Bertrand Du Guesclin

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Bertrand Du Guesclin
Comte de Longueville
Gisant de Bertrand Du Guesclinà la Basilique Saint-Denis.
Gisant de Bertrand Du Guesclin
à la Basilique Saint-Denis.

Surnom « Dogue noir de Brocéliande »
Naissance vers 1320
à Broons
Décès 13 juillet 1380 (à ~60 ans)
à Châteauneuf-de-Randon
Origine COA fr BRE.svg Breton
Allégeance Blason Blois-Châtillon.svg Maison de Blois, puis
Blason pays fr FranceAncien.svg Royaume de France
Grade Connétable de France et de Castille
Années de service vers 13351380
Conflits Guerre de Cent Ans
Guerre de Succession de Bretagne
Première guerre civile de Castille
Faits d'armes Bataille de Cocherel
Bataille d'Auray
Bataille de Nájera
Bataille de Montiel
Bataille de Chizé
Bataille de Pontvallain
Distinctions Roi de Grenade
Duc de Molina
Hommages Enterré à la Basilique Saint-Denis
Autres fonctions Chambellan de France
Capitaine de Pontorson
Capitaine du mont Saint-Michel
Famille Blason du Guesclin.svg

Bertrand Du Guesclin, comte de Longueville, né vers 1320 au château de la Motte-Broons, près de Dinan et mort le 13 juillet 1380 devant Châteauneuf-de-Randon, est un noble breton, connétable de France et de Castille.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le Dogue noir de Brocéliande[modifier | modifier le code]

Fils aîné des dix enfants de Robert II Du Guesclin (v. 1300-1353), seigneur de la Motte-Broons, et de son épouse Jeanne de Malesmains (morte en 1350), dame de Sens[1], Bertrand Du Guesclin est issu d'une rustique seigneurie de la petite noblesse bretonne. Les Du Guesclin font en effet partie des plus illustres familles de la Bretagne mais Robert Du Guesclin n'appartient qu'à la branche cadette de la famille (la branche aînée vit au château du Plessis-Bertrand et au château de la Motte-Jean) et occupe un modeste manoir à la Motte-Broons[2].

Comme il est d'usage, Bertrand est placé en nourrice et est élevé parmi des paysans jusqu'à l'âge de cinq ans. Le portrait peu flatteur qui nous est laissé par les historiens le décrit[3],[4] « petit », « les jambes courtes » et « noueuses », « les épaules démesurément larges », « les bras longs », « une grosse tête ronde et ingrate », « la peau noire comme celle d'un sanglier ». Sa laideur (la Chanson de Bertrand Du Guesclin du trouvère Cuvelier dit de lui qu'il fut « l'enfant le plus laid qu'il y eût de Rennes à Dinan »[5]) et sa brutalité lui valent l'opprobre parentale. Bien qu'il soit l'aîné d'une fratrie de six enfants, sa mère donne la préférence à ses deux frères cadet et puîné, et son père le traite assez mal, refusant de le former à la chevalerie : la chronique de Cuvelier dit de ses parents qu'ils « le détestaient tant, que souvent en leur cœur ils désiraient qu’il fût mort ou noyé dans l’eau courante »[6]. Vers l'âge de six ans, il gagne néanmoins le respect de sa mère et ses cadets : selon les chroniques médiévales de l'époque (qu'il faut lire de nos jours avec une certaine circonspection à cause de leur tendance à embellir les actions des personnages — et de leurs proches — commanditaires ou protecteurs du chroniqueur, comme les Chroniques de Froissart[7]), relégué comme à son habitude dans un coin de la pièce lors d'un repas familial en l'absence du père, il explose de colère et bouscule ses frères pour prendre sa place d'aîné sur le banc. Sa mère s'apprête à le punir quand il renverse la lourde table mais une femme juive convertie, versée dans la chiromancie et venue pour raconter la bonne aventure, prédit la gloire à ce fils belliqueux. Bertrand est désormais traité avec les égards dus à son rang[8].

