Édouard de Woodstock

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England Arms 1340-white label.svg Édouard de Woodstock
Image illustrative de l'article Édouard de Woodstock

Surnom Le Prince Noir
Naissance
Woodstock
Décès (à 45 ans)
Westminster
Origine England Arms 1340.svg Anglais
Allégeance England Arms 1340.svg Royaume d'Angleterre
Arme Chevalier
Conflits Guerre de Cent Ans
Faits d'armes Bataille de Crécy
Bataille de L'Espagnols sur Mer
Bataille de Poitiers
Bataille de Nájera
Distinctions Ordre de la Jarretière
Autres fonctions Prince de Galles,
Comte de Chester,
Duc de Cornouailles
Prince d'Aquitaine
Famille Maison des Plantagenêts

Edouard Plantagenêt, plus connu sous le nom de Prince noir ou parfois d’Édouard le noir (, Woodstock, Westminster), prince de Galles, comte de Chester, duc de Cornouailles et prince d'Aquitaine, était le fils aîné d'Édouard III d'Angleterre et de Philippa de Hainaut.

Son surnom de Prince noir — Princi Negue en gascon — serait dû à la couleur de son armure, mais il n'était pas utilisé par ses contemporains. Il n'apparaît qu'en 1568 dans Chronicle of England de Richard Grafton. De son vivant, on utilisait plus généralement ses titres pour le désigner, soit « prince de Galles » et, entre 1362 et 1372, « prince d'Aquitaine ». On le nommait également selon son lieu de naissance : Édouard de Woodstock.

Pour certains de ses détracteurs, il devait son surnom de « Prince Noir », moins à la couleur de la housse qui recouvrait son armure et qui le rendait reconnaissable durant les batailles, qu'à sa supposée « noirceur d'âme ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Né au palais de Woodstock (près d'Oxford) le , il était le fils aîné d'Édouard III et de Philippa de Hainaut. Dans son enfance, ses loisirs favoris étaient les jeux de balle et d'argent, la chasse au faucon et les récitals de ménestrels, distractions communes de la noblesse de l'époque. Ses précepteurs furent Walter Burley et le chevalier de Hainaut Walter Mauny. À huit ans, alors que son père partait pour la Flandre afin de contracter des alliances contre la France, Édouard fut nommé « gardien du royaume ». Il est choyé par Édouard III qui n'avait négligé ni son éducation ni son instruction de prince.

Déjà habitué et formé aux tournois, Édouard de Woodstock débarqua le à Saint-Vaast-la-Hougue, guerroya en Normandie aux côtés de son père, et connut sa première grande bataille à Crécy en 1346 où il assuma le commandement de l'aile droite de l'armée anglaise à l'aide du comte de Warwick. Une chronique de l'époque voulait que le jeune prince eût failli perdre la vie ce jour là : désarçonné par un chevalier français, ce serait son porte étendard qui aurait eu la présence d'esprit de le dissimuler sous la bannière au dragon rouge du prince de Galles, et qui aurait repoussé nombre d'assaillants. La nuit tombée, Édouard aurait commandé l'exécution de tous les soldats français blessés incapables de payer rançon et, au matin, un massacre plus grand encore, quand les milices urbaines françaises vinrent en renfort, mais trop tard : l'esprit de la chevalerie n'avait pas été respecté par le prince, qui en eut grande honte devant son père : c'est après cette bataille qu'il aurait pris l'habitude de porter une armure noire.

La principauté d'Aquitaine (en rouge) et les territoires cédés lors du traité de Brétigny (en rose).

À la suite d'une révolte sévèrement matée dans son comté de Chester, il fut nommé lieutenant de Gascogne. Mandaté par son père, il arriva à Bordeaux le , en pleine guerre de Cent Ans, pour protéger les possessions anglo-aquitaines contre les Français. Deux semaines plus tard, il mena une campagne à travers le Sud-Ouest, maraudant à travers les comtés de Juillac, d'Armagnac et d'Astarac. En Languedoc, nombre de villes et de villages furent la proie de la soldatesque, de véritables actes de terreur étant menés à Montgiscard, à Carcassonne et Narbonne. Le but n'était pas de soumettre à la couronne anglaise les terres conquises, mais de les piller pour affaiblir et ruiner le camp français : il s'agissait là de la stratégie fondamentale de la guerre de Cent Ans, basée sur les chevauchées et non sur une guerre de position. Il détruisit Castelnaudary le . Le jour de Noël, il avait regagné Bordeaux, d'où il écrivit à son père pour l'informer de son succès.

