François Reichenbach

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François Reichenbach
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François Reichenbach en tournage en 1988 au Salvador
pour la séquence de la Croix-Rouge du film Genève.
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Autres informations
Distinctions
Prix Louis-Delluc en 1961,
Léopard d'or en 1962,
Grand prix du court métrage 1964,
Oscar du meilleur film documentaire en 1970.

François Reichenbach, né le à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) et mort le dans cette même commune, est un cinéaste franco-suisse de documentaire et collectionneur de masques mexicains. C’est le seul réalisateur de films documentaires à avoir été primé aux festivals de cinéma de Locarno (1962), de Cannes (1964), de Tours (1956), d’Édimbourg (1956). Il reçoit l’Oscar du meilleur film documentaire (1970) et l’Académie française le récompense pour l’ensemble de son œuvre en 1987.

Sa vie sera sans cesse portée par cette volonté de filmer des corps, des paysages sauvages et des villes, d'enregistrer des sons et des voix [1]. Le cinéma de François Reichenbach est un cinéma sans frontières. Il réalise des œuvres différentes qui font partie de la Nouvelle Vague par sa liberté et son audace, mais qui s’approchent aussi de celles de Jean Rouch par sa vérité[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Son enfance[modifier | modifier le code]

François Reichenbach est né en 1921, à Neuilly-sur-Seine[3] dans une famille extrêmement riche composée d'industriels et d'hommes d'affaires. Son père Bernard est un homme d'affaires florissant et sa mère Germaine a une passion pour la musique ; c’est elle qui la transmet au petit François.

Son grand-père maternel Gaston Monteux est un richissime industriel : il est l’un des premiers à acheter des toiles de Chagall, Braque, Picasso, Soutine, Utrillo et Modigliani. Dans ses mémoires François Reichenbach raconte : « À l’âge de cinq ans j’étais terrorisé par tous ses visages dans les tableaux. Et je devins faussaire. J’ajoutais des moustaches et des poils aux nus de Modigliani. Ce canular prend une autre dimension quand l’on sait que j’ai fait un film avec Orson Welles sur le faussaire Elmyr de Hory en 1973 »[4].

Il est le neveu du collectionneur de manuscrits et de livres Jacques Guérin et le cousin du producteur de cinéma Pierre Braunberger ; celui-ci l'encouragea à faire du cinéma.

Ses études musicales et New York[modifier | modifier le code]

Durant la Seconde Guerre mondiale, François Reichenbach se rend à Genève. Bien que né en France, il possède également la nationalité suisse car son grand-père paternel, Arnold Reichenbach, est un riche industriel suisse travaillant dans la broderie de Saint-Gall. Il étudie la musique au Conservatoire de musique de Genève, où il rencontre le cinéaste Gérard Oury.

Après la Libération, il écrit des chansons, notamment pour Édith Piaf et Marie Dubas.

Puis, se souvenant de l’immense collection de tableaux de son enfance, il part pour les États-Unis avec une carte d’émigré pour vendre des tableaux. Il débute à New York comme conseiller auprès de musées américains pour l'achat d'œuvres d'art en Europe, puis il vend des toiles de maître. Il passe plusieurs années aux États-Unis.

Son enterrement[modifier | modifier le code]

François Reichenbach dans la cathédrale Saint-Pierre de Genève (tournage du film Genève 1988).

Sur son lit de mort, François Reichenbach confie à Danièle Thompson sa volonté d'être inhumé à Limoges où il a passé ses vacances dans sa jeunesse. Devant les protestations de la scénariste, faisant valoir qu'il ne serait pas commode de lui rendre visite, le cinéaste a répondu « Ceux qui m'aiment prendront le train »[5].

Cette citation a inspiré à Danièle Thompson le propos et le titre du film Ceux qui m'aiment prendront le train de Patrice Chéreau avec Jean-Louis Trintignant, Charles Berling et Vincent Perez [6]. François Reichenbach meurt le à Neuilly-sur-Seine. Il est inhumé dans le cimetière de Louyat à Limoges[7].

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Ce pionnier de la Nouvelle Vague[8] par l’importance de son œuvre cinématographique fait de cet homme, au regard libre et respectueux de l'autre, un témoin privilégié de son époque. Il a toujours une caméra chargée sur le siège arrière de sa voiture pour filmer immédiatement au cas où, car il aime « filmer tout ce qui bouge »[9]. La revue les Cahiers du cinéma écrit : « François Reichenbach est né avec une caméra dans l’œil »[10].

