Henry James

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Henry James
Henry James en 1890.
Henry James en 1890.

Activité(s) Écrivain
Naissance 15 avril 1843
New York, USA
Décès 28 février 1916
Londres, Royaume-Uni
Mouvement(s) Réalisme, réalisme psychologique
Genre(s) Roman, nouvelle, essai
Distinctions Ordre du Mérite (Royaume-Uni)
Œuvres principales

Henry James est un écrivain américain né à New York le 15 avril 1843 et mort à Londres le 28 février 1916. Naturalisé britannique à la fin de sa vie, il a reçu l'ordre du Mérite.

Figure majeure du réalisme littéraire du XIXe siècle, il est considéré comme le maître de la nouvelle et du roman par de nombreux universitaires pour le grand raffinement de son écriture. Ayant longtemps vécu en Angleterre, il devient un sujet britannique peu avant sa mort. On le connaît surtout pour une série de romans importants dans lesquels il décrit la rencontre de l'Amérique avec l'Europe. Ses intrigues traitent de relations personnelles et l'exercice du pouvoir qu'elles impliquent, ainsi que d'autres questions morales. En adoptant le point de vue d'un personnage central de l'histoire, il explore les phénomènes de conscience et de perception. Le style de ses œuvres tardives l'ont fait comparer à un peintre impressionniste.

James voulait convaincre les écrivains britanniques et américains de présenter leur vision du monde avec la même liberté que les auteurs français. Son usage imaginatif du point de vue narratif, du monologue intérieur et du narrateur mensonger dans ses propres nouvelles et romans apporta une nouvelle profondeur et un regain d'intérêt à la fiction réaliste, et préfigure les œuvres modernes du XXe siècle. En addition de son imposante œuvre fictionnelle, cet auteur prolifique produisit également de nombreux articles, des livres de voyage, de biographie, d'autobiographie, et de critique mais aussi des pièces de théâtre, dont certaines furent montés de son vivant avec un succès relatif. Son œuvre dramatique aurait profondément influencé ses dernières productions littéraires.

Sommaire

[modifier] Biographie

Henry James, 8 ans, avec son père, Henry James, Sr. — daguerréotype de Mathew Brady, 1854

Henry James est né le 15 avril 1843 à New York de Henry James Sr., l'un des intellectuels les plus célèbres du pays au milieu du XIXe siècle et Mary Robertson Walsh. Il est le second des cinq enfants (William, né en 1842, Garth Wilkinson, né en 1845, Robertson, né en 1846, et Alice née en 1848). La fortune acquise par son grand-père, émigré irlandais arrivé aux États-Unis en 1789, avait mis la famille à l'abri des servitudes de la vie quotidienne. Son frère aîné, William James, deviendra professeur à Harvard et se fera connaître pour sa philosophie pragmatiste. Malgré des liens solides avec Henry, la rivalité entre les deux frères créa toujours des conflits psychiques latents.

Dans sa jeunesse, James voyage continuellement entre l'Europe et l'Amérique, éduqué par des tuteurs à Genève, Londres, Paris, Bologne et Bonn. Dès l'enfance, il lit les classiques des littératures anglaise, américaine, française et allemande mais aussi les traductions des classiques russes. Après un séjour de cinq ans en Europe, la famille s'établit, en 1860, en Nouvelle-Angleterre où elle demeura pendant la guerre civile. À l'âge de 19 ans, il est brièvement inscrit à la Faculté de droit de Harvard, rapidement abandonnée face au désir d'être « tout simplement littéraire ». Il publie anonymement sa première nouvelle, A Tragedy of Errors, ainsi que des comptes-rendus critiques destinés à des revues. The story of a Year, sa première nouvelle signée, paraît dans le numéro de mars 1865 de l'Atlantic Monthly.