Au printemps de 1356, sa réputation de stratège et la crainte qu'il inspirait lui permirent de lever sans mal une armée disparate composée surtout d'Anglais, de Gallois, et de Gascons. Cette campagne de 1356 le conduisit cette fois à travers le Poitou en passant par Bourges qu'il ne parvint pas à enlever, prenant Vierzon dont il fit passer la garnison au fil de l'épée.

Portrait factice du Prince Noir, Cassell's History of England, 1902.

Ralentie par son considérable butin et fatiguée par les combats, sa troupe se replia vers Bordeaux et, à Maupertuis, près de Poitiers, Édouard et ses hommes infligèrent une sévère défaite aux Français qui les poursuivaient. C'est lors de cette bataille de Poitiers, le , qu'Édouard captura le roi Jean II, ce qui permit des tractations avantageuses pour l'Anglais. Cette année-là il mène ses troupes au pillage de Trappes (déjà fortement ravagée par Bouchard IV de Montmorency) .

En 1360, le traité de Brétigny-Calais accorda au roi Édouard III d'Angleterre des terres en plus de son duché d'Aquitaine « traditionnel » qui s'étendait approximativement de Saintes à Bayonne, en passant par sa capitale, Bordeaux. Ces terres étaient le Quercy, le Périgord, le Limousin, le Rouergue, la Bigorre, le comté d'Armagnac, l'Agenais et le Poitou. Ces territoires — cédés par la France en toute souveraineté — constituèrent une principauté autonome (1362) qu'il gouverna sur place jusqu'au début de 1371. Édouard fut nommé prince d'Aquitaine par son père le , et le resta jusqu'à son abdication le .

Édouard de Woodstock se maria en 1362 avec sa cousine Jeanne de Kent. Ils entretinrent à Bordeaux une cour où régnaient luxe et extravagance ; fêtes et tournois étaient fréquents. Les taxes qu'il imposa sur le territoire de sa principauté pour les financer étant considérables, une partie de la noblesse et de la bourgeoisie commencèrent à montrer des signes de mécontentement. Cette véritable « fronde » fut menée par l'un des plus puissants seigneurs de la région, le comte d'Armagnac, fidèle à la maison capétienne.

Le contexte des « chevauchées »[modifier | modifier le code]

L'historiographie traditionnelle blâme souvent le prince pour le sac de Limoges (). Selon Froissart, 3000 personnes furent tuées ce jour-là. On oublie vite qu'une source locale ne mentionne que 300 morts, ce qui peut correspondre aux « Français » de la garnison installée dans cette ville, ainsi qu'à certains partisans limougeauds des Français. Après tout, les Français agirent de même lors de la prise de Brive (). Et on oublie aussi que la ville de Limoges était divisée en deux entités distinctes : la « Cité » et le « Château ». Le Prince Noir n'attaqua que la « Cité » dominée par l'évêque, qui l'avait trahi (Johan du Cros), et pas le « Château » qui lui resta fidèle jusqu'en 1372.

Toutefois, on doit mentionner que depuis son arrivée en Aquitaine en 1355, jusqu'à son retour définitif en 1371 pour cause de maladie, il a organisé pendant seize ans une interminable suite de chevauchées, tant contre ses adversaires en dehors de ses provinces que contre quiconque osait contester son autorité sur ses terres. Souvent implacable et brutal, il se conformait néanmoins aux terribles « usages » en vigueur en temps de guerre, à savoir: pillages, démolitions, ravages, incendies.

Armoiries du Prince noir.

