Henri Jeanson

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Henri Jeanson (Henri Jules Louis Jeanson), (6 mars 1900, Paris 13e[1] - 6 novembre 1970, Équemauville), écrivain, journaliste, dialoguiste. Satrape du Collège de ’Pataphysique.

Journaliste avant guerre[modifier | modifier le code]

Il naît le 6 mars 1900, à Paris, d'un père instituteur[1]. En 1917, après divers petits métiers (futur pacifiste, il occupe ainsi un rôle de figuration de soldat dans une carte "porte-bonheur" pour un marchand de cartes postales...), il devient journaliste au journal « La Bataille », organe de la CGT.

Remarqué pour sa plume redoutable, il est journaliste dans les années 1920 et intervient comme reporter, comme interviewer ou critique de cinéma, et se distingue par la virulence de son style et un goût prononcé pour la polémique.

Il travaille dans divers journaux dont le « Journal du peuple », « Les Hommes du jour », « Le Canard enchaîné », où il défend le pacifisme intégral.

En avril 1932, il se fait remarquer par sa célèbre apostrophe au préfet de police Jean Chiappe parue dans les Hommes du Jour d'Henri Fabre. Le titre était Little flic Quiappe, préfet sur talonnettes. Il y ajoutait le post-scriptum suivant : « Lorsque j'ai déménagé, j'ai envoyé à M. Quiappe la carte suivante : Henri Jeanson, 14, rue de la Fontaine, Auteuil 33-12. Et j'ai ajouté de ma main sur cette carte : Pour tous renseignements s'adresser à la concierge. Au cas où, selon sa louable habitude, M. Quiappe voudrait, soit mettre de la coco dans mes poches, soit me compromettre dans j'ignore quelle affaire, il sait où me trouver : 14, rue La Fontaine, 2e étage à droite. La sonnette fonctionne. »

Il démissionne du Canard enchaîné en 1937, par solidarité avec Jean Galtier-Boissière.

Il est condamné en juillet 1939 à 18 mois de prison pour avoir publié dans SIA (Solidarité Internationale Antifasciste), le périodique fondé en novembre 1938 par Louis Lecoin, un article dans lequel il félicitait Grynspan Herdsel Feibel pour son attentat contre Von Rath, conseiller à l'ambassade d'Allemagne à Paris. Il est arrêté, en novembre 1939, alors qu'il a déjà rejoint son régiment à Meaux, pour des articles parus en mars et août 1939 et pour avoir signé le tract de Louis Lecoin « Paix immédiate ». Le 20 décembre 1939, il est condamné par un tribunal militaire à 5 ans de prison pour « provocation de militaires à la désobeissance ».

Parcours pendant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Jeanson était en prison pour ses écrits pacifistes, et ce quelques jours avant l'entrée des Allemands à Paris. Sa levée d'écrou est obtenue par César Campinchi, avocat et ministre. Il ne quitta pas Paris et, entré en contact avec Roger Capgras, mandataire des halles et directeur du Théâtre des Ambassadeurs, se vit confier en août 1940 la rédaction en chef d'Aujourd'hui, un journal « indépendant ». Le premier numéro sortit le 10 septembre 1940. En novembre 1940, les autorités allemandes sommèrent le polémiste de prendre publiquement position contre les Juifs et en faveur de la politique de collaboration avec l'État français. Henri Jeanson démissionna, puis retourna en prison. Il fut libéré quelques mois après, à la suite de l'intervention de son ami Gaston Bergery, néoradical passé à la collaboration par ultra-pacifisme. Interdit désormais de presse et de cinéma, il travaille au noir, écrivant des dialogues de films qu'il ne signe pas. Avec Pierre Bénard, il participe à l'élaboration de feuilles clandestines, et manque d'être encore une fois arrêté en 1942. Il restera dans la clandestinité jusqu'à la Libération.

Ce parcours illustre les contradictions et compromissions du pacifisme intégral : la volonté d'aboutir à une entente avec l'Allemagne pour éviter la guerre, sut se transformer, après la défaite en désir de « coexistence » correcte, voire en offre de service. Le journal Aujourd'hui était loin d'être innocent dans sa chasse aux responsables de la défaite, dans le recours au mythe du coup de balai purificateur, dans son anglophobie. Il entrait en résonance avec le discours du maréchal Pétain, et dans le sens de la propagande allemande.

Journaliste après guerre[modifier | modifier le code]

Malgré son parcours pendant la guerre, il retrouva la rédaction du Canard enchaîné à la Libération. Il reprend alors son métier de journaliste (au « Crapouillot », au « Canard enchaîné », à « Combat », à « l'Aurore »). Il part de la rédaction du Canard enchaîné en avril 1947, à la suite d'un article coupé sur le sujet « Aragon, Elsa Triolet, Maurice Thorez et les communistes ». Ce départ fut l'occasion d'éclats, et de règlements de comptes dans la presse. Il revint ensuite au journal, et publia des articles dans le Canard enchaîné (où il signait ses philippiques du pseudonyme d'« Huguette ex-Micro ») jusqu'en 1970. Il participe à Cinémonde. De 1967 à 1970, il est critique de télévision pour le quotidien L'Aurore.

Il fut redouté dans le monde des arts et de la politique pour ses formules assassines. Il a également mené, en avant-garde, de grands combats politiques (pacifisme, anticolonialisme, défense de la liberté d'expression), tout en demeurant toujours un homme libre. Ainsi, en 1956, il rédige et signe la préface d'un livre de Paul Rassinier intitulé le parlement aux mains des banques[2].

