Pierre Amidieu du Clos

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Pierre Amidieu du Clos
Pierre Amidieu du Clos 1929.jpg
Pierre Amidieu du Clos en 1929
Fonctions
Député de Meurthe-et-Moselle
-
Conseiller général de Meurthe-et-Moselle
-
Maire de Longwy (d)
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Formation
Activité
Père
Raoul Amidieu du Clos
Mère
Pauline Legendre
Conjoint
Marguerite de Fesquet
Autres informations
Partis politiques
Membre de
Grade militaire
Conflits
Distinction

Pierre Amidieu du Clos, né le à Longwy en Meurthe-et-Moselle et mort le à Nice dans les Alpes-Maritimes, est un ingénieur et homme politique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille militaire originaire de Normandie du côté paternel[1], et d'une lignée de maîtres de forges du côté maternel[2], Antoine Marie Pierre Amidieu du Clos devient ingénieur de École centrale Paris à la demande de ses parents, lui-même souhaitant devenir avocat. Ingénieur de la Société des hautes-fourneaux de Longwy et de la Sauvage (qui a pour raison sociale De Saintignon et Cie[3]), il épouse en 1907 Marguerite de Fesquet[4](1886-1976). Il est directeur du haut-fourneau de Gouraincourt. Neveu du comte Fernand de Saintignon, maître de forge, décédé en 1921 sans enfant, il est son héritier avec son frère André. Lui et son frère vendent des actions de la société De Saintignon et Cie à la société belge Ougrée-Marihaye[5]. A la mort de son père en 1922, sa succession donne lieu à un litige judiciaire, pendant jusqu'aux années 1930[6].

En 1924, alors qu'il est déjà conseiller municipal[7], il est élu maire de Longwy; il succède au député-maire Louis Petitier, décédé cette année-là, avec lequel il a fondé la société des Brasseries de Longwy[8]. Il est vice-président de l'Union départementale des maires. Maire de Longwy de 1924 à 1929, Il est à nouveau maire de cette localité de 1935 à 1940 et conseiller général, à partir d'octobre 1928.

Ancien combattant, titulaire de la croix de guerre, officier de réserve (capitaine en 1928), il est président d'honneur de l'Association des mutilés et anciens combattants (AMC, la plus ancienne et la plus puissante association d'anciens combattants de Meurthe-et-Moselle) du canton de Longwy et il préside l'association des officiers de réserve de Longwy-Luxembourg.

En 1928, il se présente aux élections législatives dans la circonscription qu'avait laissée Albert Lebrun quelques années plus tôt en entrant au Sénat. Il se présente sous les couleurs de la Fédération républicaine, très influente en Lorraine, contre les amis de Lebrun, qui appartenait aux Républicains de gauche. Élu au second tour de scrutin, il rejoint le principal groupe parlementaire de la Fédération, l'Union républicaine démocratique. Très vite, il se fait remarquer par des discours qui le situent très à droite. Ainsi, lors d'un débat parlementaire sur la question du chômage, en décembre 1931, il affirme que «  ( la France ) ne souffre pas d'une crise du chômage, mais d'une crise d'invasion étrangère »[9]. Il est proche sinon membre des Jeunesses patriotes[10].

En 1932, il est réélu et choisit de rejoindre la minuscule formation des Indépendants d'action économique, sociale et paysanne. En 1936 en revanche, il est battu par le candidat de gauche, l'avocat Georges Izard, du Parti frontiste.

Selon le périodique de Roger Mennevée, ce parlementaire est administrateur de plusieurs entreprises: Ougrée-Marihaye, Brasseries de Longwy, Mines d'Amermont-Dommary, Société française des mines de fer[11], Mines de houille de Gouy-Servins, Société luxembourgeoise pour entreprises électriques (depuis 1921, filiale de l'allemand AEG), Machines à écrire Olympia (à partir de juin 1935, entreprise allemande), Société commerciale de Belgique, etc[12].

Mobilisé au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, il est promu colonel d'artillerie.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, contrairement à ses anciens soutiens Louis Marin et François de Wendel, il fait le choix de la collaboration, en appuyant en juillet 1941 la création de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme aux côtés d'Eugène Deloncle[13]. La presse le présente comme le chef d'état-major de la LVF à sa création[14]. Il devient le trésorier général du comité central de la LVF [15]. Il lance un appel en faveur de la LVF et de la collaboration dans les colonnes du quotidien parisien Le Matin en 1942[16]: la LVF, née de « l’opiniâtreté de quelques Français lucides » se bat « pour la sauvegarde de la civilisation européenne ». Il appelle les autorités allemandes et celles de Vichy à « accepter enfin cette ancienne alliance, la même que celle que, en l’an 400 (…) les Francs-germains conclurent avec les celtes et qui fit la France ».

C'est aussi un affairiste. Administrateur de biens juifs confisqués[17], il préside l'Association des administrateurs provisoires de France (APAF), constituée en février 1944 pour protéger leurs intérêts[18]. Déjà président du conseil d'administration de la filiale française[19] de l'entreprise allemande AEG avant la guerre, il le demeure sous l'Occupation. Il devient aussi en 1943 administrateur d'une petite filiale française de Krupp (Krupp-Société pour la fabrication, la vente et la réparation de machines agricoles, au capital de 20 millions de francs), dont il est l'homme de paille[20].

Arrêté après la guerre et interné[21], jugé par la Cour de justice de la Seine, il est condamné le 8 janvier 1948 à 4 ans de prison et à l'indignité nationale[22].

Le député communiste Gaston Julian dénonce en 1950 à la tribune de la l'Assemblée nationale le fait que d'anciens parlementaires comme Amidieu du Clos, condamnés par les tribunaux de l'épuration, continuent à toucher leur retraite de député. Amidieu du Clos, rétabli dans ses droits par un décret présidentiel du 20 décembre 1949, touche une pension annuelle de plus de 600 000 francs[23].

Il semble ensuite connaître une existence misérable à Paris, puis meurt à Nice en 1955.

Sources[modifier | modifier le code]

  • « Pierre Amidieu du Clos », dans le Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960 [détail de l’édition]
  • Jean El Gammal (dir.), Dictionnaire des parlementaires lorrains de la IIIe République, Metz, Éd. Serpenoise, 2006
  • Ralph Schor, Français et immigrés en temps de crise (1930-1980), Paris, l'Harmattan, 2004.
  • Victor Guillermin, Acteur et témoin des deux guerres mondiales. Cahiers et agendas de 1939-1945, site Internet de l'IHTP.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Amidieu : originaires de Normandie ; Amidieu de Pontain. Son ancêtre Jean-Baptiste Amidieu Duclos était dragon à Saint-Domingue au début du XVIIIe siècle.
  2. Généalogie
  3. Les Hauts Fourneaux de Longwy et de La Sauvage prirent pour raison sociale en 1880 "de Saintignon et Cie": Historique de la société.
  4. L'Écho des mines et de la métallurgie, 7 novembre 1907
  5. Eric Bussière, La sidérurgie belge durant l'entre-deux-guerres: le cas d'Ougrée-Marihaye, 1919-1939, p. 311, sur le site journalbelgianhistory.be
  6. Recueil général des lois et des arrêts, Sirey, 1935
  7. L'Est républicain, 3 octobre 1922, p. 4
  8. Le Républicain lorrain, 10 février 2016, "Longwy : quand la bière coulait à flot dans la cité des Émaux"
  9. Ralph Schor, L'opinion française et les étrangers en France, 1919-1939, Publ. de la Sorbonne, 1985, Journal officiel, Débats parlementaires, Chambre des députés, 18 décembre 1931, p. 4640
  10. Jean-François Colas, Les droites nationales en Lorraine dans les années 1930 : acteurs, organisations, réseaux, Thèse de doctorat, Université de Paris X-Nanterre, 2002, Tome I, p. 133 et p. 137: il assiste au congrès lorrain des JP à Nancy en 1928, en 1933, et il est l'orateur d'une réunion des JP de Nancy en mai 1933. Les JP le soutiennent lors de l'élection de 1932.
  11. Il siège au conseil d'administration aux côtés de son frère depuis le début des années 1920: Historique de la firme, sur le site entreprises-coloniales.fr
  12. Les Documents politiques, diplomatiques et financiers, avril 1930, Ibid., février 1936
  13. Krisztián Bene, La collaboration militaire française dans la Seconde guerre mondiale, Editions Codex, 2012, Lettre du général Hassler ( pressenti pour prendre la direction de la LVF, il refusa ), 26 juillet 1941: ce général fait état d'une visite chez Fernand de Brinon en compagnie de Deloncle et d'Amidieu du Clos, « intime de Deloncle et très partisan de cette légion », pour évoquer la future LVF
  14. L'Echo de Nancy, 12 juillet 1941, p. 4, Ibid., 30 juillet 1941, p. 3, "Une visite au colonel Amidieu du Clos"
  15. Philippe Aziz, Le Livre noir de la trahison: Histoires de la Gestapo en France, Ramsay, 1984, p. 170
  16. Le Matin, 14 mars 1942, "En chiens de faïence", par le colonel Amidieu du Clos. L'article est publié par l'Echo de Nancy: L'Echo de Nancy, 17 mars 1942
  17. Archives nationales, Sous-direction des professions judiciaires et juridiques, 1996, p. 6
  18. Renaud de Rochebrune, Jean-Claude Hazera, Les Patrons sous l'Occupation, Odile Jacob, 2013, p. 552
  19. Annuaire industriel, 1935
  20. Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers français sous l'Occupation, Armand Colin, 2013, Le Journal, 7 juin 1943
  21. Le Monde, 16 août 1947
  22. Le Parisien libéré, 9 janvier 1948, La Défense, 16 janvier 1948, Nouvelliste du Valaisan, 10 janvier 1948, "condamnation d'un collaborateur", p. 2
  23. Journal officiel, Assemblée nationale, débats parlementaires, jeudi 15 juin 1950 ( en ligne )

Article connexe[modifier | modifier le code]