La chevauchée de la première année, organisée depuis Bordeaux, s'est déroulée entre octobre et décembre 1355, visant essentiellement le Languedoc jusqu'à Narbonne et aux abords de Béziers en passant par Carcassonne. Les archives ont permis de reconstituer le détail des dévastations qui sont rapportées par plusieurs chroniqueurs contemporains comme Geoffroy le Baker ou Froissart, parfois jour après jour en décrivant les incendies et les pillages — comme par exemple les vingt moulins à vent à Avignonet. L'expédition ravage d'abord l'Armagnac, détruit Mirande, Simorre, (Lombez semble épargnée) et Saint-Lys le 26 octobre. Le 27 octobre, le prince traverse, à gué, la Garonne et l'Ariège vers Portet[1] et couche à Falgarde. Le lendemain, après l'incendie de Castanet, il s'élance sur le « chemin du roi » et détruit tous les villages du Nord Lauragais : Baziège, Villefranche, Avignonet, Castelnaudary.

À Carcassonne, la ville haute (cité) demeure inviolée, mais la ville basse disparaît en grande partie dans les flammes. À Narbonne, les faubourgs ou barris, dépourvus de défenses sont détruits tandis que la Cité et le Bourg emmuraillés résistent ; hors des murs, apparemment épargnés par l'ennemi, ne s'élèvent plus que quelques hôpitaux, églises et couvents, notamment ceux des quatre principaux ordres mendiants (Franciscains, Dominicains, Augustins et Carmes). Revenant sur ses pas, passant par Auterive, qu'il épargne, Édouard prend le chemin de Gascogne, incendie Miremont, traverse la Garonne à Noé, détruit Carbonne, Gimont et gagne ses terres bordelaises sans difficulté.

Le Prince Noir, relate Froissart, ne put pénétrer dans Montgiscard à cause de l'incendie, et on prit deux « exploratores » qui révélèrent que le comte d'Armagnac était bien à Toulouse avec ses hommes d'arme. L'armée du roi de France, trop lente pour s'interposer, se contenta de descendre pour la défense de Toulouse qui ne sera jamais attaquée. À la fin de cette première chevauchée, les bandes armées anglo-aquitaines repartent avec de lourds chariots de butin, laissant derrière elles les ruines fumantes de plus de 500 bourgs et villages. Lors du trajet retour, par une route méridionale, Limoux est détruit ainsi que Fanjeaux (le monastère de Prouille est néanmoins épargné)[2].

Prises de possessions en Aquitaine[modifier | modifier le code]

Signataire du traité de Libourne, le Prince Noir aida également le roi de Castille détrôné Pierre le Cruel en Espagne où il battit encore les Français, menés par Bertrand Du Guesclin et son cousin Olivier de Mauny (finalement vainqueur de cette guerre de succession), à Nájera en 1367. Cette expédition fut encore un succès militaire, mais le refus de Pierre le Cruel de payer les frais de l'expédition mit le prince dans de terribles difficultés financières.

Chevalière du Prince noir.

À son retour en Aquitaine, il convoqua les trois États de sa principauté à Angoulême — ville dans laquelle il séjourna avec plusieurs de ses proches à diverses reprises entre 1363 et 1371 et où il tint une cour brillante, parallèle à celle de Bordeaux[3]. Ceux-ci acceptèrent la levée d'un fouage (taxe levée sur chaque foyer) pour restaurer les finances du prince (janvier 1368). Mais le comte d'Armagnac Johan Ier (en français Jean Ier) s'y opposa fermement. Il chercha le soutien du roi de France Charles V qui s'empressa d'accepter son appel contre le prince, le . Personne ne fut dupe de la manœuvre : en acceptant cet appel, Charles V signifiait implicitement qu'il se considérait suzerain du prince d'Aquitaine : c'était remettre en question les clauses du traité de paix de Brétigny-Calais. Le comte d'Armagnac entraîna à ses côtés son parent, le seigneur d'Albret Arnaut-Amanèu, et il appuya les offensives militaires de Louis, duc d'Anjou, frère du roi Charles V, lieutenant du roi (c'est-à-dire vice-roi) en Languedoc.

Le gisant d'Édouard de Woodstock à la cathédrale de Cantorbéry.

Les terres de la principauté d'Aquitaine cédées au traité de Brétigny-Calais furent systématiquement reconquises par les Français, dirigés par le duc d'Anjou, entre 1369 et 1372, suite à l'appel du comte d'Armagnac. Cependant la vision traditionnelle d'un soulèvement unanime des populations en faveur des « Français » est fautive : des villes comme Millau ou Montauban restèrent fidèles longtemps en 1369, quant au Poitou, à la Saintonge et à l'Angoumois, ils ne se soumirent qu'en 1372 et soutinrent fortement le prince.