Il se fait remarquer dès son enfance par sa force, son habileté dans les exercices du corps et ses goûts belliqueux avec ses compagnons de jeunesse, des paysans roturiers. Illettré et bagarreur, il se sent la vocation de guerrier. Alors qu'il s'est enfui (ou a été chassé par ses parents ?) chez son oncle (Bertrand Du Guesclin, Seigneur de Vauruzé) à Rennes, il assiste à un tournoi sur la Place des Lices de cette ville le 4 juin 1337, où il a interdiction de participer[9] : un de ses cousins, vaincu, quitte la lice et lui prête son équipement. Selon les chroniques de l'époque, Bertrand défait, masqué, douze ou quinze chevaliers selon les versions[10], avant de refuser de combattre son père en inclinant sa lance par respect au moment de la joute, à la grande surprise de l'assemblée qui se demande qui est ce chevalier sans blason. Un seizième chevalier qui le défie parvient à faire sauter la visière de son heaume. Robert Du Guesclin découvre le visage de son fils : ému et fier, il s'engage à l'armer grâce à une collecte réalisée auprès de ses proches. Bertrand va pouvoir ainsi gagner sa réputation d’excellent tournoyeur[2].

Il commence à signaler sa bravoure dans les guerres que se livrent Charles de Blois et les comtes de Montfort, Jean II et son fils Jean III, pour l'héritage du duché de Bretagne. Il se fait remarquer aussi dès le début de la guerre de Cent Ans, notamment en 1354 en prenant par ruse le château de Grand-Fougeray et en 1357 en participant à la défense de Rennes assiégée par Henry de Grosmont, duc de Lancastre. Du Guesclin ayant gagné le respect de la noblesse à la pointe de son épée, le chevalier Alacres de Marès[11], dépendant du bailliage de Caux, l'adoube chevalier au château de Montmuran dans les Iffs en 1354[12] (il prend alors pour devise « Le courage donne ce que la beauté refuse »[10]) et le nomme capitaine de Pontorson et du Mont Saint-Michel sur recommandation de Pierre de Villiers. Il promet qu'il ne trouveroit jamais occasion qu'il ne chargeast les Anglois quelque part qu'il les renconstrat[13].

Soutenant Charles de Blois, imposé par le roi de France, c'est en guerroyant plusieurs années dans la forêt de Paimpont et ses alentours qu'il devient celui que les Anglais vont craindre : Le Dogue noir de Brocéliande[14].

En 1360, il est lieutenant de Normandie, d'Anjou et du Maine puis, en 1364, capitaine général pour les pays entre Seine et Loire et chambellan de France.

Il passe en 1361 au service du Roi de France. Alerté par Guillaume de Craon qu'une troupe anglaise dirigée par Hue de Carveley se dirige vers Juvigné[13] en 1362, ce dernier se propose de se joindre à lui pour les attaquer. Du Guesclin se retrouve isolé et est fait prisonnier. Il retrouve sa liberté après le paiement d'une rançon de 30 000 écus

Il s'illustre en 1364 lors des prises de Rolleboise, de Mantes et de Meulan et célèbre l'avènement de Charles V en avril 1364, en remportant la bataille de Cocherel contre l'armée du roi de Navarre. Il reçoit le comté de Longueville en Normandie.

La bataille d'Auray, d'après la Chronique de Bertrand Du Guesclin par Cuvelier

Après cette victoire, il vole de nouveau au secours de Charles de Blois en Bretagne ; mais, en septembre 1364, à la bataille d'Auray, malgré tous ses efforts, son parti est battu : il est fait prisonnier par John Chandos, chef de l'armée anglaise. Sa rançon est de 100 000 livres. Le roi de France paie 40 000 livres, Guy XII de Laval répond du reste[15].

