Histoire du Laos

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Le Laos.

Cet article présente un résumé de l'histoire du Laos, un pays enclavé d'Asie du Sud-Est, entouré par la Birmanie (ou Myanmar), la Thaïlande, le Cambodge, le Viêt Nam et la République populaire de Chine.

La Préhistoire[modifier | modifier le code]

Plaines des jarres

Des fouilles dans la région de Luang Prabang effectuées par le géologue Fromaget, ont permis d'exhumer des restes d'hominiens, analogues au sinanthrope ou "homme de Pékin", attestant que le pays lao est habité par l'homme depuis les temps les plus reculés. On a retrouvé également des objets de l'époque mésolithique et néolithique.

Il y a lieu de croire que le pays lao a toujours été toujours un lieu de transit pour nombreuses populations de diverses origines.

Il y a 5 000 ans (3 000 av. J.-C.), des populations des collines et des piémonts du sud de la Chine entament un mouvement de migration vers le sud. Ces populations sont les ancêtres des peuples de langues austroasiatiques que sont les Môns et leurs cousins les Khmers.

À une époque plus récente, peut-être vers 500 av. J.-C., sont édifiés dans la région de Xieng Khouang des mégalithes qui prennent la forme de jarres géantes, de menhirs ou de cromlechs. Les jarres contiennent des ossements incinérés, des objets en bronze et en fer. Plus tard, on appellera cette région la "Plaine des jarres". Il existe également un important site mégalithique à Hintang, dans la province de Houaphan.

Ces diverses populations sont les ancêtres de ceux que l'on appelle maintenant les Lao-Theungs et autrefois, les Kha ("sauvages", "esclaves"). Ils sont établis dans l’est, le sud-est et le sud du pays. Ils y ont été refoulés, au cours des âges, par de nouvelles migrations.

Le pays Lao avant le XIVe siècle[modifier | modifier le code]

Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, le sud du pays est occupé par des Chams ou habitants du Champa, royaume hindouiste du centre du Viêt Nam. Les Chams sont ensuite évincés par les Khmers. Aux alentours de l'an 900, le royaume de Yasovarman n'englobe que le sud du Laos, alors que deux siècles plus tard, le royaume de Jayavarman VII s'étend jusqu'à la région de Vientiane. Tant les Chams que les Khmers sont indianisés, et par conséquent perméable au bouddhisme qui se répand dans la péninsule indochinoise à partir du VIIe siècle.

C'est à partir du XIe siècle que l'on date habituellement l'irruption des populations thaies (ou t'ai) dans le Laos actuel. Organisés en chefferies, combatifs et conquérants, sans doute poussés par l'expansion chinoise, les T'ai s'infiltrent par Diên Biên Phu et les vallées de la Nam Ou et de la Nam Suong. Au contact de la civilisation khmère, ils se convertissent graduellement au bouddhisme et par la suite imposent dans les régions où ils s'établissent leur langue et leur culture. Les Lao représentent un rameau particulier de la branche T'ai. Ce sont eux qui occupent le Laos actuel et le nord de la Thaïlande actuelle. Une inscription siamoise de 1292 atteste l'existence d'un royaume lao autour de Luang Prabang.

Le royaume du Lan Xang (du XIVe au XIXe siècle)[modifier | modifier le code]

Le premier royaume lao historiquement reconnu date du XIVe siècle. Son roi s'appelle Fa Ngum, il descend d'un ancêtre plus ou moins légendaire, Khoun Bourom. Le royaume, qui s'étend sur un territoire plus grand que le Laos actuel porte le nom de Lan Xang, ce qui signifie "(royaume du) million d'éléphants". Dans les siècles qui suivirent les souverains du Lan Xang sont souvent en guerre contre les Birmans et les Vietnamiens dont ils doivent parfois accepter la suzeraineté.

Fā Ngum s'efforce de placer tous les Laos sous son autorité. Il conquiert la plus grande partie du plateau de Khōrāt ainsi que des territoires qui sont maintenant situés au nord-ouest du Viêt Nam.

En 1373, Fā Ngum est renversé à la suite d'une intrigue de cour et remplacé par son fils Unheuan connu sous le nom de Sāmsaentai (Chef des 300 000 Thais)

Au début du XVIIIe siècle, le royaume est morcelé en trois entités : le royaume de Luang Prabang, au Nord, le royaume de Vientiane, autour de la capitale actuelle, et le royaume de Champassak, au Sud, tout près du Cambodge, autour de l'actuelle Paksé. En 1768, les royaumes de Vientiane et de Champassak tombent sous domination siamoise. Dix ans plus tard, les Siamois saccagent Vientiane et emportent le Ph'ra Keo, le Bouddha d'Émeraude que l'on peut encore admirer dans le plus célèbre temple de Bangkok.

