Anarchisme

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Dans une manifestation à Londres le 9 novembre 2011.
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Le A cerclé, symbole de l'anarchisme.
Illustration du livre Le principe anarchiste de Pierre Kropotkine (1913).
Étoile anarchiste.
Black Bloc : « Peut importe pour qui ils votent, nous sommes ingouvernables » (2008).

L'anarchisme est un courant de philosophie politique développé depuis le XIXe siècle sur un ensemble de théories et de pratiques anti-autoritaires[1] d'égalité sociale.

Depuis 1857, année où Joseph Déjacque a créé ce néologisme pour en renforcer le caractère égalitaire, le terme libertaire est, souvent, utilisé comme synonyme.

Fondé sur la négation du principe d'autorité dans l'organisation sociale et le refus de toute contrainte découlant des institutions basées sur ce principe[2], l'anarchisme a pour but de développer une société sans domination et sans exploitation, où les individus-producteurs coopèrent librement dans une dynamique d'autogestion[3] et de fédéralisme.

Le terme « anarchisme » et ses dérivés sont employés tantôt péjorativement, comme synonymes de désordre social dans le sens commun ou courant et qui se rapproche de l’anomie, tantôt comme un but pratique à atteindre dans le cadre d'une idéologie comme c’est le cas pour les anarchistes.

Pour ces derniers, l'anarchie n'est justement pas le désordre social. C’est plutôt le contraire, soit l'ordre social absolu, grâce notamment au collectivisme anti-capitaliste. Ce collectivisme, contrairement à l'idée de possessions privées capitalisées, suggère celle de possessions individuelles ne garantissant aucun droit de propriété, notamment celle touchant l'accumulation de biens non utilisés[4]. En outre, ce collectivisme s’exprime par une liberté politique organisée autour du mandatement impératif, de l'autogestion, du fédéralisme et de la démocratie directe.

Pour ses partisans, l'anarchie est donc organisée et structurée : c'est l'ordre moins le pouvoir.

L'anarchisme est un mouvement pluriel qui embrasse l'ensemble des secteurs de la vie et de la société. L’anarchisme est un concept philosophique, mais c’est également « une idée pratique et matérielle, un mode d’être de la vie et des relations entre les êtres qui naît tout autant de la pratique que de la philosophie ; ou pour être plus précis qui naît toujours de la pratique, la philosophie n’étant elle-même qu’une pratique, importante mais parmi d’autres »[5].

En 1928, Sébastien Faure, dans La synthèse anarchiste définit quatre grands courants qui cohabitent tout au long de l'histoire du mouvement : l'individualisme libertaire qui insiste sur l'autonomie individuelle contre toute autorité ; le socialisme libertaire qui propose une gestion collective égalitariste de la société ; le communisme libertaire, qui de l'aphorisme « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins » créé par Louis Blanc, veut économiquement partir du besoin des individus, pour ensuite produire le nécessaire pour y répondre ; et l'anarcho-syndicalisme, qui propose une méthode, le syndicalisme, comme moyen de lutte et d'organisation de la société[6]. Depuis de nouvelles sensibilités se sont affirmées, tels l'anarcha-féminisme ou l'écologie sociale.

Pour Vivien Garcia dans L'anarchisme aujourd'hui (2007), l'anarchisme « ne peut être conçu comme un monument théorique achevé. La réflexion anarchiste n'a rien du système. [...] L'anarchisme se constitue comme une nébuleuse de pensées qui peuvent se renvoyer de façon contingente les unes aux autres plutôt que comme une doctrine close »[7]

Étymologie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Étymologie du terme anarchie.

Le terme anarchie est un dérivé du grec « ἀναρχία » (« anarkhia »)[8]. Composé du préfixe privatif an- (en grec αν, « sans », « privé de ») et du radical arkhê, (en grec αρχn, « origine », « principe », « pouvoir » ou « commandement »)[9],[10]. L'étymologie du terme désigne donc, d'une manière générale, ce qui est dénué de principe directeur et d'origine. Cela se traduit par « absence de principe[11] », « absence de règle[11] », « absence de chef[12] », « absence d'autorité[2] » ou « absence de gouvernement[10] ».

Dans un sens négatif, l'anarchie évoque le chaos et le désordre, l'anomie[13]. Et dans un sens positif, un système où les individus sont dégagés de toute autorité[13]. Ce dernier sens apparaît en 1840 sous la plume du théoricien, socialiste libertaire, Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865). Dans Qu'est-ce que la propriété ?, l'auteur se déclare « anarchiste » et précise ce qu'il entend par « anarchie » : « une forme de gouvernement sans maître ni souverain »[13].