En 1365, à la demande du roi de France, il délivre le royaume des Grandes compagnies, groupes de mercenaires qui ravageaient les provinces. Il les persuade de participer à la première guerre civile de Castille aux côtés d'Henri de Trastamare qui dispute à Pierre le Cruel le trône de Castille. Il s'y couvre de gloire, et déjà il a anéanti le parti de Pierre le Cruel, lorsque celui-ci appelle à son secours deux capitaines anglais, Chandos et le Prince Noir.

Du Guesclin est défait à la bataille de Nájera, livrée contre son avis (1367). Il est fait prisonnier et n'est libéré que contre une forte rançon, à nouveau payée par Charles V. Il participe à la bataille de Montiel, et venge sa défaite, en 1369. Il rétablit Henri sur le trône et, en récompense de ses actions en Espagne, il est fait duc de Molina.

Connétable de France[modifier | modifier le code]

Du Guesclin est fait connétable par le roi

En octobre 1370, revenu en France, il est fait connétable de France par Charles V. Sa grande entreprise va être d'expulser les Anglais. Contrairement aux habitudes de la chevalerie française, il ne procède pas par grandes campagnes avec tout l'ost français, mais préfère reconquérir méthodiquement des provinces entières, assiégeant château après château. Il va chasser les Anglais de la Normandie, de la Guyenne, de la Saintonge et du Poitou.

Bien souvent, le siège ne dure pas, l'issue en étant accélérée par un assaut victorieux ou plus souvent encore par une ruse. Pour libérer Niort de la domination anglaise, il utilise un subterfuge : il fait revêtir à ses soldats l'uniforme anglais. L'ennemi, confiant, ouvre les portes de la ville et l'armée de Du Guesclin s'en empare.

Georges Minois, historien du Moyen Âge, qualifie ainsi les victoires et la reconquête menées par Bertrand Du Guesclin : « Certes, il ne conduit qu'une petite troupe de quelques centaines d'hommes, mais il obtient avec eux des résultats plus importants qu'avec une grosse armée, coûteuse, lourde, encombrante et lente[16]. » Cette tactique victorieuse est menée pour trois raisons majeures :

  • Premièrement, Charles V est avare de son argent, le connétable doit se contenter de peu de moyens ;
  • Deuxièmement, cela lui permet de tirer le maximum de ses maigres effectifs : il a obtenu plus de résultats en un mois de campagne (décembre 1370) que Robert Knollys, le meilleur capitaine d'Édouard III, en six ;
  • Troisièmement, ce type de guerre, guerre d'embuscades, autrement dit, guérilla avant l'heure, est la mieux adaptée aux circonstances, puisqu'il s'agit de reprendre des châteaux dispersés, qui commandent routes et carrefours ; son petit groupe, mobile, souple, avec un noyau d'élite breton[17], bien soudé, anticipe les actions des « commandos » du XXe siècle en frappant vite, à l'improviste, en restant insaisissable, en entretenant l'insécurité chez l'ennemi et en le décourageant petit à petit. Cette stratégie s'avère très payante.

En 1374, il combat à La Réole. La même année il se marie avec Jeanne de Laval dans la chapelle du château de Montmuran et en devient propriétaire par alliance jusqu'en 1380. En outre, son épouse lui apporte en dot le château de Montsabert en Anjou. Le château de Montsûrs[18] est dès lors sa demeure, et il y réside dans les périodes hors-guerre. Il y traitera du mariage de sa nièce Marie d'Orange, avec Jean, vicomte de Vendôme.

En 1376, il reçoit la seigneurie de Pontorson en Normandie. Charles V, ayant en 1378 fait prononcer la confiscation du duché de Bretagne, occupé par ses officiers depuis 1373[19], le duc Jean IV étant en exil à Londres, provoque une fronde nobiliaire bretonne et le rappel du duc Jean IV de Bretagne exilé en Angleterre. L'inaction de Du Guesclin lors du débarquement de Jean IV à Dinard le fait soupçonner de trahison[20]. Il est indigné d'un tel soupçon, selon la version non établie de la chronique de Jean Cabaret d'Orville il aurait même renvoyé aussitôt au roi son épée de connétable et voulu passer en Espagne auprès d'Henri de Trastamare. Ayant retrouvé la confiance du roi grâce à l'entremise du duc d'Anjou, il retourne dans le Midi pour combattre encore les Anglais. En 1378, il participe à la campagne contre la Bretagne, avec son cousin Olivier de Mauny — chevalier banneret, seigneur de Lesnen et pair de France, qui fut nommé capitaine général de Normandie et chambellan de Charles V en 1372.

