Orthographe

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L’orthographe (des racines grecques ὀρθός / orthὀs, « droit, correct », et γραφή / graphḗ, « écriture ») désigne l'ensemble des normes qui règlent la façon d'écrire dans une langue. Toutes les langues n'ont pas connu cette standardisation de leur écriture, certaines n'ayant pas un rayonnement justifiant une telle normalisation, d'autres, comme le latin ayant adopté d'emblée une écriture respectant droitement la langue à transcrire. En fait, dès qu'une langue dépasse le simple cadre du parler dialectal ou régional, son nombre de locuteurs devenant plus important, on est souvent contraint de fixer des règles afin de faciliter la compréhension mutuelle des locuteurs à travers les écrits.

Évolution[modifier | modifier le code]

Les langues étant des systèmes de transmission orale de l'information très anciens avec une existence et donc des évolutions sur plusieurs plans (sémantique, grammatical, phonétique), leurs règles ne sont pas forcément logiques et leurs évolutions souvent décentralisées sont difficiles à contrôler. Il est rare qu'une autorité s'impose avec la capacité de fixer des règles admises par tous, et seul le contrôle total de l'enseignement permet d'assurer, par l'instruction des enfants, la diffusion de « la règle » que, en l'absence de logique, il est impossible de déduire de quelques principes simples.

L'une des grandes évolutions des langues fut l'invention de l'écriture, soit de système de codage "symbolique" permettant de mémoriser à l'extérieur de soi, des idées, des histoires, des comptes, des ordres, et des lois... L'importance de l'écrit en matière administrative imposa l'idée que le respect de l'association entre signe et idée était de première importance et ce, afin que les administrateurs agissent toujours au mieux selon la loi et non selon leur caprice ou leur idées "propres" de la loi... Les Romains, choisirent une graphie "droite" parce que totalement respectueuse de l'oralité de la langue latine ; ainsi nulle erreur de codification ne se trouvant possible, il n'y avait pas d'interprétation adventice pouvant être due à des erreurs de transcription... En la matière la codification du latin reste d'ailleurs un étalon en linguistique, puisque tous les linguistes transcrivent toujours une langue au plus proche de son oralité, mais en utilisant un alphabet particulier, international, permettant d'obtenir une transcription "droite" (ortho) d'une nouvelle langue (ethno-linguistique).

Toute modification en la matière (y compris la normalisation), quel que soit le « progrès » qu'elle représente, doit également composer avec la situation actuelle et les habitudes des personnes pratiquant la langue écrite, qui n'en changeront pas sans difficulté.

Normalisation[modifier | modifier le code]

Le processus de normalisation s’attache à trois éléments de la langue : sa grammaire, sa syntaxe et son orthographe (la prononciation est rarement normalisée). La grammaire et la syntaxe concernent autant l'expression orale qu'écrite, mais l'orthographe concerne uniquement l'écrit.
Or, la majorité des langues du monde ne possède pas d'écriture : elles ne sont utilisées qu'à l'oral[1]. Elles ne nécessitent donc pas une définition de leur orthographe.

La situation de l'orthographe est très variable selon les langues. Certaines langues, comme l'italien ou l'espagnol, ont simplifié leur orthographe dans un sens phonétique et régulier. D'autres langues, comme le français ou le gaélique, ont conservé une écriture complexe.
En plus des difficultés techniques proprement linguistiques, la normalisation de l'écriture d'une langue peut se heurter à des obstacles de nature politique ou émotionnelle.

En 2003, l'Union européenne a effectué un test de compétence linguistique des élèves de cours préparatoire (6-7 ans). Ce test[réf. nécessaire] a montré de grandes différences de compétences orthographiques selon les langues : 66 % d'échec au test en Angleterre, 30 % au Danemark, 26 % en Pologne, 21 % en France, moins de 10 % pour de nombreuses autres langues (allemand, espagnol, finnois, grec, italien, norvégien, etc.).

L'orthographe est généralement divisée en deux catégories :

  • L’orthographe lexicale (aussi appelée orthographe d’usage) définit la façon d'écrire les mots du lexique indépendamment de leur usage dans la phrase ou le texte. Chaque mot possède une orthographe ou graphie définie. Le stade oral de la langue précédant toujours le stade écrit, l'orthographe d'usage est censée représenter en signes linguistiques la prononciation des mots, selon une correspondance lettre-phonème régulière. Cependant, l'évolution graphique suivant rarement l'évolution phonétique de la langue, l'orthographe d'usage a perdu, dans beaucoup de langues, sa régularité.
  • L’orthographe grammaticale définit la façon d'indiquer graphiquement les éléments variables des mots (leurs formes fléchies). Cela concerne, entre autres, les marques du pluriel et la conjugaison des verbes. L'écriture des mots dépend ainsi souvent d'autres éléments de la phrase.

