Michel Simon

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Michel Simon
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Dans Le Train (1964).

Nom de naissance François Joseph Simon
Naissance
Genève
Nationalité Suisse
Décès (à 80 ans)
Bry-sur-Marne
Profession Acteur
Films notables La Chienne
Boudu sauvé des eaux
L'Atalante
Drôle de drame
Le Quai des brumes
Fric-Frac
Panique
La Beauté du diable
Le Train
Le Vieil Homme et l'Enfant

Michel Simon est un acteur suisse, né le à Genève, et mort le à Bry-sur-Marne (Val-de-Marne).

Biographie[modifier | modifier le code]

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Débuts[modifier | modifier le code]

Plaque apposée sur la façade de la demeure de naissance de Michel Simon au no 27 Grand-rue à Genève.

Michel Simon naît en 1895, au domicile de ses parents au 27 Grand-Rue de Genève (une plaque commémorative signale la maison où il était né), la même année que le cinématographe (ce qui lui faisait dire qu'« un malheur n'arrive jamais seul »), d'un père charcutier de confession catholique et d'une mère femme au foyer de confession protestante[1].

Il se détourne rapidement de ses études : celles au collège Calvin de Genève s'avèrent médiocres, voire catastrophiques, se cantonnant à l'avant-dernière place de sa classe[1]. Il quitte alors à 16 ans sa famille pour s'installer à Paris, où il réside à l'hôtel Renaissance, rue Saint-Martin, puis à Montmartre[1]. Il exerce divers petits métiers, donnant des leçons de boxe ou vendant des briquets de contrebande à la sauvette[1]. Il est aussi réputé pour dévorer tous les livres qui lui tombent sous la main avec une prédilection pour les écrits de Georges Courteline.

Ses débuts dans le monde du spectacle sont modestes : il fait le clown et l'acrobate dans un numéro de danseurs, les Ribert's and Simon's, puis devient l'assistant d'un prestidigitateur.

Rappelé en Suisse au moment de la Première Guerre mondiale, c'est un soldat indiscipliné, et il passe le plus clair de son temps aux arrêts ou à l'ombre des cachots. Rapidement, sa santé s'en ressent et il doit être hospitalisé.

En 1915, au cours d'une permission, il voit Georges Pitoëff faire ses débuts d'acteur en langue française dans Hedda Gabler d'Henrik Ibsen, au théâtre de la Comédie de Genève. Il décide alors de devenir acteur à son tour, mais ce n'est qu'en octobre 1920 qu'il intègre la troupe des Pitoëff (on lui confie le rôle du greffier de Mesure pour mesure de William Shakespeare). Il pratique, par ailleurs, le métier de photographe.

Consécration[modifier | modifier le code]

Début 1922, la troupe s'établit à la Comédie des Champs-Élysées de Paris. Simon la quitte l'année suivante pour devenir acteur de boulevard, jouant des vaudevilles de Tristan Bernard, d'Yves Mirande et de Marcel Achard. Ce dernier le présente à Charles Dullin, en compagnie duquel Simon joue une pièce de Marcel Achard, Je ne vous aime pas avec Valentine Tessier. Il jouera aussi des comédies musicales comme Le Bonheur, mesdames et Les Joies du Capitole, écrites par Albert Willemetz.

Il est ensuite engagé par Louis Jouvet, qui a remplacé Pitoëff à la Comédie des Champs-Élysées. C'est avec Jouvet, dans une pièce de Marcel Achard, Jean de la Lune, que Michel Simon s'impose le  : son talent transforme le rôle secondaire de Cloclo pour en faire la principale attraction de la pièce. Indiscipliné et voulant tirer la couverture à lui, Michel Simon s'attire l'inimitié de Jouvet.

La carrière théâtrale de Michel Simon va se poursuivre, de succès en succès (il joue William Shakespeare, George Bernard Shaw, Luigi Pirandello, Oscar Wilde, Maxime Gorki, Édouard Bourdet et Henri Bernstein). S'il se révèle « inclassable » (comique, dramatique, tragique, vaudeville, etc.), il s'affirme principalement dans la comédie (plus de 150 pièces entre 1920 et 1975).

C'est toutefois le cinéma qui va lui apporter une immense popularité. Il débute à l'écran en 1925, d'abord en jouant aux côtés de Ivan Mosjoukine dans Feu Mathias Pascal, de Marcel L'Herbier, d'après Pirandello, et presque en même temps en participant à un film réalisé en Suisse, avec Jean Choux, La Vocation d'André Carel (selon les méthodes de productions artisanales semblables à celles dont la Nouvelle Vague française revendiquera l'originalité).

