Maurice Bokanowski

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Maurice Bokanowski
Illustration.
Maurice Bokanowski, député (1919)
Fonctions
Député
Gouvernement IIIe République
Groupe politique PRRRS (1914-1919)
ARS (1919-1924)
GRD (1924-1928)
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Le Havre (Seine-Inférieure)
Date de décès (à 49 ans)
Lieu de décès Toul (Meurthe-et-Moselle)
Nature du décès accident d'avion
Nationalité française
Enfants Michel Maurice-Bokanowski
Résidence Seine

Maurice Bokanowski est un homme politique français né le 31 août 1879 au Havre (Seine-Inférieure) et décédé le 2 septembre 1928 à Toul (Meurthe-et-Moselle) dans un accident aérien alors qu'il se rendait au meeting d'aviation de Clermont-Ferrand[1]. Il était le père de quatre enfants dont Michel Maurice-Bokanowski.

Un monument a été érigé pour perpétuer le souvenir de cet accident, situé rue de Verdun à Toul. Il porte les noms et qualités de tous les occupants de l'avion.

Plaque sur le monument érigé en mémoire de l'accident du 2 septembre 1928

Il francise son prénom de Moïse à Maurice vers 1903 pour protéger ses ambitions politiques d'un nom juif[2].

Il est député de la Seine de 1914 à 1928. Pendant cette période, il combat et est décoré pour faits de guerre[3].

Par la suite, il est ministre de la Marine du 29 mars au 9 juin 1924 dans le gouvernement Raymond Poincaré (3), puis Ministre du Commerce et de l'Industrie, des PTT et de l'Aéronautique, du 23 juillet 1926 au 2 septembre 1928 dans le gouvernement Raymond Poincaré (4).

Biographie[modifier | modifier le code]

Né au Havre en 1879, Maurice Bokanowski est avocat à la cour d’appel de Paris quand il est élu député de la Seine (arrondissement de Saint-Denis, 4e circonscription) lors du deuxième tour des élections législatives de mai 1914. Il s’inscrit au groupe radical-socialiste.

Mobilisé dès le 6 août 1914 dans un régiment d’infanterie territoriale (dans le Var), il demande à être affecté au front et rejoint dans les premiers jours de décembre 1914, le 112e régiment d’infanterie dont les unités sont en place en Argonne, près de la forêt du Mort-Homme. Nommé caporal puis sergent il est promu sous-lieutenant à titre temporaire et pour la durée de la guerre par décision du ministre de la Guerre, Alexandre Millerand, le 29 novembre 1914. Jusqu’à la fin du conflit, il tient des Carnets où il consigne, dans deux séries séparées, son expérience de la guerre et son activité politique à la Chambre. Une dizaine de ces carnets qui apportent un précieux témoignage tant sur la guerre que sur la vie politique, ont pu être conservés et ont été remis par sa famille aux Archives de l’Assemblée nationale.

Du 3 au 16 décembre 1914, à la tête d’une section, il connaît sa première expérience des tranchées en Argonne. En mars 1915, à la faveur d’une permission, il assiste à la session extraordinaire du Parlement des 22 et 23 décembre 1914 et à l’ouverture de la session de 1915, il retrouve sa compagnie dont il prend le commandement en mars 1915.

À l’expérience des tranchées, s’ajoute celle du fonctionnement de la justice militaire : le 5 décembre il avait assisté à une exécution pour double abandon de poste, notant « 5ème exécution en 15 jours » ; le 23 mars, il participe à la défense de trois hommes inculpés de correspondance avec l’ennemi et se félicite de leur triple acquittement.

En ce même mois de mars 1915, il est promu lieutenant et sollicite une affectation dans un état-major, notant « j’aimerais bien voir la guerre de plus haut que d’une tranchée. L’organisation et les mouvements d’ensemble m’intéresseraient et me fourniraient des éléments d’expérience et de savoir que j’utiliserai au cours de ma vie parlementaire. »

Il aurait souhaité être affecté à l’état-major de Sarrail mais c’est à la 42e division, auprès du général Deville, à Saint Florent-sur Argonne qu’il prend son service en avril 1915.

