Traités de Londres (1358 et 1359)

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La première phase de la guerre de Cent Ans a été marquée par des désastres militaires pour le Royaume de France. Édouard III d'Angleterre impose plusieurs traités à Jean le Bon qu'il retient prisonnier à Londres. Ceux-ci ne seront pas ratifiés par les Etats généraux.

Contexte : la France profondément déstabilisée[modifier | modifier le code]

Capture de Jean le Bon à la bataille de Poitiers

Le royaume de France, qui bénéficie d'un climat clément et de vastes bassins fluviaux favorisant l'agriculture, a une société fondée sur un régime féodal et religieux très centralisé. En effet, les récoltes étant liées aux conditions météorologiques, on considère qu'elles sont le reflet d'une volonté divine et donc liées au comportement de chacun et plus particulièrement des élites. La noblesse doit avoir un comportement chevaleresque, protéger le peuple et rendre justice en préservant un certain confort matériel. Elle doit donc justifier sur le champ de bataille l'origine divine de son pouvoir : on doit vaincre l'adversaire face à face dans un corps à corps héroïque.

Les premières batailles rangées de la guerre de Cent Ans ont été catastrophiques pour la France. L'armée anglaise combattant avec une organisation moderne a mis en pièces la chevalerie française à Crécy en 1346 et à Poitiers en 1356. L'essence divine du pouvoir féodal étant contredite par ces fiascos militaires, le pays est profondément déstabilisé d'autant que cette période correspond à une montée en puissance de l'artisanat et du commerce et donc des villes (en Angleterre les citadins ont été en mesure d'imposer la Grande Charte), qui n'attendent que l'occasion de revendiquer une liberté et un pouvoir proportionnel à leur importance économique au sein de la société.

La France subit une nouvelle défaite à la bataille de Poitiers. Le roi de France Jean le Bon y est fait prisonnier avec son fils Philippe le Hardi. Le sacrifice du roi sauve sa couronne car il est perçu comme héroïque dans tout le royaume et même par Édouard III ou son fils le Prince Noir. Jean le Bon est incarcéré à Bordeaux avec tous les honneurs; il peut librement y organiser une cour. Cependant il doit du fait de sa capture négocier sa rançon avec Édouard III.

Premier traité de Londres (janvier 1358)[modifier | modifier le code]

À Paris, le dauphin doit accepter de composer avec les États généraux qui lui imposent la grande ordonnance de 1357. Cette ordonnance instaure une monarchie contrôlée[1]. Proche de longue date des milieux réformateurs il parvient cependant à rester à la tête de l’État. Deux conseils cohabitent : celui du Dauphin et celui des États. Mais pour les réformateurs et particulièrement les Navarrais cela ne suffit pas : le retour du roi de captivité peut mettre fin à cet essai institutionnel. D'autre part, le Dauphin prend de l'aplomb et n'hésite pas en août à rappeler les conseillers sacrifiés et à demander au prévôt des Marchands de ne se préoccuper que des seules affaires municipales[2]. En janvier 1358, Étienne Marcel et Robert Le Coq organisent donc la libération de Charles de Navarre qui peut prétendre à la couronne et est toujours enfermé. Cependant pour se dédouaner face au Dauphin, on[précision nécessaire] donne à cette libération l’apparence d’un coup de main de fidèles Navarrais[3].

Charles de Navarre libéré est en mesure de prendre le pouvoir : héritier direct de la couronne par les femmes, il est considéré par beaucoup comme plus apte à combattre l'ennemi anglais et plus légitime que le chétif dauphin[4]). Voyant la situation évoluer vers une monarchie contrôlée avec le Navarrais à sa tête, Jean le Bon décide de précipiter les négociations quitte à céder beaucoup de terrain à Édouard III. Les négociations doivent avoir lieu de roi à roi : il est donc transféré de Bordeaux à Londres. Ses conditions d’incarcération sont royales : il est logé avec sa cour de plusieurs centaines de personnes (proches capturés avec lui à Poitiers et d'autres venus de leur plein gré), liberté de circulation en Angleterre, hébergement à l’Hôtel de Savoie. Il accepte le premier traité de Londres qui prévoit que l’Angleterre récupère l’ensemble de ses anciennes possessions d’Aquitaine et une rançon de 4 millions d’écus sans renonciation à la couronne de France[5].

Royaume de France entre 1356 et 1363: Traités Londres
  •      Possessions de Charles de Navarre
  •      Territoires contrôlés par Édouard III
  •      Le premier traité de Londres cède l'Aquitaine des Plantagenets aux Anglais et règle la guerre de Succession de Bretagne par une alliance du duché avec l'Angleterre.)
  •       Le deuxième traité de Londres comprend en plus la Normandie et le Maine.)
  •       Chevauchée d'Édouard III en 1359-60

Ce premier traité de Londres est signé en janvier 1358, par Édouard III d'Angleterre et Jean II de France.

Édouard III obtient :

  • les anciennes possessions d'Aquitaine des Plantagenêts : la Guyenne (qui a été confisquée par Philippe VI en début de conflit), la Saintonge, la Poitou, le Limousin, le Quercy, le Périgord, le Rouergue et la Bigorre ;
  • une rançon de 4 millions d'écus
  • il ne renonce pas à la couronne de France.