Précurseurs de l'anarchisme[modifier | modifier le code]

Pour de nombreux théoriciens de l'anarchisme, l'esprit libertaire remonte aux origines de l'humanité[14]. À l'image des Inuits, des Pygmées, des Santals, des Tivs, des Piaroa ou des Merina, de nombreuses sociétés fonctionnent, parfois depuis des millénaires, sans autorité politique (État ou police)[15] ou suivant des pratiques revendiquées par l'anarchisme comme l'autonomie, l'association volontaire, l'auto-organisation, l'aide mutuelle ou la démocratie directe[16].

Les premières expressions d'une philosophie libertaire peuvent être trouvées dans le taoïsme et le bouddhisme[17]. Au taoïsme, l'anarchisme emprunte le principe de non-interférence avec les flux des choses et de la nature, un idéal collectiviste et une critique de l'État ; au bouddhisme, l'individualisme libertaire, la recherche de l'accomplissement personnel et le rejet de la propriété privée[18].

Une forme d’individualisme libertaire est aussi identifiable dans certains courants philosophiques de la Grèce antique, en particulier dans les écrits épicuriens, cyniques et stoïciens[19].

Certains éléments libertaires du christianisme ont influencé le développement de l'anarchisme[20], en particulier de l'anarchisme chrétien[21]. À partir du Moyen Âge, certaines hérésies et révoltes paysannes attendent l'avènement sur terre d'un nouvel âge de liberté[18]. Des mouvements religieux, à l'exemple des hussites ou des anabaptistes s'inspirèrent souvent de principes libertaires[22].

Plusieurs idées et tendances libertaires émergent dans les utopies françaises et anglaises de la Renaissance et du siècle des Lumières[23]. Pendant la Révolution française, le mouvement des Enragés s'oppose au principe jacobin du pouvoir de l'État et propose une forme de communisme[24]. En France, en Allemagne, en Angleterre ou aux États-Unis, les idées anarchistes se diffusent par la défense de la liberté individuelle, les attaques contre l'État et la religion, les critiques du libéralisme et du socialisme[18]. Certains penseurs libertaires américains comme Henry David Thoreau, Ralph Waldo Emerson et Walt Whitman, préfigurent l’anarchisme contemporain de la contre-culture, de l'écologie, ou de la désobéissance civile[25].

Remonter si loin dans l'histoire de l'humanité n'est pas sans risque d'anachronisme ou d'idéologie[26]. C'est donner une définition extrêmement vague de l'anarchisme sans tenir compte des conditions historiques et sociales de l'époque des faits[26]. Il faudra attendre la Révolution française pour découvrir des aspirations ouvertement libertaires chez des auteurs comme Jean-François Varlet, Jacques Roux, Sylvain Maréchal ou William Godwin[26].

Principes généraux[modifier | modifier le code]

L'anarchisme est une philosophie politique qui présente une vision d'une société humaine sans hiérarchie, et qui propose des stratégies pour y arriver, en renversant le système social autoritaire.

L'objectif principal de l'anarchisme est d'établir un ordre social sans dirigeants ni dirigés. Un ordre fondé sur la coopération volontaire d'hommes et de femmes libres et conscients, qui ont pour but de favoriser un double épanouissement : celui de la société et celui de l'individu qui participe à celle-ci. Selon l'essayiste Hem Day : « On ne le dira jamais assez, l’anarchisme, c’est l’ordre sans le gouvernement ; c’est la paix sans la violence. C’est le contraire précisément de tout ce qu’on lui reproche, soit par ignorance, soit par mauvaise foi. »

À la source de toute philosophie anarchiste, on retrouve une volonté d'émancipation individuelle ou collective. L'amour de la liberté, profondément ancré chez les anarchistes, les conduit à lutter pour l'avènement d'une société plus juste, dans laquelle les libertés individuelles pourraient se développer harmonieusement et formeraient la base de l'organisation sociale et des relations économiques et politiques.

L'anarchisme est opposé à l'idée que le pouvoir coercitif et la domination soient nécessaires à la société et se bat pour une forme d'organisation sociale et économique libertaire, c'est-à-dire fondée sur la collaboration ou la coopération plutôt que la coercition.

L'ennemi commun de tous les anarchistes est l'autorité, sous quelque forme que ce soit, l'État étant leur principal ennemi : l'institution qui s'attribue le monopole de la violence légale (guerres, violences policières), le droit de voler (impôt) et de s'approprier l'individu (conscription, service militaire)[réf. nécessaire].

Les visions qu'ont les différentes tendances anarchistes de ce que serait ou devrait être une société sans État sont en revanche d'une grande diversité. Opposé à tout credo, l'anarchiste prône l'autonomie de la conscience morale par-delà le bien et le mal définis par une orthodoxie majoritaire, un pouvoir à la pensée dominante. L'anarchiste se veut libre de penser par lui-même et d'exprimer librement sa pensée.

