Adrien de Turckheim

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Le baron Adrien Ferdinand de Turckheim (né le 19 août 1866 à Niederbronn-les-Bains et mort le 2 janvier 1948 à Paris) est le fondateur de l'entreprise française Lorraine-Dietrich, qui produisit des automobiles, du matériel de chemin de fer et du matériel militaire.

Un membre des familles de Turckheim et de Dietrich[modifier | modifier le code]

Il est issu des familles alsaciennes anoblies Turckheim et Dietrich, deux familles protestantes du Bas-Rhin enrichies par la métallurgie. Les Dietrich sont maîtres de forges depuis la fin du XVIIe siècle[1] ; la famille est spécialisée dans la production de matériel ferroviaire[2].

Adrien est l'un des quatre enfants nés du premier mariage d'Édouard de Turckheim (16 février 1829 - 17 avril 1909), maître de forge, actionnaire de plusieurs entreprises aux côtés d'industriels de la haute-bourgeoisie alsacienne dont Eugène de Dietrich[3], avec Amélie de Dietrich (27 juin 1841 - 31 mars 1874)[4]. Les frères et sœurs d'Adrien sont Eugène, l'aîné (8 mai 1865 à Niederbronn-les-Bains - 20 novembre 1958 à Florence), Virginie (née en 1867 - † ?) et Frédéric, né en 1873.

Il épouse le 9 juillet 1892 à Kolbsheim Marie Hélène Grunelius[5] (13 avril 1870 à Mulhouse - 5 novembre 1940 à Rugles). Il a cinq enfants : Henri de Turckheim (né en 1893), Maurice (né le 11 février 1896 à Lunéville), Christian (12 avril 1898 à Lunéville - 1981), Geneviève (7 août 1902 à Lunéville - 1981), et "Hubert" Alexandre Bernard (1909 - 13 juillet 2004). Il épouse en secondes noces, en 1943, Adrienne Wiallard (1878-1968).

Adrien de Turckheim était aussi propriétaire terrien. Il possédait un château (le château Saint-Pierre) à Blâmont, acquis en 1896. Il possède aussi une villa à Neuilly[6].

Il est aussi administrateur de la Compagnie des chemins de fer de l'Est, et de la Compagnie lorraine d'électricité. Il est chevalier de la Légion d’honneur en 1907.

Un des fondateurs de la Lorraine-Dietrich[modifier | modifier le code]

En 1897, le baron Eugène de Dietrich crée en France, à Lunéville une société spécialisée dans la fabrication de matériel roulant ferroviaire la « Société de Dietrich et Compagnie de Lunéville ». La direction de l’entreprise était assurée par le baron Eugène de Dietrich, secondé à partir de 1890 par ses neveux Adrien, alors jeune ingénieur dynamique et entreprenant, et Eugène de Turckheim.

En cette même année, Eugène de Dietrich, qui fabriquait déjà à Reichshoffen des voitures automobiles, acquit, pour l’usine lunévilloise, le brevet d’Amédée Bollée Fils, sous l’impulsion d'Adrien de Turckheim. Débute alors la construction en série des voitures de ce type, et cette fabrication devait durer jusque dans le courant de l’année 1902. En 1901, lors du salon de l'automobile de Paris, Adrien de Turckheim entre en contact avec Léon Turcat, de Marseille. En février 1902, sans consulter sa famille, Adrien de Turckheim signe des accords avec les deux ingénieurs Turcat et Simon Méry, pour la construction de voitures de Dietrich et Cie[7]. L'entreprise emploie quelques années l'ingénieur Ettore Bugatti au début du XXe siècle, à l'initiative d'Eugène de Dietrich.

En 1905, la famille de Dietrich se retire de l'affaire. Le 4 mars 1905, la Société de Lunéville se transforme en Société anonyme au capital de cinq millions de francs, et prend le nom de « société lorraine des anciens établissements de Dietrich et Cie de Lunéville », plus connue sous l'appellation de Lorraine-Dietrich. Adrien de Turckheim est un des administrateurs de la nouvelle société[8].

Adrien de Turckheim participa entre 1896 et 1905 à de nombreux rallyes automobiles en Europe, il remporte en 1900 la course de Strasbourg.

