Elsa Triolet

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Elsa Triolet

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Elsa Triolet en 1925

Nom de naissance Ella Kagan
Autres noms Laurent Daniel
Activités Écrivaine, résistante
Naissance 12 septembre 1896
Moscou
Décès 16 juin 1970 (73 ans)
Moulin de Villeneuve, Saint-Arnoult-en-Yvelines
Langue d'écriture Français, Russe
Distinctions Prix Goncourt 1944

Œuvres principales

Compléments

Elsa Triolet, née Ella Kagan le 12 septembre 1896 à Moscou et morte le 16 juin 1970 à Saint-Arnoult-en-Yvelines, est une femme de lettres et résistante française d'origine russe. Elle est également connue sous le pseudonyme de Laurent Daniel.

Biographie[modifier | modifier le code]

De son vrai nom Ella Kagan (puis Triolet de son premier mari, nom qu'elle gardera toute sa vie), elle est fille de Elena Youlevna Berman (pianiste de grand talent, sans être musicienne professionnelle) et de l'avocat juif Youri Alexandrovitch Kagan qui s'était spécialisé dans des contrats d'artistes et d'écrivains. Elle a pour sœur aînée Lili, dont elle est très jalouse, mais qu'elle admire en même temps. À partir de ses souvenirs d'enfance, elle écrit son premier roman en russe : "Fraise des Bois" (un surnom qu'on lui donnait quand elle était enfant, livre publié en 1926), largement empreint du sentiment d'avoir été mal-aimée par ses parents. Lili rejoindra en 1905 la Révolution russe et c'est notamment par elle qu'Elsa et Louis Aragon auront des contacts communistes en URSS, car tout naturellement durant leurs séjours en URSS, le couple Elsa-Aragon était hébergé chez Lili. Elsa est l’amie d'enfance du linguiste Roman Jakobson qui tomba amoureux d'elle. Elle apprend le français très tôt — elle commence son journal en français en 1909 —. En 1915, elle rencontre le poète futuriste Vladimir Maïakovski qui deviendra ensuite le compagnon de sa sœur Lili. Elsa se découvre une passion pour la poésie qui lui fera fréquenter assidûment les cafés le soir, après ses cours à l'école d'architecture, dans un cercle littéraire autour de la figure charismatique de Maïakovski. Elle y rencontre notamment Victor Chklovski, linguiste et écrivain qui tombe éperdument amoureux d'elle, sans réciprocité, mais avec lequel elle nourrit un échange épistolaire que Chklovski publiera en 1923 sous le titre de "Zoo, lettres qui ne parlent pas d'amour ou la Troisième Héloïse". Ce recueil de lettres sera lu par Maxime Gorki, le pape de la littérature révolutionnaire qui, ayant particulièrement goûté aux lettres d'Elsa demandera à la voir et durant leur entrevue, Gorki encourage la jeune femme à se consacrer à l'écriture. En 1918, Elsa quitte la Russie et en 1919, elle épouse à Paris André Triolet, un officier français avec qui elle part à Tahiti pendant un an, séjour qui lui inspirera son deuxième roman en russe : À Tahiti (publié en 1925). Elle qui brûlait de quitter la Russie de la Révolution dont elle embrassait certes les idées, mais détestait les conséquences sur les conditions de vie : guerre civile, misère, famine, etc., se morfond dans l'indolence de l'île de beauté où elle cultive la nostalgie de son cher cercle littéraire de Moscou. Elle quitte son mari en 1921. C'est dans cette période qu'elle connaîtra un temps d'errance en allant à Londres, à Berlin, avec séjours ponctuels à Moscou, puis Paris où elle écrit son troisième roman en russe Camouflage (1928), sur la thématique de deux femmes en errance. Elsa exprime souvent dans ses romans une impression de solitude, bien qu'elle ait été très aimée et toujours très entourée. « Je vous présente donc cet […] inspecteur des ruines, comme quelqu'un qui a été un autre moi-même. Vous lirez, si vous le voulez bien, l'histoire de sa solitude. La solitude est un fléau qui ronge les hommes, un à un »[1].

Installée à Montparnasse en 1924, elle fréquente des écrivains surréalistes et des artistes comme Fernand Léger et Marcel Duchamp.

Elle rencontre Louis Aragon en 1928 à Paris, au café La Coupole, fréquenté par beaucoup d'artistes. Il devient l'homme de sa vie, celui par qui elle peut enfin s'enraciner dans la société française. Elle devient sa muse. En 1929/1930, Elsa crée des colliers pour la haute couture pour subvenir à ses besoins et écrit des reportages pour des journaux russes ; elle traduit également des auteurs russes et français. Elle commence à écrire un premier roman en français, Bonsoir Thérèse, en 1938.

Elle se marie avec Aragon le 28 février 1939. Elle entre avec lui dans la Résistance, dans la zone SudLyon et dans la Drôme notamment) et contribue à faire paraître et à diffuser les journaux La Drôme en armes et Les Étoiles. Elle continue à écrire : le roman Le Cheval blanc et des nouvelles publiées aux Éditions de Minuit. Réunies sous le titre Le premier accroc coûte 200 francs (phrase qui annonçait le débarquement en Provence), ces nouvelles obtiennent le prix Goncourt 1945 au titre de l'année 1944. Elsa Triolet est ainsi la première femme à obtenir ce prix littéraire. Elle assiste en 1946 au procès de Nuremberg sur lequel elle écrit un reportage dans Les Lettres françaises.