Certains anarchistes dits « spontanéistes » pensent qu'une fois la société libérée des entraves artificielles que lui impose l'État, l'ordre naturel précédemment contrarié se rétablirait spontanément, ce que symbolise le « A » inscrit dans un « O » (« L'anarchie, c'est l'ordre sans le pouvoir », Proudhon). Ceux-là se situent, conformément à l'héritage de Proudhon, dans une éthique du droit naturel (elle-même affiliée à Rousseau).

D'autres pensent que le concept d'ordre n'est pas moins « artificiel » que celui d'État. Ces derniers pensent que la seule manière de se passer des pouvoirs hiérarchiques est de ne pas laisser d'ordre coercitif s'installer. À ces fins, ils préconisent l'auto-organisation des individus par fédéralisme, comme moyen permettant la remise en cause permanente des fonctionnements sociaux autoritaires et de leurs justifications médiatiques. En outre, ces derniers ne reconnaissent que les mandats impératifs (votés en assemblée générale), révocables (donc contrôlés) et limités à un mandat précis et circonscrit dans le temps. Enfin, ils pensent que le mandatement ne doit intervenir qu'en cas d'absolue nécessité.

Le rejet du centralisme, pour le fédéralisme, aboutit donc à un projet d'organisation sociale fondée sur la gestion directe de sa propre vie et la décentralisation, où chacun est en mesure de participer à la vie commune, tout en conservant son autonomie individuelle, selon les conceptions parfois diamétralement opposées que s'en font les différents courants anarchistes.[réf. nécessaire]

Courants[modifier | modifier le code]

À la genèse de l'anarchisme politique, on trouve les travaux pionniers de William Godwin : en 1793, il publie Enquête sur la justice politique et son influence sur la morale et le bonheur [27], œuvre largement inspirée par la Révolution française. Il y propose une critique radicale de la société et de toutes les formes de gouvernement qui, selon lui, empêchent l'épanouissement des individus et les mènent à leur corruption. Les travaux de Max Stirner (qui refusait l'appellation « anarchiste ») auront également un rôle très important dans le développement de l'anarchisme individualiste. Celui-ci publie en 1845 L'Unique et sa propriété, une œuvre en réaction contre la pensée hégélienne et post-hégelienne, qui va marquer durablement la pensée anarchiste.

Les libertaires considèrent qu'une société anarchiste devrait être construite sans hiérarchie et sans autorité ; les institutions telles que le capitalisme, la famille patriarcale, l'Église, l'État, l'armée sont qualifiées d'autoritaires (dans le sens d'une présence d'autorité par opposition au système libertaire qui s'en passe) et contraires aux libertés individuelles.

Trois mouvements principaux existent au sein de la mouvance anarchiste, l'un socialiste, l'autre individualiste et le dernier syndicaliste. Il existe également d'autres tendances moins connues et plus récentes.

C'est dans l'espace délimité par ces conceptions, globalement peu représentatives de l'ensemble, que se situe la pensée anarchiste.

Aujourd'hui, il existe donc de nombreuses théories anarchistes distinctes. Différents groupes peuvent donc se définir comme anarchistes et néanmoins avoir des positions (au niveau tactique, stratégique, organisationnel, comme au niveau de leur philosophie politique, économique et sociale) différentes, voire opposées.

Courants socialistes[modifier | modifier le code]

Manifestation d'anarchistes contre le chômage à New-York, en 1914.

Les socialistes libertaires, selon les tendances, considèrent que la société anarchiste peut se construire par mutualisme, collectivisme, communisme, syndicalisme, mais aussi par conseillisme. L'abolition de la propriété et l'appropriation collective des moyens de production est un point essentiel de cette tendance libertaire. Par propriété, on n'entend pas le fait de posséder quelque chose pour soi, mais de le posséder pour d'autres afin d'en tirer des revenus (locations, lieux de travail...). Ces courants, composés initialement de Proudhon (et ses successeurs), puis de Bakounine, étaient présents au sein de l'Association internationale des travailleurs (Première internationale), jusqu'à la scission de 1872 (où Bakounine et Karl Marx se sont trouvés opposés). L'anarchisme socialiste est considéré comme une politique qui établit un pont entre le socialisme et l'individualisme (par le biais du coopérativisme et du fédéralisme libertaire) combattant tant le capitalisme que l'autoritarisme sous toutes ses formes.