De février 1869 au printemps 1870, James voyage en Europe, d'abord en Angleterre, puis en France, en Suisse et en Italie. De retour à Cambridge, il publie son premier roman, Le regard aux aguets, écrit entre Venise et Paris. De mai 1872 à mars 1874, il accompagne sa sœur Alice et sa tante en Europe où il écrit des comptes rendus de voyage pour The Nation. Il commence à Rome l'écriture de son deuxième roman Roderick Hudson, publié à partir de janvier 1875 dans l’Atlantic Monthly, qui inaugure le thème « international » de la confrontation des cultures d'une Europe raffinée et souvent amorale et d'une Amérique plus fruste, mais plus droite. À cette époque, il aborde aussi le genre fantastique avec la nouvelle Le dernier des Valerii (1874), inspirée de Mérimée, avant de trouver sa voie propre dans les histoires de fantômes (Ghost Tales), où il excelle, comme le prouve notamment Le Tour d'écrou (1898).

Après quelques mois à New York, il s'embarque à nouveau pour l'Europe le 20 octobre 1875. Après un séjour à Paris, où il se lie d'amitié avec Tourgueniev et rencontre Flaubert, Zola, Maupassant et Daudet, il s'installe, en juillet 1876, à Londres. Les cinq années qu'il y passe seront fécondes : outre de nombreuses nouvelles, il publie L'Américain, Les Européens, un essai sur les poètes et romanciers français French Poets and Novelists, etc. Daisy Miller lui vaut la renommée des deux côtés de l'Atlantique. Après Washington Square, Portrait de femme est souvent considéré comme une conclusion magistrale de la première manière de James.

Sa mère décède en janvier 1882, alors que James séjourne à Washington. Il revient à Londres en mai et effectue un voyage en France (d'où naîtra, sous le titre A Little Tour in France, un petit guide qui servira à plusieurs générations de voyageurs dans les régions de la Loire et du Midi). Il rentre de façon précipitée aux États-Unis où son père meurt le 18 décembre, avant son arrivée. Il revient à Londres au printemps 1883. L'année suivante, sa sœur Alice, névrotique, le rejoint à Londres où elle décèdera le 6 mars 1892.

En 1886, il publie deux romans, Les Bostoniennes et La Princesse Casamassima, qui associent à des thèmes politiques et sociaux (féminisme et anarchisme) la recherche d'une identité personnelle. Suivirent deux courts romans en 1887, Reverberator et Les Papiers d'Aspern, puis La Muse tragique en 1888.

Bien que devenu un auteur au talent reconnu, les revenus de ses livres restaient modestes. Il décide alors, dans l'espoir d'un succès plus important, de se consacrer au théâtre. En 1891, une version dramatique de L'Américain rencontre un petit succès en province, mais reçoit un accueil plus mitigé à Londres. Il écrira ensuite plusieurs pièces qui ne seront pas montées. En 1895, la première de Guy Domville finit dans le désordre et les huées.

Henry James en 1910

Après cet échec, il revient au roman, mais en y appliquant, peu à peu, les nouvelles compétences techniques acquises au cours de sa courte carrière dramatique. En 1897, il publie Les Dépouilles de Poynton et Ce que savait Maisie. Puis, entre 1902 et 1904, viennent les derniers grands romans: Les Ailes de la colombe, Les Ambassadeurs et La Coupe d'or.

En 1903, James a soixante ans et un « mal du pays passionné » l'envahit. Le 30 août 1904, il débarque à New York, pour la première fois depuis vingt ans. Il quitte les États-Unis le 5 juillet 1905, après avoir donné de nombreuses conférences à travers tout le pays. Ses impressions seront réunies dans un volume intitulé The American Scene.

Avant son retour en Angleterre, il met au point, avec les Éditions Scribner, le projet d'une édition définitive de ses écrits, The Novels and Tales of Henry James, New York Edition, qui comportera, à terme, vingt-six volumes. Entre 1906 et 1909, il travaille à l'établissement des textes, n'hésitant pas à apporter des corrections significatives à ses œuvres les plus anciennes, et rédige dix-huit préfaces qui donnent des vues pénétrantes sur la genèse de ses œuvres et ses théories littéraires. Le manque de succès de cette entreprise l'affecte durablement.

En 1915, déçu par l'attitude des États-Unis face à la guerre qui fait rage sur le continent, il demande et obtient la nationalité britannique. Il a une attaque cardiaque le 2 décembre, suivie d'une seconde le 13. Il reçoit l'ordre du Mérite le jour de l'an 1916 et meurt le 28 février.