En 1380, il combat contre les Grandes compagnies en Auvergne et le sud du Massif central, et il met le siège devant Châteauneuf-de-Randon (Gévaudan) : après plusieurs assauts terribles, la place promet de se rendre au connétable lui-même, si elle n'est pas secourue dans 15 jours. Mais Du Guesclin meurt dans cet intervalle (sans doute soudainement malade pour avoir bu trop d'eau glacée après avoir combattu en plein soleil), le 13 juillet 1380, et le gouverneur vient, la trêve expirée, déposer en hommage les clefs de la place sur son cercueil[21]. Son corps est déposé à Saint-Denis.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Sépultures[modifier | modifier le code]

Mort de Du Guesclin
Gisant de Bertrand Du Guesclin dans la basilique Saint-Denis.

Du Guesclin avait souhaité que son corps reposât en Bretagne après sa mort. Pour exaucer son vœu et comme la route était longue et qu'il faisait chaud, on décida de l'embaumer. En l'absence des embaumeurs royaux, on éviscéra et décervela le corps qui fut baigné dans une mixture de vin et d'épices[22]. Les viscères furent inhumées en l'église du couvent des Dominicains du Puy-en-Velay[23]. Mais l'effet escompté ne fut pas obtenu, et quelques jours plus tard, un nuage de mouches obscurcit le cortège, suivant de près la charrette sur laquelle le corps était déposé. À Montferrand, il fallut le faire bouillir dans un grand chaudron d'eau et de vin aromatisé d'épices pour détacher les chairs du squelette, cette pratique originale s'appelant le mos Teutonicus, l'« usage teuton »[24]. Les chairs furent inhumées au couvent des Cordeliers de Montferrand. Le squelette et le cœur poursuivirent leur route vers la Bretagne jusqu’à ce que le roi Charles V prît la décision de faire enterrer les ossements de son défunt connétable dans la basilique royale de Saint-Denis, aux côtés des rois de France. Sa sépulture (sous un gisant en armure avec ses deux solerets, genouillères et cubitières, un surcot et un baudrier sur lequel est attaché d'un côté une dague anachronique, de l'autre côté l’épée dans son fourreau de cuir et l’écu en métal doublé de cuir et gravé avec ses armoiries, l'œil gauche percé, marque d’un coup de lance reçu en combattant les Anglais en 1364[25]), comme celles de la plupart des princes et dignitaires qui y reposaient, fut profanée par des révolutionnaires en 1793, comme le fut aussi le tombeau contenant ses chairs bouillies (à Montferrand).

Cénotaphe du cœur dans la basilique Saint-Sauveur de Dinan

Quant au tombeau qui contenait ses entrailles (église Saint-Laurent, au Puy), il échappa à la profanation : l'urne fut mise en dépôt à la mairie en vue de lui donner une sépulture laïque puis fut finalement replacée dans l'église Saint-Laurent avec son contenu ; ils y demeurent toujours[23]. Son cœur seul parvint en Bretagne où il fut déposé sous une dalle au couvent des Jacobins à Dinan. En 1810, la pierre tombale et l'urne contenant le cœur furent transférées dans l'église Saint-Sauveur de Dinan. Trois des quatre tombes sont encore visibles et ornées de monuments, celle de Montferrand ayant disparu lors de la Révolution française. Les gisants de Saint-Denis et celui du Puy permettent d'observer un personnage et un visage apparemment sculptés à la ressemblance du sujet, par ailleurs connu par des descriptions physiques et plusieurs miniatures contemporaines, insistant toutes sur la laideur et la pugnacité que révélait son visage.

