Pierre Ier de Castille

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Pierre Ier
Pierre Ier le Cruel(avers d'une monnaie, 1360)
Pierre Ier le Cruel
(avers d'une monnaie, 1360)
Titre
Roi de Castille
13501369
Couronnement Mars 1350
Prédécesseur Alphonse XI
Successeur Henri II de Trastamare
Biographie
Dynastie Maison d'Ivrée
Date de naissance 30 août 1334
Lieu de naissance Burgos
Date de décès 23 mars 1369 (à 34 ans)
Lieu de décès Montiel
Père Alphonse XI de Castille
Mère Marie de Portugal
Conjoint Blanche de Bourbon
Jeanne de Castro
Enfant(s) Avec Marie de Padilla
Béatrice de Castille
Constance de Castille
Isabelle de Castille
Alphonse de Castille
Avec Jeanne de Castro
Jean de Castille
Héritier Jean de Castille

Pierre Ier de Castille
Monarques de Castille

Pierre Ier de Castille, né le 30 août 1334 à Burgos et mort le 23 mars 1369 à Montiel, est le seul fils légitime du roi Alphonse XI et de Marie-Constance de Portugal (fille du roi Alphonse IV de Portugal), connu comme Pierre le Cruel - mais également pour certains comme Pierre le Justicier. Il fut roi de Castille et León de 1350 à 1369.

Son surnom de Pierre le Cruel, donné par ses ennemis politiques, vient de la longue liste d'exécutions et d'assassinats ordonnés par ce roi, qui est constamment en butte à des rébellions et des guerres durant ses 19 années de règne. Sa cruauté s'est essentiellement exercée sur les nobles, révoltés ou juste gênants, et assez peu sur le peuple de Castille, auprès duquel sa réputation est moins sulfureuse. Il est en particulier un protecteur très actif de ses sujets juifs et musulmans. Ses propres partisans l'appelaient « le Justicier », mais la victoire politique de ses ennemis fait que c'est son autre nom qui est resté le plus célèbre.

Il est un des protagonistes de la première guerre civile de Castille qui l'oppose à son demi-frère Henri de Trastamare et dont le dénouement s'inscrit dans la liste des conflits périphériques de la guerre de Cent Ans. Il en est le dernier souverain issu de la maison d'Ivrée.

Biographie[modifier | modifier le code]

La jeunesse et les tentatives d'alliance[modifier | modifier le code]

Son père Alphonse XI, qui préfère s'occuper de sa favorite Leonor de Guzmán, ne se préoccupe guère de son éducation et la confie à la reine Marie, qui vit avec son fils à l'Alcázar de Séville. Un favori du roi, le noble Portugais João Afonso de Albuquerque, est désigné comme précepteur de l'enfant. Un présage laisse deviner l'implication future de Pierre dans le conflit qui oppose les royaumes de France et d'Angleterre : en 1335, alors que l'enfant n'a pas atteint l'âge d'un an, une délégation est envoyée à Alphonse IX par Édouard III d'Angleterre pour proposer un futur mariage entre sa fille Isabelle et Pierre. Rejetée par le roi de Castille qui l'estime prématurée, cette proposition est suivie d'une nouvelle demande anglaise en 1342, cette fois-ci pour une autre fille d'Édouard, Jeanne.

En 1351, les royaumes de France et de Castille envisagent d'organiser un mariage du prince Pierre avec Blanche de Navarre, veuve de Philippe VI de France, tentative qui échoue devant le refus de l'intéressée à se remarier : « les reines de France ne se remarient point ». L'année suivante, un accord est passé avec l'Angleterre pour un mariage avec la princesse Jeanne. Celle-ci décède moins d'un an plus tard, empêchant ainsi la réalisation du projet.

Ces diverses tentatives d'alliances venant de France et d'Angleterre sont principalement motivées par l'existence d'une puissante flotte castillane qui aurait permis à celui des belligérants qui en obtiendrait l'appui, de contrôler la Manche.