  • L'anarchisme socialiste ou socialisme libertaire, qui propose une gestion collective égalitariste de la société (mouvement largement influencé par les écrits de Bakounine) ;
  • L'anarchisme communiste ou communisme libertaire, qui de l'adage « À chacun selon ses besoins, de chacun selon ses capacités » veut, d'un point de vue économique, partir du besoin des individus afin de produire par la suite le nécessaire pour y répondre ; ce qui politiquement est lié étroitement avec l'anarchisme qui part des volontés de chaque individu réel, par la liberté politique pour créer/construire la société à l'échelle des humains vivants/désirants (mouvement largement influencé par les écrits de Errico Malatesta, Pierre Kropotkine) ;
  • L'anarcho-syndicalisme, qui propose une méthode : le syndicalisme, couplé à l'anarchisme, comme moyen de lutte et d'accès vers une société anarchiste (mouvement largement influencé par les écrits d'Émile Pouget, Pierre Monatte et Fernand Pelloutier) ;
  • L'anarchisme proudhonien, qui défend l'autogestion fédéraliste, un travaillisme pragmatique, un justicialisme idéo-réaliste et une économie mutualiste. Le travail, fondement de la société, devient le levier de la politique, le réalisateur de la liberté. Le justicialisme permet un pluralisme à travers un équilibre des forces physiques et sociales. Le fédéralisme permet le dynamisme et l'équilibre de la société pluraliste (auteurs: Pierre Joseph Proudhon, James Guillaume, Maurice Joyeux) ;
  • L'anarchisme insurrectionnel qui prône l'insurrection, la révolte (auteurs : Wolfi Landstreicher, Alfredo M. Bonanno) ;
  • L'anarcho-indépendantisme, qui définit la nature anarchiste de la lutte pour l'émancipation des peuples (une tendance clairement de gauche à ne pas confondre avec le national-anarchisme) ;
  • Le postanarchisme qui s'inspire de la pensée post-structuraliste et post-marxiste ;
  • L'anarcho-sionisme est un courant politique qui naît après le sentiment d'échec de l'action révolutionnaire des juifs à l'issue des grands pogroms des années 1890. Les anarchistes comme les socialistes viennent à penser que la question juive ne peut faire l'économie d'un projet de société séparée en attendant la révolution mondiale. Pour les anarcho-sionistes, il s'agit de fonder un foyer national sans État. Ce courant n'adhèrera pas au sionisme de Theodor Herzl (auteur français : Bernard Lazare).

Les cinq premières tendances (socialiste, communiste, syndicaliste, proudhonienne et insurrectionnelle) se rejoignent et coexistent au sein des différentes associations libertaires. L'ensemble de ces courants se caractérise par une conception particulière du type d'organisation militante nécessaire pour avancer vers une révolution. Ils se méfient de la conception centralisée d'un parti révolutionnaire, car ils considèrent qu'une telle centralisation mène presque inévitablement à une corruption de la direction par l'exercice de l'autorité.

Courants individualistes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Anarchisme individualiste.

Les individualistes libertaires, selon les tendances, considèrent au contraire que seul l'individu peut légitimement posséder son bien propre, soit par l'abolition de la propriété, soit par la possession individuelle, soit par la propriété privée[28]. Selon cette tendance, les institutions autoritaires doivent être supprimées, en les désertant ou en les combattant, la question essentielle est la liberté de l'individu face à l'oppression de la société (et de ses composantes). Les institutions intermédiaires, nées de la collaboration entre individus et susceptibles de tenir l'État en échec, sont considérées avec bienveillance, pour autant, évidemment, qu'elles ne participent pas à l'oppression étatique (exemple typique : les fabricants d'armes).

Courants écologistes[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Écologie libertaire et Anarcho-primitivisme.

L'écologie libertaire rejette toute forme d'économie industrielle et d'exploitation du monde naturel (mouvement proche de certaines composantes du communisme libertaire) dans une mesure plus ou moins importante, et forme un troisième pôle de la pensée anarchiste. Les anarchistes écologistes proposent, selon la tendance, soit le retour à la nature (sous forme de société primitive ; ce courant s'inscrit dans la tendance individualiste), soit la mise sous contrôle par les individus de la technologie.

Courants chrétiens[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Anarchisme chrétien.

L'anarchisme chrétien entend concilier les fondamentaux de l'anarchisme (le rejet de toute autorité ecclésiale ou étatique) avec les enseignements de Jésus de Nazareth, pris dans leur dimension critique vis-à-vis de l'organisation sociale. D'un point de vue social, il se fonde sur la « révolution personnelle », soit la métamorphose de chaque individu au quotidien. Léon Tolstoï, Søren Kierkegaard, Jacques Ellul, Dorothy Day et Ivan Illich en sont les figures les plus marquantes[33].