Cette partition du corps (dilaceratio corporis, « division du corps » en cœur, entrailles et ossements) avec des sépultures multiples est un privilège de la dynastie capétienne et des proches qu'elle veut honorer. Elle permet ainsi la multiplication des cérémonies (funérailles du corps, la plus importante, puis funérailles du cœur et funérailles des entrailles) et des lieux (avec un tombeau de corps, un tombeau de cœur et un tombeau d'entrailles) où honorer le défunt. Bertrand Du Guesclin fut probablement le seul défunt au monde à posséder quatre tombeaux[26].

Il existe à Chateauneuf-de-Randon (Lozère) et au lieu-dit « L'Habitarelle » où se situait le campement de Du Guesclin au moment de sa mort, un cénotaphe construit par subvention et souscription nationales, dont le gisant reproduit celui du Puy : sans casque, car il n'est pas mort au combat, avec un chien à ses pieds, le connétable porte la barbe alors qu'il est imberbe sur le gisant de la basilique Saint-Denis[23].

Eustache Deschamps composa une Ballade sur le trépas de Bertrand Du Guesclin[27].

Postérité[modifier | modifier le code]

Du Guesclin laisse une image partagée et même contradictoire : il est ainsi considéré selon les sources soit comme un héros à la loyauté absolue, soit comme un traître.

Il doit son statut de héros au fait qu'il ait de son vivant soigné son image et travaillé à faire, et faire connaître, sa propre réputation, en comptant notamment dans son entourage Cuvelier, un trouvère qui composa sur lui une biographie rimée. Il le doit également à la mythographie de sa mort (telle la ballade Sur le trépas de Bertrand Du Guesclin d'Eustache Deschamps) ou à la description dans les Chroniques de Froissart de l'ascension sociale que sa naissance ne lui laissait espérer[28]. Les poètes du XIVe siècle comme Cuvelier ou Deschamps l'adjoignent comme dixième héros aux neuf Preux légendaires[10]. Cette figure héroïque est également diffusée par la propagande nationaliste française du XIXe siècle avec des historiens comme Ernest Lavisse, Albert Malet (il est ainsi présenté comme précurseur de Jeanne d'Arc en cristallisant le sentiment national du peuple français qui s'est construit autour du roi contre les Anglais) et est maintenue par des historiens du XXe siècle comme Jean Duché[29].

Son image de traître a une double origine : d'une part, de son vivant, il subit l’opprobre des Bretons lors de l'épisode du retour d'exil de Jean IV de Bretagne en 1379 (la chanson An Alarc'h le qualifie expressément de traître[N 1]), d'autre part, il est considéré par les nationalistes bretons du XXe siècle comme un traître à la fois en raison de cet événement, mais aussi plus généralement pour son engagement auprès de la France[30]. Le Mouvement ouvrier social-national breton, groupuscule collaborationniste, a détruit à coup de marteau la statue du Connetable de France se trouvant dans le Jardin des plantes de Rennes en 1941. L'organisation indépendantiste du Front de Libération de la Bretagne fait également sauter la statue de Du Guesclin à Broons le 12 février 1977.

L'historien Louis Élégoët fait cependant remarquer à ce sujet qu'il s'agit de la transposition, par les nationalistes, de leur vision moderne du concept de nation, alors que Du Guesclin vit à une époque où un système féodal est en place : ayant pris le parti de Charles de Blois lors de la guerre de Succession de Bretagne, il se positionne en vassal du seigneur de celui-ci, le roi de France Charles V, et, contrairement à nombre d'autres seigneurs de l'époque, ne changera jamais d'allégeance au cours de sa vie en ayant fait une question de principe.

Entre le petit nobliau de province qui se constitue une bande de partisans dans la forêt de Paimpont et le « bon  » connétable à la tête de l'armée du roi Charles V le Sage (ce roi peu fait pour la guerre qui a rétabli la paix grâce à des chevaliers comme Du Guesclin), Bertrand Du Guesclin constitue ainsi dans la mentalité collective une image « à mi-chemin entre un Robin des Bois breton et un Bayard médiéval »[31].