[modifier] Carrière littéraire

James nourrit très tôt l'ambition d'une carrière d'homme de lettres. Son premier écrit publié est la critique d'une interprétation, "Miss Maggie Mitchell in Fanchon the Cricket," en 1863,[1] qui reflète son intérêt de toujours pour l'art de l'acteur. Dès l'enfance, il lit, critique et apprend des classiques des littératures anglaise, américaine, française et allemande mais aussi les traductions des classiques russes. En 1863, il publie anonymement sa première nouvelle, A Tragedy of Error. Jusqu'à ses 50 ans, il vit de son écriture, principalement par ses contributions dans des mensuels illustrés anglais et américains, mais après la mort de sa sœur en 1892 ses royalties s'ajoutent à un modeste revenu provenant des propriétés familiales de Syracuse. Ses romans paraissent en épisodes avant l'édition en livre, il écrit avec une régularité qui empêche les révisions ultérieures. Pour augmenter ses revenus, il est aussi très souvent publié pour les journaux, écrivant jusqu'à sa mort dans des genres très variés sur différents supports. Dans ses critiques de fiction, de théâtre et de peinture, il développe l'idée de l'unité des arts. Il aura écrit deux longues biographies, deux volumes de mémoire sur son enfance et un long fragment d'autobiographie; 22 romans, dont deux inachevés à sa mort, 112 contes et nouvelles de diverses longueurs, quinze pièces de théâtre, et des dizaines d'essais à thème ou autres récits de voyages. Ses biographes et les critiques littéraires permettent de citer Henrik Ibsen, Nathaniel Hawthorne, Honoré de Balzac, et Ivan Tourgueniev comme ses influences majeures.[2] Il révisa ses grands romans et de nombreux contes et nouvelles et contes pour l'édition d'anthologie de son œuvre de fiction dont les vingt-trois volumes constitue son autobiographie artistique qu'il nomma "The New York Edition" pour réaffirmer les liens qui l'ont toujours uni à la ville de sa naissance. Dans son essai The Art of Fiction, ainsi qu'en préface de chaque volume de The New York Edition, James explique sa vision de l'art de la fiction, en insistant sur l'importance de personnages et descriptions réalistes à travers les yeux et la pensée d'un narrateur impliqué dans le récit.

À différents moments de sa carrière, James écrivit des pièces de théâtre, en commençant par des pièces d'un acte pour des magazines entre 1869 et 1871[3] et l'adaptation dramatique de sa populaire nouvelle Daisy Miller en 1882.[4] De 1890 à 1892, il consacre ses efforts pour réussir sur la scène londonienne, en écrivant six pièces dont seule l'adaptation de son roman L'Américain sera produite. Celle-ci fut représentée plusieurs années par une compagnie de répertoire et avec succès à Londres, sans toutefois s'avérer très lucrative pour son auteur. Ses autres pièces ne seront pas produites. Aussi cesse-t-il, après la mort de sa sœur Alice en 1892, de se consacrer au théâtre. Voulant améliorer ses revenus, il constate l'échec de son entreprise. Pourtant, en 1893, il répond à la demande de l'acteur-manager George Alexander qui lui commande une pièce sérieuse pour la réouverture après rénovation du St. James's Theatre. James écrit alors le drame Guy Domville que produit donc Alexander. Le soir de la première, le 5 janvier 1895, s'achève sur les sifflets du public au salut de l'auteur au rideau final. L'auteur s'en montre affecté mais l'incident ne se répètera pas, les critiques sont bonnes et la pièce est jouée pendant cinq semaines avant d'être remplacé par L'Importance d'être Constant d'Oscar Wilde, pour laquelle Alexander prévoit de meilleurs lendemains pour la saison à venir.

Après la nervosité et la déception, James ne voulait plus écrire pour le théâtre mais, les semaines suivantes, il accepte d'écrire un lever de rideau pour Ellen Terry. Ce sera la pièce en un acte Summersoft, qu'il adaptera ensuite en nouvelle, Covering End, avant d'en faire une version longue pour la scène, The High Bid, éphémérement produit à Londres en 1907 lorsqu'il consacra à nouveau son effort à la dramaturgie. Il écrivit trois nouvelles pièces, deux d'entre elles étaient en production au moment de la mort d'Édouard VII le 6 mai 1910 qui plongea Londres dans le deuil, entraînant la fermeture des théâtres.

