Combat des Trente

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Combat des Trente
Octave Penguilly l’Haridon, Le Combat des Trente
Octave Penguilly l’Haridon, Le Combat des Trente
Informations générales
Date
Lieu « chêne de Mi-Voie », entre Ploërmel et Josselin
Issue Victoire du parti de Blois
Belligérants
COA fr BRE.svg Bretagne blésiste England Arms 1340.svg Royaume d'Angleterre
COA fr BRE.svg Bretagne monfortiste
Armoiries Saint-Empire monocéphale.svg Saint-Empire
Commandants
Blason Jehan de Beaumanoir.svg Jean IV de Beaumanoir Robert Bemborough
Forces en présence
32 chevaliers ou écuyers 32 chevaliers ou écuyers
Pertes
6 morts 9 morts dont Robert Bemborough
Guerre de Cent Ans
Batailles

Guerre de Succession de Bretagne
Champtoceaux (1341) · Hennebont (1342) · Morlaix (1342) · Vannes (1342) · Cadoret (1345) · La Roche-Derrien (1347) · Combat des Trente (1351) · Mauron (1352) · Montmuran (1354) · Rennes (1356-1357) · Auray (1364)

Le combat des Trente est un fameux épisode de la guerre de Succession de Bretagne qui se déroula le sur la commune de Guillac (Morbihan), entre Josselin et Ploërmel, près du « chêne de la lande de Mi-Voie ».

Le combat des Trente[modifier | modifier le code]

Prémices[modifier | modifier le code]

Pendant la guerre de Succession de Bretagne, Josselin est aux mains de Jean de Beaumanoir, partisan de Charles de Blois alors que Ploërmel est tenu par l’Anglais Robert Bemborough (ou Brandebourch d'après Froissart), partisan des ducs de Bretagne de la maison de Montfort. Un jour que Beaumanoir se rend traiter avec Bemborough, il aperçoit des paysans bretons maltraités par des soldats anglais. Outré, il s’en plaint à son adversaire. La dispute qui s’ensuit conduit les deux hommes à déterminer les modalités d’un duel destiné à régler l’attribution du territoire.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Le , un combat épique se déroule près du « chêne de Mi-Voie », entre Ploërmel et Josselin. Les trente et un Bretons de Jean IV de Beaumanoir s’immortalisent en luttant contre les trente et un hommes commandés par Bemborough. Dans ce camp figure le célèbre aventurier allemand Croquart dont Philippe VI de Valois aurait bien aimé s’attacher les services. Aux côtés de Robert Knolles, on remarque aussi le neveu de Thomas Dagworth, vainqueur de Charles de Blois à la bataille de La Roche-Derrien.

Bemborough et huit de ses hommes sont tués, ainsi que six hommes de Beaumanoir (sans compter ceux qui décéderont de leurs blessures)[1]. D’après la légende, ce dernier aurait, épuisé par la chaleur, le combat et le jeûne, réclamé à boire, ce à quoi son compagnon Geoffroy du Boüays lui aurait répondu « Bois ton sang, Beaumanoir, la soif te passera »[2]. Cette parole demeurera la devise des Beaumanoir. Les Anglo-Bretons survivants se rendent car il serait déloyal de priver les vainqueurs du bénéfice des rançons[1] : dans la guerre féodale on ne cherche pas à tuer sur le champ de bataille mais à rentabiliser sa campagne en capturant de riches prisonniers[3].

Croquart est déclaré meilleur combattant pour les Anglo-Bretons, Tinténiac étant, pour sa part, considéré comme le meilleur parmi les hommes de Beaumanoir.

L’issue du combat ne règle en définitive rien : deux jours plus tard, l'essentiel des combattants vainqueurs, partisans de Charles de Blois, sont pris dans une embuscade et ils sont tués, pour la plupart[4]. La guerre de succession, commencée en 1341, va continuer jusqu'en 1365 et, finalement, c'est le camp des Montfort qui l'emporte avec le fils de Jean de Montfort, Jean IV.