Outre un prix hippique en son nom, un prix littéraire, le prix du Guesclin a été créé en 2010 par l'Association Cocktail & Culture pour récompenser l’auteur d’un essai, d’une biographie ou d’un roman historique.

Famille[modifier | modifier le code]

Parenté[modifier | modifier le code]

Bertrand Du Guesclin avait un frère :

  • Olivier Du Guesclin : (mort en 1403). À la mort de Bertrand Du Guesclin, il reprit le titre de comte de Longueville.

et deux cousins :

Unions et descendance[modifier | modifier le code]

On lui connaît deux mariages, qui ne laissent pas d'enfants :

De sa relation avec Doña de Soria[32], dame de la cour de la reine Jeanne de Castille, il eut deux enfants :

  • Olivier Du Guesclin (né vers 1366), qui sera l'ancêtre des marquis de Fuentès ;
  • Bertrand Torreux Du Guesclin.

On connaît également un troisième enfant, d'une autre relation (ou de Doña de Soria, la filiation étant mal établie[33],[2]) :

  • Michel Du Guesclin.

Titres[modifier | modifier le code]

Bertrand Du Guesclin

Armoiries[modifier | modifier le code]

«D'argent à l'aigle bicéphale éployée de sable becquée et membrée de gueules, à la cotice du même brochant sur le tout »

La cotice (ou bâton en bande — quasi-équivalent) est une bande réduite en largeur et était utilisée en général comme brisure pour les cadets. Le père de Bertrand représente une branche cadette de la famille Du Guesclin.

Renseignements complémentaires[modifier | modifier le code]

  • « Du Guesclin » est une forme modernisée de son nom, dont on ignore la graphie d'origine exacte. Selon certains historiens, le nom des seigneurs de Pontorson, puis de Broons était Du Guerplic. L'historiographie contemporaine hésite entre Bertrand Du Guesclin, Bertrand du Guesclin et Bertrand Duguesclin. Le connétable lui-même ne nous laisse aucune indication, signant simplement Bertran. Sa mère, Jeanne de Malemains, se désigne elle-même « Uxor domini mei Roberti de Glaquino ». Ce nom de Glaquin, ou plus souvent Claquin, se retrouve chez les poètes du siècle suivant François Villon et Jean Marot. La dalle de la basilique Saint-Sauveur de Dinan derrière laquelle est enterrée son cœur mentionne Gueaqui (avec un tilde sur le « ui » qui peut représenter le « n » final ou éventuellement une autre lettre en supposant que le « n » ait disparu par usure du bord). Une légende forgée par des romanciers généalogistes pour expliquer l'étymologie de son nom, le fait descendre d'Aquin ou d'Haquin, général maure mythique qui aurait conduit les armées arabes à la bataille de Poitiers et se serait installé en Armorique vers 755 dans un château nommé Glay, Glay et Aquin ayant fusionné pour donner Gléaquin puis Guesclin[1].
  • Bien que la plupart des représentations qui ont été faites de lui le montrent avec une épée, Du Guesclin n'utilisait pas cette arme avec laquelle il n'était pas très habile, lui préférant une grande hache[34].
  • Du Guesclin est considéré comme « le Ganelon de la Bretagne » par de nombreux nationalistes bretons qui lui reprochent d'avoir fait marcher les troupes du roi de France qu'il commandait en tant que connétable, sur celles du duché de Bretagne, alors indépendant.
  • Un portrait de Du Guesclin radicalement différent est dressé dans le Cycle de Tristan de Castelreng, une saga historique de Pierre Naudin. Cette œuvre de fiction le présente comme un personnage peu recommandable, mal élevé et incapable de prouesses, preuves historiques à l'appui. L'auteur conteste même le « du » de son nom, affirmant que le personnage s'appelait en réalité Bertrand Guesclin, la marque de noblesse n'ayant été rajoutée que très longtemps après sa mort par des romanciers en manque de héros.
  • Il fut pendant longtemps, du milieu du XIXe siècle au milieu du XXe siècle, un des héros français qui furent à la République ce que sont les saints aux religions. À cette époque, son histoire, plus ou moins romancée, était présentée comme la vie d'un citoyen modèle, que sa conscience très personnelle avait toujours amené à faire le bien du plus grand nombre, au service de sa patrie.
  • Un timbre postal, d'une valeur de 0,15 + 0,05 nouveau franc a été émis à l'effigie de Du Guesclin le 22 mai 1961, avec une oblitération « Premier Jour » le 20 mai à Broons[35].
  • Une médaille à l'effigie de Du Guesclin (tête casquée en cotte de mailles) accompagnée de sa devise NIL VIRTUS GENEROSA TIMET[réf. nécessaire] a été gravée en 1913 par Charles Gustave de Marey (1878-1967).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sa vie a été écrite plusieurs fois :