La nouvelle de ce traité provoque un tollé et fait sombrer le royaume de France dans la guerre civile. Le 22 février 1358, Étienne Marcel, le prévôt des marchands de Paris déclenche une émeute réunissant trois mille personnes qu'il a convoquées en armes[6] et prend le pouvoir par la force à Paris. Il essaye de propager le mouvement aux villes de provinces et s'allie aux Jacques. Mais le Dauphin retourne la situation : il laisse Charles le Mauvais écraser les Jacques et rallie la noblesse outrée par l'assassinat des maréchaux lors de la prise de pouvoir par Étienne Marcel. Paris, cernée par les armées du Dauphin se désolidarise du prévôt des marchands car il vient de renouer alliance avec Charles de Navarre et ses mercenaires anglais qui viennent de mener une violente répression contre leurs alliés les Jacques. Étienne Marcel est assassiné et Charles le mauvais discrédité : le Dauphin reprend le pouvoir. Le traité de Londres refusé dans la violence n'est pas mis en application.

Deuxième traité de Londres (« l'endenture », mars 1359)[modifier | modifier le code]

En mars 1359, à l'approche la fin de la trêve et le Dauphin s'étant déclaré régent du royaume, Jean le Bon cherche à reprendre les rênes du pouvoir et accepte un second traité encore plus contraignant. Ce second traité de Londres est dit traité de l'« endenture » car son parchemin est découpé en deux parties, une pour chaque signataire pour pouvoir en vérifier l'authenticité (ce procédé est habituel en Angleterre pour les contrats de recrutement de soldats). Il est signé par Édouard III d'Angleterre et Jean II de France le 24 mars 1359.

Par ce traité Jean II le Bon accordait au roi d'Angleterre les anciennes possessions d'Aquitaine des Plantagenêts : la Guyenne (qui a été confisquée par Philippe VI en début de conflit), la Saintonge, le Poitou, le Limousin, le Quercy, le Périgord, les comtés de Gaure et de Bigorre, l'Angoumois, l'Agenais, Calais, le Ponthieu et la Gascogne.

Il accordait également tous les fiefs qui avaient un jour appartenu au roi d’Angleterre : le Maine, la Touraine, l’Anjou et la Normandie.

Le roi d'Angleterre reçoit l'hommage du duc de Bretagne. Ce qui permet de régler la guerre de Succession de Bretagne en faveur de Jean de Montfort allié des Anglais. De plus il accordait la suprématie du duché de Bretagne au souverain anglais.

Le montant exorbitant de la rançon pour la libération de Jean II le Bon (4 millions d'écus) devait être versé aux Anglais avant le 24 juin 1360.

Cela représente plus de la moitié du territoire et plusieurs années de recettes fiscales. Accepter ces conditions discréditerait définitivement les Valois et risquerait de faire sombrer le royaume dans une nouvelle guerre civile qui offrirait à Édouard III la couronne sur un plateau. Le traité qui doit rester secret arrive à la cour des comptes le 27 avril 1359.

Dénouement[modifier | modifier le code]

Le 25 juin 1359, passant outre les ordres de son père, le Dauphin Charles réunit les États généraux qui déclarent que le traité « n’est ni passable ni faisable »[7]. En passant par les États généraux, il reconsolide le pays contre les Anglais et dédouane son père qui est aux mains d'Édouard III. Il ressort de cette affaire avec un pouvoir raffermi et le pays derrière lui. Mais, pour les Anglais, il s'agit d'une déclaration de guerre : Édouard III débarque en octobre 1359 pour prendre Reims, la ville du sacre, et imposer à la chevalerie française une nouvelle défaite qui achèverait de la discréditer.

Mais, en accord avec le roi Jean et son entourage londonien qui ne veulent pas que la mort éventuelle d'Édouard III sur le champ de bataille ne déclenche des représailles à leur encontre, le régent lui oppose la tactique de la terre déserte et mène une guerre d’escarmouches refusant toute bataille rangée. Les portes de Reims restent closes. Or, conformément à sa stratégie qui consiste à forcer les Français à livrer une grande bataille en rase campagne, Édouard III n'a pas emmené de machines de siège qui l'auraient ralenti. Il se dirige vers la Bourgogne. Cette chevauchée tourne au fiasco pour les Anglais, harcelés, affamés, privés de montures (faute de fourrage). Pendant ce temps, des marins normands mènent un raid sur le port de Winchelsea (mars 1360), déclenchant une panique en Angleterre[8].

Fou de rage, Édouard III remonte vers Paris et laisse son armée commettre de nombreuses exactions : il ne s’agit plus du simple pillage visant à nourrir son armée mais de la destruction systématique de toutes les ressources — les pieds de vignes sont arrachés, le bétail abattu et la population massacrée. Ces exactions entraînent un vif ressentiment contre les Anglais. Nombre d’entre elles ont lieu pendant le Carême et la Semaine sainte et, lorsque l’armée anglaise est touchée par un violent orage de grêle le lundi 13 avril, nombre de chroniqueurs y voient la main de Dieu[9].

Édouard III doit rembarquer après avoir monnayé Jean le Bon contre l'Aquitaine, une rançon de 3 millions d'écus et sa renonciation à la couronne de France. Le traité de Brétigny calqué sur le premier traité de Londres ratifie cet accord en 1360.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Noël Coulet, Le temps des malheurs (1348-1440) tiré de Histoire de la France des origines à nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p. 402
  2. Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Fayard 1980, p. 236
  3. Autrand 1994, p. 278-279
  4. Cazelles 2006, p. 230
  5. Cazelles 2006, p. 240
  6. Noël Coulet, Le temps des malheurs (1348-1440) tiré de Histoire de la France des origines à nos jours sous la direction de Georges Duby, Larousse, 2007, p. 403
  7. Autrand 1994, p. 368
  8. Autrand 1994, p. 388
  9. Autrand 1994, p. 390

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]


Articles connexes[modifier | modifier le code]