Le règne[modifier | modifier le code]

Les premières années, sous l'influence d'Albuquerque[modifier | modifier le code]

Le 26 mars 1350, alors qu'il assiège Gibraltar, Alphonse XI meurt de la peste. Pierre est alors proclamé roi de Castille et León à Séville. Dès le début de son règne s'affrontent deux clans : la faction dirigée par sa mère Marie-Constance de Portugal et celle de la maîtresse d'Alphonse XI, Leonor de Guzmán, puissante tant que le père de Pierre est en vie et dont les enfants illégitimes[1] sont largement dotés en honneurs et privilèges.

Le parti de la reine-mère le pousse à faire arrêter ses demi-frères adultérins, en particulier Henri de Trastamare et son frère jumeau Fadrique, grand maître de l'ordre de Santiago. Ces derniers se rebellent mais finissent par se réconcilier avec le roi.

En 1351, rétabli d'une grave maladie qui l'a frappé l'année même de son couronnement, il ordonne la levée du siège de Gibraltar et quitte Séville pour la Castille, toujours sous la coupe de sa mère et d'Albuquerque. En 1352, profitant de la mort du seigneur de Biscaye, il fait assassiner le jeune héritier et absorber la seigneurie par la couronne, malgré une opposition armée de quelque 10 000 Basques. Il organise le mariage de la sœur de l'héritier assassiné, Jeanne de Lara - qu'il fait assassiner par la suite -, avec son demi-frère Tello de Castille, un autre des fils illégitimes d'Alphonse XI et Leonor de Guzmán.

En 1351 et 1352 se tiennent les Cortes (pendant castillan des États Généraux du royaume de France) à Valladolid à l'occasion desquelles seront publiées un nombre importants de lois contre le brigandage et le vagabondage, pour la protection des Juifs, pour le développement du commerce et de l'agriculture et pour la limitation des droits de la noblesse.

En 1352, pour sceller une alliance avec le royaume de France, il décide d'épouser Blanche de Bourbon, descendante de saint Louis par son père, le duc Pierre Ier de Bourbon, et de Philippe III de France par sa mère Isabelle de Valois. Il s'agit surtout d'une nièce du roi de France. Il s'agit d'un mariage de raison car Pierre Ier a déjà rencontré celle qui devient sa maîtresse attitrée, Marie de Padilla. Jean le Bon et Pierre Ier s'accordent sur une dot de 300 000 florins, qui ne sont pas versés suivant l'échéancier prévu (25 000 au départ de Blanche de France, 25 000 à Noël et 50 000 chaque année jusqu'à atteindre la somme contractuelle).

Premières rébellions[modifier | modifier le code]

Double de 35 maravédis à l'effigie de Pierre I dit le Cruel ou le Justicier
Henri de Trastamare

En 1353, il fait exécuter le meneur d'une rébellion en Andalousie malgré son appartenance à la noblesse. Il y gagne le surnom peu flatteur de Pierre le Cruel. En juillet de cette même année, il épouse sa promise et l'abandonne trois jours après son mariage. Il fait enfermer son épouse et rejoint sa maîtresse, Marie de Padilla, qui lui a déjà donné une fille. L'échec de ce mariage provoque la rupture de l'alliance avec le roi de France et la chute d'Albuquerque qui l'avait encouragé et organisé. La reine-mère soutient Albuquerque, ainsi que les nombreux nobles que ce dernier a nommé aux différentes charges et fonctions dans le royaume. Albuquerque s'est réfugié auprès du roi du Portugal, Alphonse IV, qui refuse de le remettre à Pierre Ier. Ce dernier, qui a à cette époque l'appui de ses demi-frères, laisse Henri de Trastamare et Fadrique de Castille en poste à la frontière portugaise.

Enfermée à l'Alcazar de Séville, la reine Blanche se plaint du traitement dont elle est l'objet auprès du pape Innocent VI et du roi de France. Les interventions du pape en faveur de la recluse, ainsi que les menaces d'excommunication, n'aboutissent à rien.

En 1354, grâce à l'appui des évêques d'Avila et de Salamanque, il convainc Jeanne de Castro, une jeune veuve de bonne lignée liée aux seigneurs de Biscaye, de la nullité de son mariage avec Blanche et l'épouse. Cette deuxième épouse est également rapidement abandonnée bien qu'elle donne un héritier mâle au roi. À l'annonce de cet abandon, le propre frère de la reine Jeanne lève une troupe de 2 200 hommes et rejoint la rébellion. En octobre, Albuquerque, figure proue de la rébellion, meurt empoisonné à Medina del Campo.

