Conflit armé péruvien

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Conflit armé péruvien
Territoires contrôlés par le Sentier lumineux dans les années 1980
Territoires contrôlés par le Sentier lumineux dans les années 1980
Informations générales
Date 17 mai 1980 - en cours, largement diminué depuis 2000

34 ans, 4 mois et 13 jours

Lieu Pérou
Issue Le Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru a été détruit, tandis que le Sentier Lumineux, largement affaibli, conserve une certaine activité.
Belligérants
Flag of Peru (state).svg Pérou
Flag of Peru.svg Rondas Campesinas
Flag of Sendero Luminoso.svg Sentier lumineux
Flag of the MRTA.svg Tupac Amaru
Commandants
Flag of Peru (state).svg Fernando Belaúnde Terry
Flag of Peru (state).svg Alan García
Flag of Peru (state).svg Alberto Fujimori
Flag of Sendero Luminoso.svg Abimael Guzmán
Flag of Sendero Luminoso.svg Óscar Ramírez
Flag of Sendero Luminoso.svg Camarade Artemio
Flag of the MRTA.svg Victor Polay
Flag of the MRTA.svg Néstor Cerpa Cartolini

Le conflit armé péruvien est un conflit interne au Pérou. Il a commencé le 17 mai 1980. Il oppose principalement le gouvernement péruvien aux guérillas du Sentier lumineux et du Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA).

Sa date de fin est l'objet de nombreux débats. Certains estiment que le conflit s'achève lors de la capture du chef du Sentier lumineux, Abimael Guzman, en 1992. D'autres qu'il continua jusqu'à la chute du gouvernement d'Alberto Fujimori en 2000. Enfin, certains pensent que le conflit est toujours d'actualité aujourd'hui puisqu'un groupe armé, se revendiquant du Sentier Lumineux, attaque régulièrement l'armée péruvienne.

En 2001 une Commission de la Vérité et de la Réconciliation fut créée par le président de transition Valentín Paniagua afin d'établir un rapport sur les causes de ce conflit armé. La Commission estime les pertes totales à 70 000 (civils, guérilleros et militaires confondus)[1] entre 1980 et 2000.

Depuis les années 2000, la guérilla ne cesse de décliner tandis que l'armée péruvienne reprend le contrôle peu à peu de l'ensemble du pays. Par ailleurs, le mouvement révolutionnaire Tupac Amaru a cessé ses activités et a été dissous. Toutefois, les rebelles du Sentier lumineux continuent encore de prendre en embuscade des détachements de l'armée gouvernementale[2].

Antécédents[modifier | modifier le code]

Le Pérou a connu une succession de gouvernements démocratiques et autoritaires. En 1968, le général Juan Velasco Alvarado prend le pouvoir et met en place une dictature militaire réformiste. En 1975, le général Francisco Morales Bermúdez lui succède et met en place un processus de transition démocratique, en convoquant notamment des élections en 1980. Durant le Gouvernement Révolutionnaire des Forces Armées, le Sentier Lumineux s'organise comme un groupe politique maoïste à l'Université Nationale San Cristóbal de Huamanga dans la région d'Ayacucho. Le groupe est dirigé par Abimael Guzmán, professeur de philosophie dans cette même université. Son idéologie s'inspire directement de la Révolution culturelle, à laquelle il a assisté lors de sa visite en Chine. Les membres du Sentier Lumineux entrent en conflit avec les membres d'autres groupes politiques et écrivent des graffitis exhortant à la lutte armée contre l'État péruvien.

Étapes du conflit[modifier | modifier le code]

Début des hostilités[modifier | modifier le code]

En 1980, le gouvernement militaire convoque des élections pour la première fois depuis douze ans. Le Sentier Lumineux est alors un des seuls groupes politiques d'extrême gauche qui refusent de prendre part au processus électoral, optant à la place pour le début d'une guerre de guérilla maoïste dans les hauteurs de la province d'Ayacucho. Le 17 mai 1980, la veille des élections, il brûle des urnes dans le village de Chuschi, dans la province d'Ayacucho. Cette action est le premier acte de guerre du Sentier Lumineux. Cependant, les auteurs sont rapidement arrêtés et d'autres urnes remplacent celles brûlées. Les élections se déroulent sans incidents majeurs et l'action reçoit peu d'attention de la part de la presse péruvienne[3].

Le Sentier lumineux fait le choix de développer sa lutte armée dans le style enseigné par Mao Zedong. Sa stratégie consiste à ouvrir des zones de guérilla dans lesquelles ses guérillas peuvent opérer, en expulsant de ces zones les forces étatiques pour créer des zones libérées, qui sont alors utilisées comme soutien aux nouvelles zones de guérilla jusqu'à ce que le pays se convertisse en une grande zone libérée. Le Sentier Lumineux partageait également avec Mao Zedong le principe selon lequel la guerre de guérilla devait se dérouler tout d'abord à la campagne jusqu'à asphyxier progressivement les villes. Le 3 décembre 1982, le Sentier lumineux forme officiellement l'Ejército guerrillero Popular, son bras armé.