L'accord avec Turcat et Rémy est rompu en 1911, Turcat et Méry voulant reprendre leur indépendance. L'entreprise va être dirigée à partir de cette date par Adrien et surtout son frère aîné Eugène, président du conseil d'administration de 1909 à 1936.

Un engagement politique[modifier | modifier le code]

Il est maire du petit village de Repaix de 1900 à 1904 et de 1908 à 1929, conseiller général URD de Blâmont de 1922 jusqu'à la guerre.

Il est le chef de file des républicains de la Fédération républicaine de l'arrondissement de Lunéville[9]. Il a été candidat aux législatives en 1928 et 1932. En 1928, il est battu au scrutin d'arrondissement par Georges Mazerand[10]. En 1932, il est battu au second tour par Georges Mazerand qui obtient 57 % des suffrages exprimés alors qu'Adrien de Turckheim n'en obtient que 39 %. En 1936, il ne se représente pas et le comité des républicains nationaux de Lunéville appelle à voter pour Mazerand, qui s'est déclaré hostile au Front populaire. Protestant, Adrien de Turckheim a été soutenu en 1928 et en 1932 par l'Union catholique, affiliée à la Fédération nationale catholique, et par La Croix de l'Est"[11].

Adrien de Turckheim est un républicain national. Il partage les vues intransigeantes de Louis Marin et d'Édouard de Warren à l'égard de l'Allemagne comme vis-à-vis des partis de gauche. Il refuse la « concentration républicaine » (l'alliance avec les partis centristes, Alliance démocratique et radicaux). En 1932, dans sa profession de foi, il demande aux électeurs de « n'envoyer à la Chambre que des républicains nationaux sûrs de leurs opinions » et dénonce le « danger d'une majorité cartelliste appuyée toujours sur le socialisme international créateur de faillite et de désordre et prêt à de dangereuses concessions à l'extérieur » [12]. Il est proche du Rassemblement national lorrain à partir de l'été 1936[13] .

Il fait partie des rares industriels lorrains qui soutiennent par leur argent le combat politique de la Fédération républicaine en Lorraine. Il a été actionnaire des deux journaux nancéiens contrôlés par Louis Marin et François de Wendel, "L'Impartial de l'Est" en 1921 et "L'Éclair de l'Est" en 1925[14].