Découragé par une santé défaillant et le stress du travail théâtrale, James ne renouvela pas ses efforts mais recycla ses pièces en romans à succès. Le Tollé fut un best-seller à sa publication américaine en 1911. À l'époque de son implication théâtrale, de 1890 à 1893, il exerça également comme critique et assista Elizabeth Robins et d'autres à traduire et produire Henrik Ibsen pour la première fois sur la scène londonienne.[5]

[modifier] Portraits psychologiques

James ne s'est jamais marié. Installé à Londres, il se présentait comme un célibataire endurci et rejetait régulièrement toute suggestion de mariage. Après sa mort, des critiques s’interrogèrent sur les raisons de son célibat. Dans ses écrits sur la famille James, qui jouirent d’une réputation d’estime, F. W. Dupee fit l’hypothèse qu’il était amoureux de sa cousine Mary ("Minnie") Temple mais qu'une peur névrotique de la sexualité l’aurait empêché d'admettre ces sentiments : « Les problèmes de santé de James [...] étaient les symptômes de la peur ou du dégoût que lui inspirait l'acte sexuel. » Dupee s’appuyait sur un passage des mémoires de James, A Small Boy and Others, dans lequel il rapporte un cauchemar qui avait suivi une visite au Louvre, où il avait pu voir des tableaux à la gloire de Napoléon[6]. Il donne ce rêve en exemple de l’idée romantique que James se faisait de l’Europe, pur univers de fantaisie napoléonienne où il alla chercher refuge[7]. Une telle analyse semblait donner raison aux critiques littéraires tels que Van Wyck Brooks et Vernon Parrington ; ils avaient à l’époque condamné la façon dont James avait quitté les États-Unis et critiqué son œuvre qu'ils jugeaient celle d’un déraciné efféminé. Leon Edel fit de cette névrose les prémisses d’une remarquable biographie qui fit longtemps autorité. Mais Dupee n’avait pas eu accès aux archives de la famille James, ayant consulté principalement les mémoires de son frère aîné et l’édition d’une partie de sa correspondance due à Percy Lubbock, qui rassemblait en majorité des lettres datant de la fin de sa vie. C’est peut-être pour cette raison que le portrait de Dupee montre un James passant directement de l’enfance auprès de son frère aîné aux problèmes de santé de l’âge mûr.

À mesure de la mise à jour des archives, dont les journaux intimes de contemporains et des centaines de lettres sentimentales et parfois érotiques écrites par James à des hommes plus jeunes, la figure du célibataire névrosé laisse la place à celle de l'homosexuel secret. Comme le déclara l'auteur Terry Eagleton : « …les critiques gay débattent pour savoir à quel point était réprimée sa (probable) homosexualité… »[8] Les lettres de James au sculpteur expatrié Hendrik Christian Andersen ont fait l'objet d'une attention particulière. James rencontra le jeune artiste de 27 ans à Rome en 1899, alors qu'il avait 56 ans, et lui écrivit des lettres particulièrement enflammée : « Je te tiens, très cher garçon, dans mon amour le plus profond et en espère autant pour moi; dans chaque battement de ton âme ». [9] Dans une lettre du 6 mai 1904 à son frère William, il se définit comme "ton Henry toujours célibataire sans espoir bien que sexagénaire".[10] La vérité de cette assertion a fait l'objet de controverse parmi les biographes de l'auteur. [11] mais les lettres à Andersen sont parfois quasi-érotique: « Laisse-moi placer, mon cher garçon, mon bras autour de toi, que tu ressentes la pulsation de notre brillant avenir et de ton admirable don. »[12] James écrivit à son ami homosexuel Howard Sturgis : "Je répète, sans secret, que j'aurais pu vivre avec toi. Au lieu de quoi je ne peux qu'essayer de vivre sans toi," [13] et ce n'est que dans les lettres à de jeunes hommes que James se déclare leur « amant ». Une grande partie de ses amis proches étaient homosexuels ou bisexuels. Après une longue visite à Howard Sturgis, il évoque leur « joyeux petit congrès de deux ».[14] Dans sa correspondance avec Hugh Walpole, il joue sur les mots à propos de leur relation, se voyant lui-même comme un « éléphant » qui « te tripote, oh tellement bénévolement » et enchaîne à propos de « la vieille trompe expressive » de son ami.[15] Ses lettres, discrètement reproduites, à Walter Berry ont longtemps été apprécié pour leur érotisme légèrement voilé.[16]

[modifier] Style et sujets

Portrait of Henry James, fusain de John Singer Sargent (1912).