Réponse de l'État[modifier | modifier le code]

Progressivement, le Sentier lumineux commettait des attaques beaucoup plus violentes ciblées sur la police nationale. Le gouvernement central basé à Lima ne pouvait plus ignorer la crise croissante dans les Andes. En 1981, Fernando Belaúnde Terry a déclaré un état ​​d'urgence et a ordonné que l'armée lutte contre le Sentier lumineux. Les droits constitutionnels ont été suspendus pendant 60 jours dans les provinces de Huamanga, Huanta, Cangallo, La Mar et Víctor Fajardo.

L'armée établit la zone d'urgence d'Ayacucho, laquelle était constamment renforcée par les autorités afin de lutter contre les sendéristes. Elle commis de nombreuses violations des droits de l'homme en perpétrant notamment un massacre de dizaines de paysans en décembre 1984[4]. L'État péruvien met sur place des organisations communales d'auto-défense, les Rondas Campesinas, afin d'enrayer la guérilla communiste.

L'administration d'Alberto Fujimori[modifier | modifier le code]

Le 5 avril 1992, Fujimori renversa son propre gouvernement (en castillan: autogolpe ou auto-coup d'État). Il semble que ses objectifs aient été :

  • l'approbation des nouvelles mesures anti-terroristes ;
  • la dissolution du parlement obstructioniste et très impopulaire ;
  • la réforme du pouvoir judiciaire ;
  • l'instauration d'une nouvelle politique dans le but de vaincre les mouvements terroristes du Sentier lumineux et Túpac Amaru.

Au commencement, avec la dissolution du Congrès et la restructuration du système judiciaire, les Péruviens ont peu protesté. Suivant les sondages c'était le moment de plus haute popularité de Fujimori arrivant à 80 %. En raison de la situation économique et de la pauvreté, beaucoup tablaient sur le « Fujichoque » (en castillan : "Fuji-choc") dont les effets ont été globalement positifs.

En partie, la réaction internationale fut négative. Les organisations financières internationales reportèrent leurs prêts. Les États-Unis, l'Allemagne et l'Espagne annulèrent toute aide au Pérou, sauf humanitaire. Le Venezuela rompit ses relations diplomatiques. L'Argentine et le Chili réclamèrent que le Pérou soit suspendu de l'Organisation des États américains (OEA). Le coup d'État, par ses conséquences diplomatiques, mit en danger les réformes économiques en coupant le Pérou d'une partie de ses partenaires commerciaux.

Cependant, l'OEA et le gouvernement de George Bush reconnurent officiellement Fujimori comme chef légitime du Pérou, malgré le non-respect des règles démocratiques. Leur crainte était de voir le Pérou s'affaiblir, alors que les États-Unis venaient en 1991 de signer un accord de coopération militaire avec le Pérou pour lutter contre les producteurs de coca. De plus, le gouvernement des États-Unis commençait à s'inquiéter du mouvement du Sentier lumineux (Sendero Luminoso en Espagnol) d'Abimael Guzman.

Le 13 novembre 1992, une tentative militaire du coup d'État échoua à renverser Fujimori, qui se réfugia temporairement dans l'ambassade japonaise en pleine nuit. En 1993, le Pérou adopta une nouvelle constitution et revint sur la scène internationale.

En avril 1995, Alberto Fujimori fut réélu et son parti obtint la majorité absolue au Congrès, apparemment en manipulant les résultats.[réf. nécessaire] Il battit Javier Pérez de Cuéllar, ancien secrétaire général des Nations unies.

Quelques jours après son élection, un conflit territorial éclata à la frontière avec l'Equateur. Cédant une partie du territoire que réclamait l'Équateur, il signa un accord de paix avec l'Équateur, mettant fin à près de deux siècles de conflits territoriaux en Amazonie. Cet accord permit également d'obtenir des fonds internationaux pour développer la région frontalière.

Fujimori avança également dans les discussions avec le Chili au sujet du Traité d'Ancón. Cependant, 1995 marqua le point de retournement dans la carrière de Fujimori. Après plusieurs années de stabilité économique et une disparition du terrorisme, les Péruviens commençaient à réclamer des droits, la liberté de presse et le retour à la démocratie. À cela s'ajoutaient les scandales autour de Fujimori et du chef des services de renseignement, Vladimiro Montesinos.