Selon Ellul, « Tout cela, que l’on voit (le conformisme, le conservatisme social et politique des Églises ; le faste, la hiérarchie, le système juridique des Églises ; la « morale » chrétienne ; le christianisme autoritaire et officiel des dignitaires des Églises…), c’est le caractère « sociologique et institutionnel » de l’Église, […] ce n’est pas l’Église. Ce n’est pas la foi chrétienne. Et les anarchistes avaient raison de rejeter ce christianisme »[34]. Par ailleurs, l'anarchisme est pour Ellul « la forme la plus aboutie du socialisme[34] ».

Aux États-Unis, le mouvement Jesus Radicals (en)[35] s'inscrit dans cette mouvance.

Autres courants[modifier | modifier le code]

Des courants plus récents, moins connus ou ayant leur autonomie propre, et ne rentrant pas dans le cadre des tendances précédentes existent.

  • L'anarcha-féminisme considère la domination des hommes sur les femmes comme l'une des premières manifestations de la hiérarchie dans nos sociétés. Le combat contre le patriarcat est donc partie intégrante de la lutte des classes et de la lutte contre l'État, comme l'a formulé Susan Brown : « Puisque l'anarchisme est une philosophie politique opposée à toute relation de pouvoir, il est intrinsèquement féministe. »[36] (auteures : Emma Goldman, Voltairine de Cleyre, Lucía Sánchez Saornil, Mujeres Libres, etc.) ;
  • L'anarchisme non-violent est un mouvement dont le but est la construction d'une société refusant la violence. Les moyens utilisés pour arriver à cette fin sont en adéquation avec celle-ci : écoute et respect de toutes les personnes présentes dans la société, choix de non-utilisation de la violence, respect de l'éthique (la fin ne justifie jamais les moyens), place importante faite à l'empathie et à la compassion, acceptation inconditionnelle de l'autre. Apolitique, profondément humaniste, il vise à rassembler les hommes et les femmes pour construire une société où chacun est poussé à se réaliser (la société est au service de l'individu) et en même temps incite l'individu à collaborer, à contribuer au bien-être de tous les acteurs de la société (l'individu est au service de la société)[37],[38] ;
  • L'anarchisme épistémologique est un mouvement qui s'oppose à l'autoritarisme intellectuel et politique s'appuyant sur la transmission coercitive du savoir, la hiérarchie intellectuelle et la censure, et qui prône au contraire la liberté de pensée et d'expression, la diversité de pensée et de culte, et la libre adhésion aux idées (auteur : Paul Feyerabend) ;
  • Le mouvement anarcho-punk radicalise les idées du mouvement punk ;
  • Le mouvement anarcho-skinhead ;
  • Le crypto-anarchisme promeut l'utilisation de la cryptologie à des fins de protection sur Internet contre une autorité de régulation qui devient de plus en plus présente ;
  • L'anarchisme queer, ou le Pink Bloc — dans lequel se manifeste le mouvement anarcho-queer — qui cherche à radicaliser le mouvement gay et lesbien d'un côté, et de l'autre à « queeriser » les réseaux anarchistes à travers la mise en avant des questions d'homophobie et de transphobie.

Ces différents courants/tendances se rejoignent dans la volonté de mettre en place une société libertaire, où la liberté politique serait la règle. C'est surtout après la Seconde Guerre mondiale qu'apparaissent d'autres courants dans différents domaines : politiques, philosophiques et littéraires. Ils se démarquent parfois assez radicalement des doctrines libertaires classiques.

Cette diversification de la philosophie anarchiste montre que l'anarchisme tend à se disperser en fonction de l'attachement des penseurs à des sensibilités politiques ou philosophiques très diverses. Certes, toutes ces tendances ont en commun de rejeter le pouvoir et l'autorité, mais les « programmes » des différents courants sont parfois incompatibles entre eux. Cependant, l'anarchisme n'étant pas monolithique, cela n'altère en rien le mouvement.

Conflits entre courants[modifier | modifier le code]

Les tendances de l'anarchisme historique (anarchisme socialiste/syndicaliste/proudhonien/communiste et individualiste stirnerien) sont également les plus actives politiquement et idéologiquement, et les mieux organisées. Elles peuvent en outre revendiquer un héritage historique très riche, qui s'est construit au fil des décennies autour d'un militantisme et d'un activisme très vivaces. Elles constituent encore de nos jours le noyau dur de l'anarchisme actif, et une majorité d'anarchistes considère que ce sont les seuls mouvements qui peuvent légitimement revendiquer l'appellation d'anarchisme. Ce sont ces mêmes courants qui s'associent parfois pour faire front commun au sein d'organisations synthésistes.