Au cinéma muet, il apporte surtout un étonnant physique et un visage peu banal, d'une exceptionnelle mobilité, capable d'expressions qu'il prend grand soin de ne pas transformer en tics. Michel Simon joue des formes de son corps avec une virtuosité infinie : de la laideur intelligente ou sympathique, de la bonté ou de la naïveté, à la laideur grotesque ou inquiétante, cocasse ou stupide, malicieuse ou cruelle. Sa vraie carrière cinématographique ne commence toutefois qu'avec le « parlant » quand on s'aperçoit que l'élocution et le timbre de voix de l'acteur sont aussi originaux que son physique et son jeu.

Il devient une immense vedette avec Jean Renoir avec qui il avait déjà tourné Tire-au-flanc en 1928. On purge bébé (1931) est le troisième long métrage sonore de Michel Simon et le deuxième long métrage de Fernandel.  Quant aux deux grands comédiens, ils seront réunis à nouveau à la fin des années 30 dans "Fric-Frac". Renoir déclara : "Ce fut une espèce d'examen. On se méfiait de moi, il fallait que je fasse mes preuves. Ce film, je l'ai tourné en quatre jours, il a coûté moins de 200 000 francs au producteur et a rapporté plus d'un million".

La Chienne (1931) de Jean Renoir joue sur deux registres : "comédie à tendances morales" et "grand drame social", un mélange de burlesque et de tragique, ce que Renoir appelle "drame gai". Ce fut l'un de des plus grands succès d'avant-guerre. Pendant le tournage, les acteurs se prirent au jeu au point de s'identifier moralement à leurs personnages. Michel Simon devint amoureux de Janie Marèze qui flirtait avec Georges Flamant. Elle mourût peu après le tournage dans un accident de voiture. Le scénario raconte comment le très honnête caissier Legrand (Michel Simon) se trouve conduit par hasard à secourir Lulu (Janine Marèze), une petite grue que brutalisait Dédé (Georges Flamant), son souteneur. Malheureux près d'une femme acariâtre, Legrand, d'abord ému de pitié, s'éprend bientôt de Lulu, qu'il installe "dans ses meubles". Rapidement édifié sur son compte mais littéralement subjugué, ce pauvre homme frustré par la vie et qui croit se libérer dans un tel amour, va aller de lâchetés en compromissions plus ou moins louches. Cette suite de déchéances l'entraînera jusqu'au meurtre...

Au début de l'année 1932, Michel Simon décide de fonder avec Jean Renoir une société de production cinématographique. Cela donnera naissance à l'une des plus belles œuvres de Renoir : Boudu sauvé des eaux, d'après la pièce de René Fauchois. L'acteur-producteur avait déjà joué la pièce originale sur scène au théâtre des Mathurins, en 1925, et adorait le personnage. Ce fut un lourd échec commercial qui mit un terme à leurs nombreux projets en commun. Boudu s'ouvre sur une sorte de prologue allégorique bouffon, avec les acteurs déguisés en Priape, Chloë, et Bacchus. Puis l'on bascule dans la féérie plus ou moins réaliste. Techniquement, l’œuvre était très en avance sur son temps, peut être regardée comme annonciatrice de certains procédés de la "nouvelle vague" : tournage en décors réels, dialogue quasi improvisé, prise de son en direct, caméra dissimulée dans la foule des passants...

C'est en 1934, que Michel Simon se porte acquéreur d'une vaste propriété à Noisy le Grand.  A la même période, le  jeune réalisateur Jean Vigo réalise L'Atalante - Le Chaland qui passe :  Ce sujet qui tient du roman sentimental à l'eau de rose, s'inspire beaucoup de La Belle Marinière, une comédie dramatique de Marcel Achard. Quant à Michel Simon qui incarne le père Jules, l'étonnant marinier bougon, il joue un des rôles qui comptent dans la vie d'un acteur. Sa diction singulière, son visage peu banal faisaient de lui un acteur tout à fait à part.  Le cinéaste a choisi ce film dans le but d'obtenir l'appui de différents financiers ainsi que de la Société Gaumont. Malgré un tournage difficile, il ne cessera d'ajouter des éléments oniriques ou surréalistes sur les rapports entre les sexes, mais aussi de critique sociale, l'opposition ville-campagne, la déshumanisation des grands ensembles industriels...Le 5 octobre de la même année, Jean Vigo meurt de septicémie....En  juillet-août 1949, L'Atalante triompha au Festival du Film Maudit de Biarritz.