La Commission de la Vérité et de la Réconciliation (CVR)[modifier | modifier le code]

La Commission de la Vérité et de la Réconciliation (CVR) est une commission péruvienne chargée principalement d'élaborer un rapport sur le conflit armé péruvien entre 1980 et 2000. Elle a été créée en 2001 par le président de transition Valentín Paniagua et formée par divers membres de la société civile. Son président était Salomón Lerner Febres, alors recteur de la Pontificia Universidad Católica del Perú.

En plus de ses recherches sur la violence terroriste du Sentier lumineux et du Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA), elle a cherché à analyser les racines profondes de cette violence et a enquêté sur la répression militaire contre ces mouvements terroristes. Pour cela, elle a récolté le témoignage de 16985 personnes et a organisé 21 audiences publiques avec les victimes de la violence auxquelles plus de 9500 personnes ont assisté. Le rapport final de la Commission a été rendu public le 28 août 2003 devant le président péruvien Alejandro Toledo.

Le conflit aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Depuis la capture de Guzman, le Sentier Lumineux a décliné énormément. Il ne mène plus d'opérations à Lima et a été seulement capable de monter des attaques sporadiques de petite échelle. Il continue cependant occasionnellement d'attaquer les membres des forces de sécurité péruviennes. Par exemple, le 9 juin 2003, un groupe se revendiquant du Sentier Lumineux a attaqué un campement dans la région d'Ayacucho et a pris en otage 68 employés de l'entreprise argentine Techint et trois gardes de police, qui travaillaient sur un projet d'infrastructure gazière[5]. Selon le Ministère de l'Intérieur péruvien, les ravisseurs demandent une importante rançon pour libérer les otages. Deux jours plus tard, après une rapide réponse militaire, ils abandonnent les otages. Il se murmure que l'entreprise aurait payé la rançon demandée[6].

Pour le 27e anniversaire de la première attaque sendériste contre l'État péruvien, une bombe artisanale explose dans un marché de la ville de Juliaca, tuant six personnes et en blessant 58. Du fait de la date de cet attentat, les autorités péruviennes soupçonnent le Sentier Lumineux d'être responsable de cette explosion[7].

En octobre 2008, dans la province de Huancavelica, les sendéristes prirent en embuscade un convoi militaire et civil armés d'explosifs et de mitraillettes, démontrant leur capacité à attaquer et à infliger des dommages importants à des cibles faciles. Le bilan de l'attaque est de 12 soldats et 7 civils tués[8],[9].

Le 9 avril 2009, le Sentier Lumineux a pris en embuscade et tué 13 soldats péruviens dans les vallées des fleuves Apurímac et Ene, situées dans la province d'Ayacucho, selon les déclarations du ministre péruvien de la Défense, Antero Flores-Aráoz[10].

Le 3 septembre 2009, la guérilla a abattu un hélicoptère des forces armées péruviennes, tuant deux militaires et en blessant un troisième. L'hélicoptère essayait de rapatrier trois soldats blessés dans une embuscade et a été possiblement touché par un lance-missile selon les déclarations du ministre péruvien de la Défense, Rafael Rey[2].

Aujourd'hui, le groupe serait dirigé par un homme connu comme le Camarade Artemio. Plus que de détruire l'État péruvien pour le remplacer par un État communiste, Artemio réalise des attaques successives jusqu'à ce que le gouvernement péruvien libère les prisonniers sendéristes et négocie la fin de la guerre. Ces demandes ont été faites lors de plusieurs déclarations vidéos par Artemio. Le 13 octobre 2006, Guzman a été condamné à perpétuité pour terrorisme[11].

Artemio est arrêté par l'armée péruvienne en février 2012.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.freebase.com/view/en/internal_conflict_in_peru
  2. a et b http://edition.cnn.com/2009/WORLD/americas/09/03/peru.chopper/index.html
  3. Gorriti, Gustavo. The Shining Path: A History of the Millenarian War in Peru. Chapel Hill y Londres: The University of North Carolina Press, 1999, p. 17. (ISBN 0-8078-4676-7).
  4. http://news.bbc.co.uk/2/hi/americas/7449079.stm
  5. The New York Times. "Pipeline Workers Kidnapped." 10 juin 2003. Disponible en ligne. Accès: 18 septembre 2006.
  6. Americas.org "Gas Workers Kidnapped, Freed." Disponible en ligne.
  7. "Blast kills six in southern Peru" 20 mai 2007 BBC News
  8. BBC "Peru rebels launch deadly ambush'" Disponible en ligne. Accès : 10 octobre, 2008.
  9. AP Press "Peru says 14 killed in Shining Path attack" Disponible en ligne. Accès : 10 octobre 2008
  10. BBC "Rebels kill 13 soldiers in Peru" Disponible en ligne. Accès : 12 avril 2009.
  11. Canadian Broadcasting Corporation. "Shining Path militant leaders given life sentences in Peru." 13 octobre 2006. Disponible en ligne. Accès: 15 février 2007.