Monneret, La guerre d'Algérie en trente-cinq questions, L'Harmattan, 2008, p.54-55
  6. Ceux du Premier collège (les Français non musulmans et quelques dizaines de milliers de musulmans « évolués ») représentent environ un million de personnes et élisent 50 % des représentants de l’Algérie. Ceux du Deuxième collège (tous les autres) représentent environ neuf millions de personnes et élisent les autres 50 %
  7. a et b Gérard Noiriel,Immigration, antisémitisme et racisme en France, Fayard, 2007, p.517
  8. Benjamin Stora, L'immigration algérienne en France 1912-1992, Fayard, 1992, p.20
  9. Statut organique de l'Algérie Loi n°47-1853 du 20 septembre 1947
  10. L'effort de guerre s'est traduit par l'apport de plus de 800 000 hommes dont environ 600 000 soldats et 220 000 travailleurs. Il consista également dans la fourniture de denrées diverses : céréales, viandes, oléagineux d'Afrique du Nord et d'Afrique noire qui firent l'objet de réquisitions à partir de 1916-1917, Jacques Frémeaux, Les colonies dans la Grande Guerre, 14-18 Editions, 2006, p.73
  11. Armelle Mabon, Prisonniers de guerre « indigènes » : Visages oubliés de la France occupée, La Découverte, 2010
  12. Gérard Noiriel, Le Creuset français, éditions du Seuil, 1988, édition mise à jour en mars 2006, p. 312 ; Georges Mauco, Les Étrangers en France et le Problème du racisme, La Pensée universelle, 1977
  13. site officiel et gouvernemental des Archives Nationales françaises
  14. L’immigration algérienne en France par Gérard Noiriel

Personnalités publiques françaises d'origine algérienne[modifier | modifier le code]

Myriam Abel, chanteuse

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Algériens et Français : mélanges d'histoire ; Centre de recherche et d'étude sur l'Algérie contemporaine (France) ; Paris : L'Harmattan 2004. (OCLC 56531225)
  • L'Immigration algérienne en France de 1962 à nos jours ; Jacques Simon; Centre de recherche et d'étude sur l'Algérie contemporaine (France); Paris, France : L'Harmattan, 2002. (OCLC 51342555)
  • Mariages et immigration : la famille algérienne en France ; Abdelhafid Hammouche ; Lyon : Presses universitaires de Lyon, 1994. (OCLC 33970161)
  • Ils venaient d'Algérie : l'immigration algérienne en France (1912-1992) ; Benjamin Stora ; Paris : Fayard, 1992. (OCLC 26077813)
  • L'Immigration algérienne en France : origines et perspectives de non-retour ; Belkacem Hifi; Paris : Harmattan : CIEM, 1985. (OCLC 13902950)
  • Les Algériens en France; étude démographique et sociale. ; Institut national d'études démographiques (France); Paris Presses universitaires de France, 1955. (OCLC 1988492)
  • Chère Algérie: La France et sa colonie 1830-1962;Daniel Lefeuvre; Flammarion, 2005.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]