Henry James est l'une des figures majeures de la littérature transatlantique. Son œuvre met le plus souvent en scène des personnages de l'Ancien Monde (l'Europe), incarnant une civilisation féodale, raffinée et souvent corrompue, et du Nouveau Monde (les États-Unis), où les gens sont plus impulsifs, ouverts et péremptoires et incarnent les vertus - de liberté et de moralité - de la nouvelle société américaine. James explore ces conflits de cultures et de personnalités, dans des récits où les relations personnelles sont entravées par un pouvoir plus ou moins bien exercé. Ses protagonistes sont souvent de jeunes femmes américaines confrontées à l'oppression ou au dénigrement, et comme l'a remarqué sa secrétaire Theodora Bosanquet dans sa monographie Henry James at Work:

« Lorsqu'il s'échappait du refuge de son travail pour voir le monde autour de lui, il ne voyait qu'un lieu de tourments, où des prédateurs plantent sans cesse leurs griffes dans la chair frémissante d'enfants de la lumière condamnés et sans défense... Ses romans ne sont qu'un exposé récurrent de cette faiblesse, un plaidoyer passionné et réitéré pour l'entière liberté du développement, à l'abri de la bêtise aveugle et barbare. [17] »

[modifier] Grands romans

Portrait d'Henry James par John Singer Sargent (1913).

Bien que toute sélection des romans de James repose inévitablement sur une certaine subjectivité, les livres suivants ont fait l'objet d'une attention particulière dans de nombreuses critiques et études.[18]

La première période de la fiction de James, dont Portrait de femme est considérée comme le sommet, se concentre sur le contraste entre l'Europe et l'Amérique. Le style de ces romans est plutôt direct et, malgré son caractère propre, tout à fait dans les normes de la fiction du XIXe siècle. Roderick Hudson (1875) est un roman dans le monde de l'Art qui suit le parcours du personnage titre, un sculpteur très doué. Même si le livre montre quelques signes d'immaturité; c'est la premier grand roman de James; qui reçut un bon accueil grâce à la peinture pleine de vie des trois personnages principaux : Roderick Hudson, doté d'un grand talent mais instable et versatile; Rowland Mallet, le patron mais aussi l'ami de Roderick, plus mature que lui; et Christina Light, une femme fatale aussi ravissante qu'exaspérante. Le duo Hudson-Mallet fut interprété comme les deux faces de la personnalité de l'auteur : l'artiste à l'imagination fougueuse et le mentor incarnant sa conscience.

Bien que Roderick Hudson place déjà des personnages américains dans un décor européen, James fait reposer son roman suivant sur un contraste Europe–Amérique encore plus explicite. C'est même le principal sujet de L'Américain (1877). Le livre mêle le mélodrame à la comédie sociale dans les aventures et mésaventures de Christopher Newman, un homme d'affaires américain de bonne nature mais plutôt gauche dans son premier voyage en Europe. Newman est à la recherche d'un monde différent de son univers des affaires du XIXe siècle aux États-Unis. Tout en découvrant la beauté et la laideur de l'Europe, il apprend à se méfier des apparences.

James écrit ensuite Washington Square (1880), une tragicomédie relativement simple qui rend compte du conflit entre une fille, douce, soumise et maladroite, et son père, un brillant manipulateur. Le roman est souvent comparé à l'œuvre de Jane Austen pour la grâce et la limpidité de sa prose et la description centrée sur les relations familiales. Comme James n'était pas particulièrement enthousiaste au sujet de Jane Austen, il n'a sans doute pas trouvé la comparaison flatteuse. En fait, il n'était pas non plus très satisfait de Washington Square. En tentant de le relire pour l'inclure dans la New York Edition de sa fiction (1907–09), il s'aperçut qu'il ne pouvait pas, aussi l'exclut-il de cette anthologie. Mais suffisamment de lecteurs ont apprécié le roman pour en faire l'une de ses œuvres les plus populaires.