Son frère Eugène de Turckheim est aussi l'un des financiers de ces journaux. Son activité politique est ancienne. Il était en 1907 président du Cercle républicain de Lunéville, hostile à la politique combiste[15]. Il a été conseiller municipal de Lunéville, puis maire de 1912 à 1914.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. En 1684, Jean Dietrich achète les forges de Jaegerthal, près de Niederbronn, dans le Bas-Rhin.
  2. Successivement furent acquises ou construites les forges de Reichshoffen et de Mouterhouse, les usines de Rinswiller, de Niederbronn et de Mertzwiller. Ces usines comportaient des installations pour l’élaboration du fer et le travail du métal par laminage. La première partie du XIXe siècle va voir l’avènement du chemin de fer et très rapidement, les Établissements de Dietrich se classent parmi les principaux fournisseurs produisant du matériel roulant, bandages et essieux pour roues de wagons ainsi que des rails et des pièces coulées entrant dans la construction du matériel ferroviaire.
  3. http://membres.lycos.fr/daney/TheseA.htm Notice nécrologique in "Journal des débats politiques et littéraires", 1909, p. 754 : Il a été directeur de l'usine métallurgique de Dietrich et Cie à Niederbronn, maire de Niederbronn, membre de la Chambre de commerce, membre du Consistoire supérieur de l'Église de la confession d'Augsbourg
  4. Édouard de Turckheim s'est remarié en 1875 avec Frida de Dietrich (21 juillet 1850 - 1926). 7 enfants sont nés de ce second mariage.
  5. Fille de Carl "Alexandre" Grunelius (1834-1882) et de Marie Koechlin (1841-1890)
  6. Au 2, rue de la ferme : "Tout-Paris: Annuaire de la Société parisienne", A. La Fare, 1913
  7. http://gazoline.net/article.pcgi?id_article=266
  8. Selon Léon Turcat, les administrateurs sont : cinq membres du côté de Turckheim, c'est-à-dire Édouard et ses deux fils Adrien et Eugène, le marquis de Loys-Chandieu et le comte Hubert de Pourtalès, et de quatre nouveaux, Henri Estier (président de la société « Les ateliers de constructions d'automobiles Turcat, Méry et Cie », fondée en 1899), André Lebon (président des Messageries maritimes et du Crédit foncier d'Algérie), Léopold Renouard (vice-président de la Banque de Paris & des Pays-Bas) et Léon Turcat.
  9. Il préside la réunion de propagande organisée à l'occasion du congrès de la Fédération républicaine de Lorraine à Lunéville le 10 mars 1929. Il est présent au congrès de la Fédération à Paris en 1932.
  10. Il n'a obtenu que 8640 voix, contre 11476 pour Mazerand.
  11. " M. de Turckheim est protestant" mais il a montré "un grand libéralisme et une parfaite loyauté vis-à-vis des catholiques", lit-on dans La Croix de l'Est du 17 avril 1932 (Jean-François Colas, op. cit., p. 307).
  12. Jean-François Colas, op. cit., p. 519
  13. Il assiste à la grande réunion de propagande du RNL à Nancy le 25 octobre 1936.
  14. Cf. les articles Presse régionale et Louis Marin. Il est un frein aux négociations pour la reprise de "L'Éclair de l'Est" en 1925, entre François de Wendel et Jules Dassonville car il s'est opposé à la transformation de "l'Impartial de l'Est" en hebdomadaire. Louis Marin et Édouard de Warren le font entrer au conseil d'administration de la « Presse de l'Est » en 1927, notamment parce qu'il est protestant car, comme l'écrit Édouard de Warren, « cela équilibrerait » face à des laïcs catholiques dont il se méfie. Il fait même partie d'un comité de direction restreint, avec Édouard de Warren, Jules Dassonville, Paul Sordoillet, le directeur du quotidien, Émile Meyer, le sous-directeur, et les industriels vosgiens Georges Laederich et Geistodt-Kiener. En 1930, il souscrit pour 50 000 francs à une augmentation de capital de La Presse de l'Est, à la demande express de Louis Marin et d'Édouard de Warren, qui écrit à Marin : « Je t'envoie ci-joint les deux lettres que j'ai fait écrire par Dassonville à Amidieu du Clos et Turckheim. Il faudrait que tu trouves le moyen de leur dire un mot de la nécessité de cet effort personnel promis par eux du reste pour l'Éclair. Sans cela, nous ne nous en tirerons pas. Ton effort personnel est nécessaire auprès d'eux ». Adrien de Turckheim conditionnait sa souscription au début de l'année à la promesse que le journal soutiendrait la politique du cabinet dirigé par André Tardieu. Mais Jules Dassonville engage le sous-directeur du journal à ne pas tenir compte des avis d'Adrien de Turckheim. Celui-ci, en effet, est loin d'être l'actionnaire principal du quotidien ; il ne pèse pas autant que François de Wendel ou Louis Marin. In Jean-François Colas, op. cit., p. 17, 316, 442-443
  15. , Hélène Sicard-Lenattier, "Les Alsaciens Lorrains à Nancy 1870-1914", op. cit., p. 351

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hélène Sicard-Lenattier, "Les Alsaciens-lorrains à Nancy 1870-1914", Haroué, Ed. Gérard Louis, 2002, p. 120-122
  • Jean-François Colas, "Les droites nationales en Lorraine dans les années 1930 : acteurs, organisations, réseaux", thèse de doctorat, Université de Paris-X-Nanterre, 2002
  • Michel Hau, Pierre Chaunu, "La Maison De Dietrich de 1684 à nos jours", Oberlin, 1998
  • Jean-Louis Loubet, "L'Industrie automobile: 1905-1971", Paris, Droz, 1999
  • Ibid, "Histoire de l'automobile française", Paris, Seuil, 2001
  • Adrien de Turckheim, "Souvenirs de ma vie"

Liens externes[modifier | modifier le code]