Morcelé, pillé, le Pays Lao est entré dans une décadence qui se poursuit tout au long du XIXe siècle. Les premiers récits de voyageurs occidentaux datent du XVIIe siècle. C'est alors l'âge d'or du royaume lao, sous le règne du "roi-soleil" lao Sourignavongsa. Le marchand hollandais Van Wuystoff est ébloui par la magnificence de Vientiane. Dans son journal, pour souligner l'importance du bouddhisme et en même temps son aspect pacifique, il évoque ces moines "plus nombreux que les soldats de l'empereur d'Allemagne". À cette époque, Vientiane attire les moines du Cambodge et du Siam qui viennent y faire leurs études.

C'est vraisemblablement cet ancrage affirmé dans l'histoire qui permet alors aux Lao de conserver un sentiment d'unité puissant, au travers du morcellement politique du XIXe siècle, de la colonisation et des guerres post-coloniales du XXe siècle. De Luang Prabang à Paksé (ville principale de l'ancien royaume de Champassak), on parle le lao, langue proche du thaï, et on utilise l'alphabet lao, d'origine sanskrite, également proche de l'alphabet thaï.

Au XIXe siècle, c'est à Luang Prabang, mieux protégée par les montagnes, que les descendants de la dynastie des Khoun Bourom continuent à maintenir la monarchie lao. Beaucoup plus faible que leurs voisins, les royaumes lao doivent alors user de toutes les finesses de la diplomatie pour ne pas disparaître purement et simplement. Mais à la fin du XIXe siècle, l'histoire de ce pays cesse de se dérouler dans un contexte purement régional. Les puissances européennes se partagent le monde, et au Sud-Est asiatique, notamment, les Français et les Britanniques se livrent à une intense compétition. Chassés d'Inde par les Britanniques au XVIIIe siècle, les Français reprennent pied au Viêt Nam en 1858, sous le prétexte de protéger les catholiques.

La colonisation française (1893-1954)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Protectorat français du Laos.

L'instauration du protectorat français[modifier | modifier le code]

Finalement, dans la péninsule indochinoise, seul le royaume du Siam réussit à préserver son indépendance, alors que les Britanniques étendent leur domination sur la Birmanie et les Français sur le Viêt Nam, le Cambodge et le Laos qui sont progressivement regroupés au sein de l'Indochine française. Une épreuve de force a lieu avec les Siamois, du fait des prétentions de ces derniers sur le Laos. Des navires de guerre français bloquent Bangkok pour contraindre les Siamois à signer, en 1893, un traité par lequel ils reconnaisseent le protectorat que les Français ont instauré au Laos. Jusqu'en 1946, contrairement au protectorat cambodgien, le Laos ne constitue pas un État centralisé, mais un ensemble de territoires, dont le protectorat français constitue l'unité. Une monarchie siège à Luang Prabang mais ne détient pas la souveraineté sur l'ensemble des pays lao.

À la suite des accords de Genève de 1954, les Français rendent aux Lao la pleine souveraineté de leur pays. Si l'on ajoute aux soixante ans de protectorat les vingt années qui suivent, et où la présence culturelle de la France demeure très forte, ce qui constitue environ quatre-vingts ans de liens relativement forts entre la France et le Laos.

Une présence française peu contestée[modifier | modifier le code]

Jusqu'en 1940, l'aristocratie Lao accepte volontiers la présence française, qui a empêché l'absorption du pays par le Siam. Les colonisateurs ne remettent jamais en cause la présence du roi dans son palais de Luang Prabang. Ont lieu en revanche, des mouvements de rébellion de la part de certaines minorités montagnardes. Les Français, en effet, mettent en chantier, à partir du début du XXe siècle, la construction d'un réseau routier desservant l'ensemble de l'Indochine, et entendent mettre à contribution les populations locales. Dans les faits, cette contribution, sous forme de "corvée", repose souvent sur les Lao-Theungs, déjà en situation de quasi-esclavage vis-à-vis des féodaux Lao auprès de qui ils s'endettent. La révolte la plus sérieuse a lieu entre 1900 et 1910, dans le plateau des Bolovens, au sud du pays. La corvée est abolie par le Front populaire en 1936.