La période de la guerre lui inspire le roman L’Inspecteur des ruines, puis la menace atomique, au temps de la guerre froide, Le Cheval roux. Appartenant au comité directeur du Comité national des écrivains (CNE), elle s’attache à promouvoir la lecture et la vente de livres dans les années cinquante et participe activement à un mouvement initié par le Parti communiste français en 1950-52 : "Les Batailles du Livre"[2]. Elle voyage beaucoup dans les pays socialistes avec Aragon, mais, si elle a conscience de l’antisémitisme qui atteint sa sœur et des crimes qui sont commis en Union soviétique (le compagnon de Lili Brik, le général Vitaliy Primakov, est exécuté par le régime stalinien), elle ne fait aucune déclaration publique sur ces événements[réf. nécessaire]. Elle exprime sa critique du stalinisme en 1957 dans Le Monument. Elle démissionne la même année du comité directeur du CNE, puis écrit les trois romans du cycle L’Âge de Nylon. Elle intervient activement en 1963 pour faire traduire et paraître en France le roman d’Alexandre Soljénitsyne Une journée d'Ivan Denissovitch. La façon dont la biographie de Vladimir Maïakovski était falsifiée en Union soviétique est une des raisons qui l’entraîne à écrire les romans Le Grand Jamais (1965) et Écoutez-voir (1968).

En 1965, elle préface le premier livre de Dominique Oriata Tron , Stéréophonies, publié par Pierre Seghers . En 1966, Agnès Varda réalise un court-métrage documentaire, Elsa la rose, sur son histoire d'amour avec Aragon.

Après avoir publié La Mise en mots (collection Les Sentiers de la Création, éditions Skira, 1969) et Le Rossignol se tait à l'aube (1970), Elsa Triolet meurt d'un malaise cardiaque le 16 juin 1970 dans la propriété qu’elle possède avec Aragon, le Moulin de Villeneuve, à Saint-Arnoult-en-Yvelines. Elle repose aux côtés d’Aragon, dans le parc de six hectares entourant ce vieux moulin. Sur leurs tombes, on peut lire cette phrase d’Elsa Triolet : « Quand côte à côte nous serons enfin des gisants, l'alliance de nos livres nous unira pour le meilleur et pour le pire, dans cet avenir qui était notre rêve et notre souci majeur à toi et à moi. La mort aidant, on aurait peut-être essayé, et réussi à nous séparer plus sûrement que la guerre de notre vivant, les morts sont sans défense. Alors nos livres croisés viendront, noir sur blanc la main dans la main s'opposer à ce qu'on nous arrache l'un à l'autre. ELSA ».

Postérité[modifier | modifier le code]

À sa mort, une tour de la Cité du Coq de Jemapes (entité de Mons) portera son nom. L'autre étant appelée Flora Tristan.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Avec Louis Aragon chez leur ami Pierre Seghers à Villeneuve-lès-Avignon en 1941.
  • À Tahiti (1925) en langue russe, traduit en français par Elsa Triolet en 1964.
  • Fraise des bois (1926) en langue russe
  • Camouflage (1928) en langue russe
  • Bonsoir Thérèse (1938)
  • Maïakovski (1939)
  • Monstre 42, Poésie 42 no 2, Seghers, 1942
  • Clair de lune, Poésie 42 no 4, Seghers, 1942
  • Mille regrets (1942)
  • Le Cheval blanc, Denoël, 1943
  • Les Amants d'Avignon. Publié sous le nom de Laurent Daniel, qui était son pseudonyme, en clandestinité, par les Editions de Minuit, 1943.
  • Qui est cet étranger qui n'est pas d'ici ? ou le mythe de la Baronne Mélanie, Éditions Seghers, 1944
  • Le premier accroc coûte 200 francs (1944) Prix Goncourt en 1944
  • Personne ne m'aime (1946)
  • Les Fantômes armés (1947)
  • L'Inspecteur des ruines (1948)
  • Le Cheval roux ou les Intentions humaines (1953)
  • L'Histoire d'Anton Tchekhov (1954)
  • Le Rendez-vous des étrangers (1956)
  • Le Monument (1957)
  • Roses à crédit (1959)
  • Luna-Park (1959)
  • Les Manigances (1961)
  • L'Âme (1962)
  • Le Grand Jamais (1965)
  • Écoutez-voir (1968)
  • La Mise en mots (1969)
  • Le Rossignol se tait à l'aube (1970)

Compléments[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lilly Marcou, Elsa Triolet, les yeux et la mémoire, Paris : Plon, 1994, 419 p.
  • Dominique Desanti, Elsa-Aragon, le couple ambigu, Belfond, 1997, 414 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Elsa Triolet, L'inspecteur des ruines, Paris, La bibliothèque française,‎ 1948, 1e éd., 312 p., s.n (7-8).
  2. Article sur "Les Batailles du livre" du Parti communiste français (1950-1952) : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/xxs_0294-1759_1986_num_10_1_1542