En 1936, Michel Simon est dirigé par Marc Allégret dans Sous les yeux de l’Occident aux côtés de Pierre Fresnay, Pierre Renoir et Jean-Louis Barrault. Drôle de drame de Marcel Carné connut un demi-échec lors de sa sortie en 1937. Le film ne fut vraiment découvert qu'en 1951 lors de sa reprise. Un dialogue exquis  de Jacques Prévert conforte la qualité du film. Certains scènes sont devenues cultes tels que la séquence du célèbre souper et son "Bizarre, bizarre ! " avec Michel Simon et Louis Jouvet qui sont entourés de Françoise Rosay, Jean-Pierre Aumont et Jean-Louis Barrault. Le film fut exploité en Angleterre sous le titre de "Bizarre, bizarre".

On retrouve Michel Simon en professeur de dessin, faussaire et alcoolique dans Les disparus de Saint-Agil de Christian-Jaque en 1938. Le film est tiré du roman de Pierre Véry. Dans cette atmosphère bien particulière d'un collège d'avant-guerre, qui est parfaitement mise en scène par Christian-Jaque, il réussit l'une de ses meilleures performances au cinéma. A noter la présence de grands comédiens tels que Erich von Stroheim, Armand Bernard et Robert le Vigan.

Michel Simon participe au tournage d'un des films les plus mythiques du cinéma français réalisé par Marcel Carné, Le quai des Brumes en 1938 où il incarne l'ignoble Zabel.

Prévert écrit de lui : "C'est un seigneur d'ailleurs, un clochard étoile, un impeccable Lord de la rue des Anglais, un génial idiot de Vaudeville, un terrible assassin de Thomas de Quincey. C'est le roi Lear perdu dans une forêt de pellicules oscarifiées et festivalisées et c'est la Bête de la Belle mais aussi son prince secret."[2]

A la fin de l'année 1945, Michel Simon retrouve le chemin des studios pour le tournage d'Un Ami viendra ce soir (1946) de Raymond Bernard. D'origine juive, il dû dans un premier temps se réfugier à Nice au moment de la débâcle de juin 1940, puis se cacher dans le Vercors lorsque les allemands envahissent la zone libre. Il y resta jusqu'à la Libération et y conçut sans doute le scénario du film, le premier depuis la guerre. Quant au comédien Michel Simon, son retour se remarqua par son côté barbu et chevelu n'ayant pas visité un coiffeur depuis sa comparution devant une commission d'épuration : il avait joué, en mai 44 au théâtre, dans la pièce d'un auteur connu pour ses opinions pro-nazies, : Le Portier du paradis, d'Eugène Gerber. Le comédien, profondément ulcéré par cette accusation, eut beau répliquer qu'il avait été dénoncé comme juif aux premiers temps de l'Occupation puis, plus tard, comme communiste, il n'en fut pas moins tenu près de deux ans à l'écart de la scène et de l'écran. Son précèdent film, Vautrin était sorti début 44.

René Clair lui propose d'être Mephisto à double face (Faust vieux et Méphistophélès) dans La beauté du diable (1950) avec Gérard Philipe. René Clair dans sa préface à "La Beauté du diable" nous avertit : "A quoi peut ressembler le Diable, sinon, dans un spectacle, à l'acteur qui l'incarne? Est-il petit, grand, gros ou maigre, jeune ou vieux? Nous avons pensé qu'il est le reflet de chacun de nous. Et puisque c'est Faust qui l'invoque, c'est de Faust lui-même qu'il est l'image."  Michel Simon reçut le Grand Prix d'interprétation Masculine au Festival de Punta del Este.

Une rencontre importante fut celle de Sacha Guitry avec Michel Simon, qui ne cessera pendant le reste de sa vie de dire qu'il s'agit de l'un des plus grands auteurs français. Il a d'ailleurs certainement été très impressionné par ce génie de la littérature, du théâtre et du cinéma,. il en résultera le tournage de deux films, qui deviendront de véritables chefs d’œuvre du cinéma français. Dans un premier temps, il incarne  Paul Braconnier, meurtrier par la force des choses, bien malgré lui dans La poison (1951). Puis l'année suivante ce fut La vie d'un honnête homme (1953) sur le thème des jumeaux. Dès le générique, Sacha Guitry dédicace le manuscrit de "La poison" à Michel Simon, pour lequel il a écrit le film, qu'il réalisa avec deux caméras, et demanda à l'ensemble de l'équipe technique y compris les acteurs qu'il n'y aurait qu'une seule prise par plan. Le film a remporté un énorme succès financier, avec un tournage qui n'aura duré que onze jours !