En 1940, le Laos connaît la paix, mais reste très peu développé. 95 % de la population y est analphabète. 12 000 enfants fréquentent des écoles primaires où l'enseignement est donné en français. Ce sont les pagodes qui transmettent l'usage de l'écriture lao. Bien que dans le Sud du pays, certains colons français aient obtenu des concessions agricoles, la présence française est surtout administrative. La mise en valeur de l'Indochine est concentrée dans l'actuel Viêt Nam. Le Laos étant peu peuplé, les Français encouragent les Vietnamiens à s'y installer pour y occuper des emplois de fonctionnaires ou d'ouvriers dans l'exploitation minière. À part Luang Prabang, les villes de quelque importance, comme Vientiane, Paksé, Savannakhet ou Thakkhek, se peuplent d'une forte colonie vietnamienne.

Le faible niveau de scolarisation peut expliquer le caractère tardif du réveil nationaliste lao, qui ne s'exprime guère avant 1945[1], alors que dans le Viêt Nam voisin, dès le début du siècle, des lettrés s'organisent pour résister à la colonisation, laissant la place dans les années 1920 à toute une palette de mouvements nationalistes parmi lesquels le Parti communiste indochinois, dirigé par Nguyen Ai Quoc, plus tard connu sous le nom de Hô Chi Minh.

La Seconde Guerre mondiale et l'éveil nationaliste[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre franco-thaïlandaise.

La Seconde Guerre mondiale ébranle la puissance coloniale : la France est contrainte de céder à la Thaïlande, alliée de l'Empire du Japon, les provinces situées sur la rive occidentale du Mékong (province de Sayaboury et une partie de la province de Champassak). Pour compenser les pertes des territoires, Jean Decoux, gouverneur général de l'Indochine, réorganise l'administration laotienne, accorde au gouvernement royal de Luang Prabang une autonomie légèrement accrue, et étend sa souveraineté à trois nouvelles provinces, celles du Haut-Mékong, de Xieng Khouang et de Vientiane. Le prince Phetsarath Rattanavongsa est intégré au conseil du roi et dirige une sorte de gouvernement[2].

Une anecdote est révélatrice du développement du nationalisme lao à cette époque : face aux menaces japonaise et thaïlandaises, les autorités coloniales sont conduites à s'appuyer davantage sur les élites lao. Le directeur de l'instruction publique de Vientiane encourage les jeunes lao cultivés à retrouver les sources de l'identité culturelle lao : littérature, musique, histoire… En 1944, quand le même fonctionnaire français tente développer l'usage de l'alphabet romain pour écrire le lao, il se heurte à une vigoureuse résistance de la part du prince Phetsarath, Premier ministre à la cour de Luang Prabang. Le prince estime que l'écriture est un élément essentiel de la culture lao, au même titre que la langue et le bouddhisme. Par ailleurs, Phetsarath encourage ses jeunes demi-frères à suivre des études d'ingénieurs en France ; Souvanna Phouma et Souphanouvong, premiers ingénieurs du Laos incarnent jusqu'en 1975 les deux composantes rivales du nationalisme lao, l'une pro-occidentale et l'autre pro-communiste.

La première et la deuxième guerre d'Indochine[modifier | modifier le code]

Statue de Sisavang Vong à Vientiane

En mars 1945, les Japonais occupent militairement toute l'Indochine française. Sisavang Vong, roi de Luang Prabang, refuse cependant de coopérer avec eux et de décréter comme ils le souhaitent l'indépendance du pays, se trouvant en conflit avec son premier ministre, le prince Phetsarath Rattanavongsa. Le monarque finit par céder sous la pression, et se considère ensuite comme prisonnier. La population locale tend à soutenir le monarque et les Français, et des groupes de soldats français et lao mènent des actions de résistance au Laos contre les Japonais. Entre la capitulation du Japon en août 1945, et le retour des troupes françaises au printemps 1946, le prince Phetsarath forme un gouvernement réunissant les nationalistes lao de toutes tendances, qui prend le nom de Lao Issara (Laos libre). En septembre 1945, les troupes Alliées de la République de Chine commencent à pénétrer au Laos, mais se préoccupent moins de remettre de l'ordre que de piller la récolte d'opium[3],[4]. En octobre 1945, un coup de force est organisé pour détrôner le roi et décréter l'indépendance du pays, en tant qu'État unifié. Phetsarath est proclamé chef de l'État lao (Pathet Lao). En novembre, le roi est fait prisonnier dans son propre palais. À partir de mars 1946, les Français, épaulés par les hommes du prince Boun Oum, reprennent progressivement pied au Laos, et le gouvernement nationaliste doit se réfugier en Thaïlande, tandis que le roi est remis sur le trône de Luang Prabang.