François Reichenbach est né avec une caméra dans l’œil (Cahiers du cinéma).

En 1955, il achète sa première caméra 16 mm Bell & Howell et il réalise son quatrième court-métrage Impressions de New York qui est récompensé par le Prix spécial du jury au festival de Tours et une mention au festival international du film d'Édimbourg : sa carrière de cinéaste est lancée. François Reichenbach filme tout ce qui lui passe par la tête, les deux yeux ouverts. Il dit que « le cinéma est fait par des borgnes : un œil dans le viseur, l'autre fermé pour mieux se concentrer sur l'image ». Lui, il garde l'autre ouvert (l'œil humain) pour ne pas perdre contact et ne pas abandonner le sujet filmé à la machine qu'est la caméra[9].

En 1957, il réalise son premier court-métrage Les Marines sur une unité d'élite américaine, qui impose un style nouveau par l'impression de vérité, le culot et l'originalité du regard[11].

Ce boulimique d’images filme inlassablement ce qu'il observe au gré de son inspiration et de ses vagabondages. Il aime avant tout se présenter comme un musicien. Il réalise plus d’une centaine de documentaires en alternant les tournages entre la France, les États-Unis et le Mexique avec une filmographie très personnelle et des reportages artistiques proches du journalisme. Il réalise des portraits les plus divers comme le cinéaste Orson Welles, les musiciens Yehudi Menuhin, Arthur Rubinstein, Mstislav Rostropovitch, Manitas de Plata, les artistes populaires comme Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Barbara, Mireille Mathieu, Diane Dufresne, Vince Taylor, les footballeurs Pelé, Pascal Olmeta, le matador El Cordobés, le sculpteur Arman, le guitariste Manitas de Plata, le peintre Marguerite Dunoyer de Segonzac, le marchand de cigares Zino Davidoff, le chef d'orchestre Herbert von Karajan ainsi que les actrices Jeanne Moreau et Brigitte Bardot[12].

François Reichenbach est également l’auteur du scopitone (l'ancêtre du clip vidéo) de Bonnie and Clyde (1967) chanté par Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot.

Tournage à Genève du portrait de Zino Davidoff en 1983.

En 1960, son premier long-métrage L'Amérique insolite fait sensation avec un style nouveau par son impression de vérité et l'originalité du regard, il filme le citoyen américain depuis sa naissance jusqu'à sa mort dans toutes les circonstances cocasses, burlesques et insolites de sa vie.

En 1964, il reçoit la Palme d'or au festival de Cannes pour son court-métrage La Douceur du village. Il montre avec simplicité et poésie la vie d’un écolier de campagne dans le village de Loué. Puis, François Reichenbach reçoit l’Oscar du meilleur film documentaire en 1970 pour L'Amour de la vie - Artur Rubinstein.

À la fin de sa vie il retourne à Genève, la ville de ses études musicales, pour réaliser quatre films : L'Art de fumer le cigare par Zino Davidoff (1983), Genève (1988), Nestlé par Reichenbach (1990) et Visages suisses pour le 700e anniversaire de la Confédération suisse (1991).

Collectionneur de masques mexicains[modifier | modifier le code]

François Reichenbach est un passionné du Mexique, il possède même la nationalité mexicaine. Dans ses mémoires Le monde a encore un visage[13], il raconte : « Entre le Mexique et moi le contact fut immédiat et définitif. Ce pays est ma terre d’Adoption, d’Amour et d’Avenir ». Il y a séjourné très fréquemment depuis 1960.

Masque chauve-souris en bois, pigments, vernis (état de Guerrero du Sud du Mexique).

De ses séjours et de ses tournages au Mexique — de Mexico Mexico, Entends-tu les chiens aboyer ? à Une passion mexicaine — il a amassé une collection exceptionnelle de plus de 3 000 objets d’art mexicains tout à fait remarquable : en particulier des masques mexicains ainsi que des statuettes, des céramiques, des tableaux de laine et des arbres de vie. « Ces masques, je les ai vus fabriqués par des masqueros dans les villages. Ils ont été portés, dansés. Je les ai filmés lors de grandes fêtes villageoises, dans des coins perdus du Mexique. Ils ont une vie. Leur magie est là et chacun me parle, raconte son histoire. Il faut savoir entendre et regarder »[14].

Sa maison à Onville était un véritable musée, dans chaque pièce tous les murs et les escaliers étaient couverts d’objets mexicains provenant des sierras mexicaines. En 1993, il fait don de toute sa collection à la ville de Marseille. Elle est exposée dans la salle Mexique au musée des Arts africains, océaniens et amérindiens de la Vieille Charité[15].