Au sein du mouvement anarchiste, d'autres mouvements non traditionnels sont plus ou moins bien accueillis (selon les tendances), certains étant considérés comme un enrichissement de l'anarchisme, d'autres non. Néanmoins, les diverses tendances se rejettent parfois mutuellement, les individualistes libertaires pouvant rejeter la composante socialiste et réciproquement (notamment dans le cas d'une organisation politique de type plateformiste).

Pour les courants libertaires traditionnels, les courants tels que le national-anarchisme, l'anarcho-capitalisme et l'anarchisme de droite sont rejetés, considérant que les idées de ces mouvements sont extérieures à l'anarchisme politique et historique et qu'elles n'ont aucun point commun avec les leurs, voire qu'elles leur sont fondamentalement opposées. Certains[Qui ?] estiment également qu'ils emploient abusivement le terme d'« anarchisme ». Les nationalistes anarchistes sont pointés du doigt pour leur promiscuité politique avec l'extrême-droite (pour la branche proche du néonazisme) ou l'incompatibilité de défendre le nationalisme et l'internationalisme, critique également faite à l'encontre des anarchistes de droite (François Richard considère en effet qu'Édouard Drumont ou Lucien Rebatet sont anarchistes). L'anarchisme de droite est également critiqué pour son incohérence et son inexistence en tant que mouvement politique (la grande majorité des auteurs cités comme des anarchistes de droite ne se sont en effet jamais revendiqués de ce mouvement qui est né bien après eux). Les critiques à l'encontre des anarcho-capitalistes contestent la possibilité de combiner l'anarchisme et le capitalisme, ce dernier étant considéré par eux comme une source d'exploitation. L'anarchisme chrétien est critiqué par ceux qui estiment que la religion est source d'oppression et d'aliénation.

Les anarcho-capitalistes rejettent également le national-anarchisme et l'anarchisme de droite, mais contrairement aux autres anarchistes qui condamnent le capitalisme comme source d'inégalités, ils en sont explicitement les partisans et limitent leur critique à l'État. Cette doctrine qui se revendique anarchiste et libérale peut se trouver rejetée par chacune de ces deux familles.

Expériences historiques[modifier | modifier le code]

Organisations primitives apparentées à l'anarchisme[modifier | modifier le code]

  • De nombreux peuples dits primitifs, généralement des chasseurs-cueilleurs comme les Aeta, mais aussi des agriculteurs comme les Papous, sont dépourvus de structures d'autorité et le pouvoir de coercition n'y est pas considéré comme légitime.

En périodes révolutionnaires[modifier | modifier le code]

En périodes non-révolutionnaires[modifier | modifier le code]

Sur ces diverses périodes expérimentales[modifier | modifier le code]

L'échec de ces expériences sera dû, selon les anarchistes, à plusieurs facteurs, externes ou internes au mouvement anarchiste, dont la situation politique internationale défavorable, le trop faible soutien populaire ou international, la répression, les contraintes inhérentes à une situation de guerre révolutionnaire, les entraves de jacobins, de bolcheviques (pour les Soviets en Russie), de staliniens lors de la Guerre d'Espagne.

Ces expériences parviennent toutefois à réaliser, selon les anarchistes, de nombreux principes anarchistes, en particulier en matière d'éducation libre, de libre collectivisation des terres et des usines, de liberté politique, etc.

Période contemporaine[modifier | modifier le code]

En d'autres lieux et à des périodes plus récentes, certains peuples se sont inspirés en partie de certains principes libertaires :

  • La commune libre Christiania à Copenhague au Danemark, expérience au bénéfice d'aides gouvernementales d'un squat autonome/autogéré au niveau d'un quartier ;
  • La réponse à la crise argentine en décembre 2001 où une grande partie de la population manifeste quasi quotidiennement avec pour slogan « ¡ Que se vayan todos ! » (« Qu'ils s'en aillent tous ! »), s'organise en assemblées de quartier, et pratique l'autogestion tant dans les usines que dans les supermarchés[39],[40] ;
  • Diverses expériences lors de la révolte de mai 68 ;
  • La mise en place d'Écovillages : agglomérations, généralement rurales, ayant un projet d'autosuffisance variable, reposant sur un modèle économique alternatif. L'écologie y est également prépondérante ;
  • En 2007, se fonde dans le monde virtuel de Second Life une Metaversial Anarchist Federation regroupant des militants de divers pays, son premier colloque étant prévu pour mai 2007. Des discussions sont en cours[pertinence contestée], en son sein, pour demander une adhésion à l'IFA, ce qui ne manque pas d'être complexe vue la nature électronique et anationale de cette fédération.