Entre 1945 et 1980, le Laos connait une période de guerre pratiquement ininterrompue, mais la vallée du Mékong est davantage épargnée par les combats que les zones montagneuses. Le Laos est par ailleurs réorganisé sous la forme d'un État centralisé. Le 27 août 1946, le Royaume du Laos accède à l'autonomie interne au sein de la Fédération indochinoise et de l'Union française. Le gouvernement central est placé sous l'égide de la monarchie de Luang Prabang, avec Sisavang Vong comme souverain.

La première guerre d'Indochine[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Royaume du Laos et Guerre d'Indochine.

La « première guerre d'Indochine », entre 1946 et 1954 est une guerre de décolonisation menée pour l'essentiel par les communistes vietnamiens, le Việt Minh de Hô Chi Minh, contre les Français. Une partie des nationalistes laotiens, alliée du Việt Minh, se radicalise dans la lutte contre les Français et s'intègre durablement dans le mouvement communiste mondial. En août 1950, Souphanouvong fonde, avec le soutien du Việt Minh, le gouvernement provisoire du Pathet Lao. Une autre partie du peuple laotien, farouchement anticommuniste, soutient les français, tels les milliers de partisans rattachés au GCMA (puis GMI). En 1953, la France accorde au Laos son indépendance, mais la division régulière 312 de l'Armée populaire vietnamienne, force armée du Việt Minh, passe la frontière du Laos avec le soutien de la petite guérilla du Pathet Lao. Les communistes laotiens gagnent, grâce à l'appui de leurs alliés vietnamiens, le contrôle d'une zone étendue, comprenant le plateau des Bolovens au sud et plusieurs provinces du nord.

La victoire du Việt Minh à la bataille de Diên Biên Phu, en 1954, précède une conférence internationale à Genève qui entérine la division en Viêt Nam entre deux États vietnamiens: la République démocratique du Viêt Nam (Nord Viêt Nam), communiste, et l'État du Viêt Nam (Sud Viêt Nam), remplacé l'année suivante par la République du Viêt Nam, où l'influence des États-Unis se substitue rapidement à celle des Français. Quant au Laos, la conférence confirme la monarchie constitutionnelle mise en place par les Français depuis 1947, mais reconnaît officiellement le Pathet Lao dont les forces militaires sont autorisées à se regrouper dans deux provinces du Nord-Est. Sans doute trouve-on dans les deux camps des patriotes partisans de l'union, pour le plus grand bien du pays. En particulier, le parti Neutraliste, conduit par le prince Souvanna Phouma, prône la neutralité entre les camps pro-américains et communistes et veut tenir le Laos à l'écart du conflit vietnamien. Mais le contexte géopolitique régional et mondial prend le pas sur les enjeux purement laotiens et donne raison aux plus intransigeants. Le Pathet Lao n'accepte pas le contrôle du gouvernement royal sur ses deux provinces ; pas plus que les militaires de droite n'ont accepté les extensions militaires du Pathet Lao. Fondé officiellement en 1955, le parti communiste laotien, ou Parti du peuple lao, forme secrètement le noyau dirigeant du Pathet Lao. Un gouvernement d'union nationale, formé en 1962 entre les trois partis pro-américains, neutralistes et communistes, vole rapidement en éclat.

La deuxième guerre d'Indochine[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Guerre civile laotienne et Guerre du Viêt Nam.

La deuxième guerre d'Indochine commence quelques années plus tard après un coup d'État pro-américain en 1964 : jusqu'à 500 000 soldats américains sont engagés au Sud-Vietnam pour tenter de contrer les maquis communistes qui reçoivent du Nord une aide massive. La "Piste Hô Chi Minh", réseau de routes et de sentiers que les Nord-Vietnamiens empruntent dans les montagnes de la cordillère annamitique, pour ravitailler leurs alliés Vietcongs du Sud-Vietnam, est située en territoire laotien. Pendant des années, les bombardiers américains basés en Thaïlande s'emploient à bloquer cette artère vitale pour les communistes Vietnamiens. Entre 1964 et 1974, le Laos devient le pays le plus bombardé de l'histoire, si l'on rapporte les bombardements au nombre d'habitants : pendant 10 ans; le pays subit une mission de bombardement toutes les 7 minutes[5]. Les Américains aident massivement le gouvernement royal, qui autorise en échange la CIA à installer des bases dans les montagnes et à recruter parmi les minorités montagnardes des mercenaires qui mèneront des actions de commandos contre les Nord-Vietnamiens et leurs alliés Pathet Lao. De 1954 à 1974, le Pathet Lao parvient néanmoins à étendre sa zone d'influence à la majorité des zones montagneuses, aidé en cela par une intervention directe mais camouflée des troupes régulières nord-vietnamiennes.