Filmographie[modifier | modifier le code]

La filmographie suivante provient du livre de François Reichenbach, Le monde a encore un visage[16].

Courts métrages et télévision[modifier | modifier le code]

  • 1954 : Paris qui ne dort pas.
  • 1954 : Last Spring (22 min).
  • 1954 : Nus masculins (24 min).
  • 1955 : Impressions de New York (13 min), prix spécial au festival de Tours et mention au festival international du film d'Édimbourg.
  • 1955 : Visages de Paris (18 min).
  • 1955 : New York ballade (18 min).
  • 1956 : Houston Texas (min).
  • 1956 : Alberobello au pays des Trulli.
  • 1956 : Le Grand Sud.
  • 1956 : Novembre à Paris (min).
  • 1957 : L'Américain se détend (13 min).
  • 1957 : Au pays de Porgy and Bess.
  • 1957 : Les Marines (22 min).
  • 1957 : Carnaval à La Nouvelle-Orléans.
  • 1957 : L’Été Indien.
  • 1958 : Visages de Paris (13 min).
  • 1960 : Retour à New York (12 min).
  • 1962 : À la mémoire du rock avec Vince Taylor (18 min).
  • 1962 : Le Paris des photographes (13 min).
  • 1962 : Le Paris des mannequins (11 min).
  • 1962 : Week-end en mer.
  • 1962 : Jeu 1, ballet de Dirk Sanders.
  • 1962 : Un bol d'air à louer.
  • 1963 : Le Petit Café (12 min).
  • 1963 : Enterrement de John Kennedy.
  • 1964 : L'Amérique lunaire (13 min).
  • 1964 : Le Paris des photographes (13 min).
  • 1964 : Le Paris des mannequins (12 min).
  • 1964 : La Douceur du village (47 min), palme d'or au festival de Cannes 1964.
  • 1965 : École de danse de l'Opéra.
  • 1965 : Dunoyer de Segonzac (11 min).
  • 1966 : Le Conte de fée de Mireille Mathieu avec Maurice Chevalier.
  • 1966 : Antonio Lomelín, portait d'un novillero (22 min).
  • 1966 : Aurora.
  • 1967 : Voyage de Brigitte Bardot aux USA (47 min).
  • 1967 : Gromaire, sur le peintre Marcel Gromaire (11 min).
  • 1967 : Manitas de Plata .
  • 1967 : Je vous salue Paris.
  • 1968 : Show Bardot.
  • 1968 : Orson Welles, coréalisation Frédéric Rossif (24 min).
  • 1968 : Portraits de El Cordobès, Jeanne Moreau, Mireille Mathieu et Orson Welles.
  • 1968 : Musique en Méditerranée (h).
  • 1968 : Brigitte Bardot et Serge Gainsbourg chantent en duo "Bonnie and Clyde"[17] (min 13 s), un des premiers scopitones[18].
  • 1969 : Festival dans le désert.
  • 1969 : Herbert von Karajan à Salzbourg (15 min).
  • 1969 : Christian Dior, film de prestige (20 min).
  • 1969 : Vichy, film de prestige (15 min).
  • 1969 : Violence sur Houston (58 min).
  • 1969 : Brigade des mineurs (58 min).
  • 1969 : Les mains du futur.
  • 1969 : Parfums Revillon, film publicitaire.
  • 1969 . La fête des morts.
  • 1969 : Kill Patrick un shériff pas comme les autres (58 min).
  • 1969 : Israël, les moissons de l'espoir (30 min).
  • 1970 : Le Mariage des dieux (12 min).
  • 1970 : À fleur d'eau (15 min), documentaire sur la ville de Vichy, commentaire Remo Forlani.
  • 1970 : Le Mariage des dieux (opéra de quatre pesos).
  • 1970 : Le chasseur (33 min).
  • 1971 : Prison à l'américaine (28 min).
  • 1971 : La Mort ne tue jamais personne (15 min).
  • 1972 : Mon amie Sylvie, émission de télévision.
  • 1972 : Le hold-up au crayon.
  • 1972 : Paolino, la juste cause et une bonne raison, coréalisation de Patrice Poiré.
  • 1973 : À Monaco, film sur la princesse Grace de Monaco.
  • 1975 : Le Petit Cirque mexicain (17 min).
  • 1975 : Lettres de Paris et d'ailleurs (six émissions de télévision).
  • 1975 : Roland-Garros.
  • 1976 : Portrait de Jacques Chirac (TV).
  • 1976 : France inconnue (10 émissions de télévision)
  • 1976 : Club Méditerranée, film de prestige.
  • 1977 : Les Mains du futur (TV)
  • 1977 : Entre ciel et terre, émission de télévision sur la Patrouille de France.
  • 1977 : L'homme et le sport (TV).
  • 1978 : Arts et arbres (TV).
  • 1978 : Portrait de Diane Dufresne (TV).
  • 1978 : Barbara (48 min).
  • 1978 : Les Leçons de Slava (trois émissions de télévision avec Mstislav Rostropovitch).
  • 1979 : 25 Ans de l'Olympia (deux émissions de télévision).
  • 1979 : Houston Texas (100 min.).
  • 1979 : México mágico.
  • 1979 : Grâce à la musique, (série musicale).
  • 1979 : Valéry Giscard d'Estaing au Mexique.
  • 1979 : Arthur Rubinstein (série télévision).
  • 1980 : La Belgique profonde (TV).
  • 1980 : Maurice Ravel, un homme digne de sa musique.
  • 1980 : Jacques-Henri Lartigue (TV).
  • 1982 : Maurice Béjart (89 min).
  • 1982 : Tant qu'il y aura des enfants il y aura des clowns (61 min)[19].
  • 1983 : Naissance d'un Opéra à la Bastille (20 min).
  • 1984 : Dunoyer de Segonzac (11 min).
  • 1989 : Ourasi trotteur français.
  • 1990 : Julio César Chavez.
  • 1992 : Michel Legrand (48 min).
  • 1992 : Une passion mexicaine (80 min[20]), diffusion sur Arte.