Il rejoint l’état-major du général Sarrail à Salonique en novembre 1915. Il est fait chevalier de la Légion d’honneur en janvier 1916. Au retour d’une permission, il embarque sur le paquebot La Provence coulé par un sous-marin allemand le 26 février 1916 au large du Péloponnèse : il compte parmi les 870 survivants (sur les quelque 2 000 passagers et hommes d’équipage).

Il relate dans un de ses carnets cette tragédie   : -    le « choc formidable, suivi d’un déchirement en trois temps, ébranle le navire à tribord arrière. Le navire sursaute trois fois et aussitôt commence à pencher à l’arrière » -    « Les premières barques mises à l’eau, au moment où elles touchent la mer, s’emplissent, la vitesse du bateau est trop grande encore. Elles chavirent, des hommes nagent tout près du navire. » -    « Je vois le capitaine accroché à la passerelle qui fait un geste de la main gauche et crie d’une voix dominant le tumulte « Adieu mes enfants ! ». Les hommes massés en grappes, à l’avant répondent « Vive la France ! ».

Après plus d’une nuit dans un canot de sauvetage, lui et ses camarades seront sauvés et déposés à Malte, avant d’embarquer sur un nouveau navire pour Salonique.

Il quitte peu après l’état-major de l’armée d’Orient pour rejoindre celui du général Hirschauer en Champagne où il est en service jusqu’en avril 1917.

Pendant près de trois années, Maurice Bokanowski, comme son ami Abel Ferry, a servi sous les drapeaux tout en participant aux travaux de la Chambre pendant ses permissions. Tout jeune élu, il note l’émotion qui l’étreint quand il prononce son premier discours en séance le 3 novembre 1915 « sur les mesures que compte prendre le gouvernement pour rétablir la confiance unanime autour d’un gouvernement de défense nationale ». Par la suite ses interventions sur la situation de l’armée d’Orient et la politique balkanique, lors des Comités secrets de juin et novembre 1916 seront très écoutées.

Après l’échec de l’offensive Nivelle du 16 avril 1917, il quitte l’armée et se consacre entièrement à son mandat parlementaire. Il est désigné par le groupe radical-socialiste pour participer aux travaux des commissions de l’Armée et du Budget (sous-commission des Armements). Dès juillet 1917, dans le cadre de l’enquête lancée par la commission de l’Armée sur l’état moral des troupes, après la crise des mutineries, il présente un rapport sur la 1re armée, puis, en décembre 1917, sur la 8e armée. Il s’intéresse également aux chars d’assaut et à l’artillerie d’assaut. Ses notes concernant les travaux de la sous-commission des armements en 1918 révèlent la qualité de l’expertise qu’il a acquise durant la guerre.

Le 16 novembre 1919, il est réélu dans la Seine, sur la liste d'Union républicaine et sociale. Il s'inscrit au groupe de l’Action républicaine et sociale. Le 29 mars 1924, Raymond Poincaré lui confie le portefeuille de la Marine qu'il détient jusqu'à la démission du cabinet le 1er juin, au lendemain des élections.

Réélu comme républicain radical aux élections générales du 11 mai 1924, Maurice Bokanowski s'inscrit au groupe de la gauche républicaine démocratique. Il se voit confier un nouveau portefeuille ministériel, celui du Commerce et de l'Industrie, qu’il conserve jusqu’à son décès.

Il est réélu (républicain de gauche) au premier tour des élections générales du 22 avril 1928 (retour au scrutin d'arrondissement) dans la 5e circonscription de Saint-Denis. Il décède accidentellement, le 2 septembre 1928 dans l'avion qui devait le mener de Toul à un meeting d'aviation à Clermont-Ferrand. Il est cité à l'ordre de la nation par Laurent Eynac, Ministre de l'Air.

Son éloge funèbre est prononcé à la rentrée du Parlement, le 6 novembre 1928, par le président de la Chambre Fernand Bouisson : « À la veille même de sa mort, au Conseil de Cabinet qui se tient le 1er septembre à Sampigny, il développe devant ses collègues un plan de réorganisation générale de l'aéronautique dont les grandes lignes sont approuvées par tous. L'œuvre est conçue. Le destin de Bokanowski n'a pas permis qu'il la menât lui-même à son terme. C'est pour elle, du moins, qu'il disparaît. Et ce serait là un réconfort s'il s'en pouvait trouver dans cette tragédie, pour tous ceux vers lesquels notre pensée se reporte aujourd'hui ».