Avec Portrait de femme (1881) James achève la première phase de sa carrière par une œuvre qui demeure son roman le plus populaire. C'est l'histoire d'une jeune américaine très vivante, Isabel Archer, qui "affronte son destin" en le trouvant étouffant. Héritière d'une fortune, elle devient la victime d'un piège machiavélique de deux expatriés américains. Le récit se déroule principalement en Europe, surtout en Angleterre et en Italie. Considéré souvent comme le chef d'œuvre de sa première période, Portrait de femme n'est pas seulement une réflexion sur les différences entre le Nouveau Monde et l'Ancien, mais traite de thèmes comme la liberté personnelle, la responsabilité morale, la trahison et la sexualité.

Dans les années suivantes, James écrit Les Bostoniennes (1886), une tragicomédie douce-amère qui met en scène : Basil Ransom, un homme politique conservateur du Mississippi; Olive Chancellor, la cousine de Ransom, féministe zélée de Boston ; et Verena Tarrant, la jolie protégé d'Olive au sein du mouvement féministe. L'intrigue s'établit autour de la lutte entre Ransom et Olive pour remporter l'intérêt et l'affection de Verena, même si le roman comprend aussi un large exposé sur les activistes politiques, les journalistes et les opportunistes excentriques.

James publie ensuite La Princesse Casamassima (1886), l'histoire d'un jeune relieur londonien intelligent mais indécis, Hyacinth Robinson, qui se trouve impliqué dans la politique anarchiste et un complot terroriste. Ce roman est assez unique dans l'œuvre jamesienne de par le sujet traité, mais il est souvent associé aux Bostoniennes, qui évoque aussi le milieu politique.

Au moment où James tente une dernière fois de conquérir la scène, il écrit La Muse Tragique (1890). Le roman offre un large et réjouissant panorama de la vie anglaise en suivant les fortunes de deux aspirants artistes : Nick Dormer, tiraillé entre la carrière politique et ses efforts pour devenir peintre, et Miriam Rooth, une actrice cherchant à tout prix le succès commercial et artistique. De nombreux personnages secondaires les aident et les empêchent d'accéder à leurs rêves. Ce livre reflète l'intérêt dévorant de James pour le théâtre et est souvent considéré comme le dernier récit de la deuxième phase de sa carrière romanesque.

Après l'échec de ses tentatives de dramaturge, James retourne à la fiction et commence à explorer la conscience de ses personnages. Son style gagne en complexité afin d'approfondir ses analyses. Les Dépouilles de Poynton (1897), vu comme le premier exemple de cette dernière période, est un roman plus court que les précédents qui décrit l'affrontement entre Mrs. Gereth, veuve au goût impeccable et à la volonté de fer, et son fils Owen autour d'une demeure remplie de meubles anciens de grande valeur. L'histoire est racontée par Fleda Vetch, une jeune femme amoureuse d'Owen mais également en empathie avec l'angoisse de sa mère craignant de perdre les biens qu'elle collecta patiemment.

James poursuit son approche plus impliqué et psychologique de sa fiction avec Ce que savait Maisie (1897), l'histoire d'une fille sensible de parents divorcés irresponsables. Le roman trouve une résonance contemporaine avec ce récit déterminé d'une famille dysfonctionnelle mais il présente aussi un tour de force notable de l'auteur, qui nous fait suivre le personnage-titre de la prime enfance à sa maturité précoce.

La troisième et dernière période de James atteint sa plénitude dans trois romans publiés au tournant du siècle. Le critique F. O. Matthiessen voit en cette trilogie la phase majeure de l'auteur, et ces romans ont fait l'objet de nombreuses études. Le premier publié fut écrit en second : Les Ailes de la colombe (1902) raconte l'histoire de Milly Theale, une riche héritière américaine en proie à une grave maladie qui la condamne, et l'impact que cela provoque autour d'elle. Certains proches l'entourent sans mauvaise pensée, tandis que d'autres agissent par intérêt personnel. James dévoile dans ses autobiographies que Milly lui fut inspiré par Minny Temple, sa bien-aimée cousine morte prématurément de la tuberculose. Il dit avoir essayé de lui rendre hommage dans la "beauté et la dignité de l'art".