Culture contemporaine anarchiste[modifier | modifier le code]

Les pratiques anarchistes sont, entre autres, le Do it yourself, le squat, la Free party, les rassemblements Rainbow Gathering... L'ensemble de ces pratiques constitue une sous-culture qui est en grande partie une contreculture. Le web est utilisé pour partager sa bibliothèque (infokiosque) ou pour se tenir informé (indymedia).[réf. nécessaire]

Critiques de l'anarchisme[modifier | modifier le code]

Selon le philosophe et historien des idées politiques d'orientation libérale Philippe Nemo, une société anarchiste est impossible à la fois sur le plan théorique et dans la pratique. Il constate que, tout au plus, on a pu observer uniquement « de brefs exemples historiques » mais aucune réalisation durable. Il estime que cette impossibilité est définitive en se basant sur les questions posées au XIXe siècle par Lord Acton concernant la politique : qui doit exercer le pouvoir et quelles doivent être ses limites. Selon lui, la réponse anarchiste, en particulier des anarchistes socialistes, qui réunit un pouvoir sans limitation, exercé par le peuple dans son ensemble, sans que ce pouvoir soit confisqué par un individu ou un groupe d'individus, est fondamentalement instable. Pour Nemo, cette solution ne peut pas durer car elle tend à devenir soit un système totalitaire (prise de contrôle du pouvoir par un individu ou un groupe) soit une démocratie libérale (limitation des pouvoirs exercés par tous). À l'inverse de la réponse anarchiste, selon Nemo, ces deux réponses sont stables puisque, dans le premier cas, les pouvoirs de l'État sur tous permettent facilement son maintien au pouvoir, tandis que dans le second, le « libéralisme rend possible l'existence d'opposants politiques, faisant vivre la démocratie »[41].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie dédiée à ce sujet : Histoire de l'anarchisme.

Textes théoriques[modifier | modifier le code]

(classement par apparition des auteurs)

Il existe une catégorie dédiée à ce sujet : Théoricien de l'anarchisme.

Anthropologie[modifier | modifier le code]

Philosophie[modifier | modifier le code]

Anthologies[modifier | modifier le code]

Autobiographie[modifier | modifier le code]

Textes contemporains[modifier | modifier le code]

Dictionnaires[modifier | modifier le code]

Recherches universitaires[modifier | modifier le code]

  • Constance Bantman, Anarchismes et anarchistes en France et en Grande-Bretagne, 1880-1914 : Échanges, représentations, transferts, Thèse de doctorat en langues et littératures anglaises et anglo-saxonnes, Université Paris 13 Nord, 2007, texte intégral.

À classer[modifier | modifier le code]

Sources historiques[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie dédiée à ce sujet : Film libertaire.

Documents vidéos[modifier | modifier le code]