Char léger chinois Type 62 utilisé par les forces du Pathet Lao en 1971-1973 (Musée de l'armée de Vientiane).

Dans le Laos entraîné par le destin dans un conflit qui n'est pas vraiment le sien, les minorités ethniques montagnardes sont, d'un côté comme de l'autre, en première ligne. La CIA américaine enrôla massivement les Hmongs, dirigés par le général Vang Pao, dans ses forces spéciales. La CIA envoie par avion instructeurs et agents dans les montagnes laotiennes, transportant également l'opium des Hmong à destination de la capitale, Vientiane, afin de financer cette guerre[6] - ceci au même moment où les États-Unis s'engagent officiellement dans la « guerre contre la drogue ».

Du côté Pathet Lao, on trouve une majorité de Lao Theung, qui forment une grande partie de la population du territoire contrôlé par le Pathet Lao. Mais on trouve également beaucoup de Lao Theung dans les rangs des forces spéciales et dans les rangs des FAR, les Forces armées royales.

Le conflit aurait fait 350 000 morts (un dixième de la population) et autant de réfugiés[7].

Pendant cette période (1954-74), les Français réussissent à maintenir leur influence à travers le rôle considérable qu'ils jouent encore (comme Jean Deuve) dans l'encadrement de secteurs comme l'éducation, la justice, la santé et même la formation militaire. Le chef de file de la droite neutraliste, le prince Souvanna Phouma, premier ministre presque sans interruption entre 1951 et 1975, francophile par sa formation et son mariage, maintient volontairement l'influence française, qui n'est pas balayée par l'engagement massif des Américains dans le domaine militaire et économique. Il arrive ainsi à faire monter les enchères de l'aide étrangère. Le Laos est alors le pays le plus aidé au monde, par habitant ; quelques grandes familles s'enrichissent considérablement, mais l'ensemble de la population en profite également. Ainsi, malgré la guerre, on peut noter au cours de cette période des progrès considérables dans le domaine de l'éducation et de la santé.

La prise du pouvoir par les communistes[modifier | modifier le code]

La signature des accords de Paris[modifier | modifier le code]

En février 73, suivant d'un mois la signature des accords de Paris qui prévoient un cessez-le-feu précaire au Sud-Vietnam, les accords de Vientiane instaurent également au Laos un cessez-le-feu, et à partir de 1974, la formation d'un gouvernement d'union nationale. Cet accord est dans l'ensemble bien accueilli par la population qui aspire à une réconciliation nationale.

Cependant, au début de l'année 75, les communistes du Cambodge et du Viêt Nam prennent le pouvoir. À leur suite, les communistes laotiens, sous la conduite de Kaysone Phomvihane, dirigeant du Parti révolutionnaire du peuple lao depuis les années 1950, écartent les autres tendances du pouvoir dans le courant de l'année 75.

L'instauration du communisme[modifier | modifier le code]

