Liège (matériau)

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Liège au Portugal

Le liège est un matériau présent dans l'écorce de quelques arbres, et notamment celle du chêne-liège. Il protège l'arbre des insectes, du froid et des intempéries tout en lui permettant de respirer, par de minces canaux appelés lenticelles (les trous du liège). L’arbre chêne-liège est un puits de carbone d’autant plus efficace que l’arbre est exploité à produire du liège[1].

Histoire de l’utilisation et de la production[modifier | modifier le code]

Écorce d'un chêne-liège.

Les premiers chênes-lièges identifiés montrent que l'espèce existe depuis des millions d'années et des vestiges de l’antiquité prouvent que les hommes ont su l’exploiter pour des utilisations variées et la fabrication d’objets très diversifiés. Des vestiges d’objets fabriqués en liège et datant de l’an 3000 avant J.C. ont été retrouvés en Chine, en Égypte, à Babylone et en Perse. En Italie, parmi d’anciens vestiges datant du IVe siècle av. J.-C., on a trouvé des objets fabriqués en liège tels que bouées, bondes pour obturer les barriques, chaussures de femme et morceaux de toitures. À la même époque, on trouve des traces du chêne-liège dans les écrits du philosophe grec Theophra : en effet, il s’émerveille de « la faculté que cet arbre possède en renouvelant son écorce quand celle-ci lui est retirée ».

Au XIXe siècle, la France, l’Italie et la Tunisie développent l’exploitation de leurs forêts de chênes-lièges et la production du liège comme matériau. Au XXe siècle, l’industrie du liège développe des processus et des méthodologies, l’emploi du liège comme matériau est de plus en plus innovant et dans les années 1950 une entreprise américaine conçoit les premières dalles en liège pour revêtir le sol. À la fin du XXe siècle et au début du XXIe, des études sont menées pour définir les normes internationales pour l’industrie du liège. La principale institution dans ce domaine est la Confédération européenne du liège (C.E.Liège) qui regroupe cinq pays producteurs (Espagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Portugal) via les fédérations de ces pays.

L'écorçage[modifier | modifier le code]

Écorçage près d'Aracena (Espagne)
Chênes lièges dans l'Alentejo (Portugal)

Le liège produit directement par l'arbre est le « liège mâle » : crevassé et de moindre valeur, ce liège ne peut pas servir pour la fabrication de bouchon. De manière générale, l'opération qui consiste à enlever l’écorce d’un arbre se dit “écorçage” : pour le chêne-liège, l’écorçage a cela de particulier que l’opération ne demande pas d’abattre l’arbre pour récupérer le liège. Pour désigner particulièrement l’opération consistant à enlever le “liège mâle” du chêne-liège on parle de « démasclage ». Cette opération se fait dès que le tronc atteint 70 cm de circonférence à 1,30 mètre du sol et sur un arbre qui a entre 20 et 25 ans.

Le liège mâle est de couleur noire, d’une structure très irrégulière et d’une dureté qui le rend difficile à travailler. Une fois écorcé, il sert de matériau d’isolation ou pour les sols. Après le démasclage, il faut environ 2 à 3 écorçages avant que le liège soit doté de propriétés et caractéristiques propres à la production de bouchons de liège. En effet, après le démasclage, le liège devient régulier, moins dur mais il ne devient propre à la fabrication de bouchon qu’après les 2 premiers ou 3 écorçages du chêne-liège car la production de bouchons de liège impose de n’utiliser que du liège de très grande qualité. Par ailleurs, le liège de qualité “bouchonnable” s’obtient aussi au regard du respect de « la loi des neuf ans », c'est-à-dire de la durée de reproduction du liège sur l’arbre avant écorçage[2].

Après démasclage, le nouveau liège qui se forme est le « liège femelle » également appelé « liège de reproduction ». L’opération qui consiste à enlever le liège femelle est “la levée”. On parle de levée de l’arbre quand l’épaisseur de liège femelle voulue est atteinte. Le seuil d’épaisseur idéal correspond à environ 3 cm : c’est l’épaisseur minimale nécessaire à la fabrication des bouchons pour lesquels le diamètre standard est en général de 24 mm. La durée de reproduction du liège sur un arbre écorcé est de 9 à 15 ans selon les régions géographiques où l’arbre est cultivé et le liège produit. La levée s’effectue de mai à août. La durée de vie moyenne du chêne-liège est de l’ordre de 150 ans et permet donc d’effectuer de 12 à 15 levées.