Le deuxième roman publié de cette trilogie, Les Ambassadeurs (1903), est une comédie sombre qui suit le voyage du protagoniste Lambert Strether en Europe à la poursuite du fils de sa fiancée qu'il doit ramener dans le giron familial. La narration à la troisième personne se déroule du seul point de vue de Strether qui doit faire face à des complications inattendues. Dans la préface à sa parution dans New York Edition, James place ce livre au sommet de ses réussites, ce qui provoqua quelques remarques désapprobatrices. La Coupe d'or (1904) est une étude complexe et intense du mariage et de l'adultère qui termine cette "phase majeure" et essentielle de l'œuvre romanesque de James. Ce livre explore les tensions relationnelles entre un père et sa fille et leurs conjoints respectifs. Le roman s'attarde en profondeur et presque exclusivement sur la conscience des principaux personnages, avec un sens obsessif du détail et une forte vie intérieure.

[modifier] Récits courts

Lamb House à Rye, East Sussex, où vécut James à partir de 1897

James était particulièrement intéressé par ce qu'il appela la « belle et bénie nouvelle », ou les récits de taille intermédiaire. Il produisit ainsi de nombreuses très courtes histoires dans lesquelles il parvient à traiter de sujets complexes en peu de mots. Les récits suivants sont représentatifs du talent de James dans ce court format de la fiction.[19]

[modifier] Nonfiction

Henry James en 1897

Au-delà de son œuvre de fiction, James fut l'un des plus importants critiques littéraires dans l'histoire du roman.


[modifier] Postérité

Adaptations cinématographiques
Adaptations théâtrales
Opéra

[modifier] Œuvres

Romans
Nouvelles
  • 1871 : Un Pèlerin passionné (A Passionate Pilgrim)
  • 1874 : Madame de Mauves
  • 1878 : Daisy Miller
  • 1879 : A Bundle of Letters
  • 1884 : The Author of Beltraffio
  • 1888 : A London Life
  • 1888 : Les Papiers d'Aspern (The Aspern Papers)
  • 1891 : L'Élève (The Pupil)
  • 1892 : The Real Thing
  • 1893 : The Middle Years
  • 1894 : The Death of the Lion
  • 1894 : The Coxon Fund
  • 1895 : The Next Time
  • 1895 : L'Autel des morts (The Altar of the Dead)
  • 1896 : Le Motif dans le tapis (The Figure in the Carpet)
  • 1898 : Le Tour d'écrou (The Turn of the Screw)
  • 1898 : In the Cage
  • 1899 : Europe
  • 1899 : Paste
  • 1900 : The Great Good Place
  • 1900 : Mrs. Medwin
  • 1903 : The Birthplace
  • 1903 : La Bête dans la jungle (The Beast in the Jungle)
  • 1908 : The Whole Family (roman en collaboration avec onze autres auteurs)
  • 1908 : The Jolly Corner
  • Owen Wingrave
  • Journal d'un homme de cinquante ans (The Diary of a Man of Fifty)
  • Les amis des amis (The Friends of the Friends)
  • La Vie privée (The Private Life)
  • Compagnons de voyage (Travelling Companions)
Recueils
  • Œuvres complètes I : Nouvelles 1864-1875, trad. Jean Pavans, Paris, La Différence, 1990.
  • Œuvres complètes II : Nouvelles 1876-1888, trad. Jean Pavans, Paris, La Différence, 1992.
  • Œuvres complètes III : Nouvelles 1888-1896, trad. Jean Pavans, Paris, La Différence, 2008.
  • Œuvres Complètes IV : Nouvelles 1896-1910, trad. Jean Pavans, Paris, La Différence, 2009.
  • Italian Tales (The Aspern Papers, The Diary of a man of Fifty, Travelling Companions), Éd. Zulma, coll. Classics [1], Paris, 2005, 192 p.
Théâtre
  • 1895 : Guy Domville
Récits de voyage
  • 1884 : A Little Tour in France
  • 1905 : English Hours
  • 1907 : The American Scene
  • 1909 : Italian Hours
  • Heures italiennes, Paris, La Différence, 1985, rééd. coll. "minos", 2006.
  • Esquisses parisiennes, Paris, La Différence, 1988, rééd. coll. "minos", 2006.
  • La Scène américaine, Paris, La Différence, 1993, rééd. coll. "minos", 2008.