L'orthographe du français[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Orthographe française.

Il n'existe pas en France, ni dans aucun autre pays francophone, de loi définissant la norme orthographique de la langue. La République française, notamment à travers son Ministère de l'Éducation nationale ainsi que des organismes tels que l'Académie française et le Conseil de la Langue française, définit la norme d'écriture qui s'impose à tous les agents de la fonction publique, et qui sert ainsi de référence pour l'enseignement et par conséquent pour tous les Français. Ainsi, une modification de l'orthographe a été publiée en 1991 (voir l'article orthographe française) au Journal officiel de la République française. Les règles orthographiques ne sont donc pas figées ; elles ont d'ailleurs évolué au cours des siècles (qui écrit encore, comme Balzac « très-petit » avec un trait d'union ?) Pour une étude détaillée sur la question, voir le livre de Monika Keller[2].

Les productions de l'Académie française et du Conseil de la Langue française sont souvent acceptées à l'international, notamment au travers de l'Organisation internationale de la francophonie, faisant donc valoir les normes orthographiques de France dans d'autres pays. Néanmoins, dans les pays et territoires francophones ou à majorité francophone, des institutions propres régissant l'usage de la langue (et donc les normes orthographiques) ont vu le jour, tel que l'Office québécois de la langue française (Canada) ou l'Office de la langue française (Belgique). Dans d'autres pays ou territoires francophones, aucune institution d'autorité n'existe.

Il est difficile d'isoler l'évolution de l'orthographe de l'évolution de la langue dans son ensemble voire de la société elle-même. Ainsi, l'évolution récente du français tend à généraliser la dualisation de nombreux mots pour distinguer les genres, au besoin en créant de nouvelle formes (auteur/auteure par exemple). Cette dualité était déjà présente dans le langage familier (un prof / une prof, malgré le genre invariable du nom) ; sa généralisation, officialisée par son passage à l'écrit, supprime progressivement de la langue le genre neutre, hérité du latin (raison pour laquelle, selon l'ancienne règle, « le masculin l'emporte sur le féminin » au pluriel : ce masculin est en fait un neutre qui n'est plus reconnaissable comme tel).

Les différents pays francophones peuvent avoir un usage orthographique différent, de la même manière qu'il existe des variantes de parler entre la Belgique, la France, le Québec, la Suisse, etc.

L'idée d'une réforme de l'orthographe est souvent abordée en France de manière polémique. Très schématiquement, on peut opposer deux clans :

  • Les partisans d'une orthographe traditionnelle. L'écriture est vue comme un patrimoine et une des richesses de la langue, l'orthographe permet de distinguer les mots et de mieux comprendre leurs relations grammaticales, sémantiques et étymologiques.
  • Les partisans d'une écriture simplifiée pour calquer l'oral, faciliter l'apprentissage, et simplifier l'écrit (voir en particulier le coût économique d'une écriture complexe).

L'orthographe semble, en France, mal maîtrisée ou « maltraitée » par une part non négligeable de la population[réf. souhaitée]. Quelles qu'en puissent être les raisons, cet état de fait aboutit à une dualité de la langue écrite avec une grande diversité d'écriture en dehors des écrits formels - mais même parfois aussi dans ceux-ci.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « De l'écrit à l'oral sur le web »
  2. Monika Keller, La réforme de l'orthographe : Un siècle de débats et de querelles, CLIF, 1999 (ISBN 978-2-8531-9275-0)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Vincent Cespedes Mot pour mot. Kel ortograf pr 2m1 ?, Flammarion, 2007
  • Danièle Manesse et Danièle Cogis, Orthographe : à qui la faute: 1987 – 2007 Enquête sur un niveau en baisse !, ESF éditeur, 2007 (ISBN 978-2-7101-1840-4)
  • Le Grand Larousse
  • Michel Fayol et Jean-Pierre Jaffré, Orthographier, Presses universitaires de France, 2008
  • Bernard Traimond, Une cause nationale, l'orthographe française, Paris, Presses Universitaires de France, Ethnologies, 2001

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]