L'écorce s'exploite sur le tronc et les principales branches. La hauteur d'écorçage dépend du diamètre du chêne-liège : plus il est gros, plus haut on peut lever le liège. On utilise pour cela un coefficient d'écorçage qui, multiplié par la circonférence du chêne-liège mesurée à 1,30 m indique la hauteur maximale de récolte à ne pas dépasser. En France, les coefficients d'écorçage sont en général de 1 à 1,5 pour le démasclage, et de 1,5 à 2 pour les levées suivantes. Dans d'autres pays, comme au Portugal par exemple, les coefficients d'écorçage peuvent atteindre voire dépasser 3.

Pour prélever l’écorce, on utilise des haches spéciales possédant un tranchant très fin et un manche biseauté. Il est possible de distinguer trois types de haches[3] :

  • la hache catalane, au tranchant droit, utilisée en France, en Espagne et en Italie ;
  • la hache portugaise, au tranchant arrondi, utilisée au Portugal ;
  • la hache Extremena, au tranchant en demi-lune, utilisée en Espagne.

Utilisation[modifier | modifier le code]

Bouchon à bouteille de vin en liège aggloméré.
Objets d'artisanat en liège, à Porto (Portugal)

Le liège est un produit de faible densité, antistatique, qui résiste relativement bien au feu, bon isolant thermique, acoustique et vibratoire, et résistant à l'eau grâce à la subérine qui imprègne les cellules. Il est souple et se décompose lentement. On distingue 2 types de liège : "naturel" et "expansé". Le liège expansé est chauffé à haute température, gonflé d’air, ce qui le rend plus léger et plus performant en résistance thermique. Le liège brut ne subit aucun traitement, excepté l’ébouillantage, c’est pourquoi nous l’appelons « liège naturel » à l’inverse du « liège expansé ».

Il sert traditionnellement à fabriquer des bouchons à vin. Plus de 80 % de la production de liège mondiale est utilisée pour fermer les bouteilles[4]. Néanmoins toutes ces propriétés, réunies dans un matériau naturel, rendent le liège précieux pour diverses applications, notamment en bioconstruction. Le PVC utilisé dans les fuselages des avions a pu être ainsi remplacé par du liège qui dispose des mêmes propriétés de légèreté et d'ininflammabilité [5]. Concassé en granulés, on le transforme en panneaux d'isolation, revêtement mural ou pour le sol. Il entre aussi dans la composition du linoleum.

Le liège est utilisé dans beaucoup d'applications de bouchages spéciaux, de semelles de chaussures, de panneaux techniques de toutes formes. Entièrement recyclable le coût de sa collecte et de son trie restent trop élevés pour qu'une filière de recyclage se développe à grande échelle malgré des initiatives locales.

Il est également utilisé dans la fabrication de certains instruments de musique de la famille des bois, notamment la clarinette, le hautbois, le saxophone, et le basson.

Les caractéristiques du liège (souplesse, isolant, etc.) font de lui un matériau très demandé pour l’élaboration d’articles particuliers : siège de voiture, articles de sports, canne à pêche, constituants de produits destinés à l’industrie de pointe, joints de dilatation destinés à l’industrie du bâtiment, etc.

Le liège sert aussi à la fabrication de volant de badminton et est aussi utilisée dans la mode pour l’utilisation de chaussures, d’accessoires et de vêtements.

Depuis quelques années, il est également très utilisé dans la construction de maison écologique, pour ses excellentes performances pour l'isolation thermiques et acoustiques. Il se présente en granules ou en panneau constitués de liège broyé, expansé dans des fours autoclaves ou pas. Sa conductivité thermique (λ) est d'environ 0,04 en fonction du produit et du niveau d'expansion.

Outre son utilisation comme isolant à partir de granulat ou de plaques de liège, il est désormais utilisé dans la décoration de l'habitat. Il est particulièrement apprécié pour ses qualités intrinsèques, éprouvées dans l'habitat depuis plusieurs siècles. L'expansion de ce matériau dans l'habitat a démarré à la fin du XIXe siècle. Au début du XXe siècle, des architectes renommés tels que Franck Lloyd Wright l'ont utilisé pour ses qualités naturelles et notamment son acoustique. Outre l'acoustique, il est aussi isolant thermique, anti-allergique. En qualité de matériau résilient il est souple à la marche et apporte un confort au quotidien inégalé, même par les matériaux synthétiques les plus récents. Il est très utilisé dans les pays d'Europe du Nord, aux États-Unis, ainsi qu'au Japon.

Pays producteurs[modifier | modifier le code]

D’autres pays, tels que la Russie, ont essayé de planter des chênes-lièges mais sans succès.

Voir aussi[modifier | modifier le code]