[modifier] Bibliographie

Études
  • Nancy Blake, James, écriture et absence, Cistre, 1985
  • Laurette Veza, Henry James, Le Champ du regard, Paris La Table ronde, 1989, 343p
  • Evelyne Labré, Écrits sur l'abîme : les derniers romans de Henry James, Presses Universitaires de Lyon, 1990.
  • Babette Sayer-Adda, "Henry James, Sublimer et Vivre", 254 p.,2007, PUF.
  • Jean Pavans, Heures jamesiennes, Paris, La Différence, 2008.
  • David Lodge, L'auteur ! L'auteur ! éditions Rivages poche n° 557 (Payot) traduit de l'anglais par Suzanne V. Mayoux.
Biographies
  • Léon Edel, Henry James, une vie, Seuil, 1990
  • Colm Tóibín, Le Maître (The Master, 2004) reconstitue la vie d'Henry James entre janvier 1895 et octobre 1899 (en français, chez Robert Laffont, 2005).

[modifier] Notes et références

  1. Novick (1996) p. 431
  2. James reconnut sa dette à leur égard. Ainsi dans la préface à Portrait de femme dans la New York Edition où il reconnait l'influence de Tourgueniev, and the Lesson of Balzac au sujet de l'écrivain français. James a écrit d'importants essais critiques sur ces quatre auteurs. De récentes études comme celle de Cornelia Sharp et Edward Wagenknecht ont noté les influences spécifiques sur les œuvres de James : Eugénie Grandet de Balzac pour Washington Square, Le Faune de marbre de Hawthorne pour Roderick Hudson, et Terres vierges de Tourgueniev pour La Princesse Casamassima. En 2007, Novick précise l'influence d'Ibsen sur son œuvre de fiction
  3. Edel (1990) pp. 75, 89
  4. Edel (1990) p.121
  5. Novick (2007) pp.15-160 et passim.
  6. Buckley, P. (1982). The Psychohistory Review. VIII, 1979. Psychoanal Q., 51:169
  7. Voir Dupee (1949) et (1951).
  8. "The asperity papers" (24 juin 2006) par Terry Eagleton, une critique de The Year of Henry James: The Story of a Novel par David Lodge dans The Guardian.
  9. « I hold you, dearest boy, in my innermost love, & count on your feeling me—in every throb of your soul ».
  10. The Correspondence of William James: Volume 3, William and Henry rassemblé par Ignas Skrupskelis et Elizabeth Bradley (1994) p. 271.
  11. Voir le quatrième volume de la biographie de Leon Edel, p.306–316, pour un long exposé sans conclusion de ce thème. Voir aussi Bradley (1999) et (2000).
  12. Mamoli Zorzi, Rosella (Ed.) Beloved Boy: Letters to Hendrik C. Andersen, 1899–1915 ISBN 0-8139-2270-4
  13. "I repeat, almost to indiscretion, that I could live with you. Meanwhile I can only try to live without you," Gunter, Susan E; Jobe, Steven Dearly Beloved Friends: Henry James's Letters to Younger Men (2001) ISBN 0-472-11009-8
  14. Gunter and Jobe (2001) p.125
  15. Gunter and Jobe p.179
  16. Black Sun Press (1927)
  17. When he walked out of the refuge of his study and into the world and looked around him, he saw a place of torment, where creatures of prey perpetually thrust their claws into the quivering flesh of doomed, defenseless children of light… His novels are a repeated exposure of this wickedness, a reiterated and passionate plea for the fullest freedom of development, unimperiled by reckless and barbarous stupidity.Henry James At Work par Theodora Bosanquet, p.275–276 (1970) ISBN 0-8383-0009-X
  18. Pour de plus amples commentaires critiques sur L'Américain, Portrait de femme, Les Ambassadeurs et Les Ailes de la colombe, voir les éditions actuelles de ces romans. Pour les études plus larges, se reporter aux essais référencés dans la bibliographie.
  19. Pour des analyses critiques détaillées de ces nouvelles, voir les éditions intégrales, notamment dans la collection de La Pléiade de Gallimard (2 tomes parus, 2 tomes en préparation).

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