Dès la fin de l'année 75, il devient clair que la période de réconciliation nationale est terminée. Profitant notamment de la maladie du premier ministre neutraliste Souvanna Phouma, le Pathet Lao s'arroge la totalité du pouvoir au cours d'un processus parfois désigné sous le nom de « révolution de soie »[8]. La monarchie est abolie, et le Laos prend le nom officiel de République démocratique populaire lao. Souphanouvong devient président de la République et le secrétaire général du Parti révolutionnaire populaire lao, Kaysone Phomvihane, est nommé premier ministre. Le roi Savang Vatthana, la reine et le prince héritier sont arrêtés et meurent quelques années plus tard dans un camp de rééducation. Plus de 40 000 laotiens sont envoyés dans des camps. La répression touche une partie très importante de l'administration et de l'armée qui avait collaboré avec les Américains et les Français; elle perdure de nos jours, notamment avec le génocide des Hmongs une ethnie minoritaire du Laos alliée des troupes françaises (GCMA/GMI) puis américaines (CIA), extermination se traduisant par une vraie chasse à l'homme (poursuite dans les jungles, meurtres, tortures, viols...)[9]. On estime à 30 000 le nombre de ceux qui sont alors envoyés en samana, ces « séminaires » qui sont en fait des camps de rééducation. Pour ceux qui ont la chance d'en revenir les séjours en samana se prolongent plusieurs années. Une des conséquences de cette politique sectaire et répressive est l'exode de près de 10 % de la population, débordant ainsi largement la classe aisée et les couches dotées d'une certaine instruction. Entre 350 000 et 400 000 personnes choisissent l'exil entre 1975 et 1987. Le gros de l'émigration a lieu dans les trois premières années; en mai 1978, environ 8 % de la population a déjà fui le pays, soit un pourcentage huit fois supérieur à celui observé au Viêt Nam voisin. À la fin des années 1970, les Laotiens représentent la majorité des réfugiés installés dans des camps à la frontière thaïlandaise[10]. 75 % des exilés choisissent de s'établir aux États-Unis, au Canada, ou en France. Certains, n'étant pas autorisés à partir pour l'Occident, transitent jusqu'à quinze ans dans les camps. Un accord entre la Thaïlande et le Laos finit par donner l'autorisation de rentrer au Laos à un quota de 300 personnes par mois[11].

Le communisme instauré au Laos, sans atteindre comme au Cambodge les sommets de la barbarie, démoralise une bonne partie de la population rurale par des méthodes autoritaires complètement inadéquates. Le nouveau pouvoir est, de surcroît, soumis à une forte influence de la part du Viêt Nam (réunifié en 1976 sous le nom de République socialiste du Viêt Nam)[12].

Sous l'ancien régime, le peuple était victime d'abus personnels ou de la concussion des fonctionnaires, et d'une façon plus générale, de la gestion globale de la société par l'aristocratie, qui, pour établir sa domination utilisait des éléments extérieurs tels que la culture française ou le dollar américain. Mais le peuple n'était menacé individuellement que rarement. Par ailleurs, il pouvait trouver un recours dans le jeu d'influence respectif que les grandes familles entretenaient entre elles ou par l'intermédiaire d'une pression morale de la pagode.

L'autonomie villageoise[modifier | modifier le code]

Chose très remarquable, il existait aussi bien dans l'ancien royaume de Lan Xang que dans le royaume Lao contemporain, une véritable autonomie villageoise dans laquelle l'État s'ingérait peu : un conseil mixte de village, formé par l'ensemble des chefs de famille et les bonzes, détenait l'autorité politique qu'un chef de village, choisi par élection parmi les chefs de famille, exerçait par délégation pour coordonner les activités économiques et socio-culturelles de la communauté villageoise et servir d'intermédiaire auprès de l'État. C'était lui, par exemple, qui percevait les impots et désignait les familles corvéables. Mais l'État qui était représenté localement par un tiao muong (chef de district) ne s'immisçait qu'exceptionnellement dans les affaires du village. Ainsi, presque 90 % de la population laotienne pouvait bénéficier de cette cellule politique privilégiée, démocratique et souveraine, qu'était le village traditionnel. La grande nouveauté, sous le nouveau régime, était le fait que l'État avait forcé les portes des villages…"

Le retour à la paix et au capitalisme sous domination communiste[modifier | modifier le code]

En 1986, le congrès du Parti introduit "le Nouveau Mécanisme Economique", basé sur la décentralisation, l'initiative privée et la vérité des prix. Quelques années plus tard, la chute du communisme en URSS vide de tout son sens l'appartenance au bloc communiste, mais le Laos reste un régime à parti unique dont les dirigeants ont vécu ce qu'ils appellent « la guerre de 30 ans, de 1945 à 1975 ».

Dépourvu de constitution depuis la proclamation de la République en décembre 1975[13], le Laos ne débute la préparation d'une constitution qu'en 1989, pour finalement adopter le texte en 1991[14].

En décembre 1987, un bref conflit frontalier éclate avec la Thaïlande.

Si l'on peut considérer qu'aujourd'hui le Laos vit en paix, de nombreuses provinces ont connu pour certaines la guerre, et pour d'autres une forte insécurité, jusqu'au début des années 1990. Jusqu'à la fin des années 1970, de très violents affrontements ont eu lieu entre les Hmongs et les forces régulières nord-vietnamiennes et laotiennes. Beaucoup de Hmongs sont alors tués, d'autres réussissent à gagner la frontière thaïlandaise, d'autres enfin constituent des bandes pirates qui sévissent encore au début des années 1990.

