Plaine des Jarres

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Plaine des Jarres
Hmongs sur l'une des plus grosses jarres (site 1)
Hmongs sur l'une des plus grosses jarres (site 1)
Localisation
Pays Drapeau du Laos Laos
Coordonnées 19° 28′ N 103° 11′ E / 19.46, 103.18 ()19° 28′ Nord 103° 11′ Est / 19.46, 103.18 ()  

Géolocalisation sur la carte : Laos (administrative)

(Voir situation sur carte : Laos (administrative))
Plaine des Jarres
Plaine des Jarres

La Plaine des Jarres (lao: ທົ່ງໄຫຫິນ tʰōŋ hǎj hǐn) est une région du nord du Laos située dans la province de Xieng Khouang, remarquable par la présence de champs d'imposantes jarres de pierre antiques, dont la signification et l'origine ne sont pas encore totalement élucidées. Elle s'étend sur une superficie d'environ 1 000 km2.

Situation[modifier | modifier le code]

Les principaux champs de jarres sont situés dans la province de Xieng Khouang, sur un plateau autour de Phonsavan. Ce plateau a une altitude moyenne de 1 200 mètres ; c'est là que se rencontrent les principales concentrations de jarres.

Ce secteur a été parmi les régions les plus bombardées par l'aviation américaine durant la guerre du Viêt Nam : plus 500 attaques aériennes par mois selon le programme Rolling Thunder (tonnerre ininterrompu), chiffres tirés des Pentagon Papers[1], soit une attaque toutes les huit minutes pendant neuf ans selon le journaliste Fred Branfman qui a dénoncé ce pilonnage inutile dans son livre Voices from the Plain of Jars: Life under an Air War[2],[3]. Branfman a prouvé, cartes à l'appui, que la plaine des jarres n'était pas sur le trajet de la Piste Hô Chi Minh qui servait aux Nord-Vietnamiens à ravitailler en armes les combattants du Sud. De nombreuses bombes non-désamorcées sont encore présentes, ce qui rend très dangereuse l'étude et la visite des zones à jarres : à l'heure actuelle, seules trois zones (site 1, 2, 3) sont ouvertes à la visite[4].

Au total, c'est plus d'une soixantaine de sites différents qui sont disséminés sur la zone de la plaine des Jarres dont le centre est au Laos, les principales concentrations comptant jusqu'à 250 unités. Mais on trouve aussi des sites similaires, bien que moins spectaculaires, sur le plateau de Korat en Thaïlande et en Inde du Nord, ce qui amène certains chercheurs à penser à une répartition recouvrant un itinéraire d'échanges par caravanes.

Actuellement, des démarches sont en cours pour classer la Plaine des Jarres dans le liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO, et des campagnes de déminage sont menées par des organisations internationales.

Seuls trois sites sont ouverts au public, dont Thong Hai Hin, avec 250 jarres pesant de 600 kilos à 6 tonnes.

Nature des jarres[modifier | modifier le code]

Une jarre du site 1 munie d'un couvercle.

Les jarres sont disposées par groupes, sans alignement visible. Elles sont de différentes tailles, de un à trois mètres de hauteur, mesurant jusqu'à près de huit mètres de circonférence, pesant de 500 kg à plusieurs tonnes pour les plus grandes (qui peuvent contenir jusqu'à dix hommes debout). Elles ont été taillées dans des blocs de roches monolithiques provenant de la région : calcaire de grès, et parfois granits. Elles sont parfois à demi enterrées.

On trouve aussi quelquefois, près de certaines d'entre elles, un disque de pierre ayant pu servir de couvercle. Leur forme est assez simple, souvent cylindrique, plus rarement angulaire ; les jarres ne présentent aucune décorations ni inscriptions. Aucun autre vestige architectural ou d'habitat antique n'est présent dans la région, laissant les jarres sans contexte archéologique.

Étude archéologique[modifier | modifier le code]

La première étude archéologique des sites a été réalisée vers 1930 par Madeleine Colani de l'École française d'Extrême-Orient. Elle entreprit des fouilles sur plusieurs jarres, ainsi que dans une grotte située non loin du site 1 et dotée d'une cheminée naturelle, dans laquelle furent découverts d'importantes traces de feu et des ossements humains calcinés. Elle émit alors l'hypothèse que cette grotte aurait été un incinérateur naturel lors des funérailles, et que les cendres auraient ensuite été conservées dans les jarres. Malheureusement, les éléments de datation des os retrouvés dans la grotte ou près des jarres sont très étalés dans le temps, et ne permettent pas de tirer de conclusions précises.

Les travaux de Madeleine Colani restent une base pour les archéologues qui cherchent à percer le mystère de la Plaine des Jarres, parmi lesquels Marcello Zego. Celui-ci émet l'hypothèse que ces mégalithes, accompagnées d'objets de bronze et de fer, pourraient être des monuments funéraires, œuvres des premiers occupants indochinois d'une civilisation située entre celle des aborigènes Kha[5] et cambodgienne[6].

Jarres du site 3.

La communauté scientifique ne peut encore donner que des explications conjecturelles quant à la datation de ces jarres de pierre, sur une période allant de 5000 av. J.-C. à 800 ap. J.-C.[7] ; et il existe plusieurs théories sur leur destination : urnes funéraires, stockage de nourriture ou d'eau, cuves à fermentation pour la production d'alcool, etc. Aucune n'explique le nombre de ces mégalithes pesant entre 600 kg et 7 tonnes, ni la manière dont ils ont été amenés sur les cinq sites de la plaine alors que le grès dans lequel ils sont taillées provient de la chaîne de montagnes située entre Luang Prabang et Xieng Khouang. Les légendes locales sont innombrables, et les habitants de la région continuent à en inventer à l'usage des touristes[8].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Olivier et Georges Moullec, Anthropologie des Cambodgiens, éditions de l'École française d'Extrême-Orient, Paris 1968.
  • Pierre Bernard Lafont, Introduction du bouddhisme au Laos, revue Présence du bouddhisme, éditions de l'École française d'Extrême-Orient, Paris 1975.
  • Marcello Zago, Rites et cérémonies en milieu bouddhiste lao, Universita Gregoriana Editrice, Rome, 1972.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Édition Gravel, Vol. 4, chapitre la guerre aérienne au Vietnam du nord, 1965-1968 Rolling Thunder Bacon Press, Boston, 1971 p. 195-276
  2. Harper & Row,1972 (ISBN 0060903007)
  3. Voir aussi : Howard Zinn, « Une histoire populaire des États Unis de 1462 à nos jours », traduit de l'anglais par Fredéric Cotton, édition Agone. p.  544 (ISBN 2-910846-79-2)
  4. Le Laos continue de payer le prix de la guerre du Vietnam Thomson Reuter Foundation du 5 novembre 2008, consulté le 30 janvier 2010
  5. La plus ancienne ethnie survivant encore au Laos, Marcel Zego, Rites et cérémonies en milieu bouddhiste lao,p. 21 et p. 363
  6. Jean Olivier et Georges Moullec, Anthropologie des Cambodgiens, éditions de l'École française d'Extrême-Orient, Paris, 1968, p. 33
  7. Marcello Zego, p. 20-21-22
  8. voir les légendes des jarres consulté le 30 janvier 2010