En 1966, Michel Simon tourne sous la direction de Claude Berri dans Le vieil homme et l'enfant aux côtés du petit Alain Cohen. L'immense comédien qu'était Michel Simon retrouve la faveur du public, avec un rôle à sa mesure et qui lui vaudra de nombreuses récompenses (Prix d'Interprétation masculine (Ours d'Argent) au Festival de Berlin 1967, le Prix d'Interprétation au Festival de Panama 1967, Le Prix spécial du Jury au Festival de Cunéo 1967 et le Prix d'Interprétation au Festival de Prague 1968).

Michel Simon meurt le . Selon ses dernières volontés, il repose au cimetière du Grand-Lancy à Genève, auprès de ses parents.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Amateur notoire de pornographie, Michel Simon possédait une collection de plus de 100 000 objets en relation avec le sexe que son fils a dispersés dans de nombreuses ventes, après sa mort[3]. En outre, il était un fervent amateur de prostituées et de travestis[4], et avait ses entrées dans des maisons closes comme le One-Two-Two ou le Sphinx.

D'après Jean-Marc Loubier[5], Michel Simon, membre du PCF, aurait été un agent des services secrets soviétiques d'avant-guerre. La bibliographie consacrée à l'artiste n'apporte toutefois aucune confirmation mais seulement un faisceau de présomptions[6].

Il était propriétaire d'une guenon nommée Zaza, qu'il costumait et amenait dans des lieux publics.

Il vécut longtemps à Noisy-le-Grand et un espace culturel municipal porte son nom, situé Esplanade Nelson-Mandela.

Théâtre[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d « Michel Simon (1895-1975) » sur encinematheque.fr.
  2. Jacques Prévert, « Hommage à Michel Simon », Section nantaise des amis de la cinémathèque française,‎
  3. Rapport de la Brigade mondaine du 18 septembre 1943 dans Véronique Willemin, La Mondaine : Histoire et archives de la Police des mœurs, 2009, pp. 108-117.
  4. Autoportrait érotique avec un travesti (vers 1940-1950), sur catalogue.drouot.com.
  5. Jean-Marc Loubier, Michel Simon, ou le roman d'un jouisseur, Ramsay, (ISBN 978-2-85956-715-6)
  6. Affaire Michel Simon - Archives pour tous
  7. Film resté inédit.
  8. Film inachevé dont il ne reste que des rushes.
  9. Film inachevé (une seule scène tournée).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Guth, Michel Simon, Paris, Calmann-Lévy, 1951
  • Freddy Buache, Michel Simon : Un acteur et ses personnages, Bienne, Éd. du Panorama, 1962
  • Jacques Fansten, Michel Simon, Paris, Seghers, 1970
  • Claude Gauteur, André Bernard, Michel Simon, Paris, PAC, 1975
  • Jeanne Carré, 728 jours avec Michel Simon, Paris, France-Empire, 1978
  • Christian Plume, Xavier Pasquini, Michel Simon, Nice, Lefeuvre, 1981
  • Jean-Marc Loubier, Michel Simon ou le Roman d'un jouisseur, Paris, Ramsay, 1989
  • Freddy Buache, Michel Simon : 1895-1975, Genève, Promoédition, 1993
  • Michel Simon, François Simon, acteurs : Falstaff et Hamlet, Genève, Georg, 1992
  • André Klopmann, Michel Simon, Genève, Slatkine, 1993
  • Hommage à Michel Simon : Un demi-siècle de cinéma, Pontarlier, CERF, 2000 [ouvrage collectif publié dans le cadre de la 57e Rencontre internationale de cinéma de Pontarlier]
  • François Billard, Lumière sur Michel Simon, Marseille, Via Valeriano, 2003
  • Gregory Catella, Michele Dell'Ambrogio, La vocazione di Michel Simon, Bellinzona, Circolo del cinema Bellinzona, 2003
  • Jacques Lorcey, Michel Simon : Un sacré monstre, Paris, Séguier, 2003 [avec une très abondante iconographie]
  • Claude Gauteur, Michel Simon, Monaco, Éd. du Rocher, 2005 [rééd. revue et augmentée de l'ouvrage de l'auteur publié en 1987 chez Édilig]
  • Gwénaëlle Le Gras, Michel Simon : L'Art de la disgrâce, Paris, Scope, 2010

Liens externes[modifier | modifier le code]