Beaucoup des émigrés ayant traversé le Mékong ont gagné les pays occidentaux, mais certains essaient de mener des actions de guérilla à partir du territoire thaïlandais. La province de Paksane demeure ainsi longtemps dans l'insécurité. Jusqu'au début des années 1990, des groupes de résistance animés par d'anciens militaires ont fait de cette région un des hauts lieux de la résistance au nouveau régime.

Les petits groupes de Patikan (partisans), mobiles et connaissant parfaitement le pays, opèrent alors parfois en liaison avec des groupes de Hmongs descendus du nord. Leur principale motivation semble avoir été l'opposition à l'occupation vietnamienne.

Jamais la résistance laotienne, partagée en de multiples tendances et groupes ethniques, servant de faire-valoir à quelques anciens dirigeants qui rêvaient de rétablir un régime discrédité aux yeux de la majorité des laotiens, n'a pu réaliser une certaine unité[15]

En 1999, alors que les troupes vietnamiennes ont regagné leur pays (seuls, quelques groupes de « travailleurs » participent aux grands chantiers du Laos), les quelques attentats ou actes de sabotage relèvent plus du banditisme que d'une résistance organisée.

Le pays Lao en 1999[modifier | modifier le code]

Une relative prospérité[modifier | modifier le code]

La nouvelle politique économique conduite depuis 1986 et la paix qui s'est étendue progressivement à tout le pays se sont traduites par une relative prospérité. Entre 1986 et 1996, la croissance moyenne du PIB est de 6,4 % par an, moyenne qui recouvre bien entendu de grandes disparités.

Les régions montagneuses qui ont connu un certain nombre de fléaux naturels n'ont guère profité de cette embellie. Le Laos a pu bénéficier d'une aide internationale assez diversifiée (Thaïlande, Australie, Chine, Europe, Japon).

En avril 1994, on a inauguré le pont de l'amitié lao-thaïlandaise, premier pont transfrontalier sur le Mékong, qui symbolise en quelque sorte l'ouverture sur le monde. Plusieurs projets hydroélectriques de grande importance ont été initiés : les possibilités du Laos sont riches en ce domaine, il peut vendre de l'électricité à la Thaïlande. De fait, l'électricité est le premier produit d'exportation devant l'agriculture, le bois, l'étain et les textiles.

Il n'empêche que jusqu'à présent, la balance commerciale est largement déficitaire, du fait d'un très faible développement de l'industrie.

Malgré la croissance économique constatée depuis 1986, la situation dans les domaines de l'éducation et de la santé est inférieure à ce qu'elle était au début des années 1970. Le départ massif des élites éduquées entre 1976 et 1980 fait encore sentir ses effets.

La crise asiatique[modifier | modifier le code]

En 1997 et 1998, le Laos a subi de plein fouet ce qu'on a appelé la crise économique asiatique même si, en dehors de la vallée du Mékong, une économie de subsistance et peu monétarisée a protégé la majorité de la population contre une grave contagion.

La Thaïlande, premier pays frappé par la crise, était le premier investisseur au Laos. La globalité des investissements étrangers est passés de 1,2 milliard de dollars en 1995 à 150 millions en 1997. Entre juillet 97 et fin 98, le kip laotien est passé de 900 kips à 4200 kips pour un dollar, il a également perdu la moitié de sa valeur par rapport au baht thaïlandais. Tous les produits importés, ne serait-ce que l'essence, deviennent inabordables pour la population. En 1998, la croissance était tout juste positive.

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Le Stade national de Vientiane, inauguré pour les Jeux d'Asie du Sud-Est de 2009.

Le passage au capitalisme et l'intégration régionale se sont accélérés au XXIe siècle. Le Laos a accueilli en 2004 le dixième sommet de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), dont il est membre depuis 1997. Il cherche aussi à adhérer à l'Organisation mondiale du commerce[16]. Une bourse des valeurs ouverte le 10 octobre 2010[17] devrait commencer ses cotations en 2011[18].

Les problèmes environnementaux[modifier | modifier le code]

On ne saurait passer sous silence de nombreux problèmes écologiques qui se posent au Laos de 1999. La déforestation, due aussi bien à l'exploitation forestière qu'à la pratique de la culture sur brûlis (ray) a déjà commencé à provoquer l'érosion et la dégradation des sols tropicaux. Les minorités montagnardes qui pratiquent le ray résistent à la sédentarisation. L'exploitation des minerais provoque une pollution de l'eau des rivières. Les immenses lacs de barrages en engloutissant des milliers d'hectares conduisent à la disparition de certaines espèces animales.