Les combattants[modifier | modifier le code]

Champions blésistes

Champions monfortistes

Chevaliers :

Écuyers :

Interprétation[modifier | modifier le code]

On ne peut en aucun cas présenter ce combat comme une confrontation anglo-bretonne sans risquer de travestir la vérité historique. Il s’agit d’un épisode de la guerre de Succession de Bretagne où l’un des belligérants était neveu du roi de France, et l’autre était soutenu par l’Angleterre.

Pour l'historien Jean-Jacques Monnier, auteur de "Histoire de Bretagne pour tous", « ce combat n'a pas réellement eu d'impact historique. Ce sont des chevaliers pro-Français qui se sont battus contre des chevaliers pro-Anglais sans aucune conséquence. C'était plutôt un tournoi. Ce combat avait été largement oublié jusqu'à ce qu'on le ressorte vers 1880 sous la IIIe République car on recherchait des commémorations à faire. Ce symbole qui était très ancien faisait l'unanimité à droite comme à gauche dans cette période où l'on avait soif de revanche entre les guerres de 1870 et 1914. Il fallait mobiliser le patriotisme ! »[5].

Postérité[modifier | modifier le code]

  • La bataille des Trente est un poème du Barzaz Breiz par Théodore Hersart de La Villemarqué.
  • La Compagnie des Trente est une association d'escrime et reconstitution historique s'inspirant de ce fait d'armes[6].
  • Sous l'influence de la chouannerie, un monument sous forme d'obélisque, la Colonne des Trente, fut érigé au lieu-dit "La Pyramide" dans la commune de Guillac, pour saluer la mémoire des chevaliers qui se sont battus. Il fut inauguré le [7]. Mais on n'y trouve que les noms des combattants "blésistes"; ceux du camp "montfortiste" sont ignorés [8].
  • Une tapisserie représentant ce fameux combat a également été réalisée sous le règne de Charles V, afin de rappeler une des victoires françaises contre l'ennemi héréditaire[9].
  • Il existe aussi un jeu de société du même nom voulant reprendre l'histoire de ce combat[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 140.
  2. Sébastien Nadot, Rompez les lances ! Chevaliers et tournois au Moyen Âge, éd. Autrement, Paris, 2010.
  3. Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen Âge en Occident, p. 231-232.
  4. Jean-Jacques Monnier, Histoire de Bretagne pour tous - CD audio - Skol Vreizh, 2011.
  5. Ouest-France, 18-07-2012
  6. Site de l'association : http://www.lacompagniedestrente.com
  7. [http://guillac.fr/index.php/tourisme-et-patrimoine/patrimoine/la-colonne-des-trente
  8. Le Combat des Trente, sur le blog Bucentaure, 11 décembre 2010.
  9. Jules Guiffrey, Inventaire des tapisseries du roi Charles VI vendues par les Anglais en 1422 [premier article], Bibliothèque de l'École des chartes, 1887, tome 48, p.92.
  10. Le combat des Trente, fiche sur TricTrac.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Freminville, Christophe-Paulin de la Poix, chevalier de, Le Combat des Trente, poème du XIVe siècle transcrit sur le ms. original, conservé à la Bibliothèque du Roi, et accompagné de notes historiques, Brest, Lefournier et Depierre, 1819. Consultable sur la bibliothèque numérique de l'université Rennes 2.
  • Hervé Drévillon, Batailles, Paris, Seuil, 2007
  • Georges-Adrien Crapelet, Le combat de trente bretons contre trente anglois, Paris, 1827.
  • Yvonig Gicquel, Le Combat des Trente, Épopée au cœur de la mémoire bretonne, Coop Breizh, 2004 (ISBN 2-84346-210-X).
  • Goësbriand, Pierre-Désiré de (1784-1853), Gwerz emgann an Tregont a Vretonet a enep Tregont Saux, laqueet e rimou brezoned, Montroulez, V Guilmer, 1837. Consultable sur la bibliothèque numérique de l’université Rennes 2.
  • Laigue, René de, Le Combat des Trente et les champions du parti breton, Société des bibliophiles bretons, 1913 (« On trouvera tout d’abord les textes des mss D (inédit) & P in extenso, puis les notes sur les champions bretons aussi complètes qu’il a été possible de les rédiger »).