Longs métrages[modifier | modifier le code]

Récompenses et distinctions[modifier | modifier le code]

François Reichenbach obtient :

Il est membre du jury du festival de Cannes 1965.

En 1987, l’Académie française récompense François Reichenbach pour l’ensemble de son œuvre en lui décernant le Prix Jean Leduc[23].

Hommages[modifier | modifier le code]

En janvier 2015, la Cinémathèque française lui rend hommage et lui consacre une rétrospective[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Hervé Pichard, « Last Spring », sur La Cinémathèque française,
  2. Sarah Marty, « François Reichenbach », sur Cinémathèque française, (consulté le )
  3. a et b Sarah Marty, « François Reichenbach : Un cœur gros comme ça », sur cinematheque.fr (consulté le )
  4. François Reichenbach 1981, p. 41,42.
  5. Jean-François Julien, « Hommage à Patrice Chéreau », sur lechorepublicain.fr, (consulté le )
  6. « Patrice Chéreau, affinités électives : Table ronde », sur www.cinematheque.fr, (consulté le )
  7. Jean-François Julien, « Inhumé à Limoges, François Reichenbach était le cinéaste des stars et de l'Amérique », sur lepopulaire.fr, Le Populaire du Centre, (consulté le )
  8. « Au cœur de la vague », sur Radio Canada, (consulté le )
  9. a et b Jérémie Couston, « François Reichenbach, l'homme qui filmait tout ce qui bouge », sur telerama.fr, (consulté le )
  10. « Visages de Paris », sur lussasdoc.org (consulté le )
  11. « François Reichenbach », sur Ciné-Ressources (consulté le )
  12. « François Reichenbach », sur film-documentaire.fr (consulté le )
  13. François Reichenbach 1981, p. 220-221.
  14. Brigitte Masson, « La collection d'objets mexicains de François Reichenbach - Neptune », sur over-blog.com, (consulté le )
  15. « La Vieille Charité : Le Musée d'Arts Africains, Océaniens, Amérindiens (MAAOA) », sur vieille-charite-marseille.com (consulté le )
  16. François Reichenbach 1981, p. 255-260.
  17. « Serge Gainsbourg Brigitte Bardot », sur ina.fr (consulté le )
  18. « Le Scopitone », sur artsandculture.google.com (consulté le )
  19. « Tant qu'il y aura des enfants il y aura des clowns », sur madelen.ina.fr, (consulté le )
  20. « Une passion mexicaine », sur film-documentaire.fr, (consulté le )
  21. « Cet enfant prodige avait étonné Arthur Rubinstein », sur sgourosmp3.com, Magazine hebdo, (consulté le )
  22. « La douceur du village », sur festival-cannes.com (consulté le )
  23. « François Reichenbach : Prix de l'Académie », sur academie-francaise.fr (consulté le )

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]