Les dangers[modifier | modifier le code]

Patrimoine historique[modifier | modifier le code]

L'ancienne capitale royale, Luang Prabang, a été promue "ville du patrimoine mondial" et bénéficie de ce fait des subsides de l'UNESCO pour sa restauration. Ceci ne doit pas masquer les menaces que font peser sur l'héritage culturel et le mode de vie lao, le développement du tourisme et la proximité de la Thaïlande : l'irruption de la télé thaïe est un fait majeur dans l'évolution actuelle du Laos.

Persécution des Hmongs[modifier | modifier le code]

Comme en atteste le reportage de Grégoire Deniau pour Envoyé Spécial[19], le conflit hmong se poursuit à l'heure actuelle. Cette population isolée a été bannie par les autorités pour avoir lutté contre le communisme pendant trente ans au côté des Occidentaux, une partie a réussi à émigrer dans les démocraties occidentales[20] mais les peuplades montagnardes restantes sont pourchassées par les armées laotiennes et vietnamiennes qui patrouillent sur l'habitat historique des Hmongs; les derniers survivants sont confinés dans un espace interdit et continuent de résister pour leur survie.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Le Boulanger, Histoire du Laos Français, 3e éd, Plon, 1930.
  • Georges Coedès, Les Peuples de la péninsule indochinoise, Dunod, 1962.
  • (en) Hugh Toye, Laos, Buffer state or Battleground, Oxford University press, 1968.
  • Paul Lévy, Histoire du Laos, PUF, 1974.
  • Amphay Doré, Le Partage du Mékong, encre 1980.
  • (en) Martin Stuart-Fox, An History of Laos, Cambridge University press, 1997.
  • Savengh Phinith, Phou Ngeun Souk-Aloun, Vannida Tongchanh, Histoire du Pays lao, de la préhistoire à la république, L'Harmattan, 1998.
  • (en) Martin Stuart-Fox, Historical Dictionary of Laos, Scarecrow Press, Lanham Md, 2008 (3e éd.), 552 p. (ISBN 978-0-8108-5624-0)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Martin Stuart-Fox, A History of Laos, Cambridge University Press, 1997, (ISBN 0521592356), p. 52
  2. Martin Stuart-Fox, A History of Laos, Cambridge University Press, 1997, pages 54-56
  3. Laos - Events in 1945, U.S. Library of Congress
  4. Jean Deuve, Guérilla au Laos, L'Harmattan, 1997 (1re édition en 1966, sous le nom de Michel Caply), p. 226,
  5. Valérie de Graffenried, de retour du Laos, Le Temps, samedi 21 juin 2008
  6. Vang Pao, nécrologie de Bruno Philip dans Le Monde (papier) du 29 janvier 2011 (voir aussi la nécrologie succincte publiée le 7 janvier: Vang Pao, général laotien et leader hmong, est mort, Le Monde)
  7. New York Times, 24 août 1975
  8. Jean de La Guérivière, Indochine, l'envoûtement, Seuil, 2006, page 344
  9. Envoyé Spécial: Guerre Secrète au Laos
  10. Carine Hahn, Le Laos, Karthala, 1999, pages 36, 126, 135
  11. Marie-Hélène Rigaud, Enfants de migrants lao : Transmission et réinterprétation culturelles, L'Harmattan, 2010, page 301
  12. Carine Hahn, Le Laos, Karthala, 1999, page 127
  13. Carine Hahn, Le Laos, Karthala, 1999, page 141
  14. Constitution du Laos, site de l'université de Perpignan
  15. Savengh Phinith, Phou Ngeun Souk-Aloun, Vannida Tongchanh, Histoire du Pays lao, de la préhistoire à la république, L'Harmattan, 1998, p. 127-128
  16. Vientiane Times, February 11, 2010, p. 1
  17. (en) First Lao securities exchange opens, VIET NAM BUSINESS NEWS, 11 oct. 2010
  18. (en) Laos Forms Stock Exchange, Plans Start of Share Trading in 2011, Bloomberg Businessweek, 7 oct. 2010
  19. Envoyé Spécial: Guerre secrète au Laos
  20. Vidéo d'archive de 2000 partisans Hmongs apportant leur aide au colonel Jean Sassi, Ministère de la Défense

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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