Édouard semble avoir contracté la dysenterie pendant son expédition espagnole, et cette maladie l'empêcha de s'opposer efficacement aux offensives menées par les Français et leurs partisans - d'autant plus que ses ressources financières ne lui permettaient plus d'entretenir une armée nombreuse et efficace. Il partit en janvier 1371 pour l'Angleterre, laissant son frère Jean de Gand, duc de Lancastre, en charge de l'Aquitaine.

Il amena avec lui son tout jeune fils Richard, né en 1367 au palais archiépiscopal de Bordeaux (situé plus ou moins à l'emplacement de l'actuel hôtel de ville, à proximité de la cathédrale). Ce fils devint, à la mort d'Édouard III, le roi d'Angleterre Richard II dit « de Bordeaux » (selon son lieu de naissance), parfois dit « le Gascon » (Bordeaux était alors considérée comme la capitale des Gascons occidentaux). Celui-ci régna de 1377 à 1399, date à laquelle il fut détrôné par son cousin Henri de Lancastre, fils de Jean de Gand, qui devint roi d'Angleterre sous le nom d'Henri IV (1399-1413).

Parmi ses compagnons de lutte et ses hauts officiers on peut citer John Chandos († à Morthemer, Poitou), lieutenant d'Édouard III chargé de prendre possession des terres cédées au traité de Brétigny-Calais (1361-1362), puis connétable d'Aquitaine (1363-1370) ; Thomas Felton, sénéchal de la principauté d'Aquitaine (1363-1377) ; les Gascons Johan de Greilly, captal de Buch († 7 septembre 1376, prisonnier du roi de France à Paris), connétable d'Aquitaine de 1370 à sa capture par les Français en 1372 et Bernard de Brocas, connétable de Bordeaux, (1330- † 20 septembre 1395), dont le gisant est visible dans l'Abbaye de Westminster (St Edmund's Chapel) ; le Saintongeais Guichard d'Angle († 1380, Londres), l'un des deux maréchaux d'Aquitaine (1363-1372), tuteur du futur roi Richard II, nommé comte de Huntingdon (1377-1380) ou encore les grands seigneurs poitevins Guillaume VII Larchevêque, seigneur de Parthenay et Louis d'Harcourt, vicomte de Châtellerault, forcés de se soumettre en décembre 1372 au roi de France après le siège de Thouars.

Le prince mourut de maladie en 1376, un an avant son père Édouard III. Il fut enterré dans la cathédrale de Cantorbéry en Angleterre où l'on peut encore admirer son célèbre gisant.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Anne Le Stang, Histoire de Toulouse illustrée, Toulouse, Le pérégrinateur,‎ 2006, 224 p. (ISBN 2-910352-44-7), p. 81
  2. Jean Odol, Couleurs du Lauragais, no 48, décembre 2002
  3. Chroniques de Froissart, Volume 4, par Jean Froissart, J.A. Buchon, 1824, p.170

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Micheline Dupuy, Le Prince Noir. Édouard, seigneur d'Aquitaine, Paris, éd. Perrin, 1970 ;
  • (en) Richard Barber, Edward, Prince of Wales and Aquitaine. A biography of the Black Prince, Londres, 1978 ;
  • (en) Guilhem Pepin, « Towards a new assessment of the Black Prince's principality of Aquitaine : a study of the last years (1369-1372) », Nottingham Medieval Studies, vol. L, 2006, p. 59-114 ;
  • Natalie Frye, « Les chevauchées du Prince Noir », in Philippe Contamine (dir.), Chevaliers, éditions Tallandier, 2006.
  • Jacqueline Caille, « Nouveaux regards sur l'attaque du Prince Noir contre Narbonne en novembre 1355 », Bulletin de la Société d'Études scientifiques de l'Aude, t. CX, 2010, p. 89-103.

Romans[modifier | modifier le code]

  • Série romanesque La lumière et la boue de Michel Peyramaure :
    • Tome 1 : Quand surgira l'étoile absinthe.
    • Tome 2 : L'empire des fous.
    • Tome 3 : Les roses de fer.
  • Confessions du Prince Noir de Fabrice Hurlin (France-Empire 2005)
  • L'anneau du Prince Noir ( Evelyne Brisou-Pellen )