Bande son[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie dédiée à ce sujet : Chanson libertaire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, Gallimard, coll. « Tel », 1992.
  2. a et b Sébastien Faure, Encyclopédie anarchiste, Paris, La Librairie Internationale
  3. Emmanuel de Waresquiel, Le siècle rebelle, dictionnaire de la contestation au XXe siècle, Larousse, coll. « In Extenso », 1999
  4. Ely, Richard et al. 'Property and Contract in Their Relations to the Distribution of Wealth' The Macmillan Company (1914)
  5. Daniel Colson, L’anarchisme et les discontinuités de l’Histoire, introduction à Trois essais de philosophie anarchiste, Éditions Lignes & Manifeste, 2004, texte intégral.
  6. Sébastien Faure, La synthèse anarchiste, Jstor, texte intégral
  7. Vivien Garcia, L'anarchisme aujourd'hui, La Librairie des Humanités, L'Harmattan, 2007, page 94.
  8. Sur l'étymologie du terme anarchie, voir :
    Grand dictionnaire encyclopédique, Paris, Larousse, 1982 ;
    Auguste Scheler, Dictionnaire d'étymologie française, Bruxelles, Auguste Schnée, 1862 ;
    (en) Ernest Weekley, An Etymological Dictionary of Modern English, vol. 1, Dover Publications, 1967
  9. Trésor de la langue française, Paris, CNRS Éditions
  10. a et b Pierre Kropotkine, Encyclopædia Britannica, Londres, 1910
  11. a et b Pierre Joseph Proudhon, Qu'est-ce que la propriété ?, Paris, 1840
  12. Le Nouveau Petit Robert, Paris, Éditions Le Robert, 1995
  13. a, b et c Sylvie Arend, Christiane Rabier, Le Processus Politique : Environnements, Prise de Décision et Pouvoir, Ottawa, University of Ottawa Press, 2000 (ISBN 978-2-7603-0503-8)
  14. Sur les origines de l'esprit libertaire voir :
    (fr) Jean Grave, La société mourante et l'anarchie, Paris, P.V Stock, 1893, p. 3
    (fr) Max Nettlau, Bibliographie de l'Anarchie, Paris, Stock, 1897
    (fr) Émile Armand, Qu'est-ce qu'un anarchiste? Thèses et opinions, Paris, éditions de l'anarchie, 1908, p. 43
    (fr) Pierre Kropotkine, La science moderne et l'anarchie, Paris, P.V Stock, 1913, p. 3
  15. Francis Dupuis-Déri, L'anarchie en philosophie politique ; Réflexions anarchistes sur la typologie traditionnelle des régimes politiques, Les ateliers de l'éthique, Vol. 2, no 1, 2007
  16. David Graeber, Fragments of an Anarchist Anthropology, Prickly Paradigm Press, sur prickly-paradigm.com, 2004 (ISBN 0-9728196-4-9)
  17. Sur les racines taoïstes et bouddhistes de l'anarchisme, voir :
    (en) Robert Graham, Anarchism: A Documentary History of Libertarian Ideas, Black Rose, 2005 (ISBN 1551642506)
    (en) Peter Marshall, Demanding the Impossible: A History of Anarchism, Fontana Press, 2008 (ISBN 978-0-00-686245-1)
  18. a, b et c Sylvie Arend, Christiane Rabier, Le Processus Politique : Environnements, Prise de Decision et Pouvoir, Ottawa, University of Ottawa Press, 2000 (ISBN 2760305031)
  19. Jean Préposiet, Histoire de l'anarchisme, Tallandier, coll. « Approches », 2005 (ISBN 2847341900)
  20. Pierre Kropotkine, La science moderne et l'anarchie, Paris, P.V Stock, 1913
  21. À propos de l'anarchisme chrétien, voir :
    (fr) Léon Tolstoï, Aux travailleurs, traduit du russe, par JW Bienstock, Paris, Stock, 1903
    (fr) Jacques Ellul, Anarchie et christianisme, Lyon, Atelier de création libertaire, 1988
  22. Jean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, Tome I, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 1992 (ISBN 2070724980)
  23. Michel Antony, Ferments libertaires dans quelques écrits utopiques, sur ac-besancon.fr, 2008
  24. À propos des Enragés, voir :
    Daniel Guérin, La lutte de classes sous la première république, bourgeois et « bras nus » (1793-1797)
  25. (en) Peter Marshall, Demanding the Impossible: A History of Anarchism, Fontana Press, 2008 (ISBN 978-0-00-686245-1)
  26. a, b et c (fr) Gaetano Manfredonia, L'anarchisme en Europe, Presses universitaires de France, 2001 (ISBN 2-13-051668-8)
  27. Traduction française du texte de Godwin
  28. La défense de la propriété privée se rapproche plus spécifiquement de l'anarcho-capitalisme, dont l'appartenance au courant anarchiste reste discuté.
  29. « Du développement à la décroissance - se sortir de l'impasse suicidaire du capitalisme », sur lezarts.com,‎ 13/09/2014 (consulté le 13/09/2014)
  30. « Les auteurs du monde libertaire - Jean-Pierre Tertrais », sur Le monde libertaire,‎ 13/09/2014 (consulté le 13/09/2014)
  31. « Anarchisme et Décroissance », sur Le monde libertaire,‎ 07/09/2011 (consulté le 17/09/2014)
  32. « Décroissance Communiste Libertaire », sur Pour une Décroissance Communiste Libertaire,‎ 13/09/2014 (consulté le 13/09/2014)
  33. Gregory Baum, Chrétiens dans la mouvance anarchiste, in Relations, Actualité de l’anarchisme, n°682, février 2003, texte intégral.
  34. a et b Jacques Ellul, Anarchie et Christianisme
  35. site Jesus Radicals
  36. Susan Brown, The Politics of Individualism: Liberalism, Liberal Feminism and Anarchism, Montreal, Black Rose Books, 1993, p.208.
  37. Xavier Bekaert, Anarchisme. Violence. Non-Violence. Petite Anthologie de la révolution non-violente chez les principaux précurseurs et théoriciens de l'anarchisme, Le Monde libertaire, Alternative Libertaire Belgique, 2000, 2005, texte intégral.
  38. Xavier Bekaert, Le principe de la non-violence, in Relations, Actualité de l’anarchisme, n°682, février 2003, texte intégral.
  39. Argentine : leçons pour l’anarchisme Sur le site http://cnt-ait.info du 8 juin 2002
  40. Argentine : Mouvement populaire : En attendant la nouvelle vague Sur le site http://alternativelibertaire.org
  41. Philippe Nemo, Histoire des Idées Politiques, PUF, 2003, p. 23-24.
  42. Romain Blondeau, « Un film de Banksy sur la culture anarchiste disponible en ligne », Les Inrockuptibles,‎ 16 août 2011 (lire en ligne)

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