Henri de Trastamare est désormais à la tête de la rébellion. Le roi peut s'appuyer sur la petite noblesse, la bourgeoisie urbaine et la communauté juive qui sont les principaux bénéficiaires des lois et mesures adoptées par les Cortes à Valladolid. En revanche, Henri de Trastamare reçoit le soutien inconditionnel de la haute noblesse, du roi d'Aragon et du peuple.

Une entrevue est organisée entre le roi et les principaux conjurés à Tejadillo, à proximité de Toro. Il promet des terres et des récompenses et parvient ainsi à quitter la ville pour Ségovie avec l'appui de Tello de Castille et des infants d'Aragon. Dans ces deux villes, Pierre Ier exerce une répression sanglante contre ses ennemis.

En 1355, il obtient des Cortes réunies à Burgos des subsides pour lever les troupes nécessaires à la reprise des villes de Tolède et Toro, acquises à la rébellion. Les deux villes sont reprises, non sans difficulté en ce qui concerne Toro.

La guerre contre l'Aragon[modifier | modifier le code]

Statue de Pierre Ier datant de 1504

En 1356, il advient qu'une flotte de neuf galères du roi d'Aragon Pierre IV le Cérémonieux arrivent dans le port andalou de Sanlúcar de Barrameda et arraisonnent deux vaisseaux de la République de Gênes, alors en guerre avec le royaume d'Aragon. Pierre Ier se montre particulièrement actif dans cet affrontement, la guerre des deux Pierre et dès 1357 prend les villes d'Orihuela et de Tarazona.

Dans le même temps, entre 1356 et 1360, il fait assassiner ses ennemis : Jean Alphonse de la Cerda, Fadrique de Castille, Joan d'Aragon - demi-frère de Pierre le Cérémonieux-, sa tante Éléonore de Castille, mère du précédent et veuve d'Alphonse IV d'Aragon...

Après de nombreux combats, les deux rois finissent par signer la paix de Terrer le 18 mai 1361, par laquelle ils se restituent mutuellement les territoires conquis durant la guerre.

Nouvelle rébellion et destitution[modifier | modifier le code]

Henri de Trastamare, voyant s'étoffer son parti au fur et à mesure des exactions de son beau-frère décide d'attaquer en 1360 et se rend maître de la cité de Nájera. Au cours de la prise de la ville, Jean Fernandez de Hinestrosa (es), oncle de María de Padilla et favori de Pierre le Cruel, trouve la mort. En représailles, Pierre Ier fait mettre à mort deux des frères d'Henri et envoie ses troupes à Nájera dès le mois d'avril. Henri de Trastamare est battu et doit se réfugier dans la ville. Inexplicablement, Pierre le Cruel ne met pas le siège devant la cité et retourne à Séville. Trastamare se réfugie en France pour en revenir quelques années après, en 1364, accompagné de Bertrand Du Guesclin et des Grandes compagnies, et envahir le royaume de Castille.

En 1366, après être entré en Castille par l'Aragon, dont le roi a conclu un pacte avec Henri pour détrôner Pierre Ier, l'armée franco-aragono-castillane de Trastamare contrôle l'essentiel du royaume à l'exception de la Galice, de Séville et de quelques autres places. Henri de Trastamare est proclamé roi de Castille. Pierre Ier s'est réfugié en Galice et de là a embarqué pour Bayonne en Guyenne, sous protection anglaise. Le 23 septembre 1366, il signe le traité de Libourne avec Édouard de Woodstock - le Prince Noir - et Charles le Mauvais, roi de Navarre. Ce traité stipule que le Prince Noir et le roi de Navarre doivent apporter une aide militaire et financière à Pierre le Cruel pour la reconquête de son trône et recevoir des territoires en contrepartie. Le Prince Noir est censé recevoir la seigneurie de Biscaye, la ville de Castro-Urdiales ainsi que 550 000 florins d'or. Pour sa part, Charles le Mauvais prétend recevoir le reste des provinces basques ainsi qu'un comté sis dans la région de Burgos.

