Eustache Deschamps

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Eustache Deschamps (né vers 1340 à Vertus en Champagne - mort vers 1406), de son vrai nom Eustache Morel, est un poète français, qui a notamment contribué à fixer le genre de la ballade et a écrit le premier art poétique en français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Eustache Deschamps est noble quoique d'origine modeste. Il a reçu une formation intellectuelle importante : il a étudié le droit à l'université d'Orléans grâce au parrainage de Guillaume de Machaut, chanoine de la cathédrale de Reims. Eustache, enfant, a dû vivre dans ce milieu des écoles capitulaires. Ainsi cet écuyer a reçu une formation intellectuelle cléricale bien supérieure à celle des grands nobles de son temps. Ensuite il se marie entre 1366 et 1373. Trois enfants connus sont nés de cette union.

Il commence sa carrière au service de ses seigneurs naturels avant d'entrer au service du roi. En 1375 il est bailli de Valois c’est-à-dire mandataire du Duc Philippe d'Orléans, frère du roi Jean le Bon. Dans ce milieu politique il fréquente les officiers et conseillers royaux ralliés à Charles V. Sa situation matérielle est moyenne jusqu'en 1389 où il reçoit le poste de bailli de Senlis.

Il occupa d'importantes fonctions à la cour de France : il fut messager royal, huissier d'armes de Charles V, écuyer du Dauphin, bailli de Senlis, maître des eaux et forêts à Villers-Cotterêts et général des finances. Il a beaucoup voyagé (Allemagne, Hongrie, Italie, Égypte, Syrie) et a connu tous les grands hommes de son époque, notamment Charles V, Charles VI, Du Guesclin, le duc Louis d'Orléans. C'est pourquoi de son œuvre immense (80 000 vers), les poésies historiques sont les plus intéressantes. Ce sont ses amis Marmousets qui ont récupéré les manuscrits de l'auteur pour les faire copier et transmettre l'œuvre de Deschamps à la postérité.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Le Dictionnaire Bouillet le regarde au XIXe siècle comme le créateur de la ballade et de la chanson à boire.

Il a écrit un grand nombre de ballades, de rondeaux, de virelais, de fables, de farces et de traités didactiques. Leurs thèmes sont divers : le bon gouvernement, la société de la cour, les gibets, Paris, la Nation, l'accomplissement des prophéties, le désordre de l'époque, les valeurs et la foi.

La plus célèbre est la ballade Sur le trépas de Bertrand Du Guesclin. Il a également composé un grand nombre de poésies satiriques et morales, où il attaque l'Église, l'État, les financiers et surtout les femmes. Enfin, il a laissé une sorte d'Art poétique, sous le titre L'art de dicter et de fere chançons, ballades, virelais et rondeaux (Novembre 1392).

Son ouvrage le plus étendu est intitulé : Miroir du mariage, satire fort hostile aux femmes.

Il a écrit un grand nombre de fables; Jean de La Fontaine en a imité quelques-unes, notamment la Cigale et la Fourmi et le Conseil tenu par les Rats.

Ballade sur le trépas de Bertrand Du Guesclin[1]

Estoc d'honneur et arbre de vaillance,
Cœur de lion épris de hardiment,
La fleur des preux et la gloire de France,
Victorieux et hardi combattant,
Sage en vos faits et bien entreprenant,
Souverain homme de guerre,
Vainqueur de gens et conquéreur de terre,
Le plus vaillant qui onques fut en vie,
Chacun pour vous doit noir vêtir et querre :
Pleurez, pleurez, fleur de chevalerie.
O Bretagne, pleure ton espérance,
Normandie, fais son enterrement,
Guyenne aussi, et Auvergne or t'avance,
Et Languedoc, quiers lui son monument.
Picardie, Champagne et Occident
Doivent pour pleurer acquerre
Tragédiens, Aréthusa requerre
Qui en eau fut par pleur convertie,
Afin qu'à tous de sa mort le cœur serre :
Pleurez, pleurez, fleur de chevalerie.
Hé! gens d'armes, ayez en remembrance
Votre père - vous étiez ses enfants -
Le bon Bertrand, qui tant eut de puissance,
Qui vous aimait si amoureusement;
Guesclin est mort : priez dévotement
Qu'il puisse paradis conquerre;
Qui deuil n'en fait et qui ne prie, il erre,
Car du monde est la lumière faillie :
De tout honneur était la droite serre :
Pleurez, pleurez, fleur de chevalerie.

Publications[modifier | modifier le code]

  • La Bibliothèque nationale de France possède un énorme volume manuscrit de ses œuvres complètes, rassemblées peu après sa mort.
  • Georges-Adrien Crapelet a publié en 1832 un choix de ses poésies, qui a été complété en 1850 par Prosper Tarbé.
  • Jacques Roubaud, La ballade et le chant royal, coll. Architecture du Verbe, éd. des Belles-Lettres (ISBN 2-251-49007-8)
  • Sous la direction de Jean-Patrice Boudet et Hélène Millet Eustache Deschamps en son temps, Publications de la Sorbonne, Paris, 1997. (Recueil de 70 poèmes classés par thème et commentés, avec notes traduisant les mots difficiles.)

Sources partielles[modifier | modifier le code]

Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Eustache Deschamps » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource)

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Sous la direction de Jean-Patrice Boudet et Hélène Millet Eustache Deschamps en son temps, Publications de la Sorbonne, Paris, 1997.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Version en français modernisé.

Liens internes[modifier | modifier le code]