  • La Chanson de Bertrand du Guesclin (par Cuvelier, vers 1385), texte édité par Jean-Claude Faucon, Éditions universitaires du Sud, Toulouse, 1990-1991, 3 vol. (1481 p.) Tome 1 : texte établi (24 346 vers) ; tome 2 : notes et varia lectio ; tome 3 : Étude (littéraire, historique, linguistique…), glossaire.
  • Roger Vercel, Du Guesclin, Paris, éditions Albin Michel, 1932.
  • Jehan Froissart, Chroniques, Livre I, Chapitre CCCLVI, (consultables en ligne)
  • Histoire de Bertrand Du Guesclin, connestable de France et des royaumes de Léon de Castille, de Cordovë et de Séville, duc de Molines, comte de Longueville, etc. par P.H.D.C. Paris, Louis Billaine, 1666, 1693 de Paul Hay du Chastelet
  • Guyard de Berville, Histoire de Bertrand Du Guesclin, comte de Longueville, connétable de France Reims - Le Batard - 1807 - 2 tomes, Mame, 1877.
  • Chronique de Cuvellier, en vers, publiée par Charrière, 1845.
  • Alexandre Mazas, Bertrand Duguesclin, connétable de France : Dugueslin combat les Anglais et sauve le royaume, Nîmes, C. Lacour, coll. « Rediviva »,‎ 2005, 21 cm, 240 p. (ISBN 2-7504-0775-3)
    Fac-similé du volume 3, 2e partie, de l'édition de, Paris : E. Devenne, 1828, collection « Vies des grands capitaines français du Moyen Âge »
  • Gabriel Richou, La chronique de Messire Bertrand Du Guesclin, connétable de France, Paris, Librairie de la société bibliographique, coll. « Petits mémoires sur l'histoire de France »,‎ 1879, 319 p. (OCLC 10898059)
  • Marjorie Stella Coryn, Bertrand Du Guesclin 1320-1380, Paris, Payot,‎ 1934, 318 p. (OCLC 7234118)
  • Fernand Divoire, Du Guesclin, Conquérant d’Espagne, Les Éditions Nationales,‎ 1937, 254 p.
  • Siméon Luce, Histoire de Bertrand Du Guesclin et de son époque, Paris, Librairie Hachette et Cie,‎ 1876 (lire en ligne)
  • Yves Jacob, Bertrand Du Guesclin connétable de France, Paris, Taillandier,‎ 1999 ; réédition, Éditions Pascal Galodé, 2013.
  • Georges Minois, Bertrand Du Guesclin, Paris, Fayard,‎ 2006 (ISBN 978-2-213-02853-8)

Source partielle[modifier | modifier le code]

Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Bertrand Du Guesclin » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « an Trubard a ren ar rustl », littéralement « le traître qui commande l'attaque. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Louis Gabriel Michaud, Biographie universelle,‎ 1842 (lire en ligne), p. 456
  2. a, b et c Bertrand Du Guesclin (ca 1320-1380) sur larousse.fr
  3. François Kerlouégan, Ce fatal excès du désir': poétique du corps romantique, Champion, 2006, p. 138
  4. Yves Jacob, Bertrand Du Guesclin, connétable de France sur Google Livres, Tallandier, 2e édition, 1992, p. 14
  5. Du Guesclin Histoire de France. De l'Antiquité à nos jours, Wikibook
  6. Cuvelier, La vie du vaillant Bertrand du Guesclin d'après la chanson de geste du trouvère Cuvelier et la chronique en prose contemporaine, Garnier frères,‎ 1885, p. 2
  7. Peter F. Ainsworth, Rois, reines et capitaines : échos de parti-pris dans quelques manuscrits des Chroniques de Froissart´, In : Actes du colloque international Jehan Froissart (Lille 3-Valenciennes, 30 septembre-1er octobre 2004), éd. M. -M. Castellani et Ch. Herbin, Perspectives Médiévales, Société de langues et de littératures médiévales d'oc et d'oïl (Paris, 2006), 9-51
  8. Guyard de Berville, Histoire de Bertrand Du Guesclin : comte de Longueville, connetable de France, V. Buynand,‎ 1817 (lire en ligne), p. 6-7
  9. Guyard de Berville, op. cité, p. 39-44
  10. a, b et c Emmanuel Melmoux et David Mitzinmacker, 100 Personnages qui ont fait l'histoire de France, Editions Bréal,‎ 2004 (lire en ligne), p. 60
  11. Siméon Luce, Histoire de Bertrand Du Guesclin et de son époque sur Google Livres, 1876, p. 127
  12. Alain Dag'Naud, Guide des lieux insolites et secrets de Bretagne, Editions Jean-paul Gisserot,‎ 2002 (lire en ligne), p. 44
  13. a et b Couanier de Launay, Histoire de Laval, 818-1855, p. 104.
  14. Emmanuel Melmoux, David Mitzinmacker, 100 personnages qui ont fait l'histoire de France sur Google Livres, 2004, p. 61
  15. Couanier de Launay, Histoire de Laval, 818-1855, p. 105.
  16. Du Guesclin de Georges Minois, édition Fayard, 1993, p. 380.
  17. Dont les sires de Laval (Guy XII de Laval, de Rohan et Clisson.
  18. Couanier de Launay, Histoire de Laval 815-1855, p. 107.
  19. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard, 1980, p. 357
  20. Georges Minois, Du Guesclin, Fayard, 1993, p. 444
  21. Emmanuel Melmoux, op. cité, p. 61
  22. Georges Minois, op. cité, p. 454
  23. a, b et c Jean Chervalier, Le mausolée de Du Guesclin au Puy, Éd. des Cahiers de la Haute-Loire, Le Puy, 1978
  24. Michel Lauwers, La mémoire des ancêtres, le souci des morts : morts, rites, et société au Moyen Âge, Editions Beauchesne,‎ 1997, p. 364-365
  25. Le tombeau de Bertrand du Guesclin, connétable de France, Saint-Denis, cimetière des Rois
  26. Alexandre Bande, Le cœur du roi. Les Capétiens et les sépultures multiples, XIIIe-XVe siècles, Tallandier,‎ 2009, 250 p.
  27. Disponible en ligne sur Wikisource : Ballade sur le trépas de Bertrand Du Guesclin
  28. Bernard Guenée, Du Guesclin et Froissart. La fabrication de la renommée, Tallandier,‎ 2008, 237 p.
  29. Franck Ferrand, « Bertrand Du Guesclin », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 6 décembre 2012
  30. Morvan Lebesque en parle notamment dans Comment être Breton ? Essai sur la démocratie française.
  31. Georges Minois, op. cité, introduction
  32. Paul Ladouce, Portrait de la Bretagne Ducale, 1997, p. 3
  33. [1]
  34. Jean-Joseph Julaud, Les Petits et Grands Personnages de l'Histoire de France, First,‎ 2010 (lire en ligne), p. 36
  35. Le timbre