De son côté, Henri II de Castille doit faire face à des désertions et au retrait de Pierre IV d'Aragon, frustré de ne pas avoir reçu le royaume de Murcie comme convenu avec Henri.

La bataille de Nájera (Chroniques de Jean Froissart)

En janvier 1367, Charles le Mauvais tente un renversement d'alliance mais est rapidement remis dans le droit chemin par les troupes du Prince Noir. En février, l'armée anglaise est à Pampelune et arrive en avril à Nájera où elle bat l'armée d'Henri II.

Article détaillé : Bataille de Nájera.

Henri II doit s'enfuir et se réfugie en France. Les nombreux prisonniers sont libérés après paiement d'une rançon et le Prince Noir prend ses quartiers à Burgos et attend sa récompense. Ses troupes, peu habituées au climat rigoureux de la région, souffrent du froid, de la malaria et de dysenterie. Las d'attendre, le Prince Noir finit par retourner en Guyenne, sans avoir obtenu son dû. Pierre le Cruel, appuyé par le roi de Grenade assiège Cordoue, en vain. Henri profite de la situation pour reformer une armée outre-Pyrénées, le roi Charles V mettant à nouveau à sa disposition les Grandes compagnies, commandées par du Guesclin, par le traité d'Aigues-Mortes.

Décapitation de Pierre le Cruel (manuscrit du XVe siècle)

Les troupes d'Henri conquièrent rapidement les royaumes de Castille et de León et dès le mois d'avril 1367 mettent le siège devant Tolède. Le siège dure 9 mois, durant lesquels Henri II signe avec la France le traité de Tolède, qui l'engage à une paix durable dès son accession définitive au trône de Castille. Pierre le Cruel arrive au secours de Tolède avec une armée composée essentiellement de Maures et de Juifs. Il affronte son demi-frère à Calatrava la Nueva (Castille-La Manche) et y subit une lourde défaite le 13 mars 1369. Il se réfugie dans le château de l'Étoile avec quelques fidèles.

Il essaie de soudoyer du Guesclin qui semble accueillir favorablement sa proposition mais qui en réalité avertit Henri de Trastamare. Mis en présence l'un de l'autre, les deux demi-frères engagent un combat au corps-à-corps. Pierre le Cruel semble l'emporter jusqu'à l'intervention de du Guesclin qui permet la victoire d'Henri et l'exécution de Pierre Ier de la propre main de ce dernier.

Descendance[modifier | modifier le code]

Marie de Padilla lui donne quatre enfants :

Jeanne de Castro lui donne un fils :

María González de Hinestrosa lui en donne également un :

  • Ferdinand, mort en bas âge.

Thérèse d'Ayala lui donne une fille :

  • Marie, abbesse à Tolède.

Isabelle de Sandoval, préceptrice d'Alphonse, lui donne deux fils :

  • Sanche ;
  • Diègue.

Pierre le Cruel a vraisemblablement eu d'autres enfants illégitimes dont les noms ne nous sont pas parvenus.

Sujets connexes[modifier | modifier le code]

Pierre Ier dans les arts[modifier | modifier le code]

(es) El rey don Pedro el Cruel : tragedia en cuatro actos (Le roi Pierre le Cruel: tragédie en quatre actes) de Santiago Sevilla

(es) El rey don Pedro en Madrid (Le roi Pierre à Madrid) d'Andrés de Claramonte

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Leonor de Guzmán donna dix fils à Alphonse IX, tous dotés de fiefs par leur père.

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pero Lopez de Ayala, Chroniques (Madrid 1779-1780)
  • Prosper Mérimée, Hist. de Don Pedro I, roi de Castille (Paris, 1848).
  • Frédéric Alchalabi, « Entre mémoire et réécriture, un exemple d'alternative à l'histoire et de récit mouvant entre le XIVème et le XVIIe siècle : le règne de Pierre Ier de Castille (1350- 1369) », Failles de la mémoire, 2010, [lire en ligne] sur le site HAL-SHS (Hyper Article en Ligne - Sciences de l'Homme et de la Société).