Henri Jeanson a abandonné le cinéma en 1965 pour se consacrer au journalisme polémique et à la rédaction de ses mémoires, qui seront publiés sous le titre 70 Ans d'adolescence, quelques mois après sa mort. Il est mort à Équemauville, près de Honfleur (Calvados) le 6 novembre 1970.

Dialoguiste de cinéma[modifier | modifier le code]

1932, il signe le scénario et les dialogues de La Dame de chez Maxim's d'Alexandre Korda, film qui marque les débuts de sa carrière d'écrivain de cinéma.

Son talent et son esprit sont sollicités par les plus grands cinéastes, tels Robert Siodmak (Mister Flow, 1936), Julien Duvivier (Pépé le Moko, 1936), Maurice Tourneur (Le Patriote, 1937), Marc Allégret (Entrée des artistes, 1938) ou Marcel Carné (Hôtel du Nord, 1938).

À la Libération, il retrouve sa place au générique de nombreux films, parmi lesquels Un revenant (1946) et Fanfan la Tulipe (1951) de Christian-Jaque, Copie conforme (1946) de Jean Dréville, Les Maudits (1947) de René Clément, La Minute de vérité (1952) de Jean Delannoy, La Fête à Henriette (1952), Pot-bouille (1957) et Le Diable et les Dix Commandements de Julien Duvivier, Montparnasse 19 (1957) de Jacques Becker, La Vache et le Prisonnier (1959) d'Henri Verneuil.

Il réalise en 1949, Lady Paname, une évocation nostalgique du monde du spectacle dans les années 1920, interprétée par Louis Jouvet et Suzy Delair.

Vie privée[modifier | modifier le code]

En 1928[1], il épouse l'actrice Marion Delbo ; après leur divorce, il se remarie en 1967[1] avec la comédienne et scénariste Claude Marcy[3].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Scénario et dialogues[modifier | modifier le code]

Écrivain[modifier | modifier le code]

Il a aussi écrit pour le théâtre (sa discipline artistique favorite), sans grand succès toutefois. Il fut membre de l'Académie de l'Humour et de l'Académie Rabelais. Au théâtre, il écrit entre autres : Amis comme avant, Aveux spontanés, Le Petit Navire, Toi que j'ai tant aimée, L'Heure éblouissante.

Citations[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Pour nous, un poète est un monsieur qui s'efforce de saisir l'eau par poignées. C'est seulement quand il y parvient que le monsieur est un poète.
  • Par terre on se dispute, mais au lit on s'explique. Et sur l'oreiller, on se comprend ! (Arletty dans Hôtel du Nord)
  • Vous avez déjà lu le Larousse ? C'est un recueil de noms célèbres complètement inconnus.
  • Qui nierait que le cinéma sonore nous a fait découvrir le silence ? Le silence est la plus belle conquête du parlant.
  • Je ne suis pas sceptique. Je ne crois à rien, mais j'y crois fermement...
  • Les jeunes filles tiennent à l'estime de ceux qu'elles aiment. Après...
  • De Gaulle a fait le don de la France à sa personne. (en référence à la phrase de Pétain : Je fais à la France le don de ma personne)
  • Le capitalisme, c'est l'exploitation de l'homme par l'homme ; et le marxisme, c'est le contraire. (attribuée à Jeanson mais probablement non inventée par lui)
  • « - J'ai besoin de changer d'atmosphère… et mon atmosphère : c'est toi ! - C'est la première fois qu'on me traite d'atmosphère ! Si j'suis une atmosphère, t'es un drôle de bled ! Oh là là… les types qui sont du milieu sans en être et qui crânent à cause de ce qu'ils ont été, on devrait les vider. Atmosphère… atmosphère ! Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ? Puisque c'est ça vas-y tout seul à La Varenne… Bonne pêche et bonne atmosphère ! ». Dialogue entre Louis Jouvet et Arletty dans Hôtel du Nord.
  • « Le suffrage universel est la voix de l’inconscience publique. C’est aussi l’un des plus ingénieux abus de confiance que l’homme ait inventés pour se moquer du monde. Comme le coup du rendez-vous, le coup du suffrage universel réussit toujours, avec cette différence qu’il fait quarante millions de dupes à la fois au lieu d’une. »
  • À propos du film Les Espions : « Henri-Georges Clouzot a fait Kafka dans sa culotte ».
  • "En France, le ridicule ne tue pas, il y en a même qui en vivent !!!
  • Le travail est un trésor. Le travail des autres, cela va de soi.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Archives de l'état civil de Paris en ligne, acte de naissance no 13/550/1900 (consulté le 10 avril 2012)
  2. L'Express du 20 novembre 2008, p54, extrait de La face cachée du Canard enchainé par Karl Laske et Laurent Valdiguié, Stock, 2008
  3. Jeanson par Jeanson, La Mémoire du cinéma français, Éditions René Château, 2000

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Entrée des Artistes. La Nouvelle édition - Les classiques du cinéma français. 1946.
  • 70 Ans d'adolescence. Stock, 1971.
  • En verve. Mots, propos, aphorismes. Éditions Horay, 1971.
  • Henri Jeanson, de Christophe Moussé. Presses universitaires de Nancy. 1993. Collection « Films, textes, références ».
  • Jeanson par Jeanson. La Mémoire du cinéma, Éditions René Chateau, 2000.

Notices[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]