Son fils, Michel Maurice-Bokanowski (1912-2005), a été député de la Seine de 1951 à 1963, puis sénateur des Hauts-de-Seine de 1968 à 1995, maire d'Asnières-sur-Seine de 1959 à 1994 et ministre dans les gouvernements Michel Debré et Georges Pompidou.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les cinq occupants de l'avion qui s'est écrasé deux minutes après son décollage ont été tués sur le coup et carbonisés (Journal des Sables, édition du 7 septembre 1928).
  2. Olivier Gaget, Les poilus juifs d'un régiment provençal. Le 112e d'infanterie dans la Grande Guerre, Publibook, 2014, p. 121-122.
  3. « Héros ou embusqués ? Les parlementaires de la Seine mobilisés et engagés volontaires de la Première Guerre Mondiale » de Paul Baquiast, in Les parlementaires de la Seine sous la Troisième République, Volume 1, de Jean Marie Mayeur et Arlette Schweitz, pages concernées

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • Carnets de guerre de Maurice Bokanowski [1]

Dans ses carnets, Maurice Bokanowski retranscrit son vécu de soldat et de député durant la Grande Guerre.

Dans une partie des carnets, Maurice Bokanowski décrit son activité en tant que sous-officier puis d’officier. Ces notes foisonnent de renseignements sur les conditions de vie des soldats, sur le transport des troupes ainsi que sur les combats. Le sixième carnet coté 12 J 6 est à ce titre remarquable car il est constitué de phrases courtes, parfois sans verbes, agrémentées de nombreux chiffres et abréviations en relation directe avec la réalité matérielle des combats.

Maurice Bokanowski prend part aux combats en Argonne en 1915 (12 J 3 et 12 J 2) puis s’engage dans l’armée d’Orient auprès du général Sarrail (12 J 5, 12 J 7 et 12 J 8). Le carnet coté 12 J 8 mérite, à ce titre, une attention particulière. Il rend compte du naufrage du Provence le 26 février 1916. Ce navire de guerre transportait 2 200 hommes en direction de Salonique. Moins de la moitié survécurent. Le carnet décrit la catastrophe et la mise en place des premiers secours. Ce carnet a été écrit a posteriori, quelques jours après son retour en Grèce.

L’autre partie des carnets traite du travail parlementaire et politique. On peut suivre les travaux en commission (12 J 2 et 12 J 10), la rédaction et la proclamation d’un discours à la Tribune (12 J 4) ainsi que le déroulement du comité secret de 1916 (12 J 9) On trouve également trace, au travers de ses notes, de nombreux contacts informels avec différents hommes politiques dans le cadre de réunions ou de dîners.

Deux carnets mêlent ses activités parlementaires et militaires. Il s’agit des carnets cotés 12 J 1 et 12 J 7.

La période chronologique de janvier-février 1915 est couverte par les carnets cotés 12 J 1 et 12 J 2 ; ce dernier étant plus spécifiquement consacré aux travaux en commission.

L’activité de Maurice Bokanowski pour l’année 1917 n’apparaît pas au travers de ces carnets. Le carnet coté 12 J 6, vraisemblablement rédigé en 1917, apporte des renseignements d’ordre généraux sur l’organisation logistique et stratégique des combats depuis 1915. La destruction de deux carnets durant la Seconde Guerre mondiale(*) pourrait expliquer cette rupture chronologique.

Maurice Bokanowski rencontre fréquemment des hommes politiques influents ainsi que des généraux dans le cadre de son travail parlementaire mais également au cours de différents dîners ou rencontres informelles. Il goûte également à la réalité quotidienne du front et de la vie de soldat.

Cette dualité confère à ses carnets un intérêt tout particulier.

(*) Les carnets, que Maurice Bokanowski rédigea pendant la guerre 1914-1918 avaient été conservés, après son décès, par sa femme Marguerite. En 1942, Marguerite demanda à sa fille Anne de détruire les carnets, craignant qu’ils ne tombent aux mains des nazis. Anne n’en détruisit que deux et conserva les dix autres. Cette destruction explique en partie les lacunes chronologiques.

Bibliographie